Le Comité d'action des prisonniers (CAP), fondé en France en par Serge Livrozet, est une association de détenus et d'ex-détenus partisans de l'abolition des prisons.

Il prolonge l'action du Groupe d'information sur les prisons (GIP) animé, depuis 1971, par Michel Foucault.

D'inspiration libertaireYves Januel, Prisonniers en révolte de 1970 à nos jours, Le Passe-Murailles, Groupement étudiant national d'enseignement aux personnes incarcérées, septembre-octobre 2013, texte intégral.S. M.-J., Histoire : Du quotidien carcéral à la révolte, Alternative libertaire (France), n°232, octobre 2013, texte intégral., le CAP publie 67 numéros de son Journal des prisonniers et mène plusieurs campagnes retentissantes notamment pour l'accès libre à la presse et à la radio en prison, ainsi que pour la liberté de correspondance et de parloir.

Sans avoir réussi à obtenir le droit d'association pour les détenus ou la suppression du casier judiciaireBarreaux moins épais, Le Monde, 17 février 1986, texte intégral., le CAP s'auto-dissout en Le Comité action-prison-justice est créé, Le Monde, 23 avril 1980, texte intégral..

Noyau historique Près de trois ans après Mai 68Christophe Soulié, Retour sur l'histoire du Comité d’Action des Prisonniers 1972-1980, Canal Sud, Toulouse, 9 mars 2012, écouter en ligne., dont une partie des militants se retrouvent en prison en 1970 lors des actions de la gauche prolétarienne, est fondé le , le Groupe d'information sur les prisons (GIP) qui a pour but de permettre la prise de parole des détenus et la mobilisation des intellectuels et professionnels impliqués dans le système carcéral. Grâce à son action, la presse et de la radio, jusque-là interdits, rentrent dans les prisons.

Après s'être mobilisé pour donner la parole aux prisonniers, le GIP se retire progressivement lorsque ceux-ci prennent leur lutte en main. L'auto-dissolution du GIP débute en mais le groupe continue d'agir jusqu'en . Il s'efface graduellement au profit du Comité d'action des prisonniers qui sort le premier numéro de son journal le .

Le noyau fondateur du Comité d'action des prisonniers dont Serge Livrozet, Michel Boraley et Claude VaudezJacques Lesage de La Haye, La Guillotine du sexe : la vie affective et sexuelle des prisonniers, Éditions de l'Atelier, 1998, page 11. est issu du mouvement de lutte de la centrale de Melun où ils s'étaient organisés en se référant aux combats du mouvement ouvrier, en faisant grève, en menant des actions collectives, avec des revendications pour l'amélioration des conditions de détention. S'ils n'ont pu obtenir le droit de créer au sein de la détention des comités de détenus démocratiquement élus, une fois libérés, ils forment le CAP.

« Leur objectif est de continuer la lutte contre la prison en menant de front à la fois des revendications immédiates mais aussi en construisant des perspectives sur du plus long terme, comme l’abolition de la prison. Pour cela ils entendent créer un grand rassemblement de prisonniers et d’anciens prisonniers autour d’une analyse de classe de la prison – cette analyse les amenant à affirmer que tout prisonnier est un prisonnier politique. Mais à l’intérieur du CAP a émergé un autre groupe de personnes qui n’avaient pas subi de longues années d’emprisonnement, qui étaient contre la prison et la justice mais qui n’avaient pas pour objectif de créer un mouvement de masse et qui estimaient qu’un seul prisonnier en lutte donnait l’occasion à l’ensemble d’un groupe extérieur de lutter contre la prison. »Christophe, Stratégie judiciaire Face à la répression, il n’est pas défendu de se défendre, Courant alternatif, n°220, mai 2012, texte intégral.

Association

Le Comité d'Action des Prisonniers se constitue alors en une association loi de 1901 qui regroupe des anciens détenus, des incarcérés mais aussi des personnes n'ayant pas d'expérience personnelle de la prison.

Le noyau de départ est rejoint par d'autres ex-détenus, dont Jean LapeyrieJugé pour vol de chéquiers, un militant du Comité d'action des prisonniers fait le procès des prisons, Le Monde, 28 février 1974, texte intégral.Collectif, Le Nouveau Guide du prisonnier, Observatoire international des prisons, 2000, page 235.La révocation d'un sursis, Le Monde, 4 juin 1976 , texte intégral., Jacques Lesage de La HayeA. Dobigny et M. Guillaumie, Avec Jacques Lesages de la Haye, Cercle Gramsci, texte intégral.Dominique Simonnot, « La prison et la folie, les deux voies de ma vie », Libération, 18 septembre 2006, texte intégral., Agnès OuinAgnès Ouin, La violence de la justice, Déviance et société, vol. 3, n°1, 1979, pp. 77-78, texte intégral., Jacques PucheuRené Bianco : 100 ans de presse anarchiste - notice Jacques Pucheu., Jean-Claude ReillesRené Bianco : 100 ans de presse anarchiste - notice Jean-Claude Reilles., Jean-Pierre DelaspreLe Comité d'action des prisonniers se déclare victime d'une répression, Le Monde, 23 août 1974, texte intégral., Michel Neveu, Raymond Agguinti .

De nombreux « compagnons de route » soutiennent également ses actions tels Claude Mauriac, Maurice ClavelLe Ministre de la Justice reçoit le Comité d'action des prisonniers, Le Monde, 23 juin 1977, texte intégral., Jean-Marie DomenachJean-Marie Domenach, Ridicule et odieux, Le Monde, 1 juin 1973, texte intégral., Philippe Gavi ou Michèle Manceaux.

Le premier but du CAP est de rapprocher les détenus de droit commun et les prisonniers politiquesLuttes carcérales dans les années 1970, 6 novembre 2013, texte intégral.. À l'époque, plusieurs centaines de militants mao-spontex sont incarcérésJean-Paul Étienne, La Gauche prolétarienne (1968-1973) : illégalisme révolutionnaire et justice populaire, Thèse de doctorat en Science politique sous la dir. de Jean-Marie Vincent, Université Paris-VIII, 2003, page 99.Manifeste ronéotypé du GIP, signé Jean-Marie Domenach, Michel Foucault, Pierre Vidal-Naquet, lu par M. Foucault et distribué à la presse, le 8 février 1971, à la chapelle Saint-Bernard de Montparnasse, lors de l'arrêt de la grève de la faim des militants de la Gauche prolétarienne emprisonnés et de celle de leur comité de soutien, texte intégral. et pour eux les délits des détenus de droit commun « sont directement et essentiellement dus au système politique en vigueur, puisqu'il est le seul responsable de la pauvreté des uns et de la richesse outrée des autres ».

Pour le CAP, « Tout prisonnier est politique »Audrey Kiéfer, Michel Foucault : le GIP, l'histoire et l'action, Université de Picardie, 2006, chapitre 2, CC BY-NC-SA 1.0. : « la population pénale, quelque 30 000 prisonniers, est issue de la classe ouvrière à 85-90 %. [...] la prison ne réhabilité pas le "taulard" mais l'entraîne dans un engrenage sans fin. [...] Ainsi les jeunes [sont] "poussés à la révolte et à la délinquance primaire par un système qui les exploite", et la prison ne ferait rien d'autre que de les confronter à une "surexploitation". »Laurent Greilsamer, "Pour qui les prisons ?" d'Elia Ienasz, Le Monde, 21 février 1978, texte intégral..

Enfin, pour le CAP, « la réinsertion sociale des prisonniers ne saurait être que l'œuvre des prisonniers eux-mêmes »Philippe Artières, Laurent Quéro et Michelle Zancarini-Fournel (dir.), Le groupe d'information sur les prisons. Archives d'une lutte 1970-1972, Paris, IMEC, 2003, note 6..

Selon l'auteur Christophe Soulié, auteur de Liberté sur paroles. Contribution à l'histoire du CAP : « Le CAP lui-même se définit comme un mouvement plutôt libertaire et non-violent. Ses membres mettent en avant une société basée sur des rapports non-violents et égalitaires. Ils essayent de pratiquer une lutte non-violente. C'est un choix stratégique. Certains de ses militants ont côtoyé le Mouvement pour une alternative non-violente. »Intervew de Christophe Soulié, Alternative libertaire (Belgique), n°11, février 2002, texte intégral.Serge Livrozet, La violence n'a jamais tué la violence, Le Monde, tribune, 11 mai 1978, texte intégral.

Journal vignette|Graffiti sur un mur de la prison de Villeneuve-lès-Maguelone, près de Montpellier en 2002.

Le CAP est un organe d'information sur les luttes au sein des prisons et non pas un agent coordinateur de ces luttes. Il précise qu'il n'est pas un collectif appelant à la révolte mais un soutien extérieur pour permettre aux prisonniers de s'exprimer. L'article 3 des statuts de l'association, souligne que l'objectif est « de donner à chaque prisonnier et ancien prisonnier la possibilité de s'exprimer et de vivre comme un homme à part entière ».

Le CAP publie un journal pour « lever le voile » sur l'univers carcéralChristophe Goby, Prisonniers en révolte. Quotidien carcéral, mutineries et politique pénitentiaire en France (1970-1980), Le Monde diplomatique, octobre 2013, texte intégral et permettre aux détenus de s’exprimer directementLes luttes des prisonniers dans les années 1970, Zones subversives, 20 août 2013, texte intégral..

La première bataille menée par le journal est tout simplement de pouvoir passer le cap de la censure et de rentrer dans les établissements pénitentiaires : le décret du précisant que « les publications contenant des menaces précises contre la sécurité des personnes ou celle des établissements pénitentiaires peuvent être, à la demande des chefs d'établissements, retenus sur décision du garde des Sceaux »Extension de la censure en prison ?, Le Monde, 9 janvier 1978, texte intégral."Libération" censuré dans certaines prisons le octobre, Le Monde, 7 octobre 1977, texte intégral.Le journal du CAP n'entre pas encore dans toutes les prisons, Le Monde, 31 août 1977, texte intégral..

Le comité de rédaction du premier numéro du Journal des prisonniers regroupe Michel Boraley, Élisabeth Dubois, Daniel Defert, Michel Foucault, Serge Livrozet, Maurice Marais, Ange Rault et Gérard Horny : « Les prisonniers et les anciens prisonniers doivent s'organiser comme une force de lutte. [...] Le journal doit être le lien et l'instrument de ces luttes ».

Le CAP fait valoir l'idée que les détenus ont « le droit d'avoir des droits »Jean Bérard, Martin Petitclerc, David Niget, Pour une histoire du risque : Québec, France, Belgique, Presses de l'Université du Québec, Presses de l'Université de Rennes, 2012, page 323.. Le , le n°2 du journal présente 11 revendicationsLe CA.P. : nous ne sommes pas responsables de l'agitation, Le Monde, 2 août 1974, texte intégral.Jacques Lesage de La Haye, La guillotine du sexe : la vie affective et sexuelle des prisonniers, Éditions de l'Atelier, 1998, page 83. qui seront développées au cours des 10 premiers numéros : la suppression du casier judiciaire, de l'interdiction de séjour, de la contrainte par corps et des frais de justice (n°2), la suppression de la peine de mort, de la prison à vie, de la tutelle pénale (n°3), la réorganisation du travail en prison (n°4), la correspondance et le parloir libres (n°5), le droit à des soins médicaux et dentaires corrects (n°6), le droit de recours et de défense des détenus devant l'Administration pénitentiaire (prétoire, libération conditionnelle, mesures de grâce, etc.) et le droit d'association à l'intérieur des prisons (moyen essentiel pour faire valoir les revendications précédentes) (n°7). Le CAP se distingue au neuvième numéro en réclamant un douzième point : la suppression de la prison.

Ce dernier point, et le journal le reconnaît, semble être en contradiction avec les différentes revendications : comment réclamer l'aménagement des conditions de la détention en même temps que son abolition ? La suppression de la prison constitue l'objectif du CAP qui affirme la faillite du système répressif mais cette exigence est peu réalisable dans de brefs délais. Ayant pour beaucoup connu la prison, les membres du CAP, ne peuvent être totalement contre des réformes ou des aménagements.