Jean Harlow, née Harlean Harlow Carpenter, le à Kansas City (Missouri), et morte le à Los Angeles (Californie), est une actrice américaine et un sex symbol des années 1930.
Découverte par Howard Hughes, Harlow fait sa première apparition marquante au cinéma dans Les Anges de l'enfer (1930), suivi par une série de films sans succès avant de signer, en 1932, un contrat avec la Metro-Goldwyn-Mayer. Elle devient très vite la star de la MGM, jouant dans des films comme La Belle de Saïgon (1932), Les Invités de huit heures (1933), Imprudente Jeunesse (1935) et Suzy (1936). Elle partage l'affiche avec des stars comme William Powell, Spencer Tracy et six films avec Clark Gable.
La popularité de Jean a rivalisé et surpassé celle d'autres stars de la MGM, comme Joan Crawford ou Norma Shearer, toutes les trois étant les actrices emblématiques de la période Pré-Code. Avec sa blondeur étudiée, qui lui vaut les surnoms de Blond Bombshell ou encore la , elle est devenue l'une des plus grandes stars du monde des années 1930.
Elle meurt durant le tournage de Saratoga (1937), à l'âge de , faute de soins, sa mère refusant l’aide de la médecine et préférant la prière lorsqu’elle tombe gravement malade. L'American Film Institute la classe grande actrice de tous les temps.
Biographie Enfance gauche|vignette|redresse|Jean Harlow en 1935.
Jean Harlow, de son vrai nom Harlean Carpenter, naît le à Kansas City, dans le Missouri.. Son père, Montclair Carpenter, est un chirurgien-dentiste réputé. Sa mère, Jean Poe née Harlow, est la fille d’un riche courtier en immobilier. Jean Poe Harlow, est une femme intelligente et volontaire. Très malheureuse en ménage, elle reporte toute son affection sur leur enfant unique. À huit ans, l'enfant est inscrite à l'école de jeunes filles de Miss BarstowJacques Mazeau, Destins tragiques de Hollywood, édition l'Archipel, 2006 , page 46.. Elle y restera jusqu'au divorce de ses parents, à l'âge de neuf ans, et reverra très peu son pèreJean Harlow, d'Irving Shulman, édition stock, 1966, page 46 : ..
Sa mère part chercher du travail à Chicago. Harlean demeure auprès de ses grands-parents, qui prennent son éducation en main. La jeune fille, qui a désormais un beau-père, Marino Bello, un Sicilien proche de la mafiaDVD Couples et Duos - Volume 3 : ., un charmeur volage, continue son apprentissage à Kansas City, sous la férule de son grand-père. En 1926, sa mère est de retour et s'installe avec son nouveau mari. C'est maintenant Marino qui s'occupe de l'éducation de Harlean. Il lui apprend notamment à danser le tango et la valse. Mais elle quitte cette drôle de famille recomposée en pour devenir pensionnaire à Lake Forest, dans l'Illinois. D'après Jean Harlow, le livre d'Irving Shulman, Harlean écrit à sa famille qu'elle n'y est pas heureuse, qu'elle veut rentrer à la maison et se plaint que son père ne lui a écrit qu'une seule fois sur une feuille arrachée à son carnet de rendez-vous.
Sa famille l'« étouffe ». Sa mère est en effet extrêmement religieuse, a une telle emprise sur elle qu'elle décide de se marier, à seize ans seulement, pour se libérer, avec Charles F. Mac Grew, , sans prévenir personne. Trois mois plus tard, elle divorce de Charles et revient chez sa mère.
Carrière cinématographique Les débuts vignette|upright|Photo promotionnelle de Jean Harlow pour Les Invités de huit heures.
Ayant interrompu ses études, rêvassant sans cesse en se promenant en ville, elle fréquente des restaurants et des cinémas. Elle n'a jamais pris de cours de comédie, mais elle sent qu'elle possède un certain sex-appeal : lorsqu'elle marche dans la rue, toutes les têtes se retournent. Elle songe à faire de la figuration. Harlean prend le nom de naissance de sa mère, Jean Harlow. Elle passe quelques auditions, et son physique hors du commun lui permet de trouver très rapidement des rôles. Elle joue pour des comédies de Christiy, de Hal Roach, puis dans Son voyage en Chine (Monan of the Marines), avec Richard Dix. Elle décroche aussi un petit rôle dans La Cadette (The Saturday Night Kid).
Elle fait quelques apparitions dans plusieurs films des Laurel et Hardy Laurel & Hardy Filmography : Silent shorts 2 - PovOnline.com., dont Son Altesse Royale. Dans ce film, elle sort d'un taxi et Laurel coince sa robe dans la portière en la fermant ; Jean s'en va, vêtue juste d'une combinaison noire. Ce sont Laurel et Hardy qui font découvrir Jean à un certain Arthur Landau, lequel cherchait une actrice pour Howard Hughes (qui en a besoin d'urgence pour son film à venir, car la voix de l'actrice principale ne convient pas). Landau discute avec le duo sur les voix des acteurs, et Laurel lui explique qu'il préfère les voix rauques comme Landau regarde dans la direction que Laurel lui indique et aperçoit Jean. Landau est fasciné par cette jeune fille de dix-neuf ans et lui fait passer un bout d'essaiJean Harlow, d'Irving Shulman, édition stock, 1966 page 75.. Howard Hughes cherche une actrice pour remplacer Greta Nissen, une actrice du muet à l'accent norvégien trop prononcé, pour son prochain film, Les Anges de l'enfer. En effet, le cinéma parlant prend la place du cinéma muet et beaucoup d'actrices et d'acteurs tombent dans l'oubli du jour au lendemain, à cause de leur voix - soit qu'elle ne plaise pas aux réalisateurs, soit qu'elle ne convienne pas pour le rôle. Ainsi, beaucoup d'actrices inexpérimentées, comme Jean, tentent leur chance. Howard Hughes remarque Jean, avec ses cheveux blond platine, et lui offre un rôle important dans ce film de 1930, qui comportera une scène en couleur : ce sera, pour Jean Harlow, la seule séquence tournée en couleur de toute sa carrière.
Les critiques sur son jeu ne sont pas bonnes dans ce film d'aviation qui se déroule pendant la Première Guerre mondiale, mais on ne tarit pas d'éloges sur la plastique de la jeune actrice. Un chroniqueur du magazine Variety écrit :
Le film est un triomphe, Jean Harlow devient une star et la maîtresse de Hughes. Elle possède un contrat avec la maison de production Caddo, celle de Howard Hughes et reçoit par semaine de tournageJacques Mazeau, Destins tragiques de Hollywood, édition l'Archipel, 2006, page 48 (les citations de Variety et l'information du contrat).. La première a lieu en , au Grauman's Chinese Theatre. Jean, souriante, est cramponnée au bras de Hughes. Elle répond aux questions des journalistes avec humourJean Harlow, d'Irving Shulman, édition stock, 1966. :
Q : « Certaines critiques disent que vous n'êtes pas une véritable actrice. » JH : « Quand on plaît au public, on n'a pas besoin d'être une actrice. »
Q : « Selon vous, pourquoi le public vous aime-t-il ? » JH : « Les hommes m'aiment parce que je ne porte pas de soutien-gorge. Les femmes m'aiment parce que je n'ai pas l'air d'une fille qui leur volera leur mari. Du moins, pas pour longtemps. »
Q : « En voleriez-vous un ? » JH : « Ne croyez-vous pas que ce serait voler quelque chose dans un magasin d'occasion ? »
Q : « Miss Harlow, portez-vous un soutien-gorge aujourd'hui ? » JH : « Voila une question de myope ! »
La bombe platine vignette|upright|gauche|La Belle de Saïgon (1932).
Elle obtient son premier rôle à la MGM dans Tribunal secret, avec Wallace Beery et Clark Gable. Elle tourne ensuite L'Ennemi public, puis enchaîne avec L'Homme de fer (Iron Man, 1931) auprès de Lew Ayres. Les critiques sont, une fois de plus, mauvaises. Variety écrit : Le journal renchérit lors de la sortie de Tribunal secret :
Cependant, Jean Harlow est très aimée du public ; les hommes sont amoureux d'elle quand ils la voient à l'écran, et les femmes copient son style. La Fox l'engage pour jouer dans Goldie, la Columbia pour Three Wise Girls et La Blonde platine. Elle devient une des actrices les mieux payées : entre et par semaine, puis elle atteindra les par semaine, une fortune à l'époque.
Mais le désastre de sa vie privée contraste avec le triomphe de sa carrière. Elle cherche à s'éloigner de sa famille qui la harcèle. En réalité, Jean n'a jamais voulu être célèbre, c'est sa mère qui souhaitait entrer dans le monde du spectacle et obtiendra cela par l'intermédiaire de sa fille. De plus, les médecins annoncent à Jean qu'elle est stérileJacques Mazeau, Destins tragiques de Hollywood, édition l'Archipel, 2006, page 52, et également dans Jean Harlow de Shulman. Jean voulait pourtant avoir un enfant : (page 199) et fut anéantie par le verdict des médecins. (page 200)..
Paul Bern vignette|upright|Jean Harlow et Paul Bern, durant leur mariage en juin 1932.
En 1931, elle fait la rencontre de Paul Bern (de vingt ans son aîné), le numéro trois de la MGM. Il avait la réputation d'être un homme gentil. En , elle l'épouse. Le soir de leur nuit de noces, Jean, couverte de bleus, de morsures, en pleurs, se réfugie chez son impresario, Arthur Landau et sa femme BeatriceJacques Mazeau, Destins tragiques de Hollywood, édition l'Archipel, 2006, page 52.. Quelques semaines plus tard, un matin, dans leur maison de Easton Drive, à Benedict Canyon, on découvre Bern mort, couvert du parfum de son épouse. Il s'est suicidé d'une balle dans la tête, avec une courte lettre d'adieu dédiée à Jean :
(Très chère chérie, malheureusement c'est la seule façon de transformer en bien le mal affreux que je t'ai fait et effacer mon humiliation abjecte. Je t'aime. Paul. Tu comprends que la nuit dernière était seulement une comédie.)
On affirma aussi que Bern avait été assassiné par une maîtresse éconduite qui voulut se venger après leur rupture.
On comprit longtemps après la signification de ces mots. En réalité, Paul Bern était affublé d'un sexe d'enfant et était impuissant. Il pensait que seule Jean Harlow, la nouvelle icône du sexe, pouvait faire de lui un homme. Mais Jean n'avait connu qu'un seul homme avant lui et, innocemment, elle se mit à rire. Cette réaction enfantine mit Bern dans une rage folle et il se mit à frapper Jean Harlow, dans les reins notamment. Ces coups seront responsables de la maladie qui emportera Jean quelques années plus tardDVD Couples et Duos - Volume 3, et également dans Jean Harlow, d'Irving Shulman, édition stock, 1966, page 318 : ..
Dans le livre de Shulman, Jean Harlow, on découvre que les Landau avaient tout fait pour sauver le couple, Arthur discutant avec Paul pour découvrir son terrible secret, que seuls Jean, Arthur et sa femme connaissaient désormais. Bern confessa à Landau qu'il était vraiment désolé de ce qu'il avait fait à Jean, qui souhaitait le divorce. Arthur la poussa à reparler à Bern. Le , Jean et Paul rentrèrent à leur maison. Ils se disputèrent, mais, au moment du coucher, se réconcilièrent, se montrant tous deux amicaux. Après que Jean eut tapoté un oreiller pour Paul, celui-ci mit un faux phallus énorme autour de sa taille et commença à faire le pitre, « dansant, faisant la roue » et Jean se mit à rire. Ils s'endormirent finalement, « enlacés ». Le couple semblait avoir décidé de surmonter ce problème. Mais quelques heures plus tard, à l'aube, Paul se suicidait, nu dans la salle de bain. On peut penser que le mot « comédie » renvoie à la petite danse de Bern, avec le phallus artificiel…
vignette|La Malle de Singapour (1935).
Ce suicide défraya la chronique, et Louis B. Mayer fit porter la responsabilité de cette tragédie à Jean. En 1935, quand elle jouera dans Imprudente Jeunesse (Reckless), Mayer fera réécrire le scénario de cette comédie musicale pour l'humilier : Jean y interprète en effet une actrice dont le mari venait de se suicider. C'était une façon de faire croire que si Paul Bern s'était suicidé, c'était en réalité moralement un meurtreDVD Couples et Duos - Volume 3.. Lorsqu'elle sortit avec Bugsy Siegel, une des figures de la mafia new-yorkaise, Mayer estima qu'elle était véritablement une prostituée, « LA » bête noire des ligues de vertu. Cependant, Mayer pouvait aussi se montrer doux envers elleDans Jean Harlow de Irving Shulman on peut lire à la page 143 : (lorsque Mayer apprit la tragédie)..