La patrouille de la Shangani, composée de 34 soldats au service de la (« Compagnie britannique d'Afrique du Sud ») fut prise en embuscade et massacrée par plus de matabélés durant la Première Guerre ndébélé en 1893. Menée par le major Allan Wilson, la patrouille fut attaquée juste au nord de la Shangani dans le Matabeleland en Rhodésie (actuel Zimbabwe). Son destin tragique marqua la mémoire culturelle de l'Empire britannique et devint un événement fondateur de l'histoire nationale de la Rhodésie du Sud où elle était considérée comme l'équivalent rhodésien du siège de Fort Alamo ou de la bataille de Little Big Horn aux États-Unis.
Après la signature en 1888 de la concession Rudd par le roi Lobengula qui accordait des droits miniers à l'homme d'affaires Cecil Rhodes, les troupes de la Compagnie fondée par ce dernier commencèrent à envahir le Matabeleland. Lors de la bataille de la Shangani le , les Matabélés subirent une grave défaite et Lobengula quitta son kraal royal de Bulawayo avant de s'enfuir vers le nord. Envoyée en reconnaissance à l'avant de la colonne principale du major Patrick Forbes qui tentait de capturer le monarque, la patrouille de Wilson, composée d'éléments de la police montée du Mashonaland et de la police frontalière du Bechuanaland, traversa la Shangani dans l'après-midi du . Elle poursuivit sa progression le lendemain mais tomba dans une embuscade tendue par les fusiliers et les guerriers matabélés à proximité du chariot royal. Encerclée et combattant à un contre cent, la patrouille offrit une ultime résistance alors que trois hommes parvinrent à s'échapper et tentèrent d'obtenir l'aide de Forbes. Ce dernier devait cependant affronter une forte opposition près de la rive sud et Wilson et ses hommes restèrent donc isolés sur la rive nord. Après avoir épuisé toutes leurs munitions et tué près de dix fois leur nombre, ils furent tous tués.
Les membres de la patrouille, en particulier Wilson et le capitaine Henry Borrow, devinrent des héros nationaux incarnant le courage face à des difficultés insurmontables. Le jour de la bataille devint un en Rhodésie deux ans plus tard et le resta officiellement jusqu'en 1920. Un film historique relatant l'affrontement, , fut réalisé en 1970.
Les circonstances entourant la percée avant le combat final que certains auteurs ont qualifié de désertion restent controversées de même que l'affirmation d'un inDuna (chef) matabélé selon laquelle il aurait remis une caisse de pièces en or à deux hommes non-identifiés de l'arrière-garde de Forbes le . Deux ordonnances furent reconnus coupables d'avoir accepté et gardé l'or mais les preuves contre eux étaient fragiles et les condamnations furent finalement annulées.
Contexte vignette|alt=Dessin en noir et blanc d'un homme noir au ventre bedonnant portant un pagne en peau de léopard et tenant une lance|Le roi Lobengula ; dessin posthume basé sur une esquisse contemporaine Durant le partage de l'Afrique dans les années 1880, l'homme d'affaires et homme politique britannique basé en Afrique du Sud, Cecil Rhodes, envisagea l'annexion de territoires permettant de relier l'ensemble des possessions africaines de l'Empire britannique et de créer une liaison ferroviaire allant du Caire au nord au Cap au sud. En Afrique australe, ce projet était gêné par la présence d'États indépendants au nord-est de la colonie du Cap britannique. Ces derniers étaient les républiques boers fondées par les descendants de colons hollandais et le Matabeleland du roi Lobengula plus au nord.
À la suite de la signature par Lobengula le de la concession Rudd par laquelle il cédait les droits miniers dans son royaume, la reine Victoria du Royaume-Uni accorda une charte royale à Rhodes et sa (« Compagnie britannique d'Afrique du Sud ») en . Grâce à cette dernière, la Compagnie avait le droit de commercer et de négocier avec les souverains locaux, de gérer les questions foncières et de lever une force de police : la qui devint la police montée du Mashonaland en 1892.
En retour de ces droits, la Compagnie administrait et développait tous les territoires qu'elle acquérait tout en respectant les lois édictées par les chefs locaux. Les colons blancs qui s'installèrent dans cette région l'appelèrent Rhodésie en référence à Rhodes. Même si la Compagnie respecta la plupart de ses promesses, la recherche du consentement des chefs locaux, en particulier pour les droits miniers, était rarement la priorité. Elle irrita également Lobengula en lui demandant d'arrêter les raids traditionnels matabélés contre les Shonas qui habitaient dans les zones administrées par les colons blancs. Mécontent de l'attitude de la Compagnie envers son autorité, Lobengula s'opposa à toute nouvelle arrivée de colons et ses guerriers massacrèrent des Shonas dans les environs de Fort Victoria en . Le représentant de la Compagnie, Leander Starr Jameson, organisa un indaba ou conférence tribale pour mettre fin aux tensions mais l'échec de cette tentative de médiation entraîna le début de la Première Guerre ndébélé.
vignette|gauche|alt=Gravure d'un groupe de soldats blancs abrité derrière des caisses et tirant sur un grand nombre de guerriers noirs|Illustration de la bataille de la Shangani du 25 octobre 1893.
Des troupes de la Compagnie venant de Fort Salisbury et de Fort Victoria se rassemblèrent à dans le centre du pays le . L'unité comptait alors environ 700 hommes commandés par le major Patrick Forbes et disposait de cinq mitrailleuses Maxim. La troupe se mit en marche en direction du sud-ouest et du kraal royal de Lobengula se trouvant à Bulawayo. L'armée matabélée fut mobilisée pour empêcher Forbes d'atteindre la ville et la colonne fut attaquée à deux reprises alors qu'elle approchait. Le , attaquèrent près de la rivière Shangani. Les troupes de Lobengula étaient bien entraînées et représentaient une force formidable selon les standards de l'Afrique pré-coloniale mais elles ne purent rien faire face à la puissance de feu extraordinaire des mitrailleuses Maxim. Selon un témoin, ces dernières, qui n'avaient encore jamais été utilisées au combat par la Compagnie, . Lorsqu'ils se replièrent, les Matabélés avaient perdu environ contre seulement quatre pour la Compagnie. Une semaine plus tard, le , et matabélés attaquèrent Forbes à Bembesi à environ au nord-est de Bulawayo mais ils furent à nouveau écrasés par la puissance de feu des mitrailleuses qui en tuèrent environ .
Lobengula quitta Bulawayo dès qu'il apprit le désastre de Bembesi le et ses sujets incendièrent la ville alors que les troupes coloniales approchaient des faubourgs. Dans l'incendie qui en résulta, le large trésor royal en or et en ivoire fut détruit de même que les dépôts de munitions qui explosèrent. Le brasier continuait lorsque les blancs entrèrent dans la ville le lendemain; s'installant dans le « camp de l'homme blanc » où habitaient des missionnaires, ils entreprirent d'éteindre l'incendie. Un arbre fut utilisé comme mât et un drapeau de la Compagnie ainsi qu'un drapeau du Royaume-Uni furent hissés. La reconstruction de Bulawayo commença immédiatement et une ville coloniale s'éleva rapidement sur les ruines de l'ancienne résidence de Lobengula. Jameson, qui se trouvait à présent à Bulawayo, écrivit en anglais, en hollandais et en zoulou la lettre suivante au roi matabélé le :
Cette lettre, transportée par John Grootboom, un du Cap, arriva dans les mains de Lobengula alors qu'ils se trouvait près de à environ au nord de Bulawayo. Le roi répondit en anglais mais sa réponse ambiguë ne convainquit pas Jameson qui attendit impatiemment une autre lettre. Sans autres nouvelles après les deux jours accordés, il conclut à raison que Lobengula essayait de gagner du temps pour s'éloigner de son ancienne capitale. Jameson appliqua sa promesse et demanda des volontaires pour poursuivre le roi matabélé. Une force mixte d'environ 470 hommes fut rassemblée à partir d'éléments de la police montée du Mashonaland, de la police frontalière du Bechuanaland et des , une unité indépendante menée par le Commandant Piet Raaff. Cette troupe fut placée sous la direction de Forbes, équipée de trois mitrailleuses Maxim et avait pour mission de capturer Lobengula. Jameson dit au major de réaliser des reconnaissances dans la zone entre Shiloh et Inyati pour trouver les traces du passage des Matabélés et l'unité partit dans la soirée du .
Poursuite de Lobengula
La colonne quitta Bulawayo en direction du nord et se réorganisa en une force réduite de 290 hommes à pour accélérer sa progression. Dans le même temps, le convoi de Lobengula qui avançait vers la rivière Shangani au nord laissait de nombreuses traces de son passage. Celles-ci furent facilement découvertes par Forbes et ses hommes qui se rapprochaient et découvraient régulièrement des campements récemment abandonnées, des provisions et des traînards. Les fortes pluies ralentirent les deux groupes ; Forbes divisa à nouveau son unité pour créer une colonne volante de 160 hommes et renvoya le reste de ses forces. Il continua son avancée et arriva sur la rive sud de la Shangani le où il vit les Matabélés regroupant hâtivement leur bétail de l'autre côté du fleuve derrière la protection d'un impi (régiment) de guerriers. Les foyers encore fumants du camp matabélé trahirent le fait qu'ils venaient juste de traverser le cours d'eau. Afin de savoir si le roi avait franchi la rivière à cet endroit, Forbes envoya le major accompagné de 12 hommes et de huit officiers en reconnaissance avec ordre de revenir avant le coucher du soleil.
Dans le même temps, Forbes construisit un camp improvisé appelé laager à environ de la rive. Il y interrogea un prisonnier matabélé qui était le fils d'un inDuna ou chef tribal ; ce dernier confirma que le roi se trouvait où Wilson avait été envoyé et qu'il était malade sans doute de la goutte. Le captif ajouta que le roi avait une escorte d'environ dont la moitié était armée de fusils Martini-Henry. Cette troupe composée des divers régiments de l'armée battue les mois précédents, était très démoralisée mais restait déterminée à empêcher la capture de Lobengula. Après trois semaines de poursuite, les rations de Forbes s'épuisaient dangereusement. Il décida donc d'attaquer le lendemain en espérant pouvoir repartir vers Bulawayo avec le roi avant la nuit.
Le groupe de Wilson resta plus longtemps que prévu au nord de la rivière et il n'était toujours pas revenu à la tombée de la nuit. Dans le même temps, Forbes apprit que la majeure partie de l'armée matabélée, menée par linDuna Mjaan, s'était séparée du convoi du roi et allait attaquer le laager pendant la nuit ; ce rapport était en réalité exagéré car seulement 300 fusiliers étaient restés sur la rive sud sans que Forbes ne les ait repéré. La visibilité, déjà limitée par l'obscurité, fut encore réduite par la pluie. Le laager n'eut aucune nouvelle de Wilson jusque vers quand le sergent-major Judge et le caporal Ebbage retraversèrent la rivière et indiquèrent à Forbes que Wilson avait repéré les traces du convoi de Lobengula et l'avait suivi sur . Il estimait que ses chances de prendre le roi vivant était si bonnes qu'il avait l'intention de rester sur la rive nord pendant la nuit. Wilson demanda également à Forbes de lui envoyer plus d'hommes et une mitrailleuse Maxim dans la matinée mais sans expliquer ce qu'il avait l'intention de faire avec.