L'église Saint-Martin est une église catholique paroissiale située à Survilliers, dans le Val-d'Oise, en France.

Elle a été édifiée en deux principales étapes, entre 1483 et 1500 et entre 1535 et 1554 environ. La dédicace à saint Martin de Tours a été célébrée en 1493, selon une inscription derrière l'autel, et l'année d'achèvement est gravée sur une clé de voûte. L'église appartient ainsi à la période gothique flamboyante et au début de la Renaissance, mais les styles architecturaux de son époque de construction ne se manifestent pas dans toute leur dimension. Les architectes n'ont pas cherché l'élégance et le raffinement, mais ont veillé d'autant plus à la solidité et à la cohérence de l'ensemble, et ils ont fait preuve d'un sens développé pour l'harmonie et la proportion des formes. Aussi, l'église ne se signale-t-elle pas par des prouesses architecturales et artistiques, mais par une étonnante homogénéité et unicité stylistique : plus de soixante-dix ans se sont tout de même écoulées du début des travaux jusqu'à la fin du chantier. Aucun élément en élévation ne subsiste de la précédente église, ce qui est rare dans la région.

Le plan de l'église est très simple et se compose de trois vaisseaux de six travées, avec une abside à pans coupées s'ajoutant à la fin du vaisseau central, qui est plus élevé que les autres. Les clés de voûte pendantes qui sont présentes dans la plupart des travées constituent le seul ornement de l'église, sans parler du mobilier et des vitraux, dont plusieurs éléments sont d'une grande qualité. L'église est aussi connue pour ses nombreuses pierres tombales, dont douze sont classées. Le clocher se dresse au-dessus de la première travée du bas-côté sud et se remarque par ses quatre échauguettes cantonnant la flèche. À l'extérieur, les contreforts flamboyants au sud et le portail occidental avec son riche décor à mi-chemin entre gothique et Renaissance sont également intéressants. L'église a été classée monument historique par arrêté du , et entièrement restaurée entre 1976 et 2007, elle se présente aujourd'hui dans un parfait état. Des messes y sont célébrées un dimanche sur deux à 11 h.

Localisation thumb|left|Vue depuis le nord-ouest.

L'église est située en France, en région Île-de-France et dans le département du Val-d'Oise, sur la commune de Survilliers, place Dhuique. Ce nom a été pris par la rue qui relie la RD 922 - rue Jean-Jaurès au carrefour au nord-ouest de l'église, où se rencontrent la rue Pasteur, la rue Gaston-Fouliouse (menant à la mairie) et la rue d'Alsace-Lorraine. Un petit parvis a été aménagé entre la place Dhuique et la façade occidentale de l'église. Son élévation nord est alignée sur la rue d'Alsace-Lorraine, alors que le chevet et l'élévation méridionale donnent sur une vaste pelouse, qui est propriété municipale. L'église est ainsi entièrement dégagée d'autres constructions et bien mise en valeur, et l'on peut en faire le tour. Son haut clocher permet de la repérer de loin, notamment en s'approchant depuis le sud et depuis l'est.

Historique Histoire de la paroisse thumb|upright|Charité de Saint-Martin, bas-relief sur la chaire.

Sous tout l'Ancien Régime, Survilliers fait partie du diocèse de Senlis, l'un des plus petits de France ; c'est la seule paroisse de ce diocèse qui n'a pas été intégrée dans le département de l'Oise après la Révolution française, mais dans le département de Seine-et-Oise et le diocèse de Versailles. Sinon, tout le nord-est de l'actuel département du Val-d'Oise, ainsi que l'extrême nord-ouest du département de Seine-et-Marne, entre dans le périmètre de l'ancien diocèse de Paris, qui était très étendu. Survilliers constitue donc un cas à part, et contrairement à l'ensemble des communes des alentours, la commune n'est donc pas étudiée dans les Précis statistiques... de Louis Graves parus pendant le second quart du et couvrant l'ensemble du département de l'Oise, ni dans l'Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris de l'abbé Jean Lebeuf paru en plusieurs volumes au milieu du . Les sociétés savantes ont également omis Survilliers : la Société d'histoire et d'archéologie de Senlis, car se consacrant uniquement à l'arrondissement de Senlis, et la Société historique et archéologique de Pontoise, du Vexin et du Val-d'Oise, car restant focalisé sur Pontoise et ses environs. Un seul historien amateur s'est occupé à ce jour de Survilliers, Édouard du Chesne en 1966, qui, en paléographe expérimenté, a systématiquement identifié l'ensemble des documents d'archives antérieures à la Révolution concernant le village (voir la bibliographie). Or, si les recherches ont été fructueuses sous de nombreux égards, Édouard du Chesne n'a trouvé rien trouvé sur la construction de l'église. Il n'a pas non plus trouvé la date de fondation de la paroisse. Son patron est saint Martin de Tours, le plus répandu dans la région.

L'histoire de la paroisse n'a pas encore fait l'objet de recherches publiées, et seulement quelques épisodes en sont connus. Le curé de Survilliers au milieu du , maître Le Lieupault, a laissé des mémoires manuscrits. Ils relatent un épisode peu glorieuse pour le cinquième baron de Survilliers, Charles de Meaux, troisième du nom, né en 1585. En effet, ce dernier est accusé par le curé d'avoir assassiné l'un de des parents, Thomas Le Lieupault. D'après les dires du curé, ce crime aurait été sanctionné par la condamnation à mort de Charles de Meaux en date du , mais l'acte n'a jamais été retrouvé. En tout cas la condamnation est restée lettre morte. Pour se venger des accusations qui pèsent sur lui, Charles de Meaux, accompagné de quatre hommes de main, tire un coup d'arquebuse sur le curé. Cet attentat du blesse maître Le Lieupault, mais Charles de Meaux est en revanche encore plus gravement blessé par l'un des propres compagnons, et succombe à ses blessures quelques jours plus tard. Il est enterré dans l'église, mais ce n'est pas la pierre tombale à gauche en regardant le chœur, qui appartient à son grand-père Charles I, ni la sépulture dans l'abside, qui est celle de son père Charles II. Le curé se remet rapidement de ses blessures et vit encore près de trente ans jusqu'au . Il est enterré dans l'abside, mais la pierre tombale n'existe plus ou est caché sous le piédestal..

Sous la Révolution française, les inscriptions des nombreuses pierres tombales de l'église (au moins une vingtaine) sont martelées pour effacer, dans l'esprit des révolutionnaires, les marques de l'Ancien Régime. Or, la plupart des personnes enterrées sont seulement des marchands ou laboureurs aisés, pas des seigneurs incarnant le pouvoir, et une seule pierre tombale appartient à des membres de la noblesse. L'on ignore si la perte de la quasi-totalité des vitraux Renaissance est imputable à la Révolution ; dans plusieurs églises de la région dont la cathédrale Saint-Maclou de Pontoise, ils ont été victimes du changement des goûts au , ou arrachés au seulement, comme à Bessancourt.

La paroisse de Survilliers n'est plus indépendante. Elle fait partie du diocèse de Pontoise depuis sa création en 1966, le diocèse de Versailles étant désormais limité au seul département des Yvelines. Le dernier curé qui s'occupait exclusivement de Survilliers fut l'abbé L.J. Vigneron, qui a officié à Survilliers de 1905 à 1932, et dont une plaque commémorative dans l'église garde le souvenir. Ensuite, l'abbé Alfred Chaumier qui lui succède, a déjà en charge les villages de Vémars et Saint-Witz outre que Survilliers. Alfre Chaumier reste au service de la paroisse jusqu'en 1942. Sa plaque commémorative rappelle que . Aujourd'hui, Survilliers fait partie du groupement paroissial Fosses - Survilliers - Vémars - Saint-Witz. Les messes dominicales sont célébrées à Survilliers un dimanche sur deux à 11 h 00, avec des exceptions pendant les vacances scolaires d'été.

Histoire de l'église thumb|Début de l'inscription sur le mur occidental du clocher, à l'intérieur. thumb|Fin de l'inscription de dédicace derrière l'autel : année 1493. thumb|Clé de voûte de la de la nef.

Sans les citer mot par mot, Catherine Crnokrak et al. attirent l'attention sur une inscription en caractères gothiques gravée dans le revers du mur occidental du clocher. Elle se situe au-dessus de la porte d'entrée et du tambour de porte, et est partagée en deux parties par la rampe d'escalier de la tribune occidentale, dont l'état de fragilité s'oppose à un examen de près. La lisibilité de certains mots est réduite. L'inscription dirait que l'église aurait été fondée en 1354 par Guillaume de Meaux. Il n'est pas clair qui pourrait être ce Guillaume de Meaux, car aucun lien entre la famille de Meaux et Survilliers n'existe avant la fin du , quand le seigneur de Survilliers est Philippe de Campremy, chevalier et bailli de Meaux, dont Édouard du Chesne suggère que les descendants prennent le nom de Meaux. Ensuite, des membres de la famille de Meaux sont seigneurs de Survilliers entre 1525 environ et 1649. C'est justement vers 1525 qu'entre en scène Guillaume de Meaux, écuyer, et premier seigneur pouvant prétendre au titre de baron de Survilliers. En 1354, le seigneur de Survilliers est François Cassinel. L'interprétation de l'inscription semble donc poser problème. Il devrait plutôt s'agir d'une épitaphe avec le rappel d'une fondation de messes, car on voit les mots Édouard du Chesne n'a pas étudié en détail l'architecture de l'église, mais est néanmoins parvenu à la conclusion qu'on ne trouve pas trace d'une construction de la seconde moitié du , soit en raison son ajournement, soit en raison de sa destruction durant la guerre de Cent Ans...

Charles Huet, qui a publié une description de l'église Saint-Martin, n'a pas pris note des interrogations d'Édouard du Chesne et fait remonter le clocher à la fin du en se basant sur . Le même auteur a fait remonter les voûtes du vaisseau central de l'église Saint-Justin de Louvres et la chapelle sud de l'église Saint-Étienne de Fosses à cette même époque (au lieu de la fin du et du début du ). et est coutumier des datations hasardeuses ; aussi faut-il souligner que Catherine Crnokrak et al. affirment que la construction ne commence pas avant le dernier quart du . Ils situent le début des travaux en 1483, selon un document d'archives qu'Édouard du Chesne n'a pas trouvé, et la fin des travaux en 1554, selon la date qui figure sur la clé de voûte de la cinquième travée du vaisseau central. L'inscription derrière l'autel commémore par ailleurs une dédicace en 1493, qui devrait correspondre à la première campagne de travaux. Un autre document d'archives évoqué par Catherine Crnokrak et al. fait référence à une dédicace en 1544, quand le gros œuvre des trois vaisseaux devait être terminé. On voit que Guillaume de Meaux, premier du nom, est toujours seigneur de Survillies et le reste jusqu'à sa mort vers 1562..