alt=Karl Marx|vignette|Karl Marx L'économie marxiste est une école de pensée économique issue des travaux de Karl Marx et de ses successeurs marxistes. L'économie marxiste renvoie à l'ensemble des productions intellectuelles d'économie inspirées des thèses du marxisme.
L'économie marxiste est basée sur trois noyaux : les écrits économiques de Marx ; l'économie marxienne, qui se réclame de la pensée originale de Marx ; et l'économie marxiste, qui appuie sa réflexion sur le marxisme et l'élargit.
Historique Le marxisme économique trouve son origine dans les travaux de Marx, qui, pour beaucoup, abordent des questions économiques. Marx s'inspire en partie du socialisme français et de la pensée socialiste au sens large. À la manière d'Auguste Comte, Marx pense pouvoir découvrir des lois de l'histoire. Marx pense l'économie à partir d'une division des classes sociales, à l'instar de Claude de Saint-Simon, qui considérait qu'il existe un clivage entre la classe des producteurs et la classe des oisifs (bourgeois, militaires, juristes…). Marx s'éloigne toutefois nettement de Saint-Simon, qui souhaitait résoudre l'antinomie de classe en soumettant la société à l'intérêt des producteurs. Mais dans tous les cas, le communisme vers lequel doit tendre la société est pour une grande part inspiré des penseurs utopistes français. Marx pense que la société doit se diriger vers l'abolition de la propriété privée et l'appropriation des moyens de production par les travailleurs.
Postulats Nécessité du marxisme économique Le marxisme économique justifie son existence par la nécessité d'une rupture avec les concepts utilisés par l'économie non-marxiste, qui, selon les marxistes économiques, n'est qu'une formalisation de la pensée bourgeoise. En 1847, dans Misère de la philosophie, Marx écrit que . Il s'agit pour le marxisme économique d'expliquer .
Matérialisme historique
Le pilier de la pensée économique marxiste se situe dans sa conception matérialiste de l’histoire, inspirée du matérialisme de Ludwig Feuerbach. Le matérialisme historique soutient que les hommes (agents économiques) pensent, agissent et produisent sur la base des conditions socio-économiques qui sont les leurs. Ils font leur propre histoire, sans savoir laquelle ils font. Les conditions de la reproduction matérielle de la société sont déterminantes dans la structure de la société même.
Ce matérialisme historique est basé sur une dialectique, inspirée de celle de Georg Hegel, selon laquelle le devenir de toute réalité se comprend dans un mouvement passant de l'affirmation (thèse) à la négation (antithèse), puis à la négation de la négation (synthèse). Seulement, si Hegel déduit de la dialectique l'existence de l'Esprit, c'est-à-dire de l'Absolu ou encore de la Liberté, Marx considère que la dialectique s'inscrit dans l’évolution de l’activité humaine. Aussi est-il amené à penser que les conditions économiques et matérielles déterminent l'anatomie d'une société. Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine la réalité, mais la réalité sociale qui détermine leur conscience.
Nous retrouvons donc l'idée d'Auguste Comte selon laquelle l'Esprit est déterminé par des conditions historiques et sociales. Mais, là où Marx se démarque de Comte, c'est qu'il essaie de faire reposer cette idée sur une base scientifique et matérielle. Il rattache en effet la conscience à un mode de production, ensemble composé d'une infrastructure (nature des forces productives comme les outils et le travail, et rapports techniques et sociaux de travail) et de la superstructure (religion, Droit, morale, idéologies, science…).
Évolution historique des structures de production En application du matérialisme historique, Marx conçoit l'évolution de la pensée comme l'évolution de la société humaine, qui elle-même suit une course dialectique. Il considère ainsi que plusieurs modes de productions historiquement situés se sont succédé (féodalisme, esclavagisme, capitalisme…), déterminant des organisations sociales. Chaque mode se heurtant à un moment donné aux contradictions entre les institutions et les forces productives, qui trouvent leur résolution dans le mode qui leur succède.
Valeur travail Marx est parfois considéré comme le dernier des partisans de l'école classique d'économie. Cela tient à ce que cette dernière trouvait une forme d'homogénéité dans l'adhésion en la théorie de la valeur-travail de David Ricardo, à laquelle Marx adhère.
Exploitation et plus-value Le cœur de la théorie de la valeur du marxisme économique se situe dans la notion de plus-value, qui est le symptôme de l'exploitation des travailleurs. Cette notion est empruntée à Pierre-Joseph Proudhon. Elle ne peut être comprise que dans le cadre de la théorie de l'exploitation sociale soutenue par le marxisme économique.
Selon ce dernier, la répartition de la richesse est directement déterminée par la bipartition générale de la société en deux classes sociales ; la classe bourgeoise qui détient le capital, et la classe prolétarienne, qui ne dispose que de sa force de travail (facteur travail). Le capitalisme exploite le travailleur en lui subtilisant une plus-value (le « sur-travail »), car le capitaliste ne paye que la valeur de la force de travail, et non la valeur produite par la force de travail. Le capitaliste tire son profit de cette différence, qui est la plus-value.
Capital Le marxisme économique soutient que le capital n'est pas que l'ensemble des outils de production utilisés par les travailleurs, mais aussi et surtout l'expression d'une relation sociale de production historiquement déterminée. Le propre du capital est qu'il est utilisé pour produire des biens destinés à être vendus avant d'être utilisés, et non à être simplement utilisés.
Valeur des biens Dans la valeur du produit il y a ainsi : la valeur des moyens de production consommés dans la fabrication du produit ; la valeur du travail payé (constitué par la valeur de la force de travail utilisée, donc le montant des salaires) ; et une autre partie du travail fourni par l'ouvrier qui n'est pas payée et qui constitue la plus-value empochée par le propriétaire des moyens de production qui devient par ce mécanisme un capitaliste.
Il tire de ces fondamentaux une théorie selon laquelle les tendances internes du système capitaliste recèlent des contradictions indépassables qui vont déclencher systématiquement et de manière récurrente, des crises économiquesPour cette partie, voir Delfaud, 1997..
Circuit économique Le marxisme économique est attaché à la théorie du circuit économique mis en avant par les physiocrates. Il reprend aussi des éléments de la pensée ricardienne.
Thèses
Le fétichisme de la marchandise au sein de la société capitaliste Le concept du fétichisme de la marchandise, parfois précisé en fétichisme de la marchandise et de la monnaie, développé par Karl Marx dans le premier chapitre de son ouvrage Le Capital, décrit un phénomène fondamental propre au mode de production capitaliste. L'auteur souligne que, dans ce système, les marchandises sont erronément perçues comme ayant une valeur d'échange intrinsèque en elles-mêmes et autonome, comme si leur valeur n'avait rien à voir avec l'activité humaine réelle qui les a produites. Aussi, ce concept de fétichisme partage des similitudes avec les idées d'aliénation et d'idéologie dans la pensée de Marx, c'est-à-dire que le fétichisme est une structure engendrant une dépossession de soi-même (=aliénation) également combinée à une fausse conscience dominante (=idéologie) générée par le culte de la marchandise et de la monnaie.
Ce concept repose donc sur l'analyse de la notion de valeur en économie (et la critique marxiste de cette dernière) ; il souligne la place qu'occupe la marchandise dans la vie quotidienne et comment ce fondement du système capitaliste se dérobe à notre compréhension. Selon l'économiste Isaak Roubine, la « théorie du fétichisme est, per se, la base de tout le système économique de Marx, et en particulier de sa théorie de la valeur ».
Le fétichisme de la marchandise désigne ainsi la manière dont la valeur d'échange des produits finit par être attribuée seulement à leurs qualités, alors que selon la théorie marxiste, la valeur d'échange est une fonction du travail humain, et des rapports sociaux qui rendent l'échange possible. Ainsi, le contexte social dans lequel les échanges sont faits, et son influence sur la valeur des objets, est aussi occulté dans la perspective du fétichisme de la marchandise. Cette illusion conduirait à une transformation des relations entre les gens en simples rapports entre choses. Le monde des objets, devenu autonome, dominerait alors les hommes sous le capitalisme en tant que .
Dans cette perspective, l'argent devient ainsi une véritable puissance divine dont le pouvoir s'exerce sur l'ensemble des pensées et des actions humaines. Le sociologue hongrois marxiste Georg Lukács parlera à ce propos de la des rapports sociaux. Selon Marx, la force de travail devient également une marchandise: le fétiche-marchandise ne concerne ainsi pas simplement des objets fixes, mais également des activités, elles aussi réifiées et chosifiées.
Marx met en parallèle ce concept avec les fétichismes religieux antérieurs au capitalisme, en y montrant également les différences : .
Le penseur marxien Anselm Jappe propose dans un article apparu dans la revue Jaggernaut en 2019 intitulé Un concept difficile - Le fétichisme chez Marx, résume ce qu'est le fétichisme de la marchandise :
Accumulation du capital
Dans le premier volume du Capital, Marx écrit que l'accumulation du capital résulte de . Le capitaliste ne peut pas accumuler du capital sans accumuler de la plus-value, c'est-à-dire du travail prolétarien non rémunéré. L'accumulation du capital a pour conséquence une augmentation de la valeur des outils de production, et de la valeur que peut créer le facteur travail.
Marx soutient dans les Manuscrits de 1844 que , accumulation définie comme . Le capitaliste qui souffre le plus de l'accumulation est le , car .
Fonctionnement du système d'exploitation Marx considère que les capitaux engagés A se décomposent en deux parts : le capital constant c (les machines, les matières premières et les matières auxiliaires) et le capital variable v (les salaires). La valeur de A est donc A = c + v.
Il suppose de plus que le capital constant ne fournit aucun surplus au capitaliste, ce n'est que le capital variable qui est source de valeur, et cette valeur est proportionnée au temps de travail social nécessaire à la production de la marchandise. Celui-ci comprend le travail indirect et le travail direct.
L'exploitation des capitalistes s'exprime alors dans le fait que la force de travail utilisée n'est pas payée par le capitaliste au prorata de sa valeur. Le travailleur est payé, dans la logique de l'économie classique, au minimum vital qui permet sa subsistance. Sous la pression d'un chômage permanent, les salaires seront toujours ramenés à long terme vers le salaire minimum. Le capitaliste récupère donc une différence : la plus-value, notée pl. On a donc : A' = c + v + pl. On peut dès lors définir : le taux de plus-value : pl/v qui exprime le niveau d'exploitation du travailleur. le taux de profit : pl/(c+v), qui mesure le gain du capitaliste sur le capital engagé.
La valeur produite se répartit alors dans : Les salaires qui tendent vers le minimum vital. Les profits, donnés par la somme des plus-values, différence entre le travail total mis en œuvre et le travail nécessaire. Les intérêts et les rentes. Ils sont considérés par Marx comme une répartition de second degré prélevés sur les profits. Ils dépendent de facteurs monétaires ou financiers.
Trois possibilités s'offrent aux capitalistes pour accroître la plus-value : Augmenter la durée du travail (c'est la plus-value absolue).