Arthur Quiller-Couch, né le à Bodmin, Cornouailles et mort le à Fowey, est un professeur de littérature, romancier, poète, anthologiste, et critique littéraire britannique qui a signé ses œuvres « Q ».

Q, pratiquement oublié dès les années 1950, à l'instar d'autres écrivains majeurs comme Thomas Hardy et Anthony Trollope qui ont eux aussi connu une éclipse, bien qu'étant à nouveau populaires, est cependant remarquable par l'abondance, la qualité et la diversité de sa production littéraire. Aussi a-t-il exercé une influence certaine sur la littérature aussi bien britannique que cornique, comme auprès du grand public et des milieux universitaires. Si peu de ses ouvrages sont aujourd'hui disponibles en librairie, son nom reste associé à son Art de l'écriture () et aussi pour avoir servi de mentor à Daphne du MaurierGerry Hones, ..

Son style châtié a attiré l'attention de critiques ou écrivains de renom comme F. R. Leavis, Alistair Cooke, Helene Hanff et John Mortimer. D'autre part, en tant que militant du parti libéral, il a conduit une action sociale non négligeable en Cornouailles, en particulier dans le domaine éducatif, et a milité pour la défense et la préservation de la culture cornique.

Biographie Aîné d'une fratrie de cinq enfants, le jeune Quiller-Couch est d'abord lycéen à à Bristol, où il se révèle très bon en gymnastique et obtient un de poésie en 1881. Il étudie ensuite les lettres classiques pendant quatre ans à Trinity College, où il laisse surtout le souvenir d'un excellent rameur sur l'Isis. En 1886, Quiller-Couch est nommé ()Un est à peu près l'équivalent d'un assistant dans le système français et un est un titulaire de l'université. à Oxford, mais ses multiples activités sociales, mondaines et sportives, de même que la rédaction des journaux d'étudiants l'empêchent d'obtenir les notes qui lui permettraient d'accéder au grade de .

Parcours personnel et universitaire Le décès de son père, puis de son grand-père, le laissant seul soutien d'une famille fortement endettée, il se voit contraint de quitter Oxford et d'accepter un emploi de rédacteur à Londres chez l'éditeur Cassell. Pour survivre, il se livre à un éreintant travail de littérature alimentaire, mais trouve aussi l'énergie de participer à la rédaction de l'hebdomadaire et d'écrire son premier roman, .. Dead Man's Rock, publié en 1887 sous le pseudonyme de Q, est comparé par la critique à L'Île au trésor de Robert Louis Stevenson (paru six années plus tôt).

Q est déjà connu pour son travail de critique littéraire lorsqu'en 1889 il publie son roman historique . Son deuxième ouvrage, dédié à son vieil ami l'universitaire Charles Cannan et dont l'action se déroule pendant la Première révolution anglaise, scelle définitivement son entrée en littérature. De plus, Q publie de nombreuses nouvelles inspirées par l'histoire et l'abondant folklore corniques ; il les rédige au cours de ses longs et fréquents trajets en train entre les Cornouailles et Londres.

En 1889, Q épouse une jeune femme de la bonne société de Fowey, Louisa Amelia Hicks., qu'il courtise depuis longtemps. En 1892, surmené, au bord de la dépression et ne supportant plus la vie à Londres, il suit le conseil des médecins et va s'établir à Fowey où le couple acquiert (Le Hâvre), grande maison grise couverte de lierre au bord de la ria de Fowe. De la fenêtre de son bureau, ou de son jardin, Q peut voir régater les voiliers du dont il sera très longtemps le « commodore ». Un ami de Q, Kenneth Grahame (auteur de Le Vent dans les saules), séjourne souvent à Fowey et ses environs ; l'un de ses personnages, , décrit , avec ses maisons, son fort, son église en granit local et ses toits couverts d'ardoiseVoir la photo de la biographie de F. Brittain..

En 1900, à 37 ans, Q publie son anthologie qui lui assure la célébrité. Lecteur et écrivain infatigable, il fera paraître deux autres anthologies au cours des décennies suivantes, et ; il sera également l'auteur d'essais, de poèmes et de contes pour enfants, de même que de très nombreuses nouvelles et de treize romans fondés sur des thèmes extrêmement divers.

Q, élevé au rang de Knight Bachelor par le roi en 1910, est nommé de Trinity College, Oxford, puis est choisi en 1912 pour devenir « professeur honoraire du roi Édouard VII » à Université de Cambridge, où il sera nommé de Jesus College. C'est une mutation du mode de vie importante pour l'écrivain qui, s'étant toujours proclamé fils de l d'Oxford, se retrouve professeur de littérature et à Cambridge. Les cours qu'il y a dispensés seront réunis en deux volumes : (1916) et (1920).

Le fils de Q, Bevil, meurt en 1919 alors qu'il était encore sous l'uniforme en Allemagne ; ce deuil affecte beaucoup l'écrivain qui trouve refuge dans un travail acharné. Ayant obtenu que la faculté de Cambridge instaure l'examen tripos de littérature anglaise moderneÀ l'origine, tripos est dédié aux mathématiques. Le nom vient du fait que c'est sur un tabouret suisse à trois pieds, le tripos que siège au le doyen d'un collège. Dans la tradition des « disputes », ou controverses médiévales (en latin disputatio ; en anglais : wrangle), ce doyen pose les termes d'un débat aux étudiants (la thèse et l'antithèse), à charge pour les impétrants de présenter les arguments « pour » et « contre » en bon latin. C'est ainsi qu'au fil des décennies, les étudiants de Cambridge en vinrent à qualifier leurs examinateurs de « Tripos », les épreuves écrites des examens étant qualifiés de « tripos papers »., il termine en 1920 la série de ses avec . Après la guerre, il reçoit dans les amphithéâtres les jeunes hommes de retour du combat, en même temps qu'il assiste à l'augmentation des effectifs féminins dans les collèges de Girton et Newnham.

En 1923, à 60 ans, sa vue baisse, la cécité menace et le public se détourne de son œuvre ; cependant, convaincu que les lecteurs lui reviendront, il entreprend le récolement de ses écrits dans la de 1929 qui compte trente volumes.

Q ne terminera malheureusement pas son autobiographie, , publiée à titre posthume par sa famille et ses amis en 1944.

Le cercle des proches Famille thumb|upright=0.8|left|Lettre du 11 mai 1919 à Siegfried Sassoon, héros et grand poète de guerre puis militant pacifiste, enfin rédacteur-en-chef littéraire du Daily Herald, sur papier bordé de noir ; Q y confirme sa collaboration au journal et mentionne son découragement après la mort de son fils : .

thumb|upright=0.8|Le petit port de Polperro. Jonathan Couch, le grand-père, exerça la médecine autour du petit port de Polperro et fut aussi un éminent naturaliste, spécialiste de la faune, surtout en ichtyologie, et de la flore corniques. Le père et deux oncles furent eux aussi médecins. Sa sœur, (1866–1924), publia des compilations et des livres pour enfants ; après une déception amoureuse, elle se retira chez sa sœur Lilian à Hampstead avec laquelle elle poursuivit ses travaux en collaboration.

Son fils Bevil (1890-1919), membre de Trinity College et Selon , la est créée à partir de l'ancienne milice populaire par le gouvernement libéral arrivé au pouvoir en 1906. La , qui se montait à 101 bataillons d'infanterie, 33 bataillons d'artillerie et 2 bataillons d'ingénieurs, ayant pour mission de garder les points vulnérables en Grande-Bretagne et de soutenir l'Armée lors des actions de guerre à l'étranger, fut aspirée dans la fournaise lors de la Grande Guerre., fait toute la guerre dès 1914 comme officier d'artillerie. Il épouse fin 1918 une jeune poétesse, alors infirmière en France, May Wedderburn Cannan, fille du doyen de Trinity College, grand ami de son père. Après l'armistice, Bevil Quiller-Couch connait une lune de miel de trois semaines, puis rejoint sa batterie en Allemagne où il meurt, au début de 1919Un cas analogue vient à l'esprit : Rudyard Kipling, patriote ayant lui aussi encouragé les jeunes à s'enrôler, perdit son fils John, tué en 1915 à Loos, et connut dans les années 1920 le déclin puis un relatif oubli., de la grippe espagnole près de Cologne ; Mary écrira (« Larmes de guerre »), poème inspiré par la douleur des veuves de guerre.. Q, écrasé par le deuil, abandonne la rédaction du roman qu'il était en train d'écrireSelon certaines sources, car F. Brittain est d'avis que a été commencé en 1925 et non en 1918., que Daphne du Maurier terminera quarante ans plus tard.

Amis, collaborateurs, élèves et relations littéraires J. M. Barrie, futur créateur de Peter Pan ; l'amitié entre les deux hommes est née lors de leur participation au comité de rédaction de l'hebdomadaire , l'une des nombreuses productions de la maison d'édition Cassel. Barrie fut aussi un grand ami du jeune Bevil et devint le parrain de sa sœur ; cependant, l'amitié de Q et de Barrie finit par se distendre avec le temps.

Alfred Parsons, illustrateur et jardinier qui atteignit la célébrité au tournant du siècle, connut lui aussi Q dès leurs débuts au . En 1892, quelques semaines après le mariage de Q, Parsons l'accompagna lors d'une grande excursion à pied et en canot sur la rivière Avon. Les deux hommes conçurent ensuite le livre ., dont le texte a été rédigé par Q et dont les illustrations (aquarelles transposées en gravures) ont été réalisées par Parsons.

J. Dover Wilson (1881-1969), spécialiste avéré (et, pour certains, très controversé, surtout pour son imagination débordante) de Shakespeare ; Q l'aida à rééditer les œuvres du maître dans , publié par Cambridge University Press en 1921) et exerça sans doute sur lui une influence modératrice.

thumb|upright=0.8|left|Amie de Q, Daphne du Maurier rejoint en canot sa maison près de Fowey (1931). En 1961, à la demande de Foy (la fille de Q) et en hommage à son maître en littérature, comme en souvenir de leurs amicales rencontres d'autrefois, Daphne du Maurier termine le roman laissé inachevé : c'est une histoire d'amour tragique entre un vendeur d'oignons breton et une nouvelle mariée de la bonne société de Troy (Fowey), transposition au de la légende de Tristan et IseutDe la même façon, lorsque Robert Louis Stevenson mourut en 1894, laissant inachevé son roman “” sur les aventures du capitaine Jacques St-Ives, prisonnier des Anglais pendant les guerres napoléoniennes, Q l'a terminé et fait publier en 1897 chez Scribner's.. Et "le processus d'identification à l'écrivain disparu est si abouti qu'il est pratiquement impossible de discerner à quel endroit Daphné Du Maurier a repris le travail de Q"..

F. R. Leavis (1895-1978) fut l'un des étudiants préférés de Q avant de devenir membre de la New criticism et critique littéraire influent dans la Grande-Bretagne de la première moitié du . William Aubrey Darlington fut aussi formé par Q..

Maarten Maartens (1858-1915), écrivain néerlandais en langue anglaise devint aussi célèbre que Thomas Hardy, dont il était l'ami, avant d'être complètement oublié après sa mort en 1915.. Q préfaça un recueil réunissant sa correspondanceThe Letters of Maarten Maartens, Londres, Constable & Co., 1930..

A. L. Rowse (1903-1997), homme de lettres et historien spécialiste des Cornouailles, de Shakespeare et de l'Ère élisabéthaine ; fils d'un mineur de kaolinite local, il est encouragé par Q, qui a discerné ses qualités, à poursuivre ses études. Il a publié, parmi une énorme production littéraire, une biographie de son mentorA. L. Rowse, Quiller-Couch : a Portrait of "Q", Londres, Methuen, 1988..

Helene Hanff, à distance tant par la géographie (elle était new-yorkaise et n'aimait pas voyager) que dans le temps, avait une prédilection pour, entre autres auteurs britanniques inconnus aux États-Unis, la personne et les œuvres de Q ; son livre 84, Charing Cross Road mentionne trois des ouvrages de Q : The Oxford Book Of English Verse, , et , qu'elle charge le célèbre libraire Marks & Co. (précisément situé à l'adresse qui sert de titre au roman) de lui procurer.. H. Hanff a publié un hommage à Q, , en 1985.