vignette|upright=1.3|alt=Photographie de soldats en uniformes britanniques assis et debout sur six rangées|La section rhodésienne originelle du corps royal des fusiliers du Roi photographiée à Sheerness dans le Sud-Est de l'Angleterre en novembre 1914. Lhistoire militaire de la Rhodésie du Sud pendant la Première Guerre mondiale commença le quand le Royaume-Uni déclara la guerre à l'Allemagne en emmenant avec lui les dominions et les colonies de l'Empire britannique. Les colons de la Rhodésie du Sud, alors administrée par la (« Compagnie britannique d'Afrique du Sud »), accueillirent la nouvelle avec une grande ferveur patriotique et l'administrateur William Milton télégraphia à Londres : . Même si elle soutenait le Royaume-Uni, la Compagnie s'inquiétait néanmoins des possibles répercussions économiques d'une participation à l'effort de guerre et la majorité des contributions de la colonie au conflit fut réalisée au niveau individuel. Certains Rhodésiens se portèrent volontaires pour combattre à l'étranger tandis que d'autres restèrent dans le pays pour lever des fonds et fournir du matériel et d'autres équipements.
Immédiatement après le début des hostilités, des groupes de Rhodésiens du Sud blancs se rendirent en Grande-Bretagne et rejoignirent l'armée britannique. La plupart de ceux qui servirent durant le conflit s'enrôlèrent de cette manière et combattirent essentiellement sur le front de l'Ouest. Ils furent déployés dans le corps royal des fusiliers du Roi au sein d'unités soit exclusivement rhodésiennes soit à majorité sud-africaine ou britannique. Du fait de leur expérience de pionnier dans le veld, ces soldats s'illustrèrent en tant que tireurs de précision. Certains intégrèrent le qui devint, avec le , la en 1918. Le régiment de Rhodésie, le régiment indigène de Rhodésie et la combattirent également en Afrique et participèrent aux campagnes d'Afrique du Sud-Ouest et de l'Est.
Bien qu'elle ait été l'un des rares belligérants à ne pas avoir fait appel à la conscription, la Rhodésie du Sud contribua plus, en proportion de sa population blanche, à l'effort de guerre britannique que tout autre territoire de l'Empire, y compris le Royaume-Uni. Près de rejoignirent des unités combattantes, dont en tant qu'officiers, soit environ 40 % des hommes blancs de la colonie. noirs combattirent dans le régiment indigène de Rhodésie, de même que 30 dans le régiment de Rhodésie et environ 350 dans les unités britanniques et sud-africaines. Au total, plus de 800 Rhodésiens du Sud, de toutes origines, perdirent la vie durant la Première Guerre mondiale et beaucoup d'autres furent blessés.
La participation du territoire à la Première Guerre mondiale devint un des éléments central de l'histoire du pays et une grande source de fierté pour la communauté blanche et quelques noirs. Elle contribua à l'octroi d'un gouvernement responsable par le Royaume-Uni en 1923 et resta influente dans la mémoire collective pendant des décennies. Lorsque le gouvernement colonial proclama unilatéralement son indépendance en 1965, il le fit délibérément le 11 novembre. Depuis la reconstitution du pays qui devint le Zimbabwe en 1980, le gouvernement de Robert Mugabe a retiré de nombreuses références au conflit comme des mémoriaux des espaces publics en considérant qu'il s'agissait de vestiges inappropriés de la domination de la minorité blanche et du colonialisme. La Première Guerre mondiale a donc en grande partie disparu de la mémoire culturelle zimbabwéenne.
Contexte vignette|Carte de l'Afrique en 1914 avec la Rhodésie du Sud en rouge et les autres possessions britanniques en rose. Au début de la Première Guerre mondiale, la Rhodésie du Sud était administrée par la (« Compagnie britannique d'Afrique du Sud »). Cette dernière avait acquis ce territoire et celui de la Rhodésie du Nord dans les années 1890 par la diplomatie et la force. En 1911, la population blanche de la Rhodésie du Sud comptait et représentait environ 3 % de la population du territoire; en Rhodésie du Nord, les colons blancs n'en formaient que 1 %. Avant le début des hostilités, la question principale en Rhodésie était l'expiration de la charte de la Compagnie à la fin de l'année 1914. Les colons étaient divisés entre ceux qui souhaitaient son renouvellement et donc le maintien d'une compagnie à charte et ceux qui défendaient la mise en place d'un gouvernement responsable et l'autonomie de la Rhodésie du Sud au sein de l'Empire britannique. Certains demandaient également une intégration du territoire à l'Union d'Afrique du Sud devenue un dominion en 1910. En 1915, la charte fut renouvelée pour une durée de dix ans.
Avant 1914, la force de police de Rhodésie du Sud était la (BSAP) créée en 1889 et transformée en une entité plus permanente en 1896. Cette force paramilitaire d'infanterie montée était également en théorie l'armée de métier du pays. Elle servit dans la première et la seconde guerre ndébélé dans les années 1890 et dans la seconde guerre des Boers de 1899-1902 aux côtés du régiment de Rhodésie spécialement créé; en 1914, elle comprenait environ , officiers compris. Les réserves existaient sous la forme des volontaires de Rhodésie du Sud, une force non professionnelle exclusivement blanche d'environ destinée à être mobilisée dans l'éventualité d'une insurrection locale. Bien que très motivés, ces hommes manquaient d'entraînement et d'équipement ; sans doute efficaces dans une guerre de guérilla dans le veld, la plupart des observateurs doutaient de leur capacité à affronter une armée professionnelle dans le cadre d'une guerre conventionnelle. De fait, les contrats de mobilisation des volontaires ne les obligeaient à servir qu'en Rhodésie.
Déclenchement du conflit Annonce et réception Lorsque le Royaume-Uni déclara la guerre à l'Allemagne à GMT le , les dominions et les colonies de l'Empire britannique furent automatiquement engagés dans le conflit. L'annonce arriva à Salisbury, la capitale de la Rhodésie du Sud, pendant la nuit. Tôt le et avant même que la nouvelle ne soit rendue publique, l'administrateur William Milton télégraphia à Whitehall: . Quelques heures plus tard, il annonça officiellement que la Rhodésie du Sud était en guerre. Les journaux et publièrent des éditions spéciales pour informer la population; il fallut plusieurs jours pour que tout le pays soit informé mais des manifestations jingoïstique commencèrent presque immédiatement dans les principales villes.
Pour l'historien Peter McLaughlin, les colons de Rhodésie du Sud semblèrent dépasser les Britanniques dans leur enthousiasme patriotique et beaucoup furent frustrés quand la Compagnie ne s'engagea pas immédiatement dans des actions martiales. Alors qu'elle envoyait des messages de soutien à Londres, la Compagnie estimait qu'elle ne pouvait pas former de corps expéditionnaire sans évaluer au préalable les conséquences que cela aurait. Du point de vue économique, elle risquait la faillite et sa direction s'interrogeait sur qui de la Compagnie, des contribuables rhodésiens ou du gouvernement britannique allait assumer les dépenses militaires.
Alors que les journaux locaux se remplissaient de lettres de lecteurs exigeant l'envoi immédiat de troupes rhodésiennes en Europe, l'administration déploya uniquement une section de la BSAP au pont des chutes Victoria pour le protéger d'une possible attaque allemande depuis le Sud-Ouest africain via la bande de Caprivi. Au début du mois de septembre, le colonel Raleigh Grey, une figure influente de la politique et des affaires locales, publia une lettre indignée dans le dans laquelle il accusait la Compagnie en faisant si peu.
Réserves rhodésiennes Quelques jours après le déclenchement de la guerre, la Compagnie créa les réserves rhodésiennes, une entité mal définie destinée à accueillir les nombreux blancs désireux de revêtir l'uniforme et à organiser ce qui pourrait devenir une force expéditionnaire. Des citoyens influents et des représentants locaux formèrent leurs propres sections de 24 volontaires ; trois ou quatre de ces unités de 25 hommes étaient ensuite rassemblées au sein d'une compagnie. Les volontaires pouvaient choisir de servir outre-mer, en Rhodésie ou localement ; au total, près d'un millier d'hommes s'étaient portés volontaires avant le .
La Compagnie proposa au gouvernement britannique de déployer 500 soldats des réserves rhodésiennes en Europe pour former une unité entièrement rhodésienne sur le front de l'Ouest en France et en Belgique mais le estima qu'une telle force expéditionnaire serait plus utile en Afrique au sein des forces sud-africaines. Informés de cette initiative, les Sud-Africains déclarèrent qu'ils seraient ravis d'accueillir des Rhodésiens mais seulement s'ils étaient intégrés séparément dans des unités existantes. La Compagnie se trouvait alors dans la situation étrange d'avoir une potentielle force expéditionnaire dont personne ne voulait. Peu disposés à attendre, certains volontaires rhodésiens se rendirent d'eux-mêmes en Grande-Bretagne pour s'enrôler directement dans l'armée britannique soit de manière individuelle soit en groupes. À la fin du mois d', environ 300 avaient fait ce choix.
Europe Front de l'Ouest
vignette|alt=Photographie d'un groupe de soldats en uniformes prenant la pose|Soldats rhodésiens du régiment de cavalerie de l'armée britannique En termes d'effectifs, la principale contribution de la Rhodésie du Sud durant la Première Guerre mondiale eut lieu dans les tranchées du front de l'Ouest. Comme les Blancs rhodésiens rejoignirent l'armée britannique séparément et à des dates différentes, ils furent dispersés dans des dizaines de régiments dont les , les , les , les et les ainsi que dans des unités sud-africaines. Dans les premiers mois du conflit, les volontaires rhodésiens qui ne pouvaient financer leur voyage en Grande-Bretagne furent aidés par une organisation fondée par , un avocat de Salisbury et vétéran de la seconde guerre des Boers. Il organisa également une campagne de recrutement mais cessa ses activités à la demande de la Compagnie après la création du de Rhodésie en .
Un lien particulier se développa avec le corps royal des fusiliers du Roi (KRRC) dont les effectifs rhodésiens, quelques centaines d'hommes principalement dans les et bataillons, étaient les plus importants sur le front de l'Ouest. Les origines de ces relations venaient d'une conversation impromptue à bord du navire qui emmenait les premiers volontaires rhodésiens du Cap à Southampton à la fin de l'année 1914. Le marquis de Winchester Henry Paulet, un ami du fondateur de la Compagnie, Cecil Rhodes, se trouvait également dans le navire et il échangea avec John Banks Brady, l'officier d'origine irlandaise qui menait les volontaires. Le marquis lui demanda où allait son groupe et Brady répondit avec enthousiasme qu'ils allaient combattre ensemble en France. Paulet l'avertit que comme il serait difficile pour eux de ne pas être dispersés lors du processus d'enrôlement, il serait préférable que les Rhodésiens rejoignent le KRRC dont la garnison se trouvait à Winchester. Le contingent rhodésien fut dûment intégré au sein du corps et une section, par la suite surnommée la « section rhodésienne », fut formée sous le commandement de Brady au camp d'entraînement de Sheerness sur l'île de Sheppey dans le Kent.