Adelaide Anne Procter, née le à Londres et morte dans cette même ville le ., est une poétesse, éditrice et philanthrope britannique. Au cours de sa vie, elle œuvre pour diverses causes, notamment le chômage des femmes et l'aide aux sans-abri, et s'engage activement dans des groupes et journaux féministes. Procter ne se maria jamais. Elle tombe malade, peut-être à cause de ses activités caritatives, et meurt de la tuberculose à l'âge de .

La carrière littéraire de Procter commence dès son adolescence. Ses poèmes sont d'abord publiés dans les revues littéraires de Charles Dickens et avant d'être plus tard rassemblés sous forme de livre. Son engagement caritatif et sa conversion au catholicisme semblent avoir fortement influencé sa poésie, qui traite principalement de sujets tels que le sans-abrisme, la pauvreté et les femmes déchues.

Procter était la poétesse favorite de la Reine Victoria. Sa poésie fut fréquemment rééditée au cours du , et Coventry Patmore (poète et critique littéraire anglais) la qualifie de poète la plus populaire de l'époque, après Alfred, Lord Tennyson. Ses poèmes sont mis en musique, transformés en hymnes, et publiés aux États-Unis et en Allemagne aussi bien qu'en Angleterre. Cependant, au , sa notoriété s'effrite, et peu de critiques modernes lui ont accordé leur attention. Ceux qui l'ont fait, cependant, affirment que l’œuvre de Procter est notable, notamment pour ce qu'elle révèle de la manière dont les femmes de l'époque victorienne expriment des sentiments par ailleurs réprimés. L'écrivaine Elizabeth Gray regrette quant à elle que « la palette et l'inventivité formelle de cette poétesse victorienne incroyablement emblématique soient restés largement inexplorées ».

Biographie Adelaide Anne Procter naît au 25 Bedford Square dans le district de Bloomsbury à Londres, le . Son père Bryan Waller Procter est poète sous le nom de Barry Cornwall et sa mère est Anne Procter (née Skepper)Gregory (2004).. La famille était en contact étroit avec le monde littéraire de l'époque : la romancière Elizabeth Gaskell aimait rendre visite à la famille ProcterGregory (1998), 5., et le père, Bryan Procter, était un ami du poète Leigh Hunt, de l'essayiste Charles Lamb et du romancier Charles DickensO'Gorman (2004), 314., en plus d'être en lien avec le poète William WordsworthBlair (2004), 128. et le critique William HazlittHickok and Woodall (1998), 519.. En 1895, son amie Bessie Rayner Parkes témoignera dans un écrit que « tous ceux qui avaient une quelconque d'ambition littéraire semblaient entrer et sortir de la maison sans interruption. Les Kemble, les Macready, les Rossetti, les Dickens, les Thackeray, n'avaient jamais vraiment l'air être des invités, ils semblaient faire partie de l'endroit.»Cité dans Gregory (1999), 5. L'autrice et actrice Fanny Kemble écrit que la jeune Adelaide Procter qu'elle « ressemble à l'enfant d'un poète, et à un poète... avec une expression naturellement pensive et ténébreuse, inhabituelle pour une si jeune enfant. »

Dickens parle avec estime de la vive intelligence de Procter. D'après lui, la jeune femme maîtrisait sans difficulté tous les sujets vers lesquels son intérêt la portait :« Alors qu'elle n'était encore qu'une jeune enfant, elle apprit avec facilité plusieurs des problèmes d'Euclide. En grandissant, elle apprit le français, l'allemand et l'italien […], le piano […], le dessin. Mais, dès qu'elle avait parfaitement triomphé des difficultés d'une branche du savoir, elle perdait tout intérêt pour ce domaine et passait à autre chose.»Dickens (1866), 3.Lectrice avide, Procter est essentiellement autodidacte, bien qu'elle ait étudié au Queen College de Harley Street en 1850. Le Queen College avait été fondé 2 ans auparavant par le chrétien-socialiste Frederick Maurice, et parmi les professeurs se trouvaient le romancier Charles Kingsley, le compositeur John Hullah ou encore l'écrivain Henry MorleyGregory (1998), 13..

Procter manifesta très jeune une passion pour la poésie et, alors qu'elle était encore une jeune enfant, elle emportait partout avec elle "un petit carnet où les passages de ses poèmes préférés étaient copiés à la main par sa mère Anne avant qu'elle-même ne sache écrire […] tout comme une autre petite fille aurait emmené sa poupée". C'est à l'adolescence que Procter publie son premier poème intitulé « Ministering Angels », qui paraît dans le recueil Heath's Book of Beauty en 1843. En 1853, elle soumet son travail à la revue littéraire de Dickens Household Words, choisissant d'utiliser le pseudonyme de Mary Berwick car elle souhaite que son travail soit jugé sur son propre mérite, et non par rapport à l'amitié entre Dickens et son pèreDickens (1866), 2.. Dickens n'apprendra l'identité de « Berwick » que l'année suivanteDickens (1866), 1.. Cette première publication marque le début de la longue collaboration de la poétesse avec les revues de Dickens. Au total, Procter publiera 73 de ses poèmes dans Household Words et 7 poèmes dans All the Year Round, dont la plupart sont rassemblés dans les deux volumes de son recueil de poésie Legends and Lyrics. Procter est également publiée dans les revues Good Words et Cornhill.

En plus de son activité de poétesse, Adelaide Procter est éditrice du Victoria Regia, une anthologie de textes d'écrivainesChapman (2003), 31..

En 1851Bessie Rayner Parkes Belloc donne la date de 1849, mais Dickens parle de 1851 dans son "Introduction" à l'édition de 1866 des Legends and Lyrics. L'introduction a été lue et approuvée par la mère de Procter, de quoi Gill Gregory conclut que la date de Dickens est la bonne (Gregory , 8)., Procter se convertit au catholicisme romain. À la suite de sa conversion, elle devient extrêmement active au sein de diverses causes caritatives et féministes. Elle devient membre du Langham Place Group, dont l'objectif est d'améliorer la condition des femmes, et se lie d'amitié avec les féministes Bessie Rayner Parkes (plus tard Bessie Rayner Belloc) et Barbara Leigh Smith (plus tard Barbara Bodichon). Procter contribue à la fondation en 1858 du English Woman's Journal (Journal de la Femme Anglaise) et, en 1859, de la Société pour la Promotion et l'Emploi des Femmes, deux entreprises dont l'objectif est d'étendre les opportunités économiques et professionnelles des femmes. Bien que sur le papier Procter n'apparaisse que comme une membre parmi d'autres, sa camarade Jessie Bouchrett estimait qu'elle était le « moteur » (« animating spirit »Cité dans Gregory (1998), 27.) de la Société. Son troisième recueil de poèmes, A Chaplet of Verses (1861) est publié au bénéfice d'un Refuge de nuit catholique pour femmes et enfants, qui avait été fondé en 1860 à Providence Row dans l'Est de LondresGregory (1998), 3..

Selon une lettre écrite par son ami William Makepeace Thackeray à ses filles cette année-là, Procter se serait fiancée en 1858. L'identité du fiancé reste inconnue, et le mariage proposé n'eut jamais lieuGregory (1998), 21.. Selon son biographe allemand Ferdinand Janku, les fiançailles semblent avoir duré plusieurs années avant d'être rompues par le fiancé de ProcterCité dans Gregory (1998), 24.. Le critique Gill Gregory suggère que Procter a pu être lesbienne, et amoureuse de Matilda Hays, une autre membre de la Société pour la Promotion et l'Emploi des FemmesGregory (1998), 25.. D'autres critiques ont qualifié la relation de Procter et Hays d'« émotionnellement intense »Hoeckley (2007), 123.. Le premier recueil de poésie de Procter, Legends et Lyrics (1858) est dédié à Hays et, la même année, Procter écrit un poème intitulé « À M.M.H. »Publié ultérieurement dans Legends and Lyrics en tant que "Rétrospective". dans lequel Procter « exprime de l'amour pour Hays […], [Hays était une] romancière, traductrice de George Sand, et une figure controversée […] elle portait des vêtements d'homme et avait habité avec la sculptrice Harriet Hosmer à Rome un peu plus tôt dans les années 1850 ». Bien que plusieurs hommes aient montré de l'intérêt pour elle, Procter ne se maria jamaisGregory (1998), 24..

Procter tombe malade en 1862. Dickens et d'autres suggèrent que sa maladie a été causée par son travail caritatif acharné, qui « semble avoir injustement mis à l'épreuve ses forces »Dickens (1866), 9; Lennox (1911).. Elle tente d'améliorer sa santé par une cure à Malvern, sans succèsLennox (1911).. Le , Procter meurt de la tuberculose à la suite de près d'une année d'alitement contraintGregory (1998), 1.. Sa mort est décrite par la presse comme un « désastre national »Cité dans Gray (1999), 682. et Procter est enterrée au cimetière de Kensal Green.

Carrière littéraire La poésie de Procter est fortement influencée par ses convictions religieuses et ses activités caritatives : les sans-abris, la pauvreté et les « femmes déchues » (le terme anglais, "fallen women", désignait en particulier les prostituées) sont des thèmes fréquents dans son œuvre. Les préfaces de Procter à ses recueils de poésie soulignent les conditions de vie misérables des pauvres, comme dans le poème « La pauvre sans-abri »Cité dans Gregory (1998), 12. : Dans cette rue précise, et à cette même heure, Dans l'air amer, glacial, sous le grésil cinglant, Pelotonnée, sous un porche, était une mère, Avec ses jeunes enfants grelottant à ses pieds.

Elle était silencieuse – qui l'aurait écoutée ? Hommes et bêtes bien au chaud – mais elle devait rester Privée de foyer dans l'immense ville cruelle, Jusqu'au lever du jour dans le froid de l'hiver. Le catholicisme de Procter influence également ses choix d'images et de symboles : elle fait par exemple de fréquentes références à la Vierge Marie, dans le but de « familiariser les lecteurs laïcs et protestants à la possibilité qu'un ordre divin soit critique à l'encontre des rapports de domination instaurés par l'idéologie victorienne sexiste »Hoeckley (2007), 127..

Procter écrivit plusieurs poèmes au sujet de la guerre (la plupart des poèmes publiés sur ce sujet dans Household Words sont de sa mainMarkovits (2005), 472.), bien qu'elle traite rarement directement du sujet, préférant laisser la guerre « en toile de fond, comme quelque chose qu'il faut suggérer plutôt qu'énoncer »Markovits (2005), 473.. Généralement, ces poèmes dépeignent le conflit comme quelque chose « qui peut unir une nation ayant été divisée par des distinctions de classe ».

Selon le critique Gill Gregory, Procter « ne se pose pas ouvertement la question épineuse du poète, et particulièrement de la femme poète et de son accession à la célébrité »Gregory (1998), 56., contrairement à de nombreuses autres poétesses de l'époque telles que Felicia Hemans et Letitia Elizabeth Landon. Procter est plutôt préoccupée au premier chef par la classe ouvrière, en particulier par les femmes de classe ouvrière, et par les « émotions des antagonistes des femmes qui n'ont pas pleinement trouvé à s'exprimer »Gregory (1998), 57.. Procter incarne une esthétique victorienne de la sentimentalitéMason (2006), 82, 86., mais selon Francis O'Gorman, elle le fait avec une « force singulière » : en effet, elle dépeint les affects émotionnels sans simplification, parvenant à maintenir une « énergie émotionnelle [en tension]... vis-à-vis des complexités et des nuances ». Le langage de Procter est clair, épuré : elle confie d'ailleurs à une amie avoir une « peur terrible que ses propos soient incompris ou mal interprétés »Cité dans Gregory (1998), 66., et sa poésie est marquée par « la simplicité, la franchise et la clarté d'expression »Gregory (1998), 66..

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