Suzy Delair est une actrice et chanteuse française, née le dans le et morte le dans le .

Son répertoire s'étendait de la comédie au drame et elle a joué avec de grands acteurs tels que Pierre Fresnay, Bernard Blier, Louis Jouvet, Fernandel, Bourvil, Alain Delon, ou encore Louis de Funès. Également danseuse et chanteuse, ses interprétations des chansons Avec son tralala et Danse avec moi de Francis Lopez, dans le film Quai des Orfèvres d'Henri-Georges Clouzot, sont restées dans les mémoires. À la scène, elle a joué fréquemment dans des opérettes de Jacques Offenbach (La Périchole, La Vie parisienne), d'Oscar Straus (Trois valsesReprise en 1959 à la Gaîté-Lyrique à Paris.), de Vanloo, Duval et André Messager (Véronique)

Biographie Fille d'une couturière et d'un sellier-carrossier, Suzy Delair est d'abord apprentie-modiste chez Suzanne Talbot, mais rêve de théâtre. Elle commence par faire de la figuration au cinéma et au théâtre pendant son adolescence, mais c'est au music-hall qu'elle connaît le succès sur la scène des Bouffes-Parisiens, à Bobino, à l'Européen, aux Folies-Belleville, dans le cabaret de Suzy Solidor, ainsi que dans des revues où se produisent Mistinguett et Marie Dubas..

Les amateurs de cinéma la découvrent, dix ans plus tard, en Parisienne délurée dans Le Dernier des six (1941), réalisé par Georges Lacombe sur un scénario d'Henri-Georges Clouzot, avec qui elle vit. Ce dernier, passé derrière la caméra, lui offre en 1942 un succès considérable avec L'assassin habite au 21: .

vignette|redresse|gauche|Suzie Delair en 1942 (Studio Harcourt). Sa carrière est entachée par son attitude ambiguë sous l'Occupation. Elle , jusqu'à admirer l'ordre nazi. Sous contrat avec la Continental, dirigée par Alfred Greven, elle fait partie le du groupe d'acteurs invités par les Allemands pour visiter les studios cinématographiques de l'UFA, en Allemagne et en Autriche (à Munich, Berlin et Vienne), aux côtés de René Dary, Junie Astor, Danielle Darrieux, Albert Préjean et Viviane Romance.: , Les Actualités mondiales, 27 mars 1942, (à partir de ) Ina.. À son retour, elle choque en embrassant chaleureusement Alfred Greven tout en se plaignant de ne pas avoir serré la main de Joseph Goebbels. Lorsque l'historien Marc Ferro évoque, dans son livre Pétain (1987), le cinéma pendant cette période, il cite, parmi d'autres, le nom de Suzy Delair : . À la Libération, elle n'écope finalement que d'une suspension de trois mois infligée par les comités d'épuration..

Si la comédienne figure parmi les vedettes des années 1940, sa carrière cinématographique est émaillée de pauses. En 1947, elle tourne Quai des Orfèvres avec Henri-Georges Clouzot, dont elle est encore la compagne ; ils se séparent après ce dernier succès commun. On la retrouve ensuite dans des films de Jean Dréville, Jean Grémillon, Marcel L'Herbier, Christian-Jaque, Marcel Carné, Luchino Visconti, René Clément et Gérard Oury.

vignette|redresse|Suzie Delair en 1945 (Studio Harcourt). Le , elle chante C'est si bon à l'Hôtel Negresco lors du premier Nice Jazz Festival. Louis Armstrong est présent et adore la chanson. Le , il enregistre la version américaine de la chanson (paroles anglaise de Jerry Seelen) à New York avec l'orchestre de Sy Oliver. À sa sortie, le disque connaît un succès mondial et la chanson est ensuite reprise par les plus grands chanteurs internationaux.. En 1948 également, elle tourne avec Bourvil dans Par la fenêtre de Gilles Grangier, film oublié aujourd'hui, mais où les deux partenaires font preuve d'une belle complicité.

En 1950-1951, elle tourne Atoll K, réalisé par Léo Joannon, avec pour partenaires Laurel et Hardy. C'est le dernier film tourné en commun par ce duo comique. Pendant la saison 1953-1954, elle est à l'Européen, à Paris, dans l'opérette Mobilette, avec pour partenaires Mona Monick et les débutants Michel Roux, Roger Lanzac, et Lucien Lupi.

En 1960, dans Rocco et ses frères de Luchino Visconti, elle tient un rôle secondaire mais drôle et remarqué (Luisa, la patronne de la blanchisserie, qui succombe rapidement aux charmes de Simone Parondi / Renato Salvatori).

En 1973 sort le film Les Aventures de Rabbi Jacob de Gérard Oury ; elle y tient le rôle de Germaine Pivert, dentiste épouse de Victor Pivert, incarné par Louis de Funès. Le film se classe en tête du box-office cette année-là avec plus de de spectateurs en salles.

En 1982, elle commente son parcours ainsi :

Dans les faits, Suzy Delair n'ignorait pas que de nombreux réalisateurs et professionnels du cinéma ne lui pardonnaient pas sa vie privée et certaines de ses positions ainsi que son attitude sous l'Occupation, entre 1940 et 1944, ce qui l'empêchera de participer à de grands films, ou à des projets importants, après 1945. Pourtant, elle sera épargnée par le Conseil de la Résistance, en 1944, lors de l'épuration, avec seulement une suspension de trois mois de son métier de comédienne et, en 1947, elle sera complètement relaxée par la justice française.

Elle restera malgré tout très populaire en France, de l'après-guerre aux années 1960. Mort thumb|285px|La tombe de Suzy Delair au cimetière ancien d'Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine).

Elle meurt le , à l'âge de . dans le .. Elle est inhumée au cimetière ancien d'Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine), sans cérémonie du fait du confinement ordonné en raison de la pandémie de Covid-19.

Reconnaissance et hommages Le , l’Académie du disque lyrique, présidée par Pierre Bergé, lui remet l'Orphée d'or du meilleur enregistrement d’opérette ou d’opéra bouffe pour son disque De l'opérette à la chanson (Musidisc, 2003).

Le , un hommage lui est consacré à la Cinémathèque française à Paris, présenté par le journaliste Olivier Barrot, en présence de l'actrice et de ses amis Françoise Arnoul, Pierre Trabaud, et Jacqueline Willemetz, petite-fille d'Albert Willemetz. Organisée par Sylvain Briet et Les Amis de la Cinémathèque française, cette manifestation présente un cycle de ses films comprenant Quai des Orfèvres, Lady Paname, Pattes blanches, Gervaise, Le Couturier de ces dames, et le sketch Une couronne mortuaire extrait de Souvenirs perdus.

Filmographie Cinéma 1930 : Un caprice de la Pompadour de Willi Wolff et Joë Hamman : une soubrette de la Pompadour 1932 : Violettes impériales d'Henry Roussel 1933 : La Dame de chez Maxim's d'Alexander Korda 1933 : Le Sexe faible de Robert Siodmak : une couturière 1933 : Touchons du bois de Maurice Champreux : la copine de jeu 1933 : Professeur Cupidon de Robert Beaudoin : une élève (créditée Suzy Delaire) 1934 : L'Or dans la rue de Curtis Bernhardt : Madeleine 1934 : La crise est finie de Robert Siodmak 1934 : Poliche d'Abel Gance : une danseuse 1935 : Ferdinand le noceur de René Sti : une prostituée 1935 : Dédé de René Guissart 1936 : Prends la route ! de Jean Boyer 1937 : Trois, six, neuf de Raymond Rouleau 1941 : Le Dernier des six de Georges Lacombe : Mila Malou 1942 : L'assassin habite au 21 d'Henri-Georges Clouzot : Mila Malou 1942 : Défense d'aimer de Richard Pottier : Totte 1945 : La Vie de bohème de Marcel L'Herbier : Phémie/Femia 1947 : Copie conforme de Jean Dréville : Coraline 1947 : Quai des Orfèvres d'Henri-Georges Clouzot : Marguerite Chauffornier Martineau, alias Jenny Lamour 1948 : Par la fenêtre de Gilles Grangier : Fernande et Yvette 1949 : Pattes blanches de Jean Grémillon : Odette Kerouan 1950 : Je suis de la revue (Botta e risposta) de Mario Soldati : la chanteuse 1950 : Lady Paname d'Henri Jeanson : Raymonde Bosset dite « Caprice » 1950 : Souvenirs perdus de Christian-Jaque : Suzy Henebey 1951 : Atoll K de Léo Joannon : Chérie Lamour 1955 : Le Fil à la patte de Guy Lefranc : Lucette Gauthier 1956 : Le Couturier de ces dames de Jean Boyer : Adrienne Vignard 1956 : Gervaise de René Clément : Virginie 1960 : Les Régates de San Francisco de Claude Autant-Lara : Lucilla 1960 : Rocco et ses frères (Rocco e i suoi fratelli) de Luchino Visconti : Luisa, la patronne de la blanchisserie 1963 : Du mouron pour les petits oiseaux de Marcel Carné : Antoinette la bouchère 1966 : Paris brûle-t-il ? de René Clément : une Parisienne 1973 : Les Aventures de Rabbi Jacob de Gérard Oury : Germaine Pivert 1976 : Oublie-moi, Mandoline de Michel Wyn : Mireille

Télévision

Théâtre 1952 : MobiletteMobilette, affiche.. de Serge Veber et André Hornez, musique de Henri Betti, mise en scène Jean-Marc Thibault, L'Européen 1959 : La Vie parisienne de Jacques Offenbach, livret Henri Meilhac et Ludovic Halévy, mise en scène Jean-Louis Barrault, Théâtre du Palais-Royal 1961 : De doux dingues de Michel André, mise en scène Jean Le Poulain, Théâtre des Célestins 1962 : La Vie parisienne de Jacques Offenbach, livret Henri Meilhac et Ludovic Halévy, mise en scène Jean-Louis Barrault, Odéon-Théâtre de France 1963 : L'Ours d'Anton Tchekhov, mise en scène Jean Desailly, Odéon-Théâtre de France 1963 : La Vie parisienne de Jacques Offenbach, livret Henri Meilhac et Ludovic Halévy, mise en scène Jean-Louis Barrault, Odéon-Théâtre de France 1963 : Tricoche et Cacolet (pièce de théâtre) d'Henri Meilhac et Ludovic Halévy, mise en scène Jacques Charon, Odéon-Théâtre de France 1965 : The Boy Friend de Sandy Wilson, mise en scène Jean-Christophe Averty et Dirk Sanders, Théâtre Antoine 1967 : Croque-monsieur de Marcel Mithois, mise en scène Jean-Pierre Grenier, tournée Charles Baret 1969 : Un mois sans toi de Marc Mays, mise en scène Michel Vocoret, Théâtre des Capucines 1969 : La Vie parisienne de Jacques Offenbach, livret Henri Meilhac et Ludovic Halévy, mise en scène Jean-Pierre Grenier, Théâtre des Célestins 1974 : L'Or et la Paille, de Barillet et Gredy, mise en scène Jacques Sereys, Théâtre Marigny : Cora Fontaine. Pièce enregistrée le et diffusée sur la deuxième chaîne de l'ORTF le , dans le cadre de l'émission Au théâtre ce soir, réalisée par Georges Folgoas. 1976 : Le Tube de Françoise Dorin, mise en scène François Périer, Théâtre des Célestins, tournée Herbert-Karsenty

Chansons interprétées

On peut citer aussi : Je reconnais mon rêve, C'est tout, Ma blonde, C'est un air populaire (paroles et musique de Michel Emer), Moi j'coûte cher (de Roger Lucchesi) et Moulin rouge (1966).

Distinctions Décorations , le ;. ; , promotion du . ; lors de la promotion du Archives des nominations et promotions dans l'ordre des Arts et des Lettres..

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Dictionnaire du cinéma français, sous la direction de Jean-Loup Passek, assisté de Michel Ciment, Claude-Michel Cluny, Jean-Pierre Frouard, coll. « Références », Paris, Larousse, 1987. Jean-Pierre Bertin-Maghit : Le Cinéma sous l'Occupation – Le monde du cinéma français de 1940 à 1946, Paris, Olivier Orban, 464, 1989 ; rééd, Le Cinéma français sous l'Occupation, Paris, Perrin, 2002 . Le Cinéma français sous l'Occupation, Paris, Presses universitaires de France, 2803, 1994, 128 . José-Louis Bocquet, en collaboration avec Marc Godin, Henri-Georges Clouzot cinéaste, Sèvres, La Sirène, 1993 ; réédité en 2011 sous le titre Clouzot cinéaste, Paris, La Table ronde. Almanach du cinéma : édition du centenaire, sous la direction de Philippe d'Hugues, Paris, Encyclopædia Universalis, 1995. René Chateau, Le Cinéma français sous l'Occupation : 1940-1944, Courbevoie, Éditions René Chateau, 1996. . Olivier Barrot et Raymond Chirat, Noir & blanc : 250 acteurs du cinéma français, 1930-1960, Paris, Flammarion, 2000 ; réédité en 2010 sous le titre Ciné-club : portraits, carrières et destins de 250 acteurs du cinéma français, 1930-1960. Jacqueline Willemetz, Suzy Delair, Mémoires, préface de Benoît Duteurtre, L'Harmattan, 2022 . Noël Herpe, Delair, Clouzot, avec Jacqueline Willemetz, Marest éditeur, 2022 .

Liens externes

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