L'église Saint-Pierre est une église catholique paroissiale située à Béthisy-Saint-Pierre, en France. C'est un édifice vaste et complexe de style essentiellement roman tardif et gothique primitif, dont les parties orientales ont été plusieurs fois remaniées. À la dernière période romane appartiennent la nef, les bas-côtés, la plus grande partie du chœur et la chapelle latérale sud transformée en sacristie. Les bas-côtés et les grandes arcades de la nef sont les parties les plus anciennes restées authentiques. Ici se rencontrent des tendances archaïques et innovatrices, avec d'une part, des piliers carrés et des arcades en plein cintre, sans le moindre chapiteau, et d'autre part, des voûtes d'ogives d'école lombarde. Aucune autre église du Valois ne possède des bas-côtés comparables. La nef a été très lourdement restaurée à la fin du , soit avant le classement aux monuments historiques par arrêté du , dont elle a été exclue.. Les parties hautes ont donc été dénaturées, mais le plan et l'élévation d'origine sont néanmoins conservés. Le chœur est tout aussi singulier que les bas-côtés, car bien plus bas et moins large que la nef, alors que la construction des deux parties respectives n'est espacée que de quelques années. Pour la dernière fois dans le département de l'Oise, un chœur a ici été vouté en berceau et en cul-de-four. La qualité de la sculpture des chapiteaux est saluée par plusieurs auteurs. Un autre élément remarquable de l'église est le portail occidental du premier quart du , flanqué par deux groupes de quatre colonnettes supportant une quadruple archivolte torique ; or, ce portail est dissimulé sous un porche en pierre du , lui aussi exclu du classement. La silhouette de l'église est dominée par un clocher gothique flamboyant, dont la flèche atteint une hauteur de . Deux chapelles au sud de la nef sont du même style. Riche en histoire, l'église Saint-Pierre garde toute sa place dans la vie du village, et elle a le privilège d'accueillir des messes chaque dimanche à 10h15 et fait partie de la Paroisse de la Vallée de l'Automne.
Localisation thumb|left|Vue sur l'église depuis le parc municipal.
L'église est située en France, en région Hauts-de-France et dans le département de l'Oise, dans le Valois et la vallée de l'Automne, sur la commune de Béthisy-Saint-Pierre, rue Jean-Jaurès. Cette position correspond à la limite nord-est du village ancien. L'élévation méridionale de l'église, qui regarde en réalité vers le sud-ouest, est alignée sur la rue. Elle la domine légèrement, et l'on y accède par un petit escalier ou un chemin en pente. Pas toute l'élévation méridionale n'est visible depuis le domaine public : l'ancienne chapelle latérale sud du chœur donne sur une propriété privée entourée de hauts murs, tout comme par ailleurs l'ensemble du chevet. Cette propriété est l'ancien prieuré, autrefois « grande chambrerie », inscrite monument historique par arrêté du , y compris la clôture, le portail, l'élévation, le logis, le sous-sol, la chapelle, le temple de jardin, le jardin et le site archéologique.. L'ancienne chapelle du prieuré est visible depuis la rue Esmery, et à l'angle des rues Jean-Jaurès, l'on voit déjà le grand portail de style classique. — L'on peut contourner l'église par l'ouest, où un étroit passage reste libre entre le porche de l'église et la maison voisine. Le passage donne accès au cimetière, établi sur un vaste terrain en pente dominant l'église. Un mur de soutènement délimite le cimetière vis-à-vis de l'élévation septentrionale de l'église, et s'approche de si près de son bas-côté nord qu'il crée un genre d'étroit fossé humide. Ce bas-côté et la chapelle latérale nord du chœur avec sa salle médiévale à l'étage sont ainsi mal visibles, et plongés dans une ombre constante.
Historique L'histoire de la paroisse
Béthisy-Saint-Pierre et Béthisy-Saint-Martin formaient au Moyen Âge une communauté unique appelée simplement Béthisy, avec les deux paroisses de Saint-Martin et de Saint-Pierre. Même si Saint-Pierre dépasse en importance Saint-Martin, l'on suppose que le noyau historique de Béthisy se situe du côté de Saint-Martin, placé sur le trajet d'une voie romaine. Saint-Pierre n'est au départ qu'une ferme du fisc dans le domaine royal, que Charles le Chauve donne à l'abbaye Notre-Dame de Morienval en 907, au moins en partie. Le même roi donne les deux églises à l'abbaye bénédictine Saint-Crespin-le-Grand de Soissons. Ceci ne prouve pas que les deux paroisses existent déjà ; il n'y a peut-être qu'une au moment de la donation, car l'érection d'une chapelle en paroisse coïncide souvent avec ces donations. En 1026, la reine Constance d'Arles usurpe une partie des terres que possède l'abbaye Saint-Crespin à Béthisy, et y fait construire un château pour son fils Robert de Bourgogne. Ce château devient vers 1040 le siège de la juridiction auparavant sise à Verberie, et Béthisy-Saint-Pierre devient le siège de la châtellenie de Béthisy-Verberie. Elle est remplacée en 1703 par la création du prévôté royal de Verberie..
Ce contexte historique est important pour comprendre que Béthisy-Saint-Pierre devient une localité d'une certaine importance au , sans jamais devenir une ville proprement dite, et bénéficie ainsi d'une église paroissiale dont les dimensions dépassent celles de toutes les autres églises aux alentours. Aussi, Béthisy-Saint-Pierre a possédé une seconde église (tout comme Verberie) : c'est la collégiale Saint-Adrien dans le périmètre du château, consacrée le par Heddo, évêque de Soissons. Un autre établissement religieux est fondé en 1123 près de l'église Saint-Pierre par Lisiard de Crépy, évêque de Soissons.. C'est un prieuré de l'abbaye Saint-Crépin-le-Grand, dont les moines assurent désormais le service paroissial de l'église. Le prieur est en même temps chambrier de l'abbaye.. Au , il n'y a plus de religieux sur place. L'abbaye Saint-Crépin emploie un vicaire perpétuel pour assurer le service paroissial, qui hérite du titre du chambrier., mais qui officiellement n'a pas le droit de se qualifier de curé, car c'est l'abbaye elle-même qui se considère comme curé. Par simplification on dit que l'abbaye nomme à la cure de Béthisy-Saint-Pierre, mais en réalité, elle engage des vicaires, que les habitants considèrent bien entendu comme leur curé. Cette situation reste inchangée jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, et Béthisy-Saint-Pierre fait partie de l'archidiaconé de la Rivière et du diocèse de Soissons jusqu'à la Révolution française.
Depuis le rétablissement du diocèse de Beauvais en 1822, la paroisse de Béthisy-Saint-Pierre en fait partie. Le territoire de la paroisse s'agrandit avec l'annexion des paroisses d'Orrouy et de Béthisy-Saint-Martin, puis avec la paroisse de Saintines en 1990, qui avait elle-même absorbé les paroisses de Néry (1930), Gilocourt (1935) et Saint-Sauveur (1947). Elle perd son indépendance en 1996, quand les quarante-cinq paroisses actuelles sont définies.. L'Abbé Jean Joly (1910 - 2003) a été curé de la paroisse de jusqu'au mois d'aout 1990. Le dernier curé de Béthisy-Saint-Pierre est le père Jacques Monfort. Depuis lors, Béthisy-Saint-Pierre fait partie de la paroisse de Verberie, dont le vaste territoire n'est desservi que par un unique prêtre, le curé de Verberie. Des messes dominicales continuent d'être assurées tous les dimanches à 10 h 15.
Les campagnes de construction de l'église thumb|upright|Nef, vue depuis le sanctuaire. thumb|upright|Le clocher flamboyant.
Rien n'est connu de l'église Saint-Pierre primitive, dont la dernière partie, le croisillon sud, a été démolie au milieu du au plus tard. Les parties les plus anciennes de l'église actuelles sont les travées conservées des bas-côtés de la nef, qu'Eugène Müller date de 1125 / 1130 environ. Ces bas-côtés sont voûtés d'ogives vers 1140 environ. L'on compte dans l'Oise une quarantaine d'églises possédant des voûtes d'ogives antérieures au milieu du et considérées comme romanes. Lorsque la nef et les bas-côtés sont achevés, un transept et un chœur plus anciens subsistent encore pour peu de temps. En effet, peu avant le milieu du , la croisée du transept et le chœur sont remplacés par l'ensemble que l'on voit encore actuellement. La datation n'a pas toujours été clairement établie. Louis Graves attribue les parties orientales à la période de transition entre le roman et le gothique, ce qui est indéniable mais pas très précis. Graves se base notamment sur les chapiteaux, dont tous les auteurs louent par ailleurs la qualité, la plasticité et la variété des motifs de la sculpture. Eugène Müller n'indique pas de date pour le chœur, ce qui signifie qu'il est d'accord avec Louis Graves, sachant qu'il voit ses écrits comme des compléments et correctifs à l'œuvre de Graves. Philippe Bonnet-Laborderie reste encore plus évasif que ce dernier et parle d'un chœur du . Dominique Vermand, sans doute impressionné par les chapiteaux, penche encore pour le dernier quart du en 1979, mais le caractère archaïque de l'abside voûtée en cul-de-four et la corniche à l'extérieur lui font changer d'avis et pencher pour une date de peu antérieure au milieu du ....
Philippe Bonnet-Laborderie et Dominique Vermand s'accordent pour une datation de la chapelle latérale nord du chœur, de la chapelle latérale sud, du narthex (ou de la travée supplémentaire de la nef à l'ouest) et du portail occidental du premier quart du . Le cadre de leurs publications ne permet toutefois pas une analyse détaillée, et l'on n'apprend donc pas les raisons de leur datation. En ce qui concerne la chapelle latérale sud, une vérification est rendue difficile par sa transformation en sacristie à une époque indéterminée. Eugène Müller affirme qu'elle . Elle est en tout cas postérieure à la nef et n'a pas été bâtie en même temps que le chœur. Dans un premier temps, elle ne communique peut-être pas avec le chœur, et l'on ne peut plus savoir comment elle était reliée au croisillon sud, car une demi-travée manque entre celui-ci et la chapelle. Sans doute au second quart du , une arcade en tiers-point est percée dans le mur méridional de la première travée du chœur, qui se situe exactement à l'intersection entre la demi-travée et la chapelle. Ce n'est qu'au milieu du que le croisillon sud est remplacé par une chapelle d'une travée anormalement profonde, qui communique directement avec la chapelle..