vignette|Logo de la Sabena. La faillite de la Sabena désigne la liquidation judiciaire de la compagnie aérienne porte-drapeau belge Sabena. Elle eut lieu le , mettant de facto un terme aux emplois des travailleurs de la Sabena SA et affectant grandement les autres membres du Groupe Sabena, qui employait près de personnes à l'époque.

C'est à ce jour la faillite la plus importante du Royaume, mettant fin à 78 années d'existence, puisque la Sabena fut créée en 1923, ce qui faisait d'elle l'une des plus anciennes compagnies aériennes nationales encore en activité.

Contexte

vignette|La compagnie aérienne suisse Swissair détenait 49,5% de la Sabena et cessa ses activités un mois avant la faillite de la compagnie belge, à la suite de défauts de paiement. La Sabena SA était une société anonyme crée en 1923 à la demande expresse du Roi Albert 1er, à l'époque où les nations souhaitaient avoir une compagnie aérienne porte-drapeau, à l'instar de la KLM néerlandaise (créée en 1919). Le Roi nomme d'ailleurs un militaire comme premier directeur général : le Capitaine-commandant Georges Nélis, as de l'aviation belge pendant la Première guerre mondiale. Elle commence ses activités le avec un capital initial de 6 millions de francs belges, financé par trois acteurs : le SNETA (Syndicat national pour l'étude du transport aérien), l’État belge et le Congo belge (alors colonie de la Belgique), soit d'emblée avec un partenariat public-privé. Les premières lignes s'opèrent d'une part sur le territoire de la métropole et d'autre part dans la colonie. C'est en 1925 que la Sabena inaugure ses premières lignes entre la métropole et le Congo qui resteront longtemps son cheval de bataille, puis développe son réseau international au départ de l'aérodrome de Haren puis de l'aéroport de Bruxelles-National après la Seconde guerre mondiale.

L'État belge étant l'actionnaire principal de la compagnie, il injectait régulièrement de l'argent public afin de financer ou de combler ses pertes. Ce partenariat public-privé belge ne concernait pas que la Sabena, on peut également citer la Société nationale des chemins de fer belges ou Electrabel, qui existent encore aujourd'hui. Il fut cependant remise en cause par les différents traités de l'Union européenne qui régulèrent et limitèrent les aides financières des États aux sociétés.

Pour de multiples raisons, la Sabena n'a jamais pu être une société rentable d'un point de vue économique. Au fur et à mesure des années, l'État belge a donc décidé de céder de plus en plus de ses parts à des actionnaires privés et envisageait de la privatiser entièrement, la Sabena étant devenue un poids que le gouvernement fédéral souhaitait de moins en moins supporter. En effet, les logiques de privatisation menées par les différentes réformes de l’État belge dès les années 1960 avaient conduit au projet de supprimer la compétence des transports de l'état fédéral, ce qui fut fait dès la troisième réforme, à la fin des années 1980. La première étape fut de diviser la Sabena en différentes filiales, dans les années 1980, sous l'impulsion du ministre des communications de l'époque, Herman De Croo et du nouveau directeur général, Carlos Van Rafelghem. La Sabena Airlines devient alors l'une des composantes du Groupe Sabena, qui gère également la Sabena Catering pour la nourriture à bord, la Sabena Hotels pour les différents hôtels de la compagnies en Belgique et à l'étranger, ou encore la Sabbel Insurance Ltd, chargée des opérations financières non liées à l’aéronautique. Certaines de ces filiales existent encore aujourd'hui, comme la Sabena Technics. C'est dans ce contexte de nécessité de recapitalisation et de modernisation structurelle que, dans les années 1990, la Sabena commença à chercher des compagnies aériennes avec qui s'allier afin de former un groupe international fort, capable de faire face la démocratisation du transport aérien et aux évolutions de l'économie et de la société.

Après quelques tentatives infructueuses, une alliance fut conclue avec la compagnie aérienne suisse Swissair en 1995, qui devint alors actionnaire minoritaire à hauteur de 49,5%, avec un projet de monter à 85% (le reste des parts étant alors détenues par l’État belge) mais qui ne vu pas le jour, notamment du à l'arrêt des activités de la compagnie helvétique un mois avant la faillite de la Sabena, soit le , puis à sa propre faillite le .

Plans de sauvetage Alliances thumb|La Sabena avait d'abord conclu une alliance avec Air France entre 1992 et 1994. Depuis les années 1980, le manque de rentabilité de la Sabena et les difficultés de capitalisation de l’État la pousse à devoir s’allier avec d'autres compagnies aériennes afin de survivre. Un premier projet d'alliance avec Scandinavian Airlines se profile en 1987 mais est abandonné.

En 1992, la Sabena s'allie à Air France, sans toutefois que cette dernière n'injecte du capital dans la compagnie belge. L'accord est rompu en 1994, année où un audit de la banque Lazard avait conclu à la nécessité de recapitaliser la Sabena au minimum à hauteur de 248 millions €.

En 1995, la compagnie Suisse Swissair, alors partenaire avec Delta Air Lines, se montre intéressée par une alliance avec la Sabena, notamment à la suite d ses propres échecs d’alliance avec SAS, Austrian Airlines et KLM. Cette alliance offre à Swissair l’accès à l’Union européenne via le hub de l'aéroport de Bruxelles-National, ainsi que les destinations extra-européennes via une compagnie à majorité belge, et notamment le réseau africain de la Sabena. Le partenariat est conclu le et Swissair possède alors 49.5% des parts de la Sabena, l’État belge gardant 50.5%. Cependant, la compagnie suisse devient actionnaire majoritaire grâce ses warrants. La Commission européenne donne son feu vert à un apport de 161,13 millions d'euros de Swissair au capital de la Sabena à condition que : L'administrateur-délégué soit nommé sur proposition du président du conseil d’administration et de Swissair. Le planning et la gestion de l’ensemble des réseaux s’effectuent selon les normes et procédures déterminées par Swissair. Un plan de restructuration de la Sabena soit rapidement mis en place afin d'atteindre au minimum un équilibre financier. L’État belge poursuive la recapitalisation de la société. La division Sabena Catering soit reprise par Gate Gourmet, la filiale restauration de Swissair. L'harmonisation des flottes d'avions, la Swissair volant majoritairement avec des Airbus et la Sabena avec des Boeing.

En , le nouveau Conseil d'administration est mis en place et en 1996, Pierre Godfroid est remplacé par le suisse Paul Reutlinger.

Plans de restructuration Le nouveau CEO suisse met alors en place un plan économique nommé « Horizon 1998 », avec pour but 116,51 millions € d’économies. La même année, les pertes de la Sabena atteignent 223,10 millions € et que celles de Swissair (devenue le holding SAirGroup) atteignent 297,49 millions €. Le , Paul Reutlinger annonce qu'il quitte la Sabena et qu'il sera remplacé par l'allemand Christoph Müller. En , le nouveau CEO présente son nouveau plan de restructuration: « Blue Sky », en vue de réaliser quelque 357 millions € d’économies.

Plans de la dernière chance Le gouvernement belge, notamment via son ministre des finances Didier Reynders tenta de mettre sur pieds des plans de relance afin d'attirer de nouveaux investisseurs. L'un des repreneurs potentiels s'étant manifesté était la compagnie aérienne britannique low-cost Virgin Express de Richard Branson, compagnie avec laquelle la Sabena avait déjà des accords d'achat de sièges mais qui finit, en 2001, par attaquer la société belge en justice pour non-respect de ce contrat.

C'est finalement la faillite qui est décidée comme meilleure option avec un plan de création d'une nouvelle compagnie aérienne nationale sur base de la compagnie Delta Air Transport alors filiale de la Sabena.

La faillite vignette|Le dernier vol fut opéré le entre Abidjan (Côte d'Ivoire), Cotonou (Bénin) et Bruxelles, par cet Airbus A340-300 immatriculé OO-SCZ.

Chronologie : création de la Sabena (Societé Anonyme Belge d'Exploitation de la Navigation Aérienne) : Indépendance du Congo belge 1978: nouveau directeur: Carlos Van Rafelghem 1987 : projet d'alliance avec Scandinavian Airlines, qui échoue. 1991: nouveau directeur: Pierre Godfroid 1992 à 1994 : accord avec Air France. : alliance avec la compagnie suisse Swissair. 1996: nouveau directeur: le Suisse Paul Reutlinger. 1996 : accord de partage de codes avec la compagnie aérienne low-cost britannique Virgin Express pour l'achat de sièges sur des vols court-courriers afin d'augmenter l'offre de la Sabena. : le conseil d'administration avalise l'achat de 34 Airbus dans le but d'uniformiser les flottes des deux compagnies. : Swissair insère la Sabena dans le Qualiflyer Group. 2000: nouveau directeur: l'Allemand Christoph Müller : un pré-accord prévoit la montée en puissance de Swissair jusqu’à 85% du capital de Sabena. : accord mettant officiellement en place l'AMP (Airline Management Partnership). : L’État belge attaque la Swissair en justice en demandant l’annulation de l'accord de 1995 et des dédommagements financiers. : accords Astoria visant la recapitalisation la Sabena par la Swissair et l’État. : Virgin Express attaque la Sabena en justice pour non-respect du contrat d'achat de sièges liant les deux compagnies. : attentats du 11 septembre. : arrêt des opérations de la Swissair. : faillite prononcée de la Sabena.

vignette|Brussels Airlines naitra de la fusion entre SN Brussels Airlines et Virgin Express, le , soit 5 ans jour pour jour après la faillite de la Sabena. : reprise de certains vols européens de l'ancienne Sabena par Delta Air Transport, soutenue par le consortium SN Air Holding dans le but de recréer une compagnie aérienne nationale. : décision de la Chambre d'instituer une commission d'enquête parlementaire au sujet de la faillite de la Sabena. : lancement de la SN Brussels Airlines. : date de faillite officielle de Swissair. : lecture des conclusions de la commission d'enquête de la Sabena devant la Chambre. : fusion entre SN Brussels Airlines et Virgin Express, donnant naissance à Brussels Airlines, 5 ans jour pour jour après la faillite de la Sabena. : verdict de la cour d'appel au sujet des causes de la faillite. : Le Tribunal de première instance de Zurich rejette les demandes de dédommagements de l’État belge et conteste la responsabilité de la Swissair dans la faillite de la Sabena. : six anciens responsables de la compagnie aérienne sont renvoyés en correctionnelle et inculpés de fraude fiscale dans l'affaire de la société filiale Sabbel Insurance Ltd., basée aux Bermudes. : La curatelle de la Sabena saisit le tribunal de commerce de Bruxelles pour réclamer 95 millions d’euros de dommages et intérêts à Airbus. : la Cour de cassation déclare la prescription du dossier de fraude fiscale à la Sabena.

Déroulement L'annonce de la faillite fut faite aux syndicats par Ferdinand Chaffart, président du conseil d'administration de la compagnie lors d'un conseil d'entreprise le à . La faillite sera officiellement proclamée le par le tribunal de commerce de Bruxelles, dans la foulée de la faillite de la compagnie suisse Swissair, son principal partenaire et actionnaire, ayant suspendu ses activités le .

Le dernier vol de la Sabena (SN690) fut opéré le entre Abidjan (Côte d'Ivoire), Cotonou (Bénin) et Bruxelles, par un Airbus A340-300 immatriculé OO-SCZ qui se posa à avec à son bord et membres d'équipage. Symboliquement l’appareil fut arrosé par les pompiers de l’aéroport et, une fois immobilisé, une partie du personnel encercla l'avion en se tenant par la main.

Curatelle vignette|La curatelle eut notamment pour mission de liquider les biens de la Sabena, dont l'Hôtel des Mille Collines à Kigali, tristement célèbre à la suite de son rôle dans le génocide des Tutsi et pour avoir été le théâtre du film Hôtel Rwanda.