Paysage avec Orphée et Eurydice est une huile sur toile peinte vers 1650-1653 par Nicolas Poussin. Ses dimensions sont de 124 x 200 cm. Acquise en 1665, elle fait partie de la collection de Louis . L'œuvre entre dans les collections du département des peintures du musée du Louvre sous le numéro INV 7307. Le sujet est l'histoire d'Orphée et Eurydice provenant des Métamorphoses d'Ovide. Ce tableau est un des plus célèbres et des plus représentatifs des paysages de Nicolas Poussin.

La première attestation de ce tableau date de 1665, lorsqu'il fut acquis par le roi de France Louis XIV qui l'inscrivit dans ses collections. Par la suite, le tableau entra dans celles du musée du Louvre en rejoignant le département des peintures. L’œuvre intégra temporairement le Louvre Lens en 2013 à l'occasion de l'exposition temporaire « La Galerie du temps ».

Nicolas Poussin naît aux alentours de 1594 en France, plus précisément en Normandie, aux Andelys. Sa jeunesse étant peu connue, on sait toutefois qu’il grandit dans une famille de paysans. Il apprend la peinture en 1611, au contact de Quentin Varin, sur les conseils duquel il part pour la capitale. Il entre dans l’atelier de Georges Lallemand et accède aux collections royales au contact desquelles il étudie plusieurs pratiques artistiques : les marbres de l’Antiquité, la peinture italienne et les gravures de Raphaël. Il arrive à Paris vers 1612 pour commencer des travaux dont la nature est incertaine, puis part pour Rome en 1624. Il y rencontre du sculpteur flamand François Duquesnoy. Il rentre alors sous la protection de plusieurs mécènes. Lors de ce long séjour, on suppose qu'il vit les œuvres de Raphaël et du Titien, en raison de son accès aux collections royales. Après un bref aller-retour à Paris, il restera à Rome jusqu’à sa mort en 1665.

Historique de l'œuvre Paysage avec Orphée et Eurydice est un tableau haut de et large de peint vers 1650-1653 par Nicolas Poussin. Le sujet de cette œuvre vient des Métamorphoses d'Ovide : Eurydice a été mordue par un serpent, le jour même de ses noces avec Orphée. Ce dernier joue de la lyre sans se rendre compte de cet accident qui provoque la mort d'Eurydice. L'œuvre est acquise quelques années plus tard, en 1665, et fait partie de la collection de Louis .

Elle entre dans les collections du département des peintures du musée du Louvre, et est inventoriée sous le numéro INV 7307.

Si le contexte de la création du tableau est confus, il faut savoir que la toile a été coupée dans sa hauteur de 22 centimètres. Cet acte peut apporter des informations sur son origine. L’acquisition par le collectionneur et amateur de Poussin, Jean Pointel, permet d’en savoir un peu plus sur la raison de ce rognage. Selon Brejon de Lavergnée, les écrits de Félibien apporteraient des précisions sur la question, sachant que l’on suppose que la coupure daterait d’avant 1685. Ses écrits affirment que Le Paysage avec un homme tué par un serpent, conservé à la National Gallery de Londres, également coupé dans sa hauteur, fut réalisé pour ce Jean Pointel, de fait, il est possible de supposer que ces deux tableaux étaient réalisés pour la même occasion 1. De plus, ils semblent avoir une chronologie similaire et converger en plusieurs points. La présence du serpent, le tragique, le paysage, et leur supposé contexte de commande renforce la vision de ces deux tableaux comme des pendants, ayant une relation peut être narrative.

1Poussin and nature, p. 2387

Le sujet : le mythe d'Orphée et Eurydice Le sujet du tableau provient d'un épisode de la mythologie gréco-romaine, et illustre un moment fondamental du mythe d'Orphée et Eurydice. L'histoire est issue des Métamorphoses d'Ovide, une des sources principales des récits de cette mythologie. L'histoire d'Orphée et Eurydice débute, dès le jour de leur mariage, par un funeste présage qu'il est nécessaire d'avoir en tête en raison des multiples interprétations du tableau de Poussin. En effet, lors de la cérémonie du mariage, il était d'usage de faire brûler un feu sacré, qui représentent le dieu Hymen, la divinité protectrice du mariage. Pour des raisons inconnues, les flammes se sont éteintes lors des festivités, sans que personne n'y prête attention, ce signe laissant imaginer le destin tragique des jeunes époux. L'épisode représenté est celui où Eurydice vient de se faire mordre par un serpent, morsure qui causera sa mort. Orphée parviendra à aller chercher Eurydice aux Enfers, à la seule condition de ne se retourner pour la voir qu'une fois tous deux sortis. Mais Orphée enfreindra cet avertissement et entraîna avec son imprudence la perte définitive d'Eurydice. Le destin tragique touchera alors les deux amants, Orphée étant condamné à vivre dans la douleur de l'être aimé perdu.

Dès les années 1640, il est possible de remarquer que Poussin manifeste une attention plus grande aux sujets antiques. C'est donc avec une certaine cohérence qu’il reprend ici les récits d'Ovide. De plus, ces mythes lui permettent de représenter des idées plus abstraites qui le travaillent, comme ici, le rapport au tragique.

Description analysée La composition s'inspire fortement du livre X des Métamorphoses d'Ovide avec la scène représentant la mort d'Eurydice au premier plan. En effet, le couple vient probablement de se marier comme le dit la légende et Eurydice a déposé sa couronne de fleurs qu'elle portait pendant la cérémonie et qui est peut-être celle présente sur le rocher à la droite du tableau. Au premier plan se trouvent les jeunes époux Orphée et Eurydice. Le groupe de personnages se compose d'Orphée qui joue de la lyre avec une cape rouge suivi des naïades qui l'écoutent passionnément et qui, dans la légende, accompagnent Eurydice. Hyménée se tient debout entre les naïades et Eurydice. Si Orphée joue naïvement de sa lyre à quelques nymphes, Hyménée qui semble s'approcher de lui, paraît moins insouciant. Eurydice est représentée comme une beauté classique. Elle vient tout juste de se faire mordre par le serpent et pousse un cri de douleur et de frayeur. Les naïades semblent envoûtées par la musique d'Orphée et sont indifférentes à l'intimité que le couple pourrait vouloir peu de temps après leur mariage. Elles n'entendent pas Eurydice crier et n'ont pas vu l'action car elles écoutent toujours le musicien sans se préoccuper d'autre chose. Cette scène prend place au sein d'un paysage idyllique, excepté la fumée émanant du château Saint-Ange à l'arrière-plan.

Orphée ne semble pas non plus montrer d’intérêt à passer du temps avec sa femme et joue volontiers pour les nymphes et pour lui-même tandis qu'Eurydice, est à l'écart. En effet, Orphée et les nymphes semblent former un groupe séparé d'Eurydice par Hyménée qui est debout, dos tourné à Eurydice. Elle s'est éloignée pour cueillir des fleurs sauvages avec son panier et le serpent la mord. Eurydice vient tout juste de se faire mordre dans le tableau car le serpent est représenté en train de s'enfuir. Elle est alors seule dans sa douleur car personne d'autre n'a remarqué l'attaque du serpent excepté le pêcheur qui est juste derrière elle. Ce dernier s’apprête à se lever et s’approcher d'elle. Elle est ignorée car les autres personnages semblent écouter les notes du musicien avec passion à l'exception d'Hyménée qui semble indifférent. Orphée est également éloigné de son épouse par son attitude, et paraît oublier son devoir conjugal. Il ne semble pas faire attention à sa femme et à son mariage. Il y a une forte opposition entre l'expression horrifiée d'Eurydice et le visage d'Orphée qui exprime l'extase et la sérénité car plongé dans son art. Sa tête est levée vers le ciel, soit pour chercher l'inspiration, soit pour remercier les dieux ou encore les prendre à témoin de sa belle musique. Face à son attitude et à la légende, il est possible de se demander si Orphée est vraiment compatible avec le mariage et s'il ne serait pas retourné dans les Enfers de manière volontaire et inconsciente, car il aurait compris que, même s'il aime Eurydice, il ne serait pas heureux dans le couple. Dans l'histoire, il s'agit probablement de la première représentation d'Eurydice en train de se faire mordre par un serpent dans toute l'iconographie du mythe d'Orphée et Eurydice.

L'action est figée mais la suite de l'histoire dépend de l’interprétation du spectateur. En ce qui concerne le personnage d'Eurydice, elle est le personnage le plus important car elle se trouve au centre de la composition et est écrasée par l'immensité du paysage. Le spectateur assiste, impuissant, à l'agonie de l'innocence ainsi qu'à l'irruption de l'événement tragique dans un paysage idyllique. Le bonheur du mariage et de l'insouciance s'envole et le malheur et la tragédie s'installent. La lumière laisse progressivement place à l'ombre qui se rapproche de la scène principale. Le serpent est un animal récurrent dans les œuvres de Poussin car il est également présent dans Paysage avec un homme mordu par un serpent, L'hiver : Le Déluge et Moise changeant en serpent la verge d'Aaron.

Dans l’œuvre, la lumière laisse à penser que l'action se passe en fin d'après-midi. Comme souvent dans les paysages de Poussin, la lumière vient du haut à gauche, ce qui nous donne un indice sur le moment de la journée. La scène tragique est illuminée de manière théâtrale et il est possible de constater l'absence de source de lumière, même si le spectateur sait qu'elle existe. Ce dernier procédé de ne pas montrer la source de lumière laisse une grande liberté au peintre qui peut placer les zones d'ombres et de lumières selon sa volonté. La lumière est également en opposition avec le drame de l'action car elle semble sereine, presque féerique et apporte au sujet une majesté classique. La lumière éclaire de plein fouet l'événement et une zone d'ombre à gauche s'avance lentement vers le couple, symbole des ténèbres qui prennent le pas sur la nature paradisiaque et le mariage heureux.

L'organisation de la composition est aussi révélatrice de la tension de la scène. La composition est donc divisée par le fleuve, mais on peut également voir une oblique se dessiner et séparer le tableau en deux. Cette ligne est constituée de l'ombre de la végétation, ainsi que par l'organisation des nuages au ciel, qui sont comme poussés par la lumière qui, elle aussi, traverse le tableau en ce sens, éclairant et rendant sa primauté aux personnages du centre. La profondeur est due à la multiplicité des plans. Le jeu de couleur fait aussi certains parallèles. Le groupe de personnes s'égaillant autour du lac plus loin, séparé par le point d’eau est rehaussé de touches de rouge, couleur que porte Orphée, peut être pour rappeler son insouciance. Mais ici, il est possible de voir des personnages qui jouissent des plaisirs de la vie, jouant de manière insouciante de la musique et contribuant ainsi à l'harmonie du tableau. Cela montre qu'il a une vision bienveillante de la condition humaine. Inconscient des malheurs du monde, sont dans le leur, dans leur bulle. En plus le fleuve les sépare de l'incendie funeste. Il y a un contraste entre l'harmonie du premier plan et la tension qui y règne au fond. La liaison étant peut être l'accident qui arrive à Eurydice, dont le visage exprime l'inquiétude.