La Béthune est une rivière française, longue de 61 kilomètresLongueur donnée par Albert Hennetier, Pierre-Jean Thumerelle dans l'ouvrage ou l'article utilisés ci-dessous. Le SIBV Béthune lui attribue en revanche une longueur de , voir ici.., située dans la Seine-Maritime et affluent de l'Arques. Pour le Service d'administration nationale des données et référentiels sur l'eau (SANDRE), la Béthune n'existe pas, l'Arques et la Béthune ne forment qu'un seul et même fleuve (l'Arques), long de 67 kilomètres., mais les ouvrages de géographieGérard Granier, François Gay, Jacques Garnier, La Haute-Normandie, Rouen, éditions du P'tit normand, 1988 ., des organismes de gestion de l'eauExemple de l'agence de l'eau Seine-Normandie.. tout comme les dictionnaires la considèrent comme un cours d'eau indépendant.

La Béthune forme l'ossature du réseau dendritique qui donne naissance à l'Arques. Avec les deux autres cours d'eau constitutifs de cet ensemble hydrographique, l'Eaulne à l'est, la Varenne à l'ouest, la rivière entaille, par une vallée encaissée d'une centaine de mètres, le plateau crayeux dominant la Manche. Son bassin versant est essentiellement consacré à l'agriculture, mais le cours de la rivière a attiré les hommes et les activités au cours de l'histoire ainsi que l'atteste la présence de voies de communication et de bourgs dont l'importance dépasse le simple cadre local. L'environnement a pu être préservé grâce à une bonne qualité des eaux, la richesse faunistique et floristique a conduit à demander le classement de la vallée en site d'intérêt communautaire dans le cadre du réseau Natura 2000.

Hydronymie Le nom de Béthune apparaît seulement au début du dans un texte évoquant la bataille d'Arques. Cet hydronyme est peut-être parent du terme bétoire désignant une perte de cours d'eau en terrain calcaire dont la vallée de la rivière abonde. Béthune est encore attesté comme nom commun au dans le sens de « cavité préparée pour recevoir les eaux », c'est-à-dire comme synonyme de puisardFrançois Raymond, Supplément au Dictionnaire de l'Académie française, , Librairie Gustave Barba, Paris, 1835 Lire en ligne.. Il s'agit vraisemblablement d'un dérivé du mot béton issu du latin bitumen qui a dû se croiser avec la racine gauloise *bedu- « creuser » > *bedum « canal, fosse » qui a donné bief (bied 1135), mot désignant un canal de dérivation.

Auparavant, au cours de la première partie du Moyen Âge, le nom de la rivière est mentionné dans les textes mérovingiens et carolingiens sous les formes Tella ou Telle (issu d'un *Tala.), dont dérive peut-être le nom du pagus mérovingien de Talou, dans laquelle la Béthune déploie son cours. En effet, Talou procède d'un gaulois *Tal-avo, -avo étant un suffixe fréquent en toponymie qui explique certaines terminaisons en -ou / -eu (cf. aussi le nom commun caillou).. Tal- remonte peut-être au radical gaulois *talu- « front, surface » dont l'emploi toponymique est avéré (cf. ). et dont le dérivé latinisé *talutu[m] (talutium est attesté chez Pline l'Ancien) a donné le français talusSite du CNRTL : étymologie de talus (lire en ligne) ..

À l'époque de l'installation des colons anglo-scandinaves et de la formation du duché de Normandie, la rivière se voit qualifier de Deppae (1015-1029) ou Dieppa (1030) « la profonde » ou « la rivière profonde ». Cet hydronyme est issu de l'adjectif norrois djúpr ou du vieil anglais dēop > deep « profond » sous Dieppe. ou d'un composé norrois djúpr + á « rivière »Jean Renaud, Vikings et noms de lieux de Normandie, éditions OREP, 2009, ., ce qui en ferait un synonyme de la rivière Djúpá en IslandeIl s'agit de la même étymologie que celle de la ville de Dieppe qui a emprunté l'ancien nom de la rivière.. Du au , le cours d'eau est attesté sous le nom de Rivière de Neufchastel ou de Neucastel en normand., c'est-à-dire « Rivière de Neufchâtel(-en-Bray) », principale ville traversée.

Géographie Topographie, hydrographie et géologie thumb|left|upright=1.2|alt=Carte du bassin-versant de la Béthune et des cours d'eau constituant le système dendritique de l'Arques.|Carte du bassin-versant de la Béthune et des cours d'eau constituant le système dendritique de l'Arques.

La Béthune prend sa source dans le pays de Bray, à proximité de la station thermale de Forges-les-Eaux, sur le territoire de la commune de Gaillefontaine à une altitude légèrement supérieure à La Béthune sur le site du SIBVB.. Après un cours presque rectiligne d'une soixantaine de kilomètres qui reprend la direction tectonique générale des cours d'eau de la région (c'est-à-dire selon un axe orienté sud-sud-est / nord-nord-ouest), elle rejoint la Varenne et l'Eaulne pour former l'Arques à Arques-la-Bataille, à quelques kilomètres en amont de Dieppe. Ces trois rivières, dont les tracés sont parallèles sur une longue distance, « forment un bassin ovoïde régulier qui fournit un bel exemple de drainage dendritique : elles dessinent une sorte de trident dont l'Arques serait le manche »Article de Pierre-Jean Thumerelle in Guide des merveilles naturelles de la France, Sélection du Reader's Digest, 1973, ..

La Béthune prend sa source et accomplit ses premiers kilomètres dans une dépression anticlinale occidentale du pays de Bray qu'elle a contribué à évider en suivant l'axe général de cette boutonnière ouverte dans le plateau de craie aux confins de la Normandie et de la Picardie. En aval de Neufchâtel-en-Bray, la rivière suit la faille de Dieppe et s'encaisse d'une centaine de mètres dans le plateau crayeux du pays de Caux. Sa vallée à fond plat, parsemée d'étangs, garnie de pâturages, offre un paysage verdoyant qui prolonge celui du Bray et tranche avec la nudité du plateau.

thumb|right|upright=1.2|alt=Vue de la rivière, non loin de sa confluence avec l'Arques, à Saint-Aubin-le-Cauf.|La rivière, non loin de sa confluence avec l'Arques, à Saint-Aubin-le-Cauf.

Même si la Béthune est la plus longue des rivières qui forment l'Arques, son bassin hydrographique présente une superficie réduite de en raison de sa topographie. Il s'étend, majoritairement, dans la partie supérieure du cours où un dense chevelu de ruisseaux et de rus alimente la Béthune comme le Thil, la Clair-Ruissel, la Nesle, la Canche ou le Philbert ; le Sorson (avec ses 11 kilomètres) est le plus important.. Au total, ce sont 170 kilomètres de linéaire de cours d'eau qui sont drainés dans le cadre du bassin versant de la BéthuneQuelle gouvernance… pour les Syndicats de Bassins Versants de l'Arques, la Béthune, l'Eaulne et la Varenne ?.. Au-delà de Mesnières-en-Bray, ce dernier se rétrécit (la rivière coulant au fond d'une vallée étroite) et la Béthune ne reçoit plus de tributaire notoire jusqu'à son exutoire.

La Béthune draine dans la partie amont de son cours des terrains du mésozoïque ancien : marnes du Portlandien moyen, sables du Valanginien, de l'Hauterivien et du Barrémien jusqu'à Neufchâtel-en-BrayHasard de la géologie, ces trois âges géologiques forment le néocomien qui fait référence à Neocomium, nom latin de Neuchâtel en Suisse., argiles noires de l'Albien inférieur (période du Crétacé inférieur) au-delà de cette ville, puis craie du Cénomanien et du Turonien de Bures-en-Bray jusqu'à l'exutoire. Le substratum secondaire est localement recouvert par des formations superficielles importantes : colluvions et limon des plateaux près de Neufchâtel-en-Bray, limons des plateaux sur les pentes plus en avalFrédéric Pitois et Alain Jigorel, Mesure du concrétionnement calcaire dans les rivières de Haute-Normandie, INSA de Rennes, 2004, ..

Communes et cantons traversés Dans le seul département de la Seine-Maritime, la Béthune traverse vingt-huit communes et six cantons : de l'amont vers l'aval : Gaillefontaine, Longmesnil, Beaussault, Compainville, Mesnil-Mauger, Saint-Saire, Nesle-Hodeng, Bouelles, Neuville-Ferrières, Quièvrecourt, Neufchâtel-en-Bray, Saint-Martin-l'Hortier, Mesnières-en-Bray, Fresles, Bures-en-Bray, Croixdalle, Osmoy-Saint-Valery, Ricarville-du-Val, Saint-Vaast-d'Équiqueville, Freulleville, Meulers, Saint-Jacques-d'Aliermont, Saint-Germain-d'Étables, Dampierre-Saint-Nicolas, Saint-Nicolas-d'Aliermont, Martigny, Saint-Aubin-le-Cauf, Arques-la-Bataille.

Soit en termes de cantons, la Béthune prend sa source dans le canton de Forges-les-Eaux, traverse les canton de Neufchâtel-en-Bray, canton de Londinières, canton d'Envermeu, canton de Longueville-sur-Scie et conflue dans le canton d'Offranville, le tout dans le seul arrondissement de Dieppe.

Organisme gestionnaire La gestion du bassin versant de la Béthune a été confiée au Syndicat Intercommunal du Bassin Versant de la Béthune ou SIBV Béthune, collectivité publique, créée en 2000, dont les compétences s'étendent sur l'ensemble géographique déterminé par les limites naturelles (les lignes de crête) fixées par la rivière et ses affluents.. Le SIBV Béthune, dont le siège est établi à Neufchâtel-en-Bray, regroupe 37 communes pour une population de habitants (soit une densité moyenne de 60,5, faible à l'échelle départementale)Le syndicat sur le site du SIBVB.. Les missions du syndicat s'articulent autour de la protection de l'environnement, des biens et des personnes du bassin versant par l'étude du milieu, la réalisation de travaux et l'entretien d'ouvrages luttant contre l'érosion, le ruissellement et les inondations, la restauration des conditions naturelles de la rivière et de ses affluentsLes compétences statutaires sur le site du SIBVB..

Pour rendre plus cohérente l'action des syndicats de bassin versant gérant les différents cours d'eau composant le bassin de l'Arques, et donc celle du SIBV Béthune, une fusion de l'ensemble de ces institutions est envisagée. Une structure unique, celle du grand bassin de l'Arques ou bassin du Grand Arques, devrait ainsi voir le jour dans les années qui viennent afin d'acquérir un poids institutionnel et financier plus fort, de rationaliser les moyens et les compétences mis en œuvre.

Hydrologie

Dans le cadre d’un régime pluvial océanique, la Béthune possède un débit relativement médiocre de (L'Eaulne et la Varenne ont des débits plus soutenus même si elles présentent une plus faible longueur) mesuré à la station hydrologique de Saint-Aubin-le-Cauf à proximité immédiate de sa confluence.. Cette faiblesse s'explique par la faible aire hydrographique car les autres cours d'eau bénéficient des mêmes précipitations annuelles comprises entre 750 et (plus élevées dans le pays de Bray que lors de la traversée du Pays de Caux)Gérard Granier, François Gay, Jacques Garnier, op. cité, .. Observée durant 46 ans (entre 1966 et 2012), la rivière présente de variations assez importantes de son module, la période des hautes eaux est enregistrée durant la période hivernale avec une moyenne mensuelle comprise entre et atteint en janvier, les basses eaux interviennent pendant l'été avec des débits compris entre et de juillet à septembre (le mois de septembre voyant le plus bas module de l'année).

thumb|right|upright=1.1|alt=Carte postale montrant les crues de la Béthune en janvier 1910 dans la partie basse de Neufchâtel-en-Bray.|Les crues de la Béthune en janvier 1910, toute la partie basse de Neufchâtel-en-Bray subit de graves inondations.

En établissant une comparaison entre le débit et le bassin versant, la Béthune présente un module presque conforme à la moyenne des cours d’eau de l’hexagone ainsi que l'atteste une lame d'eau de /an (la moyenne nationale est de ), mais supérieure à celle du bassin voisin de la Seine (de l'ordre de ) et un débit spécifique (ou Qsp) de par seconde et par kilomètre carré de bassin (9,5 l/s/km² pour l'ensemble des cours d'eau français, 7,1 l/s/km² dans le cas du bassin de la Seine)Les chiffres délivrés pour le bassin versant de la Seine correspondent aux données enregistrées à la station hydrologique du Havre, code : H9950010..