Byrsonima crassifolia est une espèce de plantes à fleurs dans la famille Malpighiaceae (famille de l'acérola). Elle est appréciée pour son petit fruit jaune fortement parfumé (arôme de fruit et de fromage rance).

En Guyane, on le connaît sous les noms de Prunier, Prunier savane, Coumaté, Morossif (Créole), Palãlã ka'a (Wayãpi), Mariuβra (Palikur), Mule:i (Kali'na), Murici, Muruci (Portugais).

Sont employés également les noms de : Maurissi, Moureiller des Caraïbes, Moureiller des savanes, Morissi dans les Antilles, et Quinaquina des savanes en Français.

Au Suriname, il se nomme Moeleidan, Moeréiran, Moeléi, Moerei, Moelehi (Carib), Hori, Hoelia, Horia (Arawak), Sabana kwarie, Moeli, Moeléi (Sranan tongo), Savanna kwarie (Hollandais du Suriname), Sabana mangue (Saramaka).

En Espagnol, il porte les noms de Chaparro peralejo (Esp), Crabo, Nancito, (Bélize), Maricao cimarron, Peralejo blanco (Porto Rico), Nance (Cuba, Honduras, Panama), Nance blanco (Panama), Nanche (Mexique), Nancite (Nicaragua, Salvador), Nantze, Tapal (Guatemala), Savanna serette (Trinidad), Peralija (Colombie), Chaparro de chinche, Chaparro de sabana, Chaparro, Chaparro manteco , Manero, Manteco, Manteco sabanero (Venezuela), Indano, Nanci, Yoco, Chaparro, Maricas, Chaparro manteca, Chaparro de sabana, Marushi, Cimarron, Nancite, Changugo, Paralejo (dans les pays amazoniens hispanophones).

En Anglais c'est Golden spoon, Nance bark, Nance, wild cherry.

Au Brésil, il s'appelle aussi Cangica, Murici, Muruci, Murici-do-campo, Murici-da-praia, Murici-pitanga, Marajoara, Murici do campo.

Description Byrsonima crassifolia est un arbuste ou un petit arbre haut de , pour de diamètre. Le tronc et les branches sont plus ou moins tordus, à l'écorce sillonnée. Le bois est assez lourd (densité : 0,63-0,90) à 10 à 25 vaisseaux par mm², plutôt petits () et avec des ponctuations intervasculaires fines (). Les rameaux sont minces (jusqu'à de diamètre), cylindriques, tomenteux-roussâtres. Les branches sont cylindriques, glabres, grises, jusqu'à de diamètre. Les entre-nœuds sont longs de , souvent réduits à l'extrémité des rameaux. Les poils sont en forme d'aiguille de boussole, avec des branches presque droites ou légèrement flexueuses, longes de pour de diamètre, sur un mince "pied" long de .

Les feuilles sont simples, opposées, entières. Les stipules sont longues de , complètement lisses et connées, veloutées, persistantes, épaisses, et de forme ovale ou ovales-lancéolée. Les pétioles sont longs de , légèrement velus ou glabres. Le limbe des feuilles est de taille et de forme variable, les plus grandes mesurant (L/1 = 1,5 à 2), de forme large elliptique, ovale ou obovale, à apex aigu ou plus ou moins brièvement acuminé ou légèrement obtus, à base obtuse à légèrement aiguë légèrement décurrente sur le pétiole, luisant sur le dessus, coriace à cartacé, velues-roussâtres chez les jeunes feuilles, devenant glabres sur le dessus (sauf le long de la nervure médiane), velues à glabrescentes dessous, à marge révolute. La nervure médiane est légèrement proéminente sur le dessus, fortement proéminente en dessous. On compte 7-10 paires de nervures secondaires, proéminentes, arquées à la marge. Les nervures tertiaires sont densément réticulées.

L'inflorescence est une grappes (racème) ou une pseudo-grappe terminale, pédonculée, velue-roussâtre, longue de , et porte de nombreuses fleurs. Les bractées et bractéoles (1-3 sur des pédoncules longs de ) sont de forme linéaire-lancéolée, triangulaire ou ovale, aiguë, caduques lors de la fructification, longues de , velues à l'extérieur, presque glabres à l'intérieur. Les pédicelles velus sont courbés lors de la fructification, longs de .

Les fleurs sont hermaphrodites, de de diamètre, de couleur jaune virant au rouge. Le pédicelle est velu et long de . Le bouton floral est ovoïde, long de . Les 5 sépales sont de forme ovale, longs de , glabres ou rarement légèrement tomenteux sur la face supérieure (adaxiale), dressés ou légèrement recourbés au sommet, portant des glandes glabres, de forme oblongue, et longues de . Les 5 pétales sont de couleur jaune (devenant rougeâtres), glabres, concaves, de forme orbiculaire-réniforme, à marge presque entière, mesurant de de diamètre, et portés par une griffe longue de . Le cinquième pétale est aplati, à tranches irrégulières, et long de , dépourvu de glandes. On compte 10 étamines fertiles, presque égales, exsertes. Les filets sont glabres (sauf à la base), longs de , à peine connés à la base. Les anthères sont de forme linéaire ou oblongue, pileuses, avec peu ou beaucoup de poils étalés. Le connectif égale les loges ou les dépasse jusqu'à . L'ovaire est subglobuleux, glabre à densément tomenteux. Les styles sont recourbés au sommet (pour les juvéniles), glabres, aussi longs que les étamines.

Le fruits est une drupe globuleuse, comestible de saveur aigre, verte devenant jaune à maturité, de de diamètre (séchés), glabre ou légèrement tomenteuse. L'exocarpe peu épais et charnu entoure un noyau (endocarpe ) rond, ligneux verruqueux ou côtelé, divisé en 3 loges (1 ou 2 par avortement).

Taxonomie Byrsonima crassifolia est extrêmement variable dans son aire de répartition, et est notamment sujet à l'hybridation avec Byrsonima verbascifolia (ces hybrides ont des entre-nœuds allongés, les feuilles courtes avec des pétioles non ailés et de petites bractées).

Selon , il existe deux formes dans l'espèce Byrsonima crassifolia : Byrsonima crassifolia f. crassifolia Byrsonima crassifolia f. ferruginea Nied., 1901

Répartition Byrsonima crassifolia est présent depuis le Mexique tropical jusqu'au nord de l'Amérique du sud (Colombie, Venezuela, Guyana, Suriname, Guyane, Brésil, Bolivie, Paraguay), en passant par les Antilles.

Écologie Byrsonima crassifolia est un petit arbre héliophile, résistant au feu, qui pousse dans les savanes, les bosquets de savanes, les forêts secondaires et sur les inselbergs (commun dans les savanes au Venezuela, autour de ).

Byrsonima crassifolia fleurit et fructifie presque toute l'année dans les savanes hautes en Guyane.

L'écologie, le système racinaire, la transpiration annuelle, etc. de Byrsonima crassifolia ont été étudiées. L'excès d'eau dans le sol crée des conditions anaérobies qui retardent l'absorption d'eau dans les racines et provoquent une chute de la transpiration chez Byrsonima crassifolia.

Le rôle de la composition lipidique des fleurs de Byrsonima crassifolia dans l'attrait des abeilles Centris (Apidae) a été étudié.

Byrsonima crassifolia se multiplie par semis des graines. Son itinéraire cultural a été décrit.

La viabilité des graines de Byrsonima crassifolia a été étudiée.

Les fruits de Byrsonima crassifolia présentent une grande variation de qualité (acidité du jus, solides solubles totaux, couleur de la peau, taille). Aussi des paramètres ont été définis pour faciliter la sélection variétale.

Utilisation Plante alimentaire. Byrsonima crassifolia est occasionnellement cultivé (semi-domestiquée) pour ses fruits comestibles, dans les vergers du nord du Brésil, notamment dans le Pará.

Les fruits de Byrsonima crassifolia sucrés, atringeants, plutôt acides et parfumés sont comestibles, et appréciés en Amérique centrale et au Brésil. Ils sont traditionnellement consommés crus, sous forme de jus rafraîchissants. Les fruits sont vendus sur les marchés traditionnels du Nord du Brésil, conditionnés dans des bouteilles en PET, avec de l'eau (avec ou sans sucre), et se conservent ainsi jusqu'à 40 jours. Les fruits peuvent aussi être transformés de diverses manières : pour des plats salés (soupes ou garniture de viande), et pour les desserts, particulièrement les sorbets (grâce à sa bonne teneur en lipides). Ils sont aussi traditionnellement macérés dans la cachaça et pour fabriquer liqueurs, ou des boissons fermentées (ex : chicha du Panama).

La pulpe représente 75 % du poids du fruit (64 % de chair et 11 % de peau comestible également). Il y a 10 % d'huile dans sa graine et 20 % dans la pulpe. Aussi ces fruits sont également utilisés pour produire un "beurre" comestible. Les fruits sont riches en caroténoïdes, en particulier en xanthophylles à forte activité antioxydante.

Plante tinctoriale. Le jus du fruit vert de Byrsonima crassifolia devient noir en s'oxydant à l'air libre et est utilisé comme colorant. De l'écorce et des fruits s'extrait un colorant brun clair, utilisé pour teindre les tissus en coton au Guatemala.

En Guyane, chez le Palikur, l'écorce de Byrsonima (plusieurs espèces peuvent être utilisées) est battue, puis mise à macérer et reposer dans l'eau froide pendant une nuit. Le liquide alors de couleur rouge est bouilli jusqu'à épaississement. Durant cette phase divers adjuvants sont ajoutés : feuilles d'un manioc sauvage (Kiniki amatmadgene), argile grise, concrétions terreuses du nid des fourmis-manioc, ou de l'urine. Le colorant final, de couleur noire ou rouge brun selon l'espèce, sert à teindre palangres, poteries, sculptures en bois, bancs et calebasses. Les créoles s'en servent aussi pour teindre les calebasses.

Plante pour tannage. L'écorce astringente de Byrsonima crassifolia contient entre 10 et 25 % de tanins puissants utilisés pour le tannage.

vignette|gauche|Pied de Byrsonima crassifolia planté comme ornemental Plante ornementale. Dans certains pays d'Amérique centrale et en Floride, Byrsonima crassifolia est cultivé comme plante ornementale pour sa belle floraison jaune.

Plante médicinale.

Byrsonima crassifolia est un antidiarrhéique servant à lutter contre les troubles gastro-intestinaux (grâce à sa teneur en tanins) en Amérique centrale. L'infusion d'écorce sert pour soigner la diarrhée chez les indigènes de la province de Lamas dans les forêts d'altitude au Pérou.

L'écorce et la tige de Byrsonima crassifolia présentent des effets antibactériens sur Salmonella typhi et Shigella flexneri (entérobactéries pathogènes). Les composés à l'origine de ces propriétés ont été étudiés.

Les extraits de feuilles et d'écorce de Byrsonima crassifolia présentent des activités antifongique in vitro contre certains champignons pathogènes : Candida albicans, Epidermophyton floccosum, Microsporum canis, M. gypseum, Trichophyton mentagrophytes et T. rubrum.

Byrsonima crassifolia sert à préparer un remède traditionnel contre la maladie de Chagas au Guatemala : les effets d'extraits de feuilles sur le protozoaire Trypanosoma cruzi ont été démontrés in vitro sur ses formes trypomastigotes et épimastigotes.

Byrsonima crassifolia sert à soigner la toux et des morsures de serpent en Amérique centrale, les maux de gorge ou la dysenterie dans diverses régions d'tropicale.

Chez les indigènes de la province de Lamas dans les forêts d'altitude au Pérou, l'écorce de Byrsonima crassifolia grattée et pulvérisée, est utilisée comme agent cautérisant et hémostatique. Les indigènes d'Amazonie utilisent les infusions ou la décoction d'écorce, comme fébrifuge, bronchodilatateur, astringent, anti-inflammatoire, expectorant et antidiarrhéique, ce qui pourrait être lié à sa composition : alcaloïde de type phénanthroindolizidine, divers composés phénoliquess, en plus des tanins et des amidons.

En Guyane, les Créoles de la région d'Iracoubo l'emploient comme nettoyant et remède efficace des ulcères. L'écorce de Byrsonima crassifolia macérée dans l'eau fraîche pendant plusieurs heures, est un remède Palikur bu contre la diarrhée et la décoction d'écorce sert à préparer un bain défatigant après l'accouchement des femmes.

L'emplâtre d'écorce ou de racine sert à guérir blessures et brûlures chez les Tiriyó.

L'écorce est considérée comme tonique, fébrifuge et efficace contre la tuberculose dans l'Amazonie brésilienne. Les propriétés anti-inflammatoires de cette écorce ont été testées.

Sur le marché de Manaus est vendue Byrsonima chrysophylla Kunth, (espèce proche), pour un traitement contre les hémorroïdes et comme anti-inflammatoire.