LEmpire ottoman (en / , littéralement « l'État ottoman exalté » ; en ou ), connu historiquement en Europe de l'Ouest comme l'Empire turc., la Turquie., ou bien la Turquie ottomane.., est un empire fondé à la fin du au nord-ouest de l'Anatolie, dans l'actuelle commune de Söğüt (actuelle province de Bilecik), par le chef tribal oghouze , fondateur de la dynastie ottomane (ottoman vient de l'arabe ʿuṯmānī , dérivé de ʿuṯmān , nom arabisé d'Osman. et vient également de Ataman, nom turcisé d’Osman). Après 1354, les Ottomans entrèrent en Europe, et, avec la conquête des Balkans, le Beylik ottoman se transforma en un empire transcontinental. Après avoir encerclé puis occupé sa capitale, les Ottomans mirent fin à l'Empire byzantin en 1453 par la conquête de Constantinople sous le règne du sultan .
Aux , sous le règne de , l'Empire ottoman était un empire multinational et multilingue contrôlant une grande partie de l'Europe du Sud-Est, des parties de l’Europe centrale, de l’Europe de l'Est, et de l'Asie occidentale, du Caucase et de l'Afrique du Nord. Au début du , l'Empire comprenait trente-deux provinces et de nombreux États vassaux. Certains d'entre eux ont ensuite été absorbés par l'Empire, tandis que d'autres bénéficièrent de divers types d'autonomie au cours des siècles.
Avec Constantinople comme capitale, et le contrôle des terres autour du bassin méditerranéen, l'Empire ottoman fut au centre des interactions entre les mondes oriental et occidental pendant six siècles. Alors que l'on croyait autrefois qu'il était entré dans une période de déclin à la suite de la mort de Soliman le Magnifique, cette opinion n'est plus soutenue par la majorité des historiens universitaires. L'Empire continua à maintenir une économie, une société et une armée puissante et flexible tout au long du et d'une grande partie du ...
Les Ottomans subirent de graves défaites militaires à la fin du et au début du , ce qui les amena à entamer un vaste processus de réforme et de modernisation connu sous le nom de Tanzimat. Ainsi, au cours du , l'État ottoman était devenu beaucoup plus puissant et organisé malgré de nouvelles pertes territoriales, en particulier dans les Balkans où de nouveaux États émergèrent. L'Empire s'allia à l'Empire allemand au début du , espérant échapper à l'isolement diplomatique qui avait contribué à ses récentes pertes territoriales, et s'engagea ainsi dans la Première Guerre mondiale du côté des puissances centrales.. Peu préparé à participer à une guerre moderne, l'empire dut également affronter d'importantes tensions internes, en particulier dans ses possessions arabes, avec la révolte arabe de 1916-1918. Pendant ce temps, des exactions furent commises par le gouvernement ottoman, dont certaines de nature génocidaire contre les Arméniens, les Assyriens, les Grecs., et les Libanais.
La défaite de l'Empire et l'occupation d'une partie de son territoire par les puissances alliées au lendemain de la Première Guerre mondiale entraînèrent sa partition, et la perte de ses territoires du Moyen-Orient divisés entre le Royaume-Uni et la France, selon des mandats de la Société des Nations, dans l’attente de l’indépendance des territoires considérés : Palestine, Mésopotamie (futur Irak), Syrie et Liban. Le succès de la guerre d'indépendance turque contre les occupants alliés conduisit à l'émergence de la république de Turquie, proclamée le dans le cœur de l'Anatolie à Ankara, et à l'abolition de la monarchie ottomane..
Histoire L'Empire ottoman a duré de 1299 à 1923 (soit plus de six siècles). Il a été longtemps un petit beylicat autonome, puis indépendant de fait du sultanat seldjoukide, alors en pleine décadence. Il s’étendit ensuite durant trois siècles des portes de Vienne au golfe Persique, d’Oran en Algérie à Bakou sur la mer Caspienne, et des steppes de l'actuelle Ukraine aux marais du Nil dans l'actuel Soudan et aux montagnes de l'actuel Yémen.
Dans le cadre de ses relations internationales, l'Empire ottoman était appelé « Sublime Porte ottomane », ou simplement « Sublime Porte », du nom de la porte d’honneur monumentale du grand vizirat, siège du gouvernement du sultan à ConstantinopleTraité de paix entre la Russie et la Porte ottomane (1829), site de l'université de Perpignan., et fut un allié du royaume de France contre les Habsbourg.
Débuts Fondation thumb|320px|Carte des beylicats d’Anatolie vers 1330. vignette|300px|Territoire contrôlé par Osman. L’Émirat ottoman ou Beylicat ottoman.. est fondé par une famille issue des Kayı, l’une des vingt-quatre tribus turciques oghouzes qui avaient conquis l'Anatolie au , au détriment de l'Empire byzantin.... Pendant que le sultanat turc des Seldjoukides se décompose, cette tribu monte en puissance pendant la phase des beylicats.
En 1299, conquiert la ville byzantine de Mocadène, aujourd’hui Bilecik. Cette date marque le début de l’État ottoman et de la constitution de la première armée ottomane. Jusqu’à sa mort en 1326, conquiert plusieurs autres villes et places fortes byzantines, ainsi que certaines principautés turques voisines. Osman est acclamé comme khan de la tribu du Kayı, titre qu'il porte jusqu'à sa mort..
Expansion vers l'Europe
vignette|gauche|L'Empire ottoman peu après la mort de . Ses successeurs continuent sa politique d'expansion. L'Empire ottoman conquiert Gallipoli, son premier territoire européen, en 1347. La situation politique des Balkans est troublée. L’Empire byzantin est affaibli par des guerres civiles récurrentes, la Bulgarie est divisée entre duchés rivaux et la Grèce est partagée entre potentats locaux et latins. Les républiques maritimes italiennes contrôlent le commerce de la Méditerranée orientale et louent leurs services au plus offrant. Ainsi, Venise permet aux Ottomans de traverser le détroit des Dardanelles pour atteindre Gallipoli. L’État ottoman, disposant d’une armée efficace, en profite pour s’étendre dans la zone. La Serbie, seule puissance capable de résister aux Ottomans, est balayée en 1389, au champ des Merles, dans l'actuel Kosovo, marquant la fin de l'indépendance des royaumes serbes.
Les Ottomans obtiennent un double avantage lors de la conquête des Balkans. Premièrement, cela permet de multiplier les ressources fiscales, les chrétiens sous domination ottomane se devant de payer la djizia afin de pouvoir pratiquer leur religion. Deuxièmement, le système de dechvirmé permet de soustraire de jeunes garçons chrétiens à leur famille au bénéfice du corps des janissaires qui forment l’élite de l’armée, mais également un corps administratif particulièrement efficace.
Le temps des troubles Un sultan notable fut (« la foudre »). À la mort de son père durant la bataille de Kosovo Polje de 1389, il s'empara du pouvoir, éliminant brutalement son demi-frère.
Excellent chef militaire, il mena de brillantes campagnes aboutissant à de nombreuses conquêtes. Le nord de la Grèce et la Bulgarie tombèrent en premier. Ensuite, il réussit à soumettre les émirats turcs anatoliens de Germiyan et de Karaman avec le concours notable de princes chrétiens vassaux. Seuls les murs de Constantinople lui résistent. Par deux fois, en 1391 et surtout de 1394 à 1398, il mena le siège de la ville. Néanmoins, les Turcs n’avaient ni la marine pour mener un blocus efficace et affamer la ville, ni les engins de siège à même de percer le mur de Théodose.
En 1398, l’invincible Tamerlan envahit l’Anatolie forçant Bayezid à lever le siège. Devant la menace, Bayezid réunit son armée pour l’affronter. Néanmoins, il est défait par les troupes mongoles de Timur, supérieure stratégiquement et tactiquement, lors de la bataille d'Ankara. Bayezid est capturé et ne revoit jamais son pays.
Commence un grand classique des peuples turco-mongols : la guerre de succession. Chacun des fils de Bayezid prétend au pouvoir suprême, menant à une guerre civile de dix ans, de laquelle sortit vainqueur. Mais le coût fut lourd car les puissances voisines en profitèrent pour se rétablir. Les émirats anatoliens regagnèrent leur indépendance et l’Empire byzantin parvint à arracher quelques territoires. Néanmoins, sous les règnes de Mehmed et de son fils , l'Empire se rétablit et acquiert de nouvelles terres en Europe (Thessalonique tombe en 1430 par exemple). Cela pave la voie à la grand œuvre ottomane : la prise de Constantinople.
Prise de Constantinople
gauche|vignette|upright|Chute de Constantinople (1453), vue moderne exécutée vers 1900 par Fausto Zonaro, une commande du sultan . En effet, en 1451, arrive sur le trône un jeune sultan, . Intelligent, audacieux, fougueux, mais également colérique et arrogant, le nouveau sultan projette de prendre Constantinople, malgré les conflits qui l'opposent à ses conseillers.
Ainsi, après des préparatifs méticuleux, les Ottomans attaquent la ville en 1453. À la suite d'un siège de 1 mois et 23 jours ponctué par un assaut des murs ébranlés à coup de canons, les armées ottomanes prennent Constantinople et mettent fin à l'Empire byzantin, établissant ainsi la domination de l'Empire sur la partie à majorité chrétienne de la Méditerranée orientale. Les tentatives de reconquête de l'Ouest chrétien échouent : plusieurs croisades européennes sont écrasées à Nicopolis et Varna ou encore à Alger.
Peu après la prise de Constantinople, de nombreux textes sur l'histoire légendaire de la capitale font leur apparition. Ce serait qui aurait demandé aux prêtres et aux savants byzantins de lui présenter l'histoire de la ville. Les Ottomans assument l'héritage gréco-byzantin. et l'ambition impériale qui y est associée.
Les Turcs continuent de pousser dans les Balkans. La Serbie est annexée par les Ottomans après la chute de Smederevo, en 1459. vignette|redresse| Portrait de par Gentile Bellini (1479).
Vers l'apogée La prise de Constantinople marque un tournant, fût-il symbolique, dans l'histoire de l'Empire. Mehmed fait de la ville sa capitale et entreprend de la repeupler en favorisant l'installation des Turcs, tout en maintenant une communauté chrétienne.. Ainsi, la ville, moribonde lors de l'agonie sans fin de l'Empire romain, renait de ses cendres. La ville passe de lors de la conquête à plus de cent ans plus tard.
En plus d'offrir à l'empire un joyau qui brille durant cinq siècles, Mehmed, ayant reçu le surnom de Fatih « le Conquérant », continue ses acquisitions territoriales. Tous les territoires grecs indépendants sont asservis (Trébizonde, Morée). L'Anatolie est sécurisée. Surtout, Mehmed lance le cycle de guerres contre la république de Venise. En effet, forts de leur nouvelle marine, les Turcs tentent d'évincer les républiques italiennes de la Méditerranée orientale. Ce conflit, alternant entre guerre ouverte et traités de paix, dure pendant trois siècles et voit la victoire finale des Ottomans.
La question du leadership dans le monde islamique reste ouverte. En effet, le grand empire musulman concurrent, les Mamelouks d’Égypte, dispose de ressources considérables. Entre la fin du et le début du , les deux empires entrent en conflit. Par ailleurs, à l'est, un concurrent apparaît. Les Séfévides, empire chiite occupant la Perse, réussissent à émerger sous l'impulsion d'. Si les premières confrontations entre les trois aboutissent à un statu quo, les Ottomans font finalement valoir leur supériorité technologique et militaire. En effet, au contact et en conflit constant en Europe, les Ottomans ont su sans cesse développer une armée moderne. En particulier, ils détiennent l'une des meilleures artilleries du monde. En face, Séfévides et Mamelouks utilisent un style de guerre qu'ils maîtrisent parfaitement, à base de cavalerie. Cependant, cette manière de faire la guerre est obsolète devant la puissance de feu ottomane. Ainsi, lorsque les Séfévides et les Mamelouks s'allient en 1514, le sultan part en guerre. Les Séfévides sont écrasés lors de la Bataille de Tchaldiran. Ils doivent signer un humiliant traité de paix, qui expulse la puissance perse d'Anatolie, sans la détruire entièrement.