Ludwig van Beethoven a très peu composé pour l'orgue et toutes ses œuvres datent de ses années de jeunesse Massin J et B, Ludwig van Beethoven, Fayard, 1967, p. 14-22, 41-51, 438-439 & 558.Guide de la musique d'orgue, sous la direction de Gilles Cantagrel, Fayard, 2012, p. 182..
« Cette période de sa vie donne des indices de la plus grande importance quant à ses réalisations ultérieures, car les années passées à l'orgue forment l'expression complète de sa vie ; en sa qualité d'organiste à la Cour électorale, Beethoven a acquis toutes ces idées d'art et de formes d'art qui n'avaient besoin que de l'atmosphère riche de Vienne pour leur donner profondeur et plénitude, et les faire mûrir dans le génie que nous reconnaissons aujourd'hui. »Beethoven and the Organ, Cecil Austin, in The Musical Times, vol. 80, No. 1157 (Jul., 1939), p. 525-527.
« La connaissance de Beethoven du jeu d'orgue lui a permis d'inaugurer un style entièrement nouveau dans le jeu de piano, le style legato. Étant donné que les plus grands virtuoses du piano de l'époque de Beethoven étaient des représentants de l'école du jeu staccato, cette innovation doit être considérée comme une réalisation exceptionnelle. En outre, les magnifiques mouvements lents qui ornent les vingt premières sonates [pour piano] de Beethoven sont autant le résultat de son étude de l'orgue que leur pathos est le reflet du sentiment profond de l'époque. »
Beethoven et l'orgue Beethoven apprend très tôt la pratique de l'orgue, peut-être déjà à partir de 1780 avec Egidius van den Eeden (1704-1782), premier organiste de la Cour de Bonn. À la même époque, il prend des leçons ailleurs :
Alexander Wheelock Thayer rapporte que Beethoven aurait également étudié l'orgue avec un certain Zenser, organiste à l'église Münster de Bonn en 1880.
Le , Christian Gottlob Neefe devient l'organiste et le chef d'orchestre du théâtre de la Cour du Prince-Électeur de Cologne Maximilien-FrédéricMaximilian Friedrich von Königsegg-Rothenfels (13 mai 1708, Cologne ; 15 avril 1784, Bonn). et professeur de Beethoven. De plus en plus absorbé par ses fonctions théâtrales, Neefe se fait souvent seconder par Beethoven dans ses obligations d'organiste ; par ailleurs, le père de Beethoven continuait à s'enliser dans l'alcoolisme et devenait de moins en moins capable de subvenir à la vie des siens. Le , Ludwig postule pour devenir organiste adjoint, mais n'obtient qu'un poste sans rémunération. Maximilien François d'Autriche, successeur de Maximilien-Frédéric et féru de musique, nomme Ludwig organiste adjointLudwig van Beethoven sera licencié par Max-Franz comme tous les musiciens de la Cour le mars 1794, à la suite de l'invasion française. le avec un traitement de 150 florins par an alors que son père en recevait 300 et que le salaire de Neefe avait été réduit de 400 à 200 florinsAlexander Wheelock Thayer, Life of Beethoven, Princeton University Press, p. 61-79 & 100.. Beethoven n'a que quatorze ans. Lors d'une visite à l'église nouvellement rénovée de Marienforst près de Godesberg, en 1790 ou 1791, les auditeurs sont très vivement impressionnés par les qualités de l'organiste, notamment par les improvisations sur des thèmes imposés, selon le Dr Wurzer (conseiller électoral) dans le Kölnische Zeitung du .
Quand Beethoven arrive à Vienne en 1792 pour prendre des leçons de contrepoint et de fugue auprès de Joseph Haydn, il est déçu et se tourne vers l'organiste de la cathédrale, Johann Georg Albrechtsberger. Très conservateur, Albrechtsberger prodigue à Beethoven un enseignement très strict et passablement scolastique de à et lui impose des exercices d'écriture de fugues. Le résultat ne satisfit ni l'un ni l'autre.
L'intérêt de Beethoven pour l'orgue semble continuer tout au long de sa vie mais sans composition. Ainsi, à l'été 1821, Friedrich StarkeFriedrich Starke (1774-1835), corniste, éditeur viennois et ami de longue date – quoique pas particulièrement proche – de Beethoven rapporte avoir entendu Beethoven improviser à l'orgue de la chapelle Saint-Jean d'Unterdöbling près de Vienne pendant une demi-heure ; c'étaient « deux préludes, le premier con amore et avec des registres agréables, le deuxième composé d'une suite de séquences fuguées. »Carl de Nys, texte de présentation du disque de Wilhelm Krumbach (Koch Treasure 3-1609-2). À la même époque, il travaille à sa Missa solemnis pour laquelle il prévoit un accompagnement d'orgue ad libitum pour renforcer les basses.
Lorsqu'en 1825 il reçoit à Baden la visite de l'organiste FreudenbergKarl Gottlieb Freudenberg (1777-1869), organiste à l'église Marie-Madeleine de Breslau ; il enseigne l'orgue et compose (Psaume 75 pour solo, chœur et orchestre ; des chansons pour une ou plusieurs voix; de la musique funèbre pour orgue, diverses pièces pour piano, etc). D'après Karl Gottlieb Freudenberg, Erinnerungen aus den Leben eines alten Organisten, F.C.E. Leuckart, Breslau 1869. de Breslau, il se plaint à celui-ci de ce que les organistes viennois sont incapables de se servir dignement de leur instrument, en particulier de son pédalier, et qu'ils ont complètement perdu le vieux style de la musique d'orgue. Lors de cette rencontre, Beethoven avance aussi une opinion peu courante à son époque :
À cette époque, Beethoven envisage de composer une ouverture sur le nom de BachEn allemand, les lesttres B. A. C. H. correspondent aux notes si bémol, la, ut, si nature. Johann Sebastian Bach utilisait souvent ces quatre notes dans ses compositions. dont il avait étudié Le Clavier bien tempéré dans ses années de formation avec Neefe.
Nous savons à quoi aboutirent les recherches de Beethoven sur la fugue dans son œuvre : aux séquences fuguées dans les grandes sonates de la fin et à la Grande Fugue pour quatuor à cordes.
Œuvres pour orgue Une édition complète des œuvres de Beethoven () eut lieu en 1862-1865 et n'incluait que trois pièces d'orgue datant de la période de Bonn: la Fugue WoO 31 et Deux préludes opus 39.
Fugue en ré majeur L'œuvre date de 1783, époque à laquelle Beethoven étudiait Le Clavier bien tempéré de Bach avec Neefe et on peut rapprocher son style de la en mi mineur du premier Livre, elle aussi à deux voix. Selon Gustav Nottebohm, cette pièce aurait servi dans la candidature du jeune Ludwig au poste d'organiste adjoint de la Cour du Prince-Électeur de Cologne. Elle est publiée pour la première fois en 1888, dans le dernier volume de la .
Durée: environ 2 minutes.
Deux préludes par tous les 12 tons majeurs L'œuvre date probablement de 1789 et a été révisée et publiée par Hoffmeister & Kühnel à Leipzig en 1803Lettres de Beethoven. L'intégrale de la correspondance 1787-1827, trad. Jean Chuzeville, Actes Sud 2010, p. 102 & 108. sous un titre en français : « Deux PRELUDES par tous les 12 tons majeurs pour le Fortepiano, ou l'orgue ». Le premier prélude dure environ 7 minutes, le deuxième moins de 2 minutes.
C'est une œuvre sur le modèle ancien et bien connu du "labyrinthe harmonique", qui passe par le cycle complet des tonalités par quintes et revient finalement à son point de départWilhelm Krumbach, texte de présentation de son disque d'œuvres pour orgue de Beethoven (Koch Treasure 3-1609-2).. Elle fait voir comment le jeune maître concevait que l'on devait manier le matériau musical pour être capable d'exprimer « tous les mouvements de l'âme ».
Œuvres pour orgue mécanique
Les horloges musicales des 18e et sont de petits orgues mécaniques associés à une horloge qui jouent automatiquement toutes les heures ou demi-heures. Vienne était un des principaux centres de production d'instruments mécaniques et ces petits orgues se trouvaient communément dans les châteaux, restaurants et musées d'Autriche. Les soupapes des tuyaux sont actionnées par des rouleaux de bois mis en rotation par la gravité et un système de poids et poulies, ce qui en fait un indicateurs précieux sur les tempi d'exécution de l'époque. Mozart et Haydn32 pièces pour horloge musicale, Hob. XIX, certaines d'attribution douteuse, voir Philippe Rouille, Les pendules à flûtes "Haydn", Revue Musiques Mécaniques Vivantes de l’AAIMM n° 41 et 42. avaient composé des pièces pour cet "instrument" avant Beethoven.
Au printemps 1799, Beethoven fait la connaissance de la famille von Brunsvik, d'origine hongroise, qui séjourne à Vienne durant 18 jours. Il donne des leçons de musique aux deux filles, Thérèse et Joséphine — une des possibles "immortelles bien-aimées" — qui épouse, le , le comte Joseph Deym von Střitetž Joseph Deym von Střitetž (Bohème, vers 1752-27 janvier 1804) s'était enrôlé dans l'armée. À la suite d'un duel où il tue son opposant, il s'enfuit en Hollande, devient sculpteur de cire et prend le pseudonyme roturier de "Müller". Il se rend ensuite en Italie où il réalise des moulages d'antiques en plâtre puis s'établit à Vienne vers 1780. Là, il ouvre son premier "Müllerische Kunstcabinet" où il expose une centaine de copies. Grâce aux entrées perçues, il enrichit sa collection et fait construire de nouveaux bâtiments pour lesquels il s'endette. En mai 1799, il fait visiter son cabinet à la famille von Brunsvick et tombe immédiatement amoureux de Joséphine qu'il demande en mariage. Ils se marient le 29 juin 1799 mais Deym meurt en 1804, avant la naissance de leur quatrième enfant. Joséphine meurt le 31 mars 1821, laissant le cabinet à ses quatre enfants qui dispersent la collection. Aucune des horloges musicales n'est parvenue jusqu'à nous. avec qui il devient également ami. Deym exploitait une galerie d'art, la "Müllerische Kunstcabinet", qui était une des curiosités de Vienne et réunissait une collection de figures de cire, de reproductions de l'Antiquité et autres objets divers, dont des horloges musicales pour lesquelles Mozart avait composé différentes pièces: l'Adagio et Allegro en fa mineur et majeur KV. 594 (1790), la Fantaisie en fa mineur KV. 608 (1791) et l’Andante en fa majeur KV. 616 (1791). Albert KopfermannAlbert Kopfermann (1846-1914), musicologue allemand, conservateur à la Preussische Staatsbibliothek de Berlin en 1878, il y est nommé professeur et directeur du département de musique en 1908, poste qu'il occupe jusqu'à sa mort ; Georg Kinský devient son assistant en 1908. Il édite plusieurs compositions de Beethoven jusqu'alors inconnues (dont l'Adagio WoO 33 n°1 dans l'article « Ein unbekantes Adagio von Beethoven », paru en mars 1902 dans Die Musik, vol. I, n°12) et le concerto pour violon en ré majeur K. 271a/271i attribué de manière douteuse à Mozart. fut le premier à suggérer que Beethoven avait obtenu de Deym une copie des deux premières œuvres, utilisées comme modèle pour des pièces de sa propre mainErnst Simon, Mecanische Musikinstrumente früherer Zeiten und ihre Musik, Wiesbaden, Breitkopf & Härtel, 1960 (cité par W.L. Whipple).. Pendant le séjour des Brunsvik, Beethoven écrit trois pièces pour horloge musicale et les Variations WoO 74.
En 1865, Alexander Wheelock Thayer ajoute au corpus des œuvres pour orgue de Beethoven deux pièces pour horloge musicale (WoO 33 n°4-5) et, en 1902, Kopfermann identifie l'Adagio WoO 33 n°1. Deux autres œuvres pour horloge musicale (Hess 107 et l’Adagio pour secrétaire mécanique) sont publiées par Georg KinskyGeorg Ludwig Kinský (1882-1951), musicologue allemand, conservateur à la Preussische Staatsbibliothek de Berlin, assistant d'Albert Kopfermann en 1908; conservateur et directeur du Heyer Musikhistorisches Museum à Cologne de 1909 à 1927 ; il enseigne l'orgue de 1921 à 1932 à l'Institut de musicologie de l'université de Cologne). Il édite avec Hans Halm un catalogue des compositions de Beethoven (Das Werk Beethovens), publié de manière posthume en 1955..
Cinq pièces pour horloge musicale