Dorimène Desjardins, née Marie-Clara Dorimène Roy (Sorel, Québec, . - ), est, avec son mari, Alphonse Desjardins, la cofondatrice des caisses Desjardins.
Biographie
Enfance et formation Marie-Clara Dorimène Roy-Desjardins est née le à Sorel, au Québec. Elle est baptisée le lendemain à l'église Saint-Pierre, dans la même ville. Elle est la fille de Joseph Roy-Desjardins, capitaine de bateau à vapeur et de Rosalie Mailhot. Dorimène Roy-Desjardins est issue d'un milieu populaire. Elle est le cinquième enfant d’une famille de onze, dont cinq décèdent de maladies infantiles. En raison de la précarité de la famille, elle est confiée très tôt à la sœur de sa mère, Louise-Clarisse Mailhot et son époux, Jean-Baptiste Thériault, qui vivent à Lévis.
Ces derniers considèrent la petite Dorimène comme leur propre fille et lui permettent d'avoir accès à l'éducation ainsi qu'à une « aisance matérielle ». Dès 7 ans (1865), elle étudie donc au réputé couvent Notre-Dame-de-Toutes-Grâces (aujourd'hui l’école Marcelle-Mallet), dirigé par les Sœurs de la Charité. Le programme du couvent est constitué d'exercices de piété (prières, méditation, lectures spirituelles, etc.), d'une instruction modeste et de quelques activités para-académiques (musique, chant, travaux d'aiguille, etc.)Guy Bélanger, Dorimène Desjardins. Cofondatrice des caisses populaires Desjardins (1858-1932), p. 8.. Bien que cette éducation soit imprégnée des mœurs de l'époque, formant les jeunes filles aux rôles traditionnellement féminins, elle permet également à Dorimène Desjardins d'apprendre à lire, écrire, compter, gérer l'économie domestique et tenir les comptesGuy Bélanger, Dorimène Desjardins. Cofondatrice des caisses populaires Desjardins (1858-1932), p. 11.: des compétences qui s’avéreront utile tout au long de son parcours.
Dorimène Desjardins termine ses études au couvent Notre-Dame-de-Toutes-Grâces en 1874 ou 1875, elle est alors âgée de 16 ou 17 ansGuy Bélanger, Dorimène Desjardins. Cofondatrice des caisses populaires Desjardins (1858-1932), p. 9.. Selon Guy Bélanger, son biographe, Dorimène Desjardins jouit alors d'une « excellente réputation » à Lévis et au couvent. Elle garde contact avec l'établissement, acceptant notamment de jouer des rôles honorifiques lors de réunions d'anciennes étudiantes. Elle participe notamment à l’événement commémorant les noces de diamant de vie religieuse des révérendes mères Saint-Pierre et Bonsecours, où elle lit une adresse au nom de 200 anciennes élèves.
Rencontre d'Alphonse Desjardins Tout juste sortie du couvent, Dorimène Roy-Desjardins rencontre Alphonse Desjardins à Lévis. Ce dernier est alors journaliste au Canadien, un quotidien conservateur de la ville de QuébecGuy Bélanger, Dorimène Desjardins. Cofondatrice des caisses populaires Desjardins (1858-1932), p. 12.. Dorimène et Alphonse ont grandi dans la même paroisse, fréquentant la même église. Bien qu'ils aient le même nom de famille, ils ne possèdent pas un lien de parenté très étroit: leurs arrière-grands-pères étaient cousins germains. Ils se marient le à Sorel, car les parents de Dorimène Desjardins y habitent. Ils s'unissent à l'église Saint-Pierre de Sorel, devant l'abbé François-Xavier LachanceGuy Bélanger, Dorimène Desjardins. Cofondatrice des caisses populaires Desjardins (1858-1932), p. 14.. Dans leur contrat de mariage, ils choisissent le régime de séparation des biens: Alphonse Desjardins doue à sa femme ses « meubles de ménage » et 4000$ dans le cas où elle lui survivraitGuy Bélanger, Dorimène Desjardins. Cofondatrice des caisses populaires Desjardins (1858-1932), p. 13.. Au même moment, afin d'assurer les revenus familiaux, ce dernier quitte son emploi de journaliste et devient éditeur des Débats de la Législature de la Province de Québec. vignette|La maison des Desjardins, à Lévis.|alt=|gauche Dorimène et Alphonse Desjardins vivent ensuite à Lévis mais retournent occasionnellement à Sorel afin de visiter la famille de la jeune mariée (notamment lorsque son père décède en 1882). De leur union sont nés 4 filles et 6 garçons, entre 1880 et 1902 (dont 3 meurent en bas âge): Raoul (1880-1951), Anne-Marie (1881-1929), Edgar (1882-1944), Alice (1884-1892), Alphonse (1886-1892), Adrienne (1888-1965), Albertine (1891-1968), Paul-Henri (1893-1958), Léon (1897-1904) et Charles (1902-1973).
C'est Dorimène Desjardins qui gère l'économie de cette famille nombreuse, au point où son mari Alphonse la surnomme sa «ministre des Finances»Guy Bélanger, Dorimène Desjardins. Cofondatrice des caisses populaires Desjardins (1858-1932), p. 16.. Dès 1885, son mari la charge d'ailleurs de gérer son salaire hebdomadaire de 15$, de manière qu'il puisse appuyer financièrement sa mère dans le besoin. Malgré sa bonne gestion du portefeuille familial, Dorimène Desjardins ne peut empêcher des difficultés financières dès 1887. Lors de son arrivée au pouvoir la même année, le gouvernement provincial d'Honoré Mercier souhaite enlever à Alphonse Desjardins le rôle d'éditeur des DébatsGuy Bélanger, Dorimène Desjardins. Cofondatrice des caisses populaires Desjardins (1858-1932), p. 18.. Desjardins doit alors hypothéquer sa maison afin de s'assurer de pouvoir fournir le douaire de 4000$ auquel il a consenti lors de son mariage. En , le gouvernement Mercier cesse de subventionner les Débats et la famille Desjardins entre dans quelques années d'incertitude financière. Alors qu'Alphonse est embauché en comme sténographe à la Chambre des communes et doit passer 6 mois par année à Ottawa, Dorimène assume seule le bon fonctionnement du foyer (comptant alors 7 enfants).
Le choléra arrache au couple deux de ses enfants, Alice et Alphonse, à quelques mois d'intervalle, en mai puis en en . Bien qu'éprouvée par le drame, Dorimène Desjardins donne naissance à trois autres garçons durant les années qui suivent: Paul-Henri (1893), Léon (1897) puis Charles (1902)Guy Bélanger, Dorimène Desjardins. Cofondatrice des caisses populaires Desjardins (1858-1932), p. 19..
Fondation de la première caisse d'épargne du Québec: les débuts du mouvement vignette|Logo des caisses Desjardins. Le , Dorimène et Alphonse Desjardins fondent ensemble la première Caisse populaire en Amérique du Nord, à Lévis. Elle est nommée la Caisse populaire de Lévis et elle ouvre ses portes le . Cette première caisse est à l'origine du Mouvement des caisses Desjardins, le plus grand groupe financier coopératif de langue française en Amérique du Nord. Dorimène fait alors partie des 132 signataires du « pacte social »Guy Bélanger, Dorimène Desjardins. Cofondatrice des caisses populaires Desjardins (1858-1932), p. 31.. Sa fille, Adrienne Desjardins, estime même que sa mère aurait participé informellement à l'élaboration des statuts et des règlements du mouvement (les premières réunions se tenaient au domicile des Desjardins).
Durant les premières années d'existence de la Caisse de Lévis, Alphonse Desjardins, qui en est alors gérant, doit souvent s'absenter à Ottawa dans le cadre de son emploi de sténographe et de voyages d'affaireGuy Bélanger, Dorimène Desjardins. Cofondatrice des caisses populaires Desjardins (1858-1932), p. 35.. Les administrateurs de la caisse étant pour la plupart bénévoles, ils ne peuvent souvent pas assurer la gestion par intérim. C'est donc sur Dorimène Desjardins que repose une partie de la responsabilité de gestion de la caisse de Lévis entre 1901 et 1903. Avec deux autres responsables, elle assume ce rôle durant 7 mois, du au Guy Bélanger, Dorimène Desjardins. Cofondatrice des caisses populaires Desjardins (1858-1932), p. 36.. Ses responsabilités consistent essentiellement en la perception quotidienne des dépôts et la tenue de la comptabilité. Le dévouement de Dorimène Desjardins est alors souligné par l'administration de la Caisse, qui lui verse une indemnité de 50$ après avoir fait l'éloge de ses nombreuses qualitésGuy Bélanger, Dorimène Desjardins. Cofondatrice des caisses populaires Desjardins (1858-1932), p. 37..
Entre le et le , les administrateurs lui confient un certain nombre de responsabilités, comme signer au nom du gérant tout reçu ou chèque ayant une somme qui n'excède pas cinq cents dollarsGuy Bélanger, Dorimène Desjardins. Cofondatrice des caisses populaires Desjardins (1858-1932), p. 37.. Malgré les contributions de Dorimène Desjardins et le rôle important qu'elle a pu jouer en coulisses, Guy Bélanger, l'historien du mouvement Desjardins, apporte des nuances quant au droit des femmes dans le nouveau mouvement coopératif:
« Il faut admettre cependant que la place réservée aux femmes dans la genèse du projet des caisses reflète leur statut juridique dans la société québécoise. Homme de son temps, Alphonse Desjardins subit tout le poids et l'influence d'une société dominée par la pensée conservatrice du clergé et des élites. Les Statuts et règlements de la Caisse populaire de Lévis [...] se conforment aux dispositions du Code civil de la province. Ainsi, l'article 28 met sur le même pied les femmes mariées et les mineurs. Les femmes mariées ne sont pas sociétaires de plein droit, puisque leur admission est assujettie au consentement de leur époux. Elles doivent également obtenir l'autorisation maritale pour bénéficier du crédit. Plus encore, elles ne peuvent exercer un droit de vote, ni remplir des charges administratives dans la caisse. L'article 15 étend d'ailleurs cette incapacité à toutes les femmes sociétaires, quelle que soit leur condition civileGuy Bélanger, Dorimène Desjardins. Cofondatrice des caisses populaires Desjardins (1858-1932), p. 29-30.. »
Malgré ces inégalités, Dorimène Desjardins est tout de même une figure marquante des premières années d'existence du Mouvement Desjardins. Elle exerce une influence notable lorsqu'en 1905, le nouveau mouvement coopératif échappe de peu à l'effondrement. À l'époque, l'entreprise est victime de rumeurs de grande ampleur, sous-entendant que la famille Desjardins serait au bord de la faillite car le mouvement coopératif évolue au sein d'un vide législatif (il ne bénéficie d'aucune protection juridique)Guy Bélanger, Dorimène Desjardins. Cofondatrice des caisses populaires Desjardins (1858-1932), p. 41.. Perturbée et grandement inquiète, Dorimène Desjardins accourt alors à Ottawa afin de faire part de ses craintes à son mariGuy Bélanger, Dorimène Desjardins. Cofondatrice des caisses populaires Desjardins (1858-1932), p. 43.. Ce dernier songe à mettre les clés sous la porte, incapable de faire adopter une législation qui protégerait juridiquement le Mouvement et ébranlé par les doutes de sa femmeGuy Bélanger, Dorimène Desjardins. Cofondatrice des caisses populaires Desjardins (1858-1932), p. 44.. Toutefois, il ne la blâme pas, estimant que ces craintes tiennent leur source dans son « amour maternel ». Il faudra finalement l'intervention et les encouragements de monseigneur Louis-Nazaire Bégin, alors évêque de Québec, pour convaincre le couple de poursuivre leur œuvreGuy Bélanger, Dorimène Desjardins. Cofondatrice des caisses populaires Desjardins (1858-1932), p. 45.. Le , l'Assemblée nationale adopte finalement la Loi concernant les syndicats coopératifs, qui met à l'abri les Caisses populaires en les reconnaissant juridiquementGuy Bélanger, Dorimène Desjardins. Cofondatrice des caisses populaires Desjardins (1858-1932), p. 48.. vignette|Alphonse et Dorimène Desjardins, circa 1916.
Une à la mort de son mari