L'église Saint-Denis-et-Saint-Jean-Baptiste est une église catholique paroissiale située à Saintines, dans le département français de l'Oise et la région Hauts-de-France. C'est une ancienne église de pèlerinage, où les fidèles venaient de loin pour vénérer une relique de saint Jean-Baptiste, ramenée de Croisade par un seigneur local, et pour se baigner dans la fontaine saint Jean-Baptiste en espérant la guérison de leurs maux, en particulier l'épilepsie. La double nef gothique flamboyante répond aux besoins d'accueil aux temps forts du pèlerinage, soit les huit jours à partir de la veille de la fête de la Saint-Jean, le de chaque année. Les deux nefs sont séparées par de grandes arcades ouvertes dans le mur nord de l'ancienne nef romane, dédiée à saint Denis. De la période romane, et plus précisément des années 1120, date aussi le clocher trapu. Sa base est en même temps la première travée du chœur Saint-Denis, et possède l'une des voûtes d'ogives les plus anciennes du département. Les chapiteaux romans ont malheureusement tous été mutilés à l'intérieur de l'église, mais il en restent à côté des baies du clocher. Le chœur roman a été remplacé par un petit chœur gothique au chevet plat pendant la seconde moitié du , et a bientôt été suivie par la chapelle Saint-Jean-Baptiste, destinée à accueillir la relique du précurseur. Avec la construction de la seconde nef après 1508, c'est devenu un second chœur. Globalement l'architecture de l'église comporte peu d'éléments remarquables, mais sa riche histoire rend l'édifice intéressant, et il conserve un abondant mobilier qui témoigne des splendeurs du passé. En effet, l'église de Saintines n'est aujourd'hui qu'une parmi plusieurs petites églises d'une grande paroisse, et n'accueille des messes que très occasionnellement. Inscrite monument historique par arrêté du ., elle a été restaurée et est toujours très bien entretenue. Elle est affiliée à la paroisse Saint-Pierre de la vallée de l'Automne.
Localisation
L'église Saint-Denis-et-Saint-Jean-Baptiste se situe en France, en région Hauts-de-France et dans le département de l'Oise, dans la vallée de l'Automne, sur la commune de Saintines, rue Jean-Jaurès (RD 123). L'église est alignée sur la principale rue du village avec son élévation méridionale, mais située un peu en contrebas. Une voie nommée place de l'Église se débranche de la rue Jean-Jaurès à l'est du chevet de l'église, puis contourne l'église par le nord et continue vers la rue du Château, où se trouve la mairie. Un parvis existe devant la façade occidentale. Au nord de l'église, de l'autre côté de la ruelle, l'on trouve la fontaine Saint-Jean-Baptiste, habituellement fermée au public.
Histoire Le Moyen Âge thumb|upright|left|Le clocher roman seul subsiste encore des origines de l'église, y compris sa base.
Sous tout l'Ancien Régime, Saintines dépend du diocèse de Senlis. Avec Néry, c'est ici l'extrémité nord-ouest du diocèse, les localités voisines telles que Verberie, Saint-Vaast-de-Longmont, Saint-Sauveur et Béthisy-Saint-Pierre étant déjà situées dans le diocèse de Soissons. La paroisse de Saintines semble moins ancienne que la plupart des autres paroisses des environs. Les fondations d'une abside romane voûtée en cul-de-four ont été trouvées sous le chœur de l'église actuelle. Il s'agit vraisemblablement de la première église du lieu, et elle n'est apparemment pas beaucoup antérieure au second quart du . Les seuls éléments qui subsistent en élévation sont le clocher, dont la base est voûtée d'ogives dès le départ et peut être datée des années 1125/1130 et une partie des murs de la nef. Un peu avant le milieu du , l'abbaye de Chaalis fait bâtir une grange cistercienne sur le plateau, connue comme la grange du Faÿ. Elle est le centre d'un vaste domaine agricole autour de Saintines, que l'on évalue à environ ..
La première mention écrite de l'église figure dans une bulle du pape Luce III de juillet 1182, qui confirme au chapitre de la cathédrale Notre-Dame de Senlis les revenus d'un certain nombre d'églises, dont Saintines. En 1251, Renaud de Nanteuil, doyen du chapitre de la cathédrale de Beauvais, donne les terres de Saintines héritées de son père Philippe qui en fut seigneur au diocèse de Beauvais. En 1267, Renaud de Nanteuil est nommé évêque de Beauvais. C'est peut-être grâce à sa générosité que le chœur de l'église peut être reconstruit dans le style gothique, et qu'une chapelle peut être ajoutée au nord (devenant par la suite un second chœur). Au mort de l'évêque, il laisse ses biens au chapitre de Beauvais. Celui-ci rachète d'autres terres à Saintines au début du et devient ainsi le principal seigneur de Saintines, pourtant situé dans un autre diocèse. Cette situation ne dure pas longtemps, car en 1311 Guillaume de Cugnières, qui est originaire des environs de Clermont, propose au chapitre un échange avec ses terres de Lieuvillers et devient ainsi seigneur de Saintines. Les revenus de la paroisse reviennent toujours entièrement au chapitre de Senlis.
Pierre de Cugnières, frère de Guillaume, lui succède en tant que seigneur en 1319. Il est grand chancelier de quatre rois successifs, et considéré comme l'un des personnages les plus marquants du . C'est lui qui donne une impulsion au pèlerinage de saint Jean-Baptiste à Saintines, et qui obtient du pape Clément VI des indulgences pour la confrérie de saint Jean-Baptiste à Saintines, en 1340. Pierre de Cugnières meurt à Saintines en 1355 ou 1356 et est enterré dans la partie nord de l'église, mais son monument funéraire n'existe plus. Déjà au milieu du , l'abbé Carlier en a cherché en vain les restes, et n'est pas parvenu à identifier son emplacement. Le caveau devait se trouver près de la chapelle Saint-Jean-Baptiste, dont l'on sait qu'elle est presque détruite par les Anglais sous la guerre de Cent Ans. Elle est reconstruite avant 1471 par Louis I de Vaux, seigneur de Saintines...
L'époque moderne jusqu'à la Révolution thumb|upright|Blason des Vieux-Pont, provenant de leur caveau familial.
Jean de Vaux, fils de Louis I, fait quant à lui reconstruire le portail occidental de la nef méridionale, sans doute avant la fin du . Puis après 1508, son fils Louis II relève le tombeau de Pierre de Cugnières et fait surtout rebâtir la nef septentrionale, dont l'on suppose qu'elle se substitue à l'ancien bas-côté de la nef romane du , et réparer la nef méridionale. Toutes ses fenêtres sont refaites, et le voûtement d'ogives est apparemment envisagé, mais finalement non effectué. Une tourelle d'escalier est édifié au sud du clocher. Le pèlerinage, qui avait cessé sous la guerre de Cent ans, est rétabli par une bulle du pape Clément VII de 1531. En 1562, la seigneurie passe à Jean de Vieux-Pont par alliance avec Françoise de Vaux, fille de Hugues, cinquième et dernier seigneur issu de la famille de Vaux. Jean de Vieux-Pont fait édifier un caveau sous la première travée du chœur Saint-Jean-Baptiste en 1570. La plupart des membres de cette famille venue de Normandie sont inhumés dans ce caveau jusqu'en 1728. Pour Jean II de Vieux-Pont, mort en 1599, un tombeau à priants est érigé. Il est enlevé à la Révolution française et déposé dans le parc du château, où les priants sont encore visibles en 1874. Aujourd'hui, ne reste qu'un vestige peu évocateur de l'un d'eux, dans un jardin de Saintines. Dans l'église, seul un écusson aux armes des Vieux-Pont rappelle encore le caveau...
Ce n'est qu'à partir du que certains éléments de la vie de la paroisse sont connus. Le , le cardinal de La Rochefoucauld, évêque de Senlis, visite l'église de Saintines. Son successeur, Nicolas Sanguin, préside la fête de la Saint-Jean-Baptiste le . Les naissances hors mariage sont fréquentes à l'époque. Contrairement à l'usage, le curé de Saintines consigne parfois le nom du père, même s'il s'agit d'un membre connu de la noblesse, en employant le terme d'acte criminel. Le pèlerinage de Saint-Jean-Baptiste donne souvent lieu à des débordements. D'après Louis Graves, les gens se baignaient nu, sans distinction d'âge ni de sexe. Quand Nicolas Sanguin vient de nouveau à Saintines le , il ordonne de ne plus ouvrir l'église avant deux heures du matin, et il interdit les bains (vraisemblablement dans le bassin de la fontaine au nord de l'église). Les marguilliers de Saintines n'acceptent pas et font appel au Parlement de Paris, qui émet toutefois un arrêt en faveur de l'évêque en 1650, et déboute définitivement les marguilliers en 1652 et les condamne à une amende de douze livres tournois...
Entre 1657 et 1675, l'abbé Charles André Rançon, aumônier du Roi, est curé de Saintines. Il fait entreprendre beaucoup d'aménagements autour de l'église et au presbytère, mais intente aussi des procès à l'abbaye de Chaalis, pour un différend sur la dîme ; aux paroissiens qui ne paient pas les sommes dues ; mais aussi à de Vieux-Pont, qui avait mal pris que le curé n'attendait pas son arrivée pour commencer la messe. L'abbé Rançon écrit qu'il agit pour épargner des ennuis à ses successeurs. Le sort de ses paroissiens est loin de le laisser indifférent. Quand la nouvelle du traité des Pyrénées parvient à Saintines le , il note dans son journal : — En 1696, les arcades séparant les deux nefs sont refaites. En 1739, Jean-Anne Aubery de Vatan, marquis de Vatan, seigneur de Saintines en tant qu'héritier du dernier des Vieux-Pont, est le dernier seigneur enterré dans le caveau de l'église. L'année 1757 voit le remplacement de la voûte de la nef Saint-Denis par un lambris...
Le pèlerinage de saint Jean-Baptiste thumb|upright|Fontaine Saint-Jean-Baptiste, vue vers le sud, état avant 1977 ; niche avec statue du saint à gauche de la fontaine. thumb|upright|Fontaine Saint-Jean-Baptiste, état depuis la restauration ; pas seulement la statue mais aussi la niche ont été supprimées. La statue est à présent dans l'église.
Le pèlerinage de saint Jean-Baptiste a déjà été évoqué. Il est moins ancien que l'église, car celle-ci est dédiée uniquement à saint Denis de Paris avant l'adjonction de la chapelle Saint-Jean-Baptiste au nord du clocher. La première mention indirecte figure dans la bulle de Clément VI de 1340, qui reconnaît la confrérie Saint-Jean-Baptiste. Celle-ci regroupe une grande partie des anciens pèlerins et recueille de l'argent, qui selon l'évêque de Senlis doit être employé uniquement pour dire des messes pour les confrères vivants et défunts, et pour entretenir la chapelle. Si l'on se base sur l'hypothèse communément admise que la relique de saint Jean-Baptiste fut rapporté d'un seigneur de Saintines lors des Croisades, le pèlerinage devrait remonter au moins à la seconde moitié du , et le style architectural de la chapelle parle dans le même sens. Peu de renseignements précis existent sur le pèlerinage avant le . D'autant plus précieux est le récit de l'abbé Carlier, contenu dans son Histoire du duché de Valois jusqu'en 1703. Sachant que l'abbé Carlier était de la ville voisine de Verberie, il a connu lui-même le pèlerinage à son apogée, et il n'est donc pas certain s'il se réfère au plutôt qu'au milieu du .