La Mouette tridactyle (Rissa tridactyla) est une espèce d'oiseaux marins Charadriiformes de la famille des Laridae. Contrairement à la plupart des mouettes et goélands, il s'agit d'une espèce réellement pélagique qui ne s'approche du littoral que pour la reproduction. Celle-ci se déroule généralement au flanc de falaises verticales surplombant directement la mer. Elle ne vit que dans l'hémisphère nord, tant dans le Pacifique que dans l'Atlantique. Avec une population mondiale évaluée à plusieurs millions de couples, il s'agit d'un des oiseaux de mer les plus abondants de l'hémisphère nord.
Les Mouettes tridactyles doivent leur nom à leurs pattes, pourvues de seulement trois doigts bien visibles, contre quatre chez les autres laridés. Les nids, collés avec de la boue et des excréments durcis sur de très minimes aspérités des parois, sont extrêmement exigus. Les mœurs s'y prêtent : pas plus de deux œufs, donc deux poussins, contre trois pour les autres mouettes. Cloués à leur « balcon », les jeunes ne peuvent en sortir avant de savoir voler (à six semaines) et ils puisent directement leur ration de poissons prédigérés dans le bec des adultes. Leur plumage devient peu à peu plus foncé, et leur bec plus jaune, à l'approche de l'âge adulte. Deux sous-espèces sont distinguées par leur taille et leur plumage : Rissa tridactyla tridactyla trouvée dans l'Atlantique Nord et Rissa tridactyla pollicaris occupant le Pacifique Nord.
Description Aspect général des adultes vignette|gauche|La patte d'une Mouette tridactyle ne possède que trois doigts bien développés. Le quatrième, visible au-dessus de l'articulation à l'arrière de la patte sous la forme d'une bosse noirâtre, est très atrophié. vignette|gauche|Plumage internuptial de la Mouette tridactyle. vignette|gauche|Adulte en vol. La Mouette tridactyle ressemble superficiellement au Goéland cendré (Larus canus) par la taille et le plumage gris et blanc mais s'en distingue notamment par la pointe noire des ailes sans tache blanche (miroir blanc) ou de taille modeste (variabilité importante). On a coutume de dire qu'elle a « trempé dans de l'encre » le bout de ses ailes.. Cette coloration noire est due à un pigment, la mélanine, utilisé de manière sélective chez les oiseaux pour créer des formes de coloration disruptives et cryptiques (taches grises ou noires permettant la formation de barres, rayures, tâches, intercalées avec des régions de plumes non colorées). La présence de mélanines dans l'extrémité des rémiges primaires a quant à elle pour fonction de mieux protéger cette partie particulièrement exposée à l'abrasion mécanique..
Il n'y a pas de dimorphisme sexuel, mâle et femelle sont en tout point semblables : la différenciation ne peut se faire qu'à l'observation des comportements sexuels.. Les mensurations et poids moyens des mâles sont légèrement plus élevés que chez les femelles..
L'adulte en plumage nuptial présente un manteau gris-bleu clair, des ailes gris clair aux extrémités ornées d'un triangle noir, tandis que le reste du corps, y compris la queue, est blanc. Le bec est d'une teinte jaune. Les pattes courtes, qui lui donnent au sol un air tassé, sont noirâtres et présentent parfois des traces jaunes ou même orange. Des adultes arborant des pattes rouge orangé, plus exceptionnellement rouge vif, sont rares mais réguliers dans l'Atlantique Nord.... Le nom vernaculaire de cet oiseau en anglais, « » rappelle cette caractéristique (, « aux pattes noires ») ainsi que son cri distinctif et aigu que les Anglo-Saxons divisent en deux parties « kitti » et « wake ».
Les iris des yeux sont brun foncé. Une tache grise en arrière de l'œil apparaît en hiver chez l'adulte.
La mue complète se déroule de juin à décembre. L'adulte arbore alors en plumage d'hiver une tache noire en croissant devant chaque œil tandis qu'une autre noirâtre marque l'arrière, la nuque et l'arrière du cou devenant gris-bleu à grisâtres et le bec jaune-verdâtre ; au moment de la reproduction, lorsque l'oiseau l'entrouve, apparaît l'intérieur rouge vif de la gorge.
La mue partielle en mars et avril donne à l'adulte son plumage nuptial plus contrasté..
La Mouette tridactyle est vivement colorée au niveau du cercle orbital (rouge), des commissures (orange), de la langue (orange/rose) et du bec (jaune). La couleur des téguments pourrait potentiellement être un signal caroténoïdique reflétant la qualité individuelle (condition corporelle, investissement parental, performances reproductrices) chez les deux sexes..
Plumage juvénile vignette|gauche|Juvénile de , identifiables par la marque sombre qui dessine de l'extrémité d'une aile à l'autre la lettre « M » ou « W ». Le jeune arbore une tête blanche avec le tour des yeux noir et une tache gris foncé en arrière de ceux-ci, un demi-collier noir sur la nuque, un dos et des épaules gris. Les rémiges externes du juvénile sont noires bordées de blanc à l'intérieur, les petites couvertures brun-noir. Une large bande noirâtre en diagonale sur la base et se prolongeant au bord antérieur jusqu'à l'extrémité donne l'impression que le jeune oiseau porte un grand W ou M noir sur le dos lorsqu'il est vu en vol. La queue blanche porte à son extrémité une barre noire sauf sur les deux rectrices externes, la poitrine et le ventre sont blancs, le bec noir et les pattes brunes.
Il effectue une première mue partielle en octobre et novembre.
Ensuite, lors de son premier hiver, il présente un dessus gris bleu avec quelques plumes brunes mais les colorations des ailes et de la queue ne changent pas avant le deuxième hiver.
Mensurations La Mouette tridactyle est un laridé de taille relativement modeste, proche de celle de la Mouette rieuse (Chroicocephalus ridibundus). D'une longueur de , cet oiseau a une envergure de pour une masse de ( en moyenne).. L'aile pliée mesure en moyenne chez les mâles, chez les femelles ; la queue mesure entre ; le bec a une longueur de et le tarse de .
Espèces similaires Le Goéland cendré ressemble beaucoup à la Mouette tridactyle, mais il a des points blancs visibles sur le noir du bout des ailes, et les pattes sont jaune-vert et non noires. De plus, la disposition du noir chez la Mouette tridactyle est différente, arrêté perpendiculairement à la ligne moyenne de l'aile. Enfin, cette mouette a une queue échancrée.
Le Goéland arctique (Larus glaucoides) peut lui aussi être confondu avec la Mouette tridactyle, mais il a un point rouge sur le bec, les pattes rose vif et n'a pas de noir au bout de l'aile. Le juvénile de la Mouette pygmée (Hydrocoloeus minutus) ressemble au juvénile de la Mouette tridactyle, mais est beaucoup plus petit, avec une calotte noire et un dos beaucoup plus taché de noir.
Écologie Locomotion Le vol de la Mouette tridactyle est élégant, aisé, et présente quelques ressemblance avec celui des sternes. Par vent fort, l'oiseau tient ses ailes coudées et vole au-dessus des vagues en effectuant des successions de montées et descentes en courbes bien visibles. Il est capable d'atterrir sur de très petites surfaces, même par vents forts.
Alimentation vignette|gauche|Capture de Mouettes tridactyles pour y fixer des balises Argos en vue d'étudier leurs zones d'alimentation au large du Cap Fagnet (Normandie) La Mouette tridactyle se nourrit essentiellement de poissons qui constituent 90 % de son alimentation en période de nidification. Les espèces capturées sont variées : lançons (proies favorites en été, d'une taille moyenne inférieure à ), gobies, sprats, capelans, orphies, harengs, merlans, morues et lieus noirs notamment. Elle capture aussi des céphalopodes ou des crustacés tels que des crevettes, des balanes et des isopodes.
Aux îles Farne (nord-est de l'Angleterre), en période de reproduction, la Mouette tridactyle consomme surtout des poissons (98 %) d'une taille comprise entre : lançons (81 %), clupéidés (10 %) et gadidés (7 %)..
Plus occasionnellement, elle peut se nourrir de vers de terre, de petits mammifères, voire de végétaux tels que plantes aquatiques à la dérive, tubercules de pomme de terre ou graines lors de la saison de reproduction. En hiver, il lui arrive de capturer du zooplancton, et elle ne dédaigne pas les déchets de poisson rejetés par les bateaux de pêche.
En période de reproduction, elle pêche assez près des côtes mais peut s'en éloigner jusqu'à une cinquantaine de kilomètres.
Cette mouette utilise deux techniques de pêche : le picorage à la surface en se laissant dériver ou en voletant au-dessus pour des petites proies comme des crustacés, et l'immersion complète mais d'une faible profondeur après un piqué rapide pour des proies plus volumineuses.
Comportement social
Vocalisations Les cris sont sonores, aigus et nasillards, des sortes de « keh-ouîc » ou « kiti-ouék » répétés, qui ont valu à l'espèce son nom anglais de .. Ils servent à l'oiseau pour reconnaître à distance son partenaire, les voisins du site de nidification ou encore ses petits.
Grégarisme vignette|gauche|Colonie de Mouettes tridactyles en Norvège. Ces oiseaux nichent en colonies denses. Les plus petites colonies comptent rarement moins de et correspondent souvent à des implantations récentes, les plus grandes comportent de , et même souvent plus de ..
Ce grégarisme se manifeste aussi en vol, ces mouettes se déplaçant souvent en longues files indiennes à quelques mètres au-dessus des vagues, d'un vol rapide et léger.
Sa sociabilité ne se réduit pas à sa propre espèce, et il est commun de voir les colonies de mouettes tridactyles proches de colonies d'autres oiseaux de mer tels que les Alcidés (guillemots, pingouins ou macareux)..
En dehors de la saison de nidification, les oiseaux peuvent être seuls ou en petits groupes, ou se concentrer dans les zones riches en nourriture.
Prédation Les œufs de Mouettes tridactyles sont essentiellement la proie de corvidés tels que le Grand Corbeau (Corvus corax) ou la Corneille noire (Corvus corone). Les poussins sont quant à eux victimes du Goéland argenté (Larus argentatus), mais dans une proportion moindre. Les nids les moins inaccessibles peuvent être pillés par la fouine ou le vison d'Amérique, mais la plupart du temps, ils sont d'accès trop difficile pour ce type de prédateur. Les mouettes tridactyles sont aussi sujettes au parasitisme par des tiques, notamment Ixodes uriae et Ornithodoros maritimus. Elles souffrent également de cleptoparasitisme, par exemple de la part du Labbe parasite (Stercorarius parasiticus).. Une trop forte pression de prédation sur les sites de nidification peut provoquer leur abandon.
Reproduction vignette|Œuf de Mouette tridactyle — Muséum de Toulouse. Entre janvier et avril, les adultes reviennent de haute mer et regagnent leurs colonies auxquelles ils sont très fidèles. Ce phénomène, nommé « fidélité au partenaire », observé chez une grande diversité d’oiseaux à longue durée de vie., n'est pas absolu : la dissolution d’un couple peut se faire plus souvent après un « veuvage » qu'après un « divorce » (qui est moins une stratégie adaptative lorsque la performance reproductrice est insuffisante qu'une contrainte, ce phénomène étant influencé par des conditions environnementales, par le biais du succès reproductif, et la structure interne des populations, âge, expérience...).. Sur des sites en Bretagne, en cas d'échec trop généralisé de la reproduction au niveau de la colonie, le site est très souvent déserté, et adultes et juvéniles optent pour un autre plus propice l'année suivante..