Le château Rothschild est un château situé à Boulogne-Billancourt en France dans les Hauts-de-Seine. Il a été construit de 1855 à 1861 dans le style Louis XIV à la demande du banquier James de Rothschild. Il était entouré de jardins « à la française » et « à l'anglaise » sur trente hectares. Le château fut longtemps un lieu de rencontres de la haute société.
Pillé par les Allemands et endommagé par les Américains pendant la Seconde Guerre mondiale, il a été ensuite vendu. Totalement abandonné, il tombe progressivement en ruine et est vandalisé. Très dégradé, il est acheté par le groupe immobilier Novaxia en 2016, qui a l'intention de le restaurer et probablement de construire des logements sur le terrain. Quinze hectares du parc subsistent en parc public, le reste est à l’abandon avec le château ou a fait place à divers aménagements et constructions.
Histoire Le premier domaine Joseph Fleuriau d'Armenonville, riche financier du secrétariat aux financesEdmond Jean François Barbier, « Journal historique et anecdotique du règne de Louis XV », J. Renouard et cie, 1847, , 258., fit construire sa résidence un peu avant 1703E. Couratier, Les rues de Boulogne-Billancourt, « Rue des Menus », Archives municipales de Boulogne-Billancourt, 1962, sur un terrain de sept hectares au nord des Menus, le long de la route de LongchampCf. carte Plan boulogne billancourt 1740.gif., à Boulogne. L'actuelle rue d'Alsace-Lorraine était l’avenue qui conduisait à la cour du châteauE. Couratier, Les rues de Boulogne-Billancourt, « Rue du Transvaal », Archives municipales de Boulogne-Billancourt, 1962..
Ni la résidence ni le jardin n’eurent à connaître de grand développement puisque dès 1706, ses obligations de capitaine de La Muette et des chassesSur ce qu'était une chasse à Boulogne, E. J. F. Barbier, Journal, « Juin 1723 », Jules Renouard et C°, Paris, 1847, 178. du bois de Boulogne feront résider Armenonville au château du Bois de Boulogne, surnommé château de Madrid, où il meurt en 1728.
Peut-être a-t-il logé à Boulogne son épouse secrète, la veuve MorinE. J. F. Barbier, Journal, « Novembre 1728 », Jules Renouard et C°, Paris, 1847, .. La propriété passa ensuite à son fils Charles-Jean-Baptiste Fleuriau de MorvilleEn 1776, Hamelin, conseiller du roi, aurait acheté le domaine et fait construire un château de style Directoire (d'après le site officiel du Parc, avec plan des arbres). Cependant, l’information manque de certitude, puisque le Directoire n'a commencé qu'en 1795..
La propriété fut par la suite achetée par le comte Réal, homme politique de l'Empire qui, à la chute de Napoléon, cède la propriété au banquier Jean-Charles Davillier.
Période faste sous la famille Rothschild thumb|left|Portail du château de Buchillot, actuel musée Paul-Belmondo. Jacob Rothschild, devenu James de Rothschild au printemps 1817 par diplôme exprès du prince Metternich, acheta ce domaine cette année-là et l’agrandit considérablement, allant jusqu’à barrer toute expansion de la future ville vers LongchampAlbert Bezançon et Gérard Caillet, , 27. par annexion de la route de l’EspéranceE. Couratier, Les rues de Boulogne-Billancourt, , archives municipales de Boulogne-Billancourt, 1962. qui reliait le bourg à l’abbaye de Longchamp.
En 1857 James de Rothschild annexa une folie voisine, le château de Buchillot, avec son vaste parc : autrefois appelé château de Meulant, cette folie du est composée de trois bâtiments dont la cour est fermée par un porche. Cela permit de faire passer la superficie du parc de 8 à et eut pour conséquence de parachever la coupure de la ville de Boulogne d’avec Longchamp.
James de Rothschild fit entièrement reconstruire le château de 1855 à 1861 par l’architecte Joseph-Armand Berthelin dans le style Louis XIV« », recensement immeubles MH, réf. IA00119907, base Mérimée, ministère de la Culture.« », recensement immeubles MH, réf. PA92000003, base Mérimée, ministère de la Culture., en s’inspirant du château de Clagny. La décoration intérieure et les jardins à la française étaient d'Eugène Lami, le parc paysager à l'anglaise de Joseph Paxton et remanié par Loyre.
Les jardins devinrent une référence pour les horticulteurs après 1879, année où La Gazette de la Société d’horticulture les décrivit en ces termes :
Le jardin japonais Ce fut une création voulue par Edmond de Rothschild qui, séduit par une présentation de végétaux d’ornement japonais à l’Exposition universelle de Paris de 1900, y acquit un lot de conifères cultivés en potiches apportés par un certain Hatta, qu’il engagea sur-le-champ (et qui passa le reste de son existence sans avoir revu son pays natal). , l’horticulteur de Tokyo put ; le jardin fut achevé avant 1925 par le baron Edmond, qui en était devenu propriétaire après la mort de James (1868).
Une pagode dotée d’un étage formant terrasse panoramique et un kiosque servaient de « maison de thé », où le baron aimait se délasser seul, Clemenceau, amateur d’art asiatique et collectionneur, qui y fut invité en , évoqua brièvement le lieu dans une lettre. La demeure, son parc et ses jardins sont mentionnés dans Les Jardins de la fortune de Marcel Gaucher (1985), fils du nouveau régisseur du parc, en 1924 .
Toutefois, à partir de 1934, à la suite du décès d'Edmond de Rothschild, le parc fut entretenu par sa fille Miriam-Alexandrine qui, attirée par le style anglais, décida de ne plus planter de jardin « à la Française ».
vignette|center|400px|Le château Rothschild vers 1930.
L’Occupation : le début de la fin La famille Rothschild fuit en Grande-Bretagne en 1939 en abandonnant leur château devant la menace allemande grandissante.
Pendant l’Occupation, du au , les Allemands installèrent l’état-major de la Kriegsmarine dans la propriété et renvoyèrent le régisseur. Les œuvres d’art, meubles, tableaux, statues, la collection de potiches japonaises, furent envoyés en Allemagne. L’installation de ce haut commandement préserva le château et le parc jusqu’à la Libération.
En septembre 1944, les Américains firent du château des Rothschild évacué par la Kriegsmarine un centre de transit. Les pagodes, les portiques, les ponts, les kiosques, les arbres du parc servirent de bois de chauffage, le reste de la décoration intérieure disparut. Le parc subit le saccage des poids lourds auxquels il servait de stationnement.
À son retour, la famille Rothschild, dont tous les membres, hormis Edmond, officier, avaient été déchus le de leur nationalité par la France, découvrit son château saccagé et ne revint pas y habiter.
Amputation du domaine puis abandon du château En 1944, il fut prévu de reconstruire l’hôpital Ambroise-Paré, détruit par des bombardements, à l’emplacement de la cour du château. La décision, entérinée en 1948 par le ministère de la Reconstruction, reçoit l'opposition de Miriam-Alexandrine de Rothschild.
En 1951, le classement au titre des monuments historiques du château de Buchillot (alors en mauvais état) puis le classement du parc du château aidèrent à protéger le domaine... Finalement, Miriam-Alexandrine de Rothschild accepta l'expropriation en 1962 et céda les six hectares demandés. L'édification de l'hôpital commence en 1965 et est terminée en 1969.
En 1974, le château servit de décor pour le tournage d'India Song de Marguerite Duras. La même année, la partie Sud du parc (qui se prolongeait jusqu'à la rue de l'Abreuvoir) fut éventrée par la construction de la liaison entre l'autoroute A13 (qui s'arrête alors au pont de Saint-Cloud) et le périphérique parisien — liaison passant par le viaduc de Saint-Cloud qui surplombe la Seine et par un tunnel au Nord de Boulogne-Billancourt.
Le château de Buchillot fut alors séparé du reste du parc. D'autres constructions furent réalisées par la suite dans la partie du parc séparée par l'autoroute. Marguerite Duras tourna également au château Son nom de Venise dans Calcutta désert, sorti en 1976. Dans les films, on peut voir un château en mauvais état, vide, dont les pierres de la façade sont par endroits endommagées et dans lequel des carreaux sont cassés, la peinture s’écaille, les tapisseries se décollent, des cheminées sont arrachées, les mauvaises herbes apparaissent dans les jardins, mais les boiseries sont encore présentes.
Le baron Edmond de Rothschild céda en 1979 quinze hectares du parc pour un franc symbolique à la mairie de Boulogne, qui l'aménagea en conservant la plupart des éléments décoratifs subsistants (pièce d’eau, rocaille, arbres remarquables) et l'ouvrit au public. En contrepartie, un hectare et demi du parc (au Nord-Est) fut loti et devint « la villa Alexandrine »Voir sur aebb.org..
Le château et la parcelle autour, dite (d'environ deux hectares), furent vendus par le baron. en 1986 à la société néerlandaise Jogo BV, détenue par le cheik saoudien Khalid Abdulaziz Al Ibrahim, pour quarante-cinq millions de francs., l'acte de vente précisant que « d’importants travaux de restructuration » auraient lieu.
thumb|Le château en . Le château fut cependant abandonné et victime du temps et des vandales. Deux incendies, en 1994 puis en 2003, le détruisirent partiellement et entraînèrent la prise de deux arrêtés de péril imminent, sans effet, bien que le château Rothschild soit un monument historique en 1997. Un projet d’hôtel de luxe envisagé par les groupes Lucien Barrière et Bouygues entre 1999 et 2001 n’aboutit pas à cause de l’ampleur des travaux et du coût.. Il en fut de même pour un projet de maison de retraite de luxe.. En , à la suite du deuxième incendie, la mairie de Boulogne entama finalement une procédure d’expropriation en raison d’« abandon manifeste ». Rapidement, le prince Khalid I Abdulaziz al-Ibrahim vint rencontrer le maire, s’engageant à effectuer près de de travaux d’urgence, ce qui interrompit la procédure.. Toutefois, en 2007, rien n’avait été fait.. Une acquisition et restauration par le Conseil général, ou encore l’acquisition de la parcelle des Canadiens par la ville pour agrandir le parc public., furent un temps envisagés.
Le château de Buchillot, qui n’était plus qu’une coquille vide, propriété de la ville de Boulogne-Billancourt, fut extérieurement restauré et intérieurement réaménagé de façon contemporaine à partir de 2007.. Il abrite depuis 2010 le musée Paul Belmondo.
Dans les années 2000, le château Rothschild fut muré et une partie de la toiture bâchée, bien que celle-ci ne résista pas plus que quelques années. Le château était alors en ruine, vandalisé, partiellement incendié, couvert de graffitis, avec le toit en bonne partie effondré (à l’origine d’infiltrations d’eau), les balcons étayés, des planchers, cheminées et boiseries arrachés., la balustrade devant le toit largement disparue, de même que les garde-corps métalliques ouvragés des fenêtres et balcons, et les pierres des façades noircies sont en de nombreux endroits très usées avec des morceaux manquants... À cela s’ajoutent les dégâts causés par la mérule dans les étages et la végétation sur le bâtiment. Des deux pavillons situés près du château, incendiés, ne restent plus que les murs et les restes de la charpente calcinée.
En 2013, la restauration fut estimée à 50 millions d’euros, dont 18 millions pour la seule mise hors d’eau et hors d’air.. Elle pourrait être financée par un lotissement supplémentaire, sur la parcelle des Canadiens.. Début juillet, une fête accueillant une centaine de personnes est illégalement organisée dans le château ruiné..