L'église Saint-Leufroy est une église catholique paroissiale située à Thiverny, commune de l'Oise. C'est un édifice de dimensions très modestes de seulement quatre travées, qui illustre comment les principes architecturaux mis au point pour les grandes églises ont pu être transposés sur une plus petite échelle tout en prenant en compte les contraintes budgétaires. La moitié des murs de la nef provient de la précédente église romane du , et le portail à bâtons brisés d'autour de 1130 est également roman. La nef a été reconstruite dans le style gothique vers 1230 / 1240 et est influencée par l'ancienne nef de l'église Saint-Médard de Creil. Le chœur a été remplacé une génération plus tard par une construction presque austère, décorée avec parcimonie. Il contient toutefois un rare fragment de vitrail d'origine, qui représente le saint patron de l'église, saint Leufroy d'Évreux. L'église a été inscrite monument historique par arrêté du .. Elle a connu plusieurs restaurations et se présente aujourd'hui dans un parfait état de conservation. Affiliée à la paroisse Notre-Dame-des-deux-Rivières du Creillois-Sud, l'église n'a pratiquement plus été utilisée pendant plusieurs années.
Localisation
L'église Saint-Leufroy se situe en France, en région Hauts-de-France et dans le département de l'Oise, dans la vallée du Thérain, sur la commune de Thiverny, près de Montataire. Elle est bâtie à flanc de coteau à la limite sud-ouest du village, dominant ainsi légèrement sa partie basse, tout en étant elle-même dominée par le versant nord-est du plateau de Thelle. L'élévation méridionale, en fait orientée vers le sud-ouest, est alignée sur la rue Victor-Hugo. Dans les environs de l'église, cette rue marque en même temps la limite du village face au versant boisé du côté. Un petit parvis existe devant la façade occidentale. Le chevet donne quant à lui sur une propriété privée, mais est néanmoins visible depuis la rue. Pour voir l'élévation septentrionale, l'on peut emprunter le sentier qui descend depuis le parvis, moyennant quelques marches d'escalier, vers la rue Henri-Barbusse. Cette rue est parallèle à la rue Victor-Hugo, mais située à un niveau plus bas, et en prenant du recul, l'église devient visible au-dessus des toits des maisons. La meilleure vue existe depuis la rue du 19 mars 1962, qui est perpendiculaire à la rue Henri-Barbusse.
Histoire Histoire de la paroisse thumb|upright|left|Statue de saint Leufroy.
Le patron de l'église est saint Leufroy d'Évreux, mort en 738, premier abbé de l'abbaye de La Croix-Saint-Leufroy, dans l'actuel département de l'Eure. Un lien très étroit existe entre les reliques de saint Leufroy et l'église de Thiverny elle-même, car lors des invasions normandes au , des moines de La Croix-Saint-Leufroy évacuent les reliques et trouvent refuge à Thiverny. Pour témoigner de leur gratitude, ils offrent sans aucun doute une petite partie des reliques, dont la présence explique la dédicace à saint Leufroy. Elles se sont perdues à une époque indéterminée, bien avant la Révolution française. En 918, le roi Charles le Simple donne les terres de Thiverny à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Elle reste seigneur de Thiverny jusqu'à la Révolution, et un banc est réservé à l'église au procureur de l'abbaye qui la représente sur place. Sur la demande du curé de Thiverny, Legrand, les religieux de Saint-Germain-des-Près envoient une vertèbre de saint Leufroy en date du . C'est cette relique qui est enfermée dans la châsse dans une niche à droite du chœur.. L'église elle-même n'appartient pas à l'abbaye parisienne, et la cure est à la nomination de l'évêque de Beauvais. La paroisse dépend du doyenné et de l'archidiaconé de Clermont du diocèse de Beauvais.. thumb|Châsse de saint Leufroy.
Lors de la réunion des trois ordres le à Senlis, organisée préalablement aux États généraux de 1789, le curé de Thiverny, Beaudouin, participe comme l'un des représentants du clergé. Sous la Révolution française en 1790, l'abbé Beaudouin accepte de prêter serment sur la Constitution civile du clergé. L'année suivante, il envoie une lettre au Directoire du département pour se plaindre qu'il ne reçoit plus de traitement pendant plusieurs mois. Sous la Terreur, la pratique du culte est interdite partout en France pendant une période qui peut varier d'un lieu à un autre, et qui va souvent d'été 1793 à fin 1794. À Thiverny, l'église est fermée au culte avant celle de Montataire, et les fidèles doivent accepter de faire un chemin de plus de à pied. Mais paradoxalement, le curé conserve son poste sous le statut d'agent municipal, alors qu'il n'a pas le droit d'exercer son ministère. Il n'est destitué que le sous prétexte d'incapacité. Deux ans plus tard, il est taxé de contre-révolutionnaire. Les recherches de Paul Darle n'ont pas permis d'identifier la date de la fermeture au culte de l'église, ni celle de sa réouverture. La cure n'est en tout cas pas rétablie, et l'église est desservie par le curé de Montataire ou son vicaire. En 1868, la commune de Thiverny entreprend les démarches pour que l'église soit érigée en succursale, ce qui est accordé par un décret de Napoléon III du . La condition est qu'une église et un presbytère puissent être mis à disposition. En 1878, Cramoisy et Thiverny se partagent le curé. Paul Darle n'indique pas si ces deux villages forment maintenant une paroisse à part entière. En tout cas, Thiverny fait de nouveau partie du doyenné et de l'archidiaconé de Clermont du diocèse de Beauvais, dont les limites géographiques ne sont toutefois pas les mêmes qu'avant la Révolution..
Le jour de la Saint-Leufroy, le de chaque année, les paroissiens organisent traditionnellement une procession avec les reliques du saint et sa statue, coiffée pour la circonstance d'une couronne de fleurs. Une messe solennelle est célébrée le dimanche suivant, pendant laquelle des brioches sont bénites et partagées parmi l'assistance. La procession disparaît avec la fin de la Seconde Guerre mondiale, mais la date de la fête communale reste le dimanche suivant le . Pendant les années 1970, l'église est desservie par un prêtre ouvrier.. En 1996, quarante-cinq nouvelles paroisses plus étendues que les anciennes sont définies dans le diocèse de Beauvais. Thiverny est intégré dans la paroisse Notre-Dame des Deux Rivières avec siège à Montataire, dont dépendent également Saint-Leu-d'Esserent et Villers-sous-Saint-Leu.. Son église n'est plus utilisée pour les célébrations régulières..
Histoire de l'église thumb|upright|Vue sur le chevet.
La construction de l'église actuelle remonte à la seconde moitié du . De cette époque, subsistent une partie du mur occidental de la nef avec un contrefort plat, et tout le mur septentrional de la nef avec un dernier contrefort plat et les deux fenêtres. Vers 1130, un nouveau portail est construit devant le mur occidental de la nef. Environ un siècle plus tard, l'église s'avère trop petite, et l'agrandissement de la nef se fait vers le sud, car la pente abrupte ne le permet pas au nord. Mais au lieu d'ajouter un bas-côté, le mur roman au sud est jeté bas, et la nef simplement élargie. Elle est en même temps voûtée d'ogives. Cette campagne de construction vers 1230 / 1240 est placée sous l'influence stylistique de l'ancienne nef de l'église Saint-Médard de Creil, devenue ultérieurement son croisillon nord. Cette ressemblance donne à penser que les mêmes artisans étaient ici à l'œuvre. Le chœur roman, dont plus rien ne subsiste, est remplacé à son tour par le chœur actuel pendant la seconde moitié du , soit au moins une vingtaine d'années après la reconstruction de la nef. Ainsi le chœur appartient à la période gothique rayonnante, et un célèbre fragment de vitrail de la baie du chevet dont il sera question plus tard, a bien été identifié comme datant du par Eugène Müller et Dominique Vermand. Contrairement à ce que pense Paul Darle, l'agrandissement de la nef ne date pas du , et le chœur n'est pas de style gothique flamboyant, qui dans la région ne commence qu'après la guerre de Cent Ans. Il faut aussi rejeter l'hypothèse de Paul Darle que l'église était composée uniquement de la nef avant la construction du chœur actuel..., car ce cas serait ainsi unique dans le BeauvaisisVoir à ce sujet : ..
Une première restauration après la Révolution est effectuée en 1858 avec l'aide du baron Georges Ferdinand de Condé. Le chœur est refait en 1870. Une nouvelle cloche est installée en 1872, car l'ancienne s'était fêlée. La nouvelle cloche est fondue par Hildebrandt, Paris ; elle pèse et est baptisée au nom de « Leufride Georgina Cecila » par ses parrains, la baronne et le baron de Condé. En 1879, le cimetière entourant jusque-là l'église, est déplacé en dehors du village, et un accès de plain-pied à l'église peut ainsi été créée. À partir de 1893, l'on ne sonne plus l'Angélus matin, midi et soir. L'église est inscrite monument historique par arrêté du . Elle souffre indirectement par des bombardements à la fin de la Seconde Guerre mondiale, et des travaux de remise en état sont exécutés en 1948 / 1950. Ils portent notamment sur la réparation ou le renforcement de la charpente, du clocher, du pignon intermédiaire entre nef et chœur, et sur l'arc triomphal situé en dessous. Le chœur doit être restauré une nouvelle fois en 1981. Une grille de protection est placée devant la grande fenêtre du chevet. En 2005, le parvis de l'église est réaménagé..
Description thumb|Plan de l'église.
Aperçu général
Irrégulièrement orientée vers le nord-ouest du côté de la façade ce qui est dû à la nature du terrain, l'église suit un plan très simple. Elle se compose seulement d'une nef de deux travées et d'un chœur d'également deux travées. L'ensemble de l'église est voûté d'ogives, et son espace intérieur mesure environ de long pour de large. Il n'y a ni bas-côté, ni transept. Le portail occidental est l'unique accès à l'église ; il est précédé d'un porche. Une sacristie a été ajoutée devant le chevet. Le petit clocher en charpente est assis à cheval sur le toit de la première travée de la nef. Celle-ci ainsi que le chœur sont recouverts par des toits à deux rampants dans le sens de l'axe de l'édifice. Des pignons existent aux deux extrémités de l'église ainsi qu'à l'ouest du chœur, ce dernier étant caché en grande partie par le toit de la nef. Un mur de soutènement succède de près à l'élévation septentrionale.
Extérieur thumb|Vue depuis le nord-est. thumb|Vue depuis l'est.