Saint Luc, dit le Nouveau Stylite, est un saint chrétien qui a commencé sa vie adulte comme soldat puis prêtre et dont la vie monastique est remplie de gestes de compassion et même de miracles. Il fait partie de la lignée des stylites (du grec stylos : colonne) tels Siméon le Stylite (~389-459) et S. Daniel le Stylite (405-493). Il a vécu les 45 dernières années de sa vie sur une colonne dans la région de Chalcédoine. Mort en 979, il est fêté le .

Biographie Soldat Luc naît en 879 à AtyokhorionVogt nous donne le nom de la contrée puisque les copistes l’ont mal transcrit. Cf. G. da Casta-Louillet, « Saints de Constantinople aux , », Byzantion 25-27, 1957, p. 841. en Phrygie. Ses parents, Christophore et KalèL’auteur du manuscrit ne nous donne pas leurs noms, mais certains synaxaires (recueil de la vie des saints) le font., sont des nobles très riches qui pratiquent la science de l’agriculture et ont une fonction de garde militaire. À 18 ans, il s'engage dans l'armée qui défend l'empire contre le tsar Siméon 1er de Bulgarie. Il côtoie alors deux compagnons d’armes qui vivent selon la formation qu’ils ont reçue d’un hésychaste : vie de prières, de jeûnes et de mortifications. Après la guerre contre les Bulgares, il va trouver ce moineDans cet article, les grandes lignes de la vie du saint sont tirées de : François Vanderstuyf, « Vie de saint Luc le stylite, (879-979) »,, Brepols, 1974, dans Patrologia orientalis, vol. 11, Paris, 1907. et décide d’embrasser la vie solitaire tout en restant dans l’armée. Il se coupe les cheveux en guise de consécration et s’habille de peaux. Au plus fort de sa jeunesse, il commence un réel combat contre la chair et ses passions. Ses moyens sont la prière continuelle, un jeûne de six jours sur sept et l’adoption d’une vie pauvre avec une seule tunique, ni bâton, ni sandales, à l’instar des apôtresMc 6, 8-9.. Il passe ainsi plusieurs années à traiter durement son corps pour obtenir, avec la grâce divine, le fruit de la vie éprouvée, c’est-à-dire celle de l’esprit.

Aumônier En 903, à 24 ans, il reçoit l’onction sacerdotale tout en continuant sa corvée militaire. Il est alors nourri par l’oikos qui paient ses frais, contrairement aux autres soldats qui sont nourris par l'État. Mais Luc partage sa nourriture avec ses frères de combat et les nécessiteux. Il semble aussi jouir d’une grande liberté dans l’armée, puisqu’il continue ses jeûnes de six jours et, comme prêtre le dimanche, il est assidu à la célébration du sacrifice non sanglant. Durant cette journée, il se contente comme nourriture « des oblations faites par lui et des légumes sauvages »François Vanderstuyf, « Vie de saint Luc le stylite, (879-979) », ..

Implication communautaire Mais, comme moine et prêtre, Luc ne se contente pas de célébrer les saints mystères, il démontre aussi beaucoup de compassions pour ses semblables. Ainsi, lorsqu’il arrive une famine dans son pays natal, il s’empresse de donner, à l’insu de ses parents, une grande partie de leur réserve souterraine de blé et de fourrageId., .. Ses parents, l’apprenant par la suite, le louent pour ce geste de bonté. Un jour, il dit même à son père qu’il convoite un évêché à SébasteLa ville épiscopale de Sébaste se trouve dans la province ecclésiastique de Laodicée en Phrygie Kapatienne. Cf. Albert, Vogt « Vie de saint Luc le stylite », Analecta Bollandina, v.28, 1909, .. Son père s’empresse de lui donner cent pièces d’argent pour l’aider à réaliser son désir, mais il décide de tout redistribuer aux pauvresL’auteur du manuscrit explique que c’est son désir ardent d’obtenir les biens du ciel qui le fait inventer ce stratagème pour obtenir l’argent de son père. Cf. François Vanderstuyf, « Vie de saint Luc le stylite », ..

Moine Pour vivre comme le patriarche biblique AbrahamDieu avait dit à Abraham : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père pour le pays que je t’indiquerai » Gn 12, 1-2., il quitte alors sa famille et son pays pour se rendre à la célèbre montagne Olympe près de Bithynie, non loin de Brousse. Il se joint là-bas au monastère bâti en l’honneur de saint ZacharieSur le mutisme de Zacharie. Cf. Lc 1, 22. et il décide d’imiter son mutismePour l’imiter, il décide même de se mettre une pierre dans la bouche comme frein volontaire. Cf. François Vanderstuyf, « Vie de saint Luc le stylite, (879-979) », p.209.. Le supérieur du couvent en fait son cellérier, fonction qu’il remplit pendant trois ans avec grande générosité pour les pères du monastèreLorsqu’il veut se faire bien comprendre, il écrit sur une tablette. Cf. François Vanderstuyf, « Vie de saint Luc le stylite, (879-979) », .. La nuit, pour pouvoir réciter l’office traditionnel à voix basse, il sort du monastère et se cache à l’intérieur d’un arbreAinsi, hors du cadre du monastère, il n’est pas tenu de respecter son mutisme officiel. Cette récitation est une pratique qui lui tenait probablement à cœur. Cf. François Vanderstuyf, « Vie de saint Luc le stylite (879-979) », .. Une nuit, il se fait reconnaître, mais ayant peur de recevoir trop de gloire pour cet exercice nocturne, il préfère s’enfuirEn effet, pour les gens de l’époque, la récitation solitaire de cet office est un acte méritoire. Cf. François Vanderstuyf, « Vie de saint Luc le stylite, (879-979) », ..

Vie solitaire Il se rend donc dans la région de TottaionSelon Vogt, la ville dans la « PhrygiaSalutaris » est une ville importante appartenant au thème de l’Opsikion, siège d’un métropolitain. Cf. Albert, Vogt, « Vie de saint Luc le stylite », . où il paît des porcs. Il donne encore tout ce qu’il reçoit comme salaire de ce travail aux indigents de la région. Après deux ans, il revient dans son pays natal et, sur une montagne voisine, s’y creuse une grotte. Pendant deux ans et demi il y reste en s’adonnant à la contemplation et en luttant contre les démons. La prière et la croix lui assurent la victoire contre le prince des ténèbres. Mais une attaque de poux voraces le couvre de plaies et il supporte cette épreuve avec patience. À la finC’est Delehaye qui nous confirme cette date en nous précisant que, durant cette période de fin 932 à 935, le saint a affronté l’hiver où la neige resta gelée pendant 120 jours (fin décembre 933 à 934). Cf. Hyppolyte Delehaye, Les Saints stylites, p. XCVIII. de l’année 932, il se bâtit une colonne de 12 coudées sur laquelle il demeure pendant trois ans. La Providence lui accorde une grande force pour supporter les rigueurs de l’hiver. Ainsi, par trois fois, une voix venue du cielLa voix disait : « Patiente encore et ne crains rien ». Cf. François Vanderstuyf, « Vie de saint Luc le stylite, (879-979) », . vient lui redonner courage et confiance.

Vie de stylite C’est encore cette même voix qui le pousse ensuite à se rendre ailleurs : « Va vers la colline voisine de Chalcédoine, celle des propriétés d’EutropeLe quartier d’Eutrope est situé « sur la rive asiatique de la mer de Marmara entre Chalcédoine et le palais d’Hiéria, c’est-à-dire entre les deux bourgs actuels de Kadi-Keuï et de Phanaraki ». Cf.Albert Vogt « Vie de saint Luc le stylite », ., car c’est là que tu dois achever tes combats et ta course »François Vanderstuyf, « Vie de saint Luc le stylite, (879-979) », .. Il quitte donc tout pour la grande ville de Constantinople où il fait un pèlerinageConstantinople est une destination de pèlerinage de l’époque dont le but essentiel était la vénération des reliques de la Passion comme celle de la précieuse Croix. Mais, comme Jérusalem et Rome, c’est un lieu multisite avec de nombreuses églises saintes. D’autres personnages de l’époque, comme Hilarion d’Ibèrie, ont fait un détour par Constantinople pour un pèlerinage. Cf. Michel Kaplan, « Les saints en pèlerinage à l’époque méso byzantine () », . des différents temples et édifices sacrés. Il se rend finalement dans la métropole de Chalcédoine où il exprime son désir de s’établir sur une colonne au chef de l’Église de l’endroitLa vie de stylite nécessite ce type d’approbation en raison de l’exigence du style de vie. Cf. François Vanderstuyf, « Vie de saint Luc le stylite, (879-979) », ., l’évêque MichelCe Michel n’est pas connu ou indiqué dans aucun texte. Cf. Albert Vogt, « Vie de saint Luc le stylite », p.24.. L’évêque fait les prières et les cérémonies appropriées pour cette consécration. D’un élan résolu, le C’est aussi la fête de S. Daniel le Stylite. Cf. G. da Casta-Louillet, « Saints de Constantinople aux , », p.845., Luc gravit la colonneSelon Vogt, la colonne se trouve « non loin du rivage, au milieu des flots. On sait qu’il y a à cet endroit un port pour les bateaux ».Cf.Albert Vogt « Vie de saint Luc le stylite », . Mais Vanderstuyf ne croit pas que la colonne soit au milieu des flots, mais sur le rivage,sinon les communications avec le stylite, via une échelle, auraient été plus difficiles. Cf. FrançoisVanderstuyf, « Vie de saint Luc le stylite, (879-979) ». Selon lui, également, la colonne existait déjà et appartenait probablement au couvent d’Eutrope, Ibid. . avec une âme en fête et il y demeureraUn stylite ne descend jamais de la colonne à moins de circonstances exceptionnelles, tel saint Daniel allant défendre l’orthodoxie à Constantinople. Cf. François Vanderstuyf, « Vie de saint Luc le stylite, (879-979) », . pendant plus de 44 ans. La guerre qu’il mène sur cette colonne se fait sur deux fronts : contre les mouvements de la chair et contre Satan lui-même. La première guerre, il l’a menée depuis longtemps par ses jeûnes et austérités. Mais la deuxième reste toujours d’actualité. Il fait face, entre autres, à des attaques de guêpes et d’insectes venimeux qui se lancent contre lui. Son corps piqué à de nombreux endroits subit de cruelles souffrances. Mais Luc garde son regard fixé vers le ciel d’où il attend le divin secoursPsaume 120, 2.. Sa persévérance dans la prière et l’oraison, de même que sa récitation des cantiques de DavidLes 150 psaumes de la bible., l’empêchent de céder au découragement et aux sentiments de frayeur. Après avoir dépassé sa centième année, il s’endort pieusement en l’an 979 le jour même où, 44 ans auparavantCe nombre correspond à peu près à celui des synaxaires (recueil de la vie des saints) qui disent qu’il resta 45 ans sur sa colonne. Ils donnent un chiffre rond sans tenir compte des mois. Cf. Albert Vogt « Vie de saint Luc le stylite », ., il était monté sur sa colonne.

Miracles Plus de la moitié du manuscrit original de la vie de Luc est consacrée à un tissu de miracles et prodiges opérés par le saint du haut de sa colonne. Un de ses plus grands miracles est celui des poissons capturés. Pendant trente jours les pêcheurs autour de la colonne essaient de capturer du poisson mais sans succèsLuc le remarque parce qu’il ne reçoit plus de poissons d’eux comme ils avaient l’habitude de le faire. Cf. François Vanderstuyf, « Vie de saint Luc le stylite, (879-979) », p.230. Les stylites avaient l’habitude d’avoir un panier au bas de la colonne qu’ils pouvaient remonter à l’aide d’une corde et où les gens pouvaient déposer de la nourriture. Cf. Jacques Lacarrière, Les hommes ivres de Dieu, Les hommes ivres de Dieu, Arthaud, Paris, 1961, .. L’angoisse et le découragement commence à les gagner. Mais Luc les rassure : Dieu va remplir leurs filets comme Il l’a fait autrefois avec ses apôtres lors de la pêche miraculeuse. Il bénit de l’eau dans un vase qui lui appartient et leur demande d’asperger leurs filets de cette eau. Il leur donne ensuite une de ses étoffes qu’ils doivent attacher à l’extrémité de leurs filets. Il leur demande seulement de lui ramener un dixième de ce qu’ils récolteront, soit trente poissons. Dès que le filet est lancé, les poissons introuvables depuis un mois se lancent dans le filet. Ils en capturent 300 et en donnent 30 à Luc tel que promis. Devant ce signe, tous s’émerveillent de l’esprit prophétique de Luc.