Les œuvres d'Aristote sont les textes du philosophe grec Aristote. Ils se composent d'ouvrages perdus, d'ouvrages conservés mais aussi d'ouvrages qui lui ont un temps été attribués avant que les chercheurs s'aperçoivent qu'il s'agit de pseudo-Aristote.
Ouvrages perdus Grâce au catalogue bibliographique de Diogène Laërce, il est possible d'apprécier les écrits qui ne furent pas parvenues ou qu'ils furent grandement remaniés. Trois types d'ouvrages perdus, au nombre de trente environW. David Ross, Aristotelis Fragmenta selecta, Oxford, Oxford University Press, 1955, X-160 p. ; trad. an. par W. David Ross, Aristotle's Select Fragments, Oxford, Clarendon Press, 1952, XII-162 p., t. XII de The works of Aristotle translated into English. E. Bignone, L'Aristote perduto e la Formazione di Epicuro, Florence, 1936. P.-M. Schuhl (dir.), Aristote. De la richesse, De la prière, De la noblesse, Du plaisir, De l'éducation, PUF, 1968. B. Dumoulin, Recherches sur le premier Aristote (Eudème, De la Philosophie, Protreptique, Vrin, 1981, 181 p. : a) des discours exotériques, b) des écrits doxographiques ; c) des écrits hypomnématiques.
Parmi les discours exotériques (έξωτερικοὶ λόγοι), dialogues de jeunesse, entre 360 et 345 av. J.-C., destinés à un large public, de forme littéraire, dont il ne reste que des fragments, mais mieux connus que le reste de l'œuvre d'Aristote durant l'AntiquitéChronologie de Werner Jaeger, Aristoteles, 1923, . : Grylos ou De la rhétorique (361 av. J.-C., date de la mort de Grylos, fils de Xénophon) : contre Isocrate Eudème ou De l'âme (354 av. J.-C., date de la mort d'Eudème de Chypre) : sur l'immortalité, la préexistence, la transmigration de l'âme Protreptique d'Aristote (353 av. J.-C., date du Sur l'échange d'Isocrate ; surtout conservé dans le Protreptique de Jamblique) : sur la vie contemplative. Trad. Jacques Follon, Invitation à la philosophie. Protreptique, Mille et Une Nuits, 2000, 63 p. Aristote, jeune, est encore platonicien. Sur la philosophie () (348-345 av. J.-C., à Assos) : sur la cosmologie, contre les Idées et les Nombres idéaux. H. D. Saffrey, Le 'Peri philosophias' d'Aristote et la théorie platonicienne des Idées Nombres, Philosophia Antiqua, vol. VII, Leyde, éd. E. J. Brill, 1955, XII, 74 p., deuxième édition revue et augmentée avec compte-rendu par H. Cherniss, Leyde, éd. Brill, 1971. Aristote, mûr, fait une critique de la théorie des Nombres idéaux. Parmi les écrits doxographiques, recueils de dogmes : Du Bien (posthume, 300 av. J.-C. selon H. J. Krämer) : texte et trad. Marie-Dominique Richard, L'enseignement oral de Platon, Cerf, 1986, , 249-286. Sur Platon et son enseignement oral ésotérique. Des Idées : voir S. Mansion, « La critique de la théorie des Idées dans le Περί Ιδέων d’Aristote », Revue philosophique de Louvain, 47 (1949), . Sur Platon. Des Pythagoriciens (Περὶ τῶν Πυθαγορείων) (vers 360 av. J.-C. ?), trad. an. : The Complete Works of Aristotle, J. Barnes édi., Princeton University Press, 1984, . Parmi les écrits hypomnématiques, mémoires provenant d'exercices dans l'Académie : Divisions : Aristoteles, Divisiones, éd. par H. Mutschmann, Leipzig, 1906. Compilation due à un auteur frotté de philosophie platonicienne et aristotélicienne (Paul Moraux). Des contraires : Aristotelis Fragmenta Selecta, 1955, .
Selon la Vita Marciana et Plutarque, Aristote aurait composé une luxueuse édition de lIliade pour Alexandre le Grand. Le livre ne fut jamais recouvré, des rumeurs indiqueraient qu'il fut enterré avec Alexandre, un tombeau lui aussi introuvable.
Le développement des idées d’Aristote upright|thumb|Edouard Zeller, historien allemand de la philosophie Environ trente ouvrages d'Aristote ont donc été perdus. D'où la question de savoir en quoi cette perte pose un problème dans la compréhension de l'œuvre d'Aristote. Dans son Histoire de la philosophie des Grecs, Eduard Zeller écrit :
Toutes les œuvres en question appartiennent aux dernières années de la vie d’Aristote. Si un jour une heureuse découverte devait enrichir nos connaissances sur l’ordre chronologique de ces écrits, il n’y aurait pourtant pas à espérer que l’ouvrage le plus ancien nous fasse remonter à une époque où Aristote travaillait encore à son système. Dans toutes ses parties, celui-ci se présente à nous comme un tout achevé ; nulle part nous ne voyons encore l’architecte à l’œuvre.
Cette hypothèse fut longtemps admise, et cette influence s’explique par la conception scolastique de la philosophie d’Aristote. L’exégèse traditionnelle (située entre la diégèse platonicienne et la métagénèse sceptique), selon l’expression de Werner Jaeger, lui a ainsi donné un air rigide de schématisme conceptuel. C’est pourquoi, dans l’histoire de l’interprétation aristotélicienne, l’œuvre de Werner Jaeger () est considérée comme un événement majeur. Au lieu de présenter un système tout fait, Werner Jaeger s’efforce de retrouver le devenir interne de la doctrine. Il divise ce devenir en trois étapes : L’époque de l’Académie : époque du dogmatisme platonicien ; Les années de voyage : naissance d’un platonisme critique ; Le maître : second séjour à Athènes, et avènement de l’aristotélisme proprement dit.
L’époque de l’Académie C’est l’époque du dogmatisme platonicien (œuvres de jeunesse, l’Éthique à Eudème, Protreptikos). Jaeger rapproche la forme du dialogue aristotélicien et les derniers dialogues de Platon où domine la méthode de classification et d’abstraction, la dialectique. L’Éthique à Eudème nous montre un Aristote platonicien (substance et âme, transcendance du Bien, réminiscence, immortalité, Idées). Quant au Protreptique, il date d’avant la mort de Platon, et il est un programme de vie et de formation platonicienne ; la phronèsis est un concept nettement platonicien, et le nous renvoie aux spéculations du Timée, du Philèbe, des Lois. Or, on ne trouve plus ce concept dans la Métaphysique. On ne trouve plus non plus dans l’Éthique à Nicomaque une éthique aussi exacte que les mathématiques ; cette conception y est même combattue.
Durant cette période il écrivit 19 œuvres, dont des dialogues, aujourd'hui perdus, de philosophie platonicienne. Parmi elles outre les écrits déjà cités, on trouve : Gryllos ou de la rhétorique (polémique avec Isocrate), Le Banquet, Le Sophiste, Sur la philosophie ou du Bien, etc. Il s'oppose déjà, du vivant de Platon, à la théorie des Idées défendue par ce dernierDiogène Laërce, V, 2.. Ensuite (à partir de 350 av. J.-C.), il écrit ce qui sera l’Organon, quelques livres de Physique (I, II, VII ?), De l'âme (III), et commence à écrire la Métaphysique, le début de la Politique. Aucune chronologie n'est cependant certaine.
Les années de voyage thumb|left|Platon (à gauche) et Aristote (à droite). Aristote pointe le sol par le plat de sa main droite, ce qui symbolise sa croyance dans la connaissance par le biais de l'observation empirique et de l'expérience tout en tenant, dans l'autre main, une copie de son Éthique à Nicomaque. Platon pointe le doigt vers le ciel symbolisant sa croyance dans les idées (détail de la fresque L'École d'Athènes du peintre italien Raphaël).|alt=Tableau décrit dans la légende ci-dessous
(-345/-335) constitue la seconde grande période d'Aristote qui séjourne successivement à Assos, Mitylène, et à Miéza au nord de Pella (capitale de la Macédoine). C’est la naissance d’un platonisme critique et, selon Werner Jaeger, elle voit l'éclosion d'une philosophie de transition, où Aristote procède à des corrections du platonisme. Le premier livre fait l’histoire de la sagesse antique, et fait du platonisme un sommet de la philosophie. Le deuxième livre critique la théorie des Idées-nombres. Le Peri philosophias aurait d’ailleurs été écrit à la même époque que la critique des Idées dans le premier livre de la Métaphysique. Enfin, le troisième nous renseigne sur la cosmologie et la théologie du jeune Aristote. Plusieurs thèmes platoniciens y sont repris : identification de la théologie et de l’astronomie ; principe du premier moteur immobile (idée qui a son origine dans les Lois) ; l’âme des astres ; mais Aristote s’éloigne parfois de Platon. Ce serait là le moment de fondation de la théologie hellénique et même de la philosophie de la religion. On peut dire que même après la critique des Idées, Aristote garde encore assez longtemps certains concepts platoniciens (âme, immortalité, etc.).
Werner Jaeger examine également la Métaphysique., et distingue plusieurs états du texte : il y trouve une métaphysique primitive et un platonisme corrigé. Ainsi avons-nous deux textes qui font la critique des Idées (A, 9 et M, 4-5). Pour Jaeger, les deux premiers livres feraient alors partie d’une métaphysique primitive ; le livre M daterait d’une époque où l’école péripatéticienne s’oppose à l’école platonicienne (donc, au moment du second séjour à Athènes). Mais la partie M, 9-10 ferait également partie de la métaphysique primitive, avant d’être remplacée par M, 1. Le livre Z, sur la substance, aurait été introduit plus tard, pour donner un plan à l’ensemble, puisque dans ce livre la métaphysique n’est plus la science du suprasensible, mais de l’être en tant qu’être ; ce point ferait donc apparaître aussi l’évolution critique d’Aristote par rapport à Platon, sans que l’on sache bien si Aristote est parvenu à surmonter cette conception contradictoire de la métaphysique : théologie ou science de l’être en tant qu’être ?
Il produit alors la suite de la Physique (III, IV, V, VI), Du ciel, De la génération et de la corruption, la suite de la Métaphysique, une partie de l’Éthique à Nicomaque (livres I.6, VII, VIII, II, III), la Rhétorique, la Poétique. Il s'occupa sans doute de la reconstruction et de la législation de Stagire, qu'il voulait reconstruire après que Philippe II de Macédoine l'eut détruite en 349 av. J.-C. De même en ce qui concerne l’éthique, on peut distinguer une étape platonicienne (Protreptikos), un platonisme critique (Éthique à Eudème), et l’aristotélisme proprement dit (Éthique à Nicomaque). Le même genre de remarques peut également s’appliquer à la politique.
Le maître du Lycée Enfin, le second séjour à Athènes marque l’acmé de la philosophie aristotélicienne. Ce que l’on appelle habituellement aristotélisme a été élaboré pendant la seconde époque. Dans la troisième période, Aristote se livre à des recherches empiriques et il crée un nouveau type de science : ses enquêtes se caractérisent par la description et l’observation des choses particulières. recherches d'archives pour l’histoire du théâtre et des jeux ; recherches zoologiques et botaniques ; Aristote déclarait que les animaux se placent loin en dessous des humains dans la scala naturæ, à cause de leur prétendue irrationalité, et parce qu'ils n'auraient pas d'intérêt propre. Théophraste exprima son désaccord, se positionnant contre la consommation de viande en alléguant qu'elle privait les animaux de leur vie, et qu'elle était donc injuste. Les animaux, dit-il, peuvent raisonner, sentir, et ressentir de la même manière que les êtres humains. Cet avis ne prévalut pas, et c'est la position d'Aristote — selon laquelle les humains et les non-humains vivaient dans des règnes moraux différents parce que les uns étaient doués de raison et non les autres — qui persista largement jusqu'aux contestations de certains philosophes dans les années 1970. anthropologie et physiologie ; histoire des sciences ; médecine.
Ouvrages conservés LOrganon comprend : Catégories : sur les attributs et les catégories De l'interprétation : sur le jugement et la proposition en logique Premiers Analytiques : sur le syllogisme Seconds Analytiques : sur la démonstration Topiques : sur les arguments Réfutations sophistiques : sur les sophismes Les ouvrages physiques comprennent :Physique. De l'âme. De la génération et de la corruption. Sur l’univers Traité du Ciel. Météorologiques. Petits Traités d’histoire naturelle (titre latin : Parva naturalia). :