380px|vignette|Carte diachronique de l'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre mondiale.
Le , lAutriche-Hongrie entre en guerre, déclarant officiellement la guerre au royaume de Serbie, ce qui, par le jeu des alliances, plonge toute l'Europe dans le Selon le mot de Theobald von Bethmann-Hollweg, rapporté par Fritz Fischer.. Pendant plus de quatre années, la double monarchie est un acteur essentiel du conflit, dans un premier temps consentant, puis de plus en plus contraint de la guerre qui se déroule en Europe. Pensant soumettre rapidement la Serbie, les responsables austro-hongrois conduisent l'empire des Habsbourg dans un spirale aboutissant à sa dislocation à l'automne 1918, alors que les populations souffrent de la faim et que l'État se disloque. Soutenue par le allemand, l'Autriche-Hongrie se trouve rapidement sous une tutelle allemande de plus en plus affirmée au fil de la guerre, privant la double monarchie de toute possibilité de sortie du conflit sans l'aval allemand. À l'automne 1918, alors que la situation intérieure rend de plus en plus ardue le maintien de la monarchie et de l'intégrité territoriale de l'État, deux défaites militaires, à Doiran en Macédoine, en septembre, et sur le Piave sur le front italien, en octobre, sonnent le glas de l'Autriche-Hongrie et marquent la fin du règne des Habsbourg qui dominaient l'Europe centrale depuis plus de quatre siècles.
La double monarchie et la guerre La question des minorités du sud et du sud-est Du point de vue austro-hongrois
Laissés de côté par le compromis austro-hongrois de 1867, qui ne reconnaît que deux États , et déçus par l'échec de l'austroslavisme et du trialisme, les Slaves et les Roumains de l'empire des Habsbourg tournent désormais leurs sympathies vers la Russie, la Roumanie ou la Serbie. La première est la plus puissante des trois, mais c'est la Serbie, État slave méridional des Balkans, qui constitue, aux yeux des responsables austro-hongrois, le principal danger, à la fois pour la stabilité interne de l'Empire et comme obstacle à sa politique d'expansion balkanique. La Serbie et l'ancien royaume roumain constituent des pôles d'irrédentisme pour les Slaves du Sud et les Roumains d'Autriche-Hongrie. Des allégories respectivement de la nation serbe et de la nation roumaine s'étalent dans un salon de réception du ministère de la Guerre de Belgrade et dans l'Athénée roumain de Bucarest. Ces fresques dressent l'inventaire des pays à population serbe devant s'unir à l'État serbe et des pays à population roumaine devant s'unir à l'État roumain
Du point de vue serbe et roumain Dès la création du royaume, certains hommes politiques serbes et roumains, appuyés par de larges parties de la population de leurs royaumes, se donnent pour objectif de réunifier respectivement chacun de ces deux peuples en un État-nation élargi aux territoires austro-hongrois également peuplés de Serbes ou de Roumains. En dépit de cette situation, la Roumanie fait partie de la Triplice depuis le et un traité d'assistance est signé entre la Serbie et la double monarchie, mettant en place une alliance remise en cause à partir de 1903. Mais à partir de 1905-1906, les royaumes de Serbie et de Roumanie, appuyés par la France qui fournit les capitaux, s'émancipent progressivement de la tutelle autrichienne.
Au sein des populations slaves du Sud et roumaines de la double monarchie, un fort courant de sympathie envers les royaumes de Belgrade et de Bucarest apparaît, puis connaît un développement important ; le trialisme constitue un moyen de conserver ces populations à la double monarchie, mais les tenants de cette ligne politique se heurtent à l'opposition inflexible de la noblesse hongroise et sont rapidement débordés par les partisans d'un État yougoslave et d'un État roumain détachés de la tutelle des Habsbourg. Ainsi, le courant « yougoslaviste » progresse même parmi les Croates et les Slovènes.
Les buts de guerre de la double monarchie et dans la double monarchie thumb|alt=carte postale de propagande|Carte postale de propagande : l'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre mondiale (à droite, représentée par le drapeau impérial communImperial Standard - Infantry pattern mix early 19th century.svg?uselang=fr) ; l'Empire ottoman est à gauche, l'Empire allemand au milieu. La double monarchie, fidèle second du depuis l'alliance de 1879, joue, dans le conflit, le rôle d'un État en sursis car chez ses populations de langues et de cultures différentes, le respect pour l'Empire, dont l'unité n'est que dynastique, s'effritant au fil du conflit. Certains territoires de la monarchie sont convoités par ses adversaires, d'autres par ses alliés. De son côté, comme tous les pays engagés dans le conflit, la double monarchie souhaite renforcer sa cohésion et obtenir des avantages économiques en cas de paix victorieuse.
Buts de guerre austro-hongrois
L'Autriche-Hongrie entre dans la guerre pour protéger ses intérêts dans la péninsule des Balkans, ainsi que son existence, qu'elle voit menacée par la Russie, qui soutient les revendications serbes au nom du panslavisme. Les autorités et l'opinion publique austro-hongroises soupçonnent que les activités de l'organisation, « patriotique » ou « terroriste » selon les points de vue, de la « Main noire » ont le soutien secret du gouvernement serbe. En effet, pendant les années précédant la Grande guerre et surtout pendant les guerres balkaniques, la Main Noire infiltre les milieux militaires serbes sans que le gouvernement civil de Nikola Pašić n'ait les moyens de s'y opposer.
L'ultimatum remis aux autorités serbes le permet de connaître les buts de guerre immédiats de la double monarchie durant les premières semaines du conflit : les responsables de la monarchie danubienne souhaitent placer le royaume de Serbie sous tutelle austro-hongroise dans le but de supprimer le danger à l'intégrité territoriale de la monarchie austro-hongroise, danger émanant des aspirations et des menées serbes.
À l'automne 1916, les différents alliés du formulent leurs buts de guerre, et la double monarchie ne fait pas exception à cette démarche. Les victoires austro-allemandes de 1915, dans les Balkans et en Pologne, placent sous le contrôle du et de ses alliés de vastes territoires, l'Albanie, la Serbie et la Pologne. Stephan Burián von Rajecz, ministre commun des affaires étrangères de la double monarchie, se fixe ainsi comme objectif d'assurer un à son pays.
Dans ce contexte, quelques mois plus tôt, le parlement de Budapest connaît une crise importante autour de la formulation des buts de guerre de la double monarchie : Mihály Károlyi, principal dirigeant du parti de l'indépendance, demande la tenue d'un large débat sur les buts de guerre poursuivis par la double monarchie dans le conflit ; opposé à l'alliance avec le , il se heurte à la majorité des membres de son parti, emmenés par Albert Apponyi et ne parvient qu'à s'adjoindre qu'une vingtaine de députés. Ce groupe se trouve rapidement cantonné au rôle de contestation de la politique d'alliance avec le et de partisan d'une paix de compromis.
Cependant, dès la fin de l'année 1915, sous la pression des dirigeants hongrois, les responsables de la double monarchie annoncent le souhait de ne pas annexer de vastes territoires, mais plutôt de placer les territoires convoités sous un strict contrôle politique et économique, notamment en installant et en soutenant des dirigeants nationaux favorables à l'influence austro-hongroise dans leur pays respectifs. En Serbie et au Monténégro, le ministre des affaires étrangères de la double monarchie, Stephan Burián von Rajecz, fixe comme objectif politique le remplacement de la dynastie des Karageorgévitch et propose un programme d'annexion très limité (quelques têtes de pont sur le Danube, une continuité territoriale avec l'Albanie, quelques positions menaçant la plaine littorale dalmate de la région de Cattaro, port de guerre austro-hongrois), mais insiste sur la stricte tutelle autrichienne sur les deux royaumes et sur le contrôle réel de l'Albanie, partagée avec la Grèce en échange de sa neutralité. De plus, la défaite roumaine aiguise les appétits austro-hongrois, mélange de concessions économiques et d'annexions limitées de sites stratégiques à la frontière austro-roumaine, mais le ministre des affaires étrangères semble ignorer les objectifs allemands sur , selon son propre mot, ces objet des convoitises concurrentes du , comme les responsables austro-hongrois semblent ne pas prendre en considération les ambitions allemandes sur Valona.
De plus, au fil des mois qui suivent, les appétits austro-hongrois sur la Pologne, aiguisés de longue date, deviennent de plus en plus affirmés. Mais la réalité du contrôle de la double monarchie sur le pays échappe à cette dernière, en dépit de la dévolution de la couronne du royaume ressuscité à l’archiduc Charles-Étienne. En effet, le gouvernement du met en place une politique de contrôle strict de ce nouvel État. Ainsi, les conditions proposées par le en vue de l'octroi de la couronne polonaise à un prince des Habsbourg ne laissent aux diplomates austro-hongrois aucune illusion sur la nature du contrôle austro-hongrois des territoires polonais : Burian, ministre commun des affaires étrangères, n'est pas dupe, en affirmant que la Pologne étroitement contrôlée par le serait annexée de fait, puis de droit par la Prusse.
Au cours de l'année 1917, les responsables austro-hongrois délaissent officiellement la Pologne, agrandie de la Galicie, au profit du , à la condition que la Roumanie soit placée dans la sphère d'influence autrichienne. Lors de ces négociations, les responsables de la double monarchie se déclarent ainsi prêts à céder Trente à l'Italie en échange d'un accroissement territorial en Roumanie, ce que les Allemands refusent en raison de leur politique de mise sous tutelle économique de la Roumanie.
Buts de guerre allemands en Autriche-Hongrie et leur réalisation
Par ailleurs, la position de la double monarchie rend indispensable aux yeux des classes dirigeantes du sa mise sous tutelle au profit de ce dernier. Ce dernier aspire à la réalisation d'un vaste ensemble continental apte à rivaliser avec les puissances mondiales, la , qui doit prendre d'abord la forme d'un ensemble douanier, que ce soit une union ou une fédération douanière, puis d'une union politique, à long terme.
Ainsi, désireux de mettre en place ce bloc douanier continental destiné à donner au les moyens de mener une politique mondiale de grande ampleur, les responsables politiques du souhaitent la mise en place d'un lien organique permanent entre le et la double monarchie. Ce lien doit se matérialiser par des accords, politiques, économiques et militaires.
Ainsi, en , les responsables allemands proposent l'ouverture de négociations sur une union économique avec l'empire des Habsbourg, union calquée sur le modèle du . Cependant, les modalités pratiques de la mise en place de cette union économique divise les milieux gouvernementaux allemands : certains, notamment le chancelier Bethmann-Hollweg, se montrent favorables à une union douanière intégrale, étendue à l'ensemble des États de la , d'autres défendent la mise en place d'une fédération douanière, d'autres enfin, surtout représentés parmi les responsables prussiens, défendent la mise en place d'accords commerciaux bilatéraux entre le et l'ensemble des États de la , dont l'Autriche-Hongrie. Lors de ces négociations, doivent être abordés les problèmes posés par les voies de communication, notamment le raccordement des réseaux de voies ferrées et de voies fluviales. Un an plus tard, ces pourparlers n'ont pas débouché sur un accord tangible.