Rhangabé (en grec : ), né vers 770 et mort le , est un empereur byzantin de 811 à 813.

Issu d'une famille aristocratique originaire des Balkans, Michel Rhangabé profite de l'arrivée au pouvoir de en 802 qui le propulse dans les plus hautes sphères du pouvoir, en sa qualité de beau-fils depuis son mariage avec Procopia, la fille de l'empereur. En 811, la mort de Nicéphore lors de la désastreuse défaite de la bataille de Pliska contre les Bulgares, qui laisse son propre fils, Staurakios, gravement blessé, fait de Michel l'un des mieux placés pour prétendre au trône impérial. Grâce au soutien de sa femme, de l'épouse de Staurakios Théophano d'Athènes et de plusieurs hauts dignitaires, il renverse Staurakios le .

Son règne est marqué par trois aspects principaux. Tout d'abord, il revient sur la politique financière et fiscale rigoureuse de Nicéphore qui lui a aliéné une partie de l'aristocratie. Au contraire, il récompense généreusement ses soutiens et le clergé. Ensuite, il tente de réconcilier certaines autorités ecclésiastiques, notamment Théodore Studite avec l'autorité impériale alors que Nicéphore a souvent affirmé la prédominance de l'empereur sur le clergé. Plus largement, un élément marquant du règne de Michel est sa propension à se concilier les bonnes grâces des différentes factions de l'élite byzantine, en n'hésitant pas à céder à leurs exigences, au détriment d'une politique cohérente.

Enfin, en matière de politique étrangère, il réussit à calmer la rivalité grandissante avec l'Empire carolingien en reconnaissant la qualité d'empereur à Charlemagne. Néanmoins, face à la menace grandissante et potentiellement mortelle des Bulgares menés par Krum, il échoue. Après avoir rejeté les offres de paix du dirigeant ennemi, il se lance dans une campagne militaire désastreuse qui se termine par une nouvelle défaite pour les Byzantins à la bataille de Versinikia en 813. Profondément fragilisé par cet échec qui laisse l'Empire dans une situation très précaire, il est renversé le par une conspiration menée par et contraint de devenir moine. C'est dans le monastère où il s'est retiré qu'il meurt, bien plus tard, en 844.

Contexte et accession au trône Quand arrive sur le trône, la situation de l'Empire byzantin est précaire. Depuis la mort de , une instabilité s'est installée au sommet de l'Empire, ce qui fragilise la renaissance entamée sous les Isauriens. Si est parvenu à mener à bien des réformes internes durables, son règne s'est terminé par le désastre de la bataille de Pliska en 811 contre les Bulgares dirigés par Krum. Ces derniers se sont progressivement installés au sud du Danube, aux côtés des Slaves, menaçant l'emprise de Byzance sur la péninsule balkanique. Les empereurs byzantins n'ont alors de cesse que de les soumettre à leur joug mais, par leur victoire à Pliska, les Bulgares ont démontré leur capacité de résilience. En plus de la victoire, Krum peut s'enorgueillir d'avoir tué l'empereur Nicéphore sur le champ de bataille, faisant de son crâne une coupe à boire. Désormais, il est en mesure de conquérir des territoires supplémentaires en direction de Constantinople, d'autant que le fils de l'empereur, Staurakios, a été grièvement blessé lors de la bataille. S'il est ramené en vie dans la capitale, son infirmité est telle qu'il n'est guère en mesure de gouverner, laissant l’État dans une situation des plus fragiles.

À la cour, ce vide du pouvoir favorise la naissance d'aspirations au trône. La femme de Staurakios, Théophano d'Athènes, semble le briguer, soit comme régente, soit comme impératrice régnante car elle n'a pas d'enfant. Un temps réticent, Staurakios se laisse convaincre de la nommer comme successeur. L'Empire sort alors d'une période de gouvernement par une femme, Irène l'Athénienne entre 797 et 802, ce qui a pu favoriser l'émergence de cette ambition. Néanmoins, l'élite byzantine ne s'accommode pas d'une telle perspective qui porte en elle trop d'incertitudes. C'est le nom de Michel Rhangabé qui émerge et fait l'objet d'un consensus entre le patriarche , le domestique des Scholes (le chef des armées) Étienne et le magister Théoctiste. Procopia, l'épouse de Michel et fille de l'empereur Nicéphore, pourrait bien avoir joué un rôle clé dans cette conspiration en tentant dans un premier temps de convaincre son frère de nommer son beau-frère comme successeur.

Staurakios pourrait avoir suspecté la manœuvre car il convoque Étienne le soir du pour lui demander comment s'emparer le plus aisément de Michel Rhangabé pour le faire aveugler, le châtiment des Byzantins pour punir les prétendants au trône et les rendre inaptes à la fonction. L'empereur semble toujours croire à la fidélité de son domestique des Scholes qui lui affirme que le palais des Manganes, où Michel réside, est trop bien gardé pour être attaqué dans l'immédiat. Si Staurakios paraît convaincu, Étienne précipite le mouvement et rassemble Michel, ses principaux lieutenants et les troupes qui leur sont loyales dans l'hippodrome. Dès les premières lueurs du , ils proclament Michel empereur. Staurakios cède et accepte de prendre l'habit monastique, non sans blâmer le patriarche pour son attitude complaisante à l'égard de Michel Rhangabé. Nicéphore n'en couronne pas moins ce dernier quelques heures plus tard, tout en lui ayant demandé un écrit par lequel il s'engage à défendre l'orthodoxie, à ne pas verser de sang chrétien et à ne pas légiférer en matière religieuse.

Famille et personnalité thumb|Miniature de Michel dans le Mutinensis gr. 122, manuscrit du .|alt=Photographie du dessin d'un portrait d'un homme barbu et couronné. Rhangabé est né dans les années 780 d'une famille estimée de l'aristocratie byzantine qui pourrait avoir des origines slaves. Il est le fils du patricien , drongaire de la flotte égéenneThéophylacte Rhangabé est seulement connu pour avoir participé à une conspiration contre Irène l'Athénienne pour la renverser en 780, sans succès. Il est ensuite banni. et il a la particularité d'être le premier souverain à être connu par son nom de famille. Il épouse Procopia, fille du futur empereur , et reçoit la dignité de curopalate après l'accession de son beau-père au trône en 802, ce qui le propulse parmi les membres les plus élevés de l'élite impériale. Il participe, comme de nombreux hauts dignitaires, à la campagne de Pliska mais en réchappe sain et sauf. Son statut de beau-fils d'un empereur explique certainement que son nom émerge rapidement parmi les prétendants au trône à la mort de Nicéphore. Selon Warren Treadgold, il apparaît aussi suffisamment distant du défunt empereur pour ne pas être victime de son impopularité en raison de ses réformes fiscales particulièrement rigoureuses.

Il est décrit comme beau, avec des cheveux noirs bouclés et barbu. Il est reconnu pour sa piété et son honnêteté et représente un parti consensuel au sein de l'Empire. Néanmoins, les chroniqueurs de l'époque estiment que ses capacités à gouverner sont limitées car il manque d'esprit de décision voire de jugement. Théophane le Confesseur dit de lui qu'il . Plus largement, les historiens modernes, à l'image d'Ostrogorski, considèrent qu'il n'agit qu'en réaction aux événements, sans prendre les devants et cherche avant tout à résoudre les problèmes en satisfaisant le plus grand nombre, d'où sa propension à combler de cadeaux diverses couches de l'élite byzantine ou bien à répondre favorablement à tout type de demandes. En outre, sa femme Procopia a apparemment une influence importante sur lui et, par conséquent, sur le gouvernement, ce qui suscite parfois le mépris de ses contemporains.

Règne Une politique intérieure conciliante et dépensière thumb|left|Miniature usuellement associée au couronnement de Rhangabé (selon un document de la Chronique de Skylitzès de Madrid). Il se pourrait qu'il s'agisse en réalité du couronnement d'un co-empereur par l'empereur « principal », peut-être Michel et son fils.|alt=Photographie d'un manuscrit montrant le couronnement d'un homme par un autre, sur une estrade, entourée de plusieurs courtisans.

Dès son arrivée sur le trône, Michel rompt avec la plupart des orientations de Nicéphore. Il profite d'un trésor impérial excédentaire du fait des nombreuses mesures fiscales de son prédécesseur pour offrir de larges prodigalités. Il donne nomismata au patriarche et la moitié de cette somme au reste du clergé de Sainte-Sophie. En outre, il entend compenser les victimes des taxations jugées injustes imposées par Nicéphore. Enfin, il semble avoir distribué un total de nomismata aux veuves des soldats tombés lors des campagnes de Nicéphore. Pour se concilier les bonnes grâces de Théophano, exclue de fait du pouvoir, il lui donne aussi une importante somme d'argent et lui permet de s'installer dans un palais luxueux converti en couvent, dès lors qu'elle a revêtu l'habit religieux. Dans l'ensemble, ces mesures lui permettent surtout de gagner les faveurs de l'élite impériale et de consolider son pouvoir.

Il rappelle aussi d'exil un certain nombre d'anciens dignitaires dont Léon l'Arménien, promu au rang de stratège des Anatoliques, le plus important thème de l'Empire. Cette politique inclut aussi les membres importants du clergé contraints à l'exil comme Théodore Studite, principale figure religieuse de son temps et son disciple Platon de Sakkoudion. Sous Nicéphore, ce mouvement rattaché au monastère du Stoudion contestait régulièrement l'autorité impériale dès lors qu'elle s'immisçait dans les affaires religieuses. Michel, lui, désire rétablir la concorde entre les autorités temporelles et spirituelles. Rapidement, il est sollicité pour mettre un terme à diverses hérésies qui se sont développées sur le territoire impérial. Il s'agit des Pauliciens et des Athinges qui émergent en Asie Mineure. est resté passif face à ces dissidences mais le patriarche veut les éliminer. Toujours pour se concilier le clergé, Michel prend un décret en qui ordonne aux autorités de faire exécuter tout membre de ces mouvements hérétiques. Néanmoins, il fait face à l'opposition de Théodore Studite qui rejette le principe d'une condamnation à mort. De nouveau, se résout à calmer le jeu. Les Pauliciens et les Athinges sont interdits de manifester leur confession mais ne sont plus menacés d'exécution.

En , Michel consolide son pouvoir en faisant couronner son fils Théophylacte comme coempereur, une pratique classique chez les Byzantins qui vise à affermir la position d'une famille au pouvoir, surtout quand elle vient d'arriver sur le trône. À cette occasion, l'empereur fait de nouveau œuvre de générosité par la donation de cadeaux et de sommes d'argent importantes aux autorités ecclésiastiques mais aussi au peuple présent à l'occasion de cette célébration.

Réconciliation avec Charlemagne