Lazare Nicolas Marguerite Carnot, né le à Nolay (France) et mort le à Magdebourg (Prusse), est un mathématicien, physicien, officier et homme d'État français.

Député à l'Assemblée législative puis à la Convention nationale, il est membre du Comité de salut public en 1793-1794 ; son rôle dans les succès des armées françaises de la Révolution lui vaut les surnoms de « Grand Carnot » et d'« organisateur de la Victoire ». Son rôle dans la décision des massacres de la guerre de Vendée est controversé.

Directeur en 1795, il joue un rôle politique dans l'opposition durant le règne de Napoléon, mais est tout de même promu général en 1812, puis comte de l'Empire (titre inachevé car il n'alla pas retirer les lettres à la chancellerie« Le général Carnot [...] ne retira pas les lettres patentes de la Chancellerie. » Alcide Georgel, Armorial de l'Empire français : L'Institut, l'Université, les écoles publiques, 1870.) et ministre de l'Intérieur lors des Cent-Jours. Il meurt en 1823, alors qu'il se trouve en exil comme régicide, ayant voté la mort de en 1793.

C'est l'une des principales figures de la famille Carnot. Il est, avec Gaspard Monge, l'un des fondateurs de l'École polytechnique.

Biographie

Famille

Lazare Nicolas Marguerite Carnot descend d'une famille bourgeoise d'origine calviniste, dont les membres ont exercé les professions de marchand puis de notaire et de magistrats...

Il est le fils de Claude Carnot, avocat et notaire, et de son épouse Marguerite Pothier. Il fait partie d'une fratrie de sept enfants, dont deux autres sont connus : son frère aîné, Joseph, et un frère cadet, Claude Marie.

Il est l'époux de Jacqueline Sophie Dupont, de Maninghem (Pas-de-Calais), dont il a eu deux fils : Sadi, physicien, connu comme un des « pères » de la thermodynamique et du moteur thermique ; Hippolyte, homme politique, lui-même père de Sadi Carnot, président de la République à la fin .

La descendance de Lazare Carnot

Formation

En 1767, il entre au collège de la ville d'Autun, tenu par les Jésuites (aujourd'hui lycée Bonaparte). Lors de l'interrogation de sortie, il refuse le secours d'un officier chargé de le suppléer au cas où sa connaissance du latin serait prise en défaut.. Il envisage dès lors une carrière dans les armes savantes : artillerie, marine ou fortifications ; mais son échec cuisant à l'examen d'entrée à la session de 1769 pousse son père à l'envoyer, avec une recommandation du duc d'Aumont, en préparation dans un établissement parisien, le cours Longpré.

En , après une période de préparation, il est admis troisième (sur douze admis et une centaine de candidats) à l'École royale du génie de Mézières, l'arme du Génie étant ouverte aux roturiers pour les emplois d'officiers. En , il en sort avec le grade de premier lieutenant.

Officier du génie et homme de lettres vignette|gauche|redresse|Portrait posthume de Lazare Carnot jeune par François Bouchot, 1836. Lazare Carnot entre très jeune dans l'armée du génie, en 1771, à l'âge de dix-huit ans.

Passant pour un original parmi ses camarades, il n'est que capitaine au corps royal du génie lorsqu'il écrit, en 1783, un éloge de Vauban qui est couronné par l'Académie de Dijon.

En 1786, Carnot, en garnison à Arras, entre à la société des Rosati fondée en 1778. Il publie plusieurs chansons dans le recueil des Rosati, notamment Je ne veux pas, les Mœurs de mon village, en neuf strophes, et plusieurs chansons bachiques. Son enthousiasme pour les Rosati l'amène à donner entre autres prénoms à son fils aîné celui de Saady, en référence au poète persan Saadi, auteur de l'Empire des roses.

En , entre dans la société des Rosati l'avocat Maximilien de RobespierreHervé Leuwers, Robespierre, Paris, Fayard, 2014, ..

Les almanachs des Muses du temps recèlent des poésies de Lazare Carnot extrêmement légères. Celui de 1791 contient ainsi, , le Temps passé, dialogue burlesque entre madame Fagotin et M. Barbichon.

À Paris, en 1797, avec d'autres Carnot est l'un des fondateurs de la Société des Belles Lettres.

Sous la Restauration on a réuni une bonne partie des pièces de vers composés par Carnot, alors en exil à Magdebourg, dans un recueil intitulé : Opuscules poétiques du général L.-N.-M. Carnot., Baudouin fils éditeur, Paris, 1820, in-8°Arthur Dinaux, de son ouvrage posthume Les Sociétés badines, bachiques, littéraires et chantantes leur histoire et leurs travaux, revu et classé par Gustave Brunet, Bachelin-Deflorenne éditeur, Paris 1867..

Période de la Révolution française (1789-1799) Limité dans ses ambitions par ses origines roturières, Lazare Carnot se rallie à la Révolution française, lorsque, en 1789, les États généraux convoqués par Louis XVI se transforment en Assemblée nationale constituante (), qui vote l'abolition des privilèges (nuit du 4 août), puis la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ().

À partir de 1791, il s'implique personnellement dans la vie politique du pays dans une période agitée, devenant député à l'Assemblée législative (sous le règne de Louis XVI), et un an plus tard, à la Convention (sous la République). La victoire des montagnards () le propulse dans le grand organe du gouvernement révolutionnaire, le Comité de salut public. Il réussit à échapper aux conséquences de la défaite de Robespierre () et à revenir au premier plan sous le Directoire, du moins jusqu'au coup d'État du 18 fructidor an V ( Lundi 4 septembre1797), qui l'amène à partir en exil.

Député à l'Assemblée législative (septembre 1791) La constitution de 1791 instaure une monarchie constitutionnelle. En septembre de la même année, Lazare Carnot est élu député du département du Pas-de-Calais, le neuvième sur douze, à l'Assemblée nationale législative. Son frère cadet Claude Marie Carnot est élu premier député du départementArchives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 34, p. 41..

Carnot est admis dès au Comité de guerreIbidem., séance du 25 octobre 1791, p. 390., puis au Comité d'instruction publiqueIbidem., séance du 28 octobre 1791, p. 498.. En , il vote en faveur de la mise en accusation de Bertrand de Molleville, le ministre de la MarineArchives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 39, séance du 8 mars 1792, p. 493.. En avril, il vote pour que les soldats du régiment de Châteauvieux qui s'étaient mutinés lors de l'affaire de Nancy soient admis aux honneurs de la séanceArchives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 41, séance du 9 avril 1792, p. 406.. En août enfin, il vote en faveur de la mise en accusation du marquis de La FayetteArchives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 47, séance du 8 août 1792, p. 582..

Député à la Convention : période girondine (septembre 1792-mai 1793) vignette|Le bureau du citoyen Carnot, huile sur toile d'Hippolyte Pierre Delanoy, 1880, Musée de la Révolution française, Vizille.

La monarchie française s'effondre à la suite de la journée du 10 août 1792 : les bataillons fédérés bretons et marseillais alliés aux habitants des faubourgs de Paris prennent le palais des Tuileries. Le roi et sa famille sont incarcérés à la tour du Temple le .

En , Carnot est réélu député du Pas-de-Calais, le deuxième sur onze, à la Convention nationaleArchives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 52, p. 54..

Carnot siège dans la Plaine mais affiche des proximités avec la Montagne. Lors du procès de Louis XVI, il vote la mort et rejette l'appel au peuple et le sursis à l'exécution. Il ne participe ni au scrutin sur la mise en accusation de Jean-Paul Marat en Archives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 62, séance du 13 avril 1793, p. 73., ni au scrutin sur le rétablissement de la Commission des Douze en mai de la même annéeArchives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 65, séance du 28 mai 1793, p. 538..

Carnot est en effet envoyé en mission à plusieurs reprises durant son mandat. Le , il est envoyé, aux côtés de Jean-Baptiste Mailhe, auprès de la section Quatre-Vingt-DouzeAlphonse Aulard, Recueil des Actes du Comité de Salut public tome 3, Représentants en mission, séance du 8 mars 1793, p. 285.. Le lendemain, il est envoyé en mission, aux côtés de Gaspard Lesage-Senault, dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais afin d’accélérer la levée en masseIbidem., Représentants en mission, séance du 9 mars 1793, p. 302.. Le 30 du même mois, il est chargé de reconduire le général Dumouriez à Paris après la défaite française à la bataille de NeerwindenIbidem., Représentants en mission, séance du 30 mars 1793, p. 575.. Il échappe à l'arrestation et au contraire de ses collègues commissaires, Bancal des Issarts, Camus, François Lamarque et Nicolas-Marie Quinette, ensuite livrés aux Autrichiens.

Sous le gouvernement des montagnards (juin 1793-juillet 1794) : le Comité de salut public Il est élu membre du Comité de salut public en . Il y est chargé des affaires militaires (délégué aux Armées) et c'est à ce poste qu'il crée ou renforce les quatorze armées de la République française, confrontée aux offensives de la première coalition ainsi qu'au soulèvement vendéen et à d'autres mouvements insurrectionnels (Lyon, Marseille, etc.).

Envoyé comme représentant en mission à l'armée du Nord, il destitue le général Gratien (1764-1814), pour avoir reculé sur le champ de bataille, se met lui-même à la tête des colonnes françaises et contribue à la victoire décisive de Wattignies (près de Maubeuge), aux côtés du général Jourdan, le .

vignette|gauche|redresse|Lazare Carnot en tenue de Directeur(estampe de François Bonneville).

Les armées françaises l'emportent d'abord contre les Vendéens (bataille de Savenay, ), puis contre les Autrichiens (Fleurus, ).

Au sein du Comité, Carnot s'oppose à Robespierre en ce qui concerne les mesures sociales et à Saint-Just sur la conduite de la guerre. Néanmoins, il donne son accord, entre autres, à l'élimination des Hébertistes (), à l'élimination des Dantonistes (), ainsi qu'à la politique générale de Terreur.

Lors de la crise de Thermidor (), il se rallie aux conjurés (Tallien, Barras), qui sont d'anciens « terroristes », plus ou moins repentis, et contribue à la chute de Robespierre le (9 Thermidor an II).

Sous la Convention thermidorienne (27 juillet 1794-26 octobre 1795) Bien qu'il reste membre du ComitéLa page sur le Comité de salut public n'est pas claire sur ce point, mais il ne semble pas qu'il ait été éjecté., il n'en est pas moins menacé d'un éventuel décret d'arrestation de la Convention, étant donné son rôle aux côtés de Robespierre. Ce qui signifierait un procès très risqué, l'atmosphère étant alors très défavorable aux « jacobins » et aux « sans-culottes » (Terreur blanche).

Il doit attendre le l'intervention de François-Louis Bourdon (Bourdon de l'Oise) et de Jean-Denis Lanjuinais pour que son avenir s'éclaircisse. Ils le présentent comme « l'organisateur de la victoire », affirment qu'au Comité de salut public, il s'est exclusivement occupé des opérations militaires et lui attribuent la plus grande part des succès des armées françaisesLouis-Michel Jocard, « Lazare Carnot et le droit », dans Jean Paul Charnay (éd.), Lazare Carnot, ou Le Savant citoyen, Actes du colloque tenu à la Sorbonne du 25 au , Presses de l'Université de Paris-Sorbonne, 1990, , . ».

Directeur sous le premier Directoire (novembre 1795-septembre 1797)

Le , lorsque sont mises en place des institutions de la constitution de l', élaborée par la Convention thermidorienne, il est élu membre du premier Directoire, à la place de Siéyès, qui a démissionné aussitôt élu.