Le est une tradition de chasse aux cétacés en vigueur dans les îles Féroé qui consiste à les conduire vers les berges, les hisser à l'aide de crochets () enfoncés dans l'évent avant de les tuer à l'aide de couteaux (). La traduction littérale du mot féroïen , aussi abrégé en , est « mise à mort des baleines ». Historiquement, le se pratiquait aussi à Terre-Neuve, au Groenland et dans d'autres archipels de l'Atlantique Nord comme les Orcades ou les Shetland mais, de nos jours, seules les Îles Féroé continuent à pratiquer cette forme de chasse..
Chaque année, certains habitants tuent par centaines des globicéphales noirs, principale cible de la chasse, mais également des dauphins à flancs blanc et des grands dauphins qui s'aventurent dans les fjords de l'archipel.. Cette chasse est régulée par les autorités féroïennes.. Elle est controversée en Europe, principalement quant à son éthique, mais aussi car la viande de globicéphale et d'autres cétacés, prédateurs qui ont au cours de leur vie bioaccumulé de nombreux polluants marins (HAP, PCB et métaux lourds dont mercure en particulier) est toxique et impropre à la consommation.
Histoire, origines thumb|Chasse traditionnelle aux globicéphales en juin 1854 - .
Cette chasse est relatée pour la première fois en 1632 Gaffin, D. 1996 . , . avec une première donnée quantitative concernant les prises faites en 1587, rapportée par l'ecclésiastique norvégien Peder Claussøn Friis selon qui , l'auteur ajoutant :, indiquant que ce type de pêche n'était pas toute récenteSanderson Kate (1992). Grindadráp: a textual history of whaling traditions in the Faroes to 1900 (Doctoral dissertation, University of Sydney), voir notamment p 52. On ignore quand elle est apparue, mais elle existe depuis avant 1584, peut-être depuis les premières colonies scandinaves, permettant de plus facilement nourrir la population de cet archipel relativement isolée (et au contexte pédologique rendant difficile l'élevage et l'agriculture)Joensen J.P (1976) Pilot Whaling in the Faroe Islands. Ethnologia Scandinavica 6:1–42.. Il est probable qu'à la préhistoire et/ou dans l'antiquité les humains aient d'abord profité des échouages de cadavres de baleines et d'autres cétacés morts ou agonisants échoués. Puis on a localement appris à provoquer l'échouage d'individus puis de groupes de ces animaux pour les tuer plus facilement sur le rivage : Le Seyðabrævið (document dont le titre peut être traduit « Lettre du mouton », écrit en 1298) évoque pour la première fois par écrit une méthode permettant de (le mot baleine est au singulier dans l'original) comparé aux autres méthodes consistant à trouver et exploiter une baleine morte en mer ou à la trouver déjà échouée sur la côte. Le Seyðabrævið apporte une première preuve écrite de chasse active à la baleine des Îles Féroé à la fin du , mais qui ne ressemble pas encore au grindadráp qui lui consiste à conduire à l'échouage d'une dizaine à une centaine de cétacés.
Le globicéphale et d'autres mammifères marins ont ainsi été durant plusieurs siècles une source de nourriture et de matériaux et matières ( huile d'éclairage) très appréciée des féroïens. Les cuirs servaient à fabriquer des lignes et des cordes de pêche, les estomacs étaient utilisés comme flotteurs de pêche et d'autres parties des animaux servaient à fabriquer des chaussures, des outils..
La cuisine féroïenne a longtemps été presque exclusivement issue de produits d'origine marine et animale, car seuls 2 % environ des de terres y conviennent aux cultures arables.. En hiver, les insulaires mangent traditionnellement beaucoup d'aliments salés et/ou séchés (mouton, poisson, oiseaux marins et de la viande et de la graisse de mammifères marins).. En 1928, le Département de médecine et de santé publique des Îles Féroé considèrait que la consommation de viande de cétacés était presque la seule source de protéine animale des Îles Féroé.
Des éléments de registres de chasse à la baleine ont été retrouvés pour la période de 1584 au début du , mais incomplets et/ou incohérents. Par contre, de 1709 à nos jours, les Féroïens ont conservé des registres de chasse à la baleine précis, cohérents et ininterrompus ; notait en 1975 Mitchell pour l'UICNMitchell E (1975) Porpoise, Dolphin, and Small Whale Fisheries of the World: Status and Problems. Morges, CH: IUCN ; voir p77.
Ces données révèlent notamment qu'à la fin du , les Féroïens ont craint la fin du grindadráp car à partir de 1755 et durant deux décennies aucun globicéphale n'a pu être tué dans toutes les Îles Féroé, les baleines ne s'étant pas présentées dans ces eaux. Cette disparition provisoire des cétacés dans les Feroé a été constaté par les iliens à partir de la décennie 1730. On estime rétrospectivement, qu'elle est probablement induite par les modifications de températures, de courants et de ressources alimentaires marines liées à la survenue du petit âge glaciaire, un bref mais net refroidissement climatique surtout localisée sur l'Atlantique nord du début du à la fin du . Une reprise des chasses laisse penser que les migrations de globicéphales ont progressivement repris dans la région à partir des années 1770 pour retrouver leur niveau antérieur dans les années 1830Pouillon Fabien & Laslaz Lionel (2019) Le grindadráp aux îles Féroé: approche géographique d’une controverse environnementale. Géoconfluences, http://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-thematiques/changement-global/geographie-des-animaux/grindadrap-feroe |consulté le=2022-01-31.
Depuis l'après guerre, chaque année, près de et globicéphales sont tués (voire beaucoup plus en 2017 et 2021 par exemple). La chasse aux groupes de cétacés est ouverte toute l'année aux Îles Féroé (avec en moyenne, sept grindadráp par an et un nombre de prises très variables selon les années (moyenne à long terme est de 868 cétacés/an) ; les globicéphales sont principalement tués en été car l'archipel est alors un point d'étape le long de leurs « couloirs » de migration.
La nourriture ainsi recueillie correspond à 30 % de la consommation alimentaire sur cette île, et une des rares sources de protéine animale disponible..
En 1978, des orques furent aussi tuées lors d'un mais cela ne s'est jamais renouvelé depuis. En revanche, les aboutissent parfois à l'abattage d'espèces non autorisées comme le dauphin de Risso ( de la CITES) ou plus rares comme des baleines à bec.
Tous les dauphins sont chassés selon la même méthode que les globicéphales, sauf les marsouins qui ont progressivement été individuellement abattus au fusil dans les fjords, hors des s.
Si l'on se base sur les séries statistiques précises des registres Féroïens disponibles depuis 1709Statistiques nationales sur la chasse à la baleine, Føroya Náttúrugripasavn, le nombre moyen de baleines tuées, par le Grindadráp depuis 1709 était (calcul produit vers 2015) de 124 animaux par an (soit plus de 38 000 baleines tuées par les Féroïens entre 1709 et 2015), mais selon les décennies, les chiffres varient considérablement. La décennie entière, aucune capture n'a été enregistrée alors que la décennie 1980 a connu la plus grande capture décennale de l'histoire du grindadráp : plus de 21 000 cétacés en 10 ans. La série statistique de 300 ans semble révéler un cycle de 120 ans environ avec un pic de capture tous les 120 ans, qui pourrait être dû à l'Oscillation atlantique multidécennale, à l'Oscillation nord-atlantique liée au système climatique du nord de l'océan Atlantique et corrélée à l’oscillation arctique (hypothèse et lien de cause à effet encore à confirmer)Culik, B. 2004 Review of Small Cetaceans: Distribution, Behaviour, Migration and Threats | Bonn: UNEP |URL=http://www.vliz.be/imisdocs/publications/119472.pdf.
Chasse thumb|Des habitants rassemblent les globicéphales noirs sur le bord de mer pour les tuer puis les dépecer (ici à Vágur au Suðuroy, le 28 juin 2004). thumb|La mer rougie par le sang des globicéphales noirs.
Traditionnellement, la chasse se déroule normalement en cinq étapes principales : le repérage (), la chasse (), l'abattage (), la danse () qui se déroule rarement à notre époque puisque tout le monde repart dès la fin du dépeçage et de la distribution ()..
Les chasses étaient initialement non commerciales et organisées de façon communautaire. De nos jours, toute la viande n'est plus consommée mais celle qui l'est est partagée au sein de la communauté en fin de chasse. , et, selon le site internet du Gouvernement consulté début 2022 : .
Repérage Traditionnellement et historiquement, le repérage des cétacés nécessitait d'allumer des feux pour indiquer qu'un groupe de globicéphales était en vue.. La transmission du message pouvait également passer par des coureurs à pied, des rameurs, ou par le cri.. Ce n'est plus le cas de nos jours : le repérage des groupes de globicéphales et de dauphins est effectué par les pêcheurs ou les ferrys qui assurent la liaison entre les îles de l'archipel. Les méthodes traditionnelles ont été supplantées par des technologies modernes qui facilitent largement la localisation des cétacés. Ainsi, l'usage du téléphone mobile, des sonars et de la VHF. sont devenus incontournables.
Conduite des cétacés jusqu'aux plages d'abattage thumb|Chasse aux globicéphales à Vágur, Suðuroy en août 2012.
Une fois le groupe de cétacés repéré, les chasseurs entourent les animaux avec un large demi-cercle de bateaux. Ceux-ci rabattent alors lentement les cétacés dans une baie ou au fond d'un fjord pour les amener au bord d'une plage autorisée pour l'abattage. Le guidage des animaux est largement facilité par l'habitude qu'ont les globicéphales de suivre les embarcations en nageant à leur proue, d'où leur nom de baleines pilotes.
Les lieux d'échouage sont réglementés, et il est interdit par la loi féroïenne d'échouer les cétacés dans des lieux où les conditions ne sont pas appropriées. Il existe légaux répondant aux critères fixés pour pouvoir tuer les globicéphales et les dauphins (pente douce, absence d'eaux profondes) : Bøur, Fámjin, Fuglafjørður, Húsavík, Hvalba (et Nes-Hvalba), Hvalvík, Hvannasund, Klaksvík, , Miðvágur, Norðragøta, , Sandur, Syðrugøta, Tjørnuvík, Tórshavn, Tvøroyri, Vágur, Vestmanna, Viðvík et Øravík..
Abattage thumb|.
Une fois le groupe de cétacés piégé dans une baie, les individus sont hissés sur la berge à l'aide de crochets () insérés dans l'évent de l'animal puis abattus à l'aide de couteaux traditionnels (). Tous les individus du groupe capturé sont alors tués sans exception (y compris les jeunes et les femelles gestantes). L'abattage se veut rapide et « sans douleur » mais dans les faits, il faut parfois plusieurs minutes pour parvenir à sectionner la colonne vertébrale du cétacé surtout à la fin de , qui dure quelquefois plusieurs heures. Des observateurs de l'autorité de protection de l'environnement de Londres ont notamment rapporté une agonie d'un quart d'heure entre le premier coup de gaffe et la mort de l'animal qui est parfois achevé par un vétérinaire. Ils rapportent également les cris lancés par les dauphins lors de l'abattage..
Réglementation thumb|Dépeçage des globicéphales noirs à la fin du , à Klaksvik, en juillet 2010.