est une entreprise britannique, au départ un simple drapier-tailleur devenu une maison de couture renommée, qui trouve ses origines au milieu du à Cowes sur l'Île de Wight. Celle-ci est fondée par John Redfern à Cowes, puis développée en France par Charles Poynter vers les années 1870, pour rapidement s'étendre dans le monde par l'ouverture de plusieurs succursales à Londres, Paris, ou New York dans les décennies suivantes. Il est attribué à la maison l'invention de l'ensemble costume-tailleur à la date symbolique de 1885, ce pour quoi le nom de Redfern est régulièrement cité. Mais la maison confectionne l'ensemble du vestiaire féminin et devient en France membre de la Chambre syndicale de la couture parisienne durant le . C'est, autour des années 1900, une prolifique et prestigieuse maison en France, en Angleterre et aux États-Unis, signature incontournable de la mode de l'époque. La succursale parisienne, principal lieu du succès de l'entreprise, ferme en 1929.
Historique
thumb|right|200px|Costume tailleur de Redfern, illustration par George Barbier dans la Gazette du Bon Ton, avril 1914.
John Redfern (1820-1895) commence son activité comme « marchand-drapier » à Cowes, vers 1847. Il vend, coupe puis façonne les tissus, principalement des draps de laine à une clientèle masculine passant d'un magasin de tissu à une maison de couture. Les tenues d'amazones pour la chasse ou l'équitation sont l'exception permettant aux tailleurs d'avoir des clientes. John Redfern va inventer le nouveau métier de , aidé de deux de ses fils, John et Stanley.
Vers la fin des années 1860, les activités de plein air ou sportives telles que l'équitation, le canotage, le croquet, le golf, le tennis, le yachting, le tir à l'arc, ou la montagne se développent, et les femmes doivent trouver des vêtements adaptés à la pratique de celles-ci, leur laissant une liberté de mouvement. Cowes devient un haut lieu du nautisme et de la plaisance dans les années 1870 et Redfern va adapter ses réalisations à cette tendance.
Durant cette décennie, la maison est connue pour ses vêtements destinés à la pratique du sport jusqu'à en faire une spécialité : la maison développe les ensembles veste et jupe assortie, le « costume tailleur » directement tirés du vestiaire masculin Pour un article de l'époque concernant l'usage de ces tissus appelés alors « Nouvelles matières » par les couturiers dont Redfern, lire l'article du 20 septembre 1909 publié le 3 octobre dans la section Mode du New York Times intitulé , parfois appelé « costume-trotteur ». Mais vers la même époque, Redfern diversifie son activité de tailleur pour inclure la création de robes, la plupart à corsage boutonné inspirées du gilet d'hommeAron Jean-Paul. La tragédie de l'apparence à l'époque contemporaine. In: Communications, 46, 1987. Parure pudeur étiquette. pp. 305-314. , dont la robe de mariée et les habits des demoiselles d'honneur du chirurgien de la reine Victoria.
La maison conçoit en 1879 une tenue en jersey de laine portée par Lillie Langtry, alors maitresse du Prince de Galles. L'apparition de l'actrice dans cette tenue lors d'une régate à Cowes assure définitivement la renommée de la maison en Angleterre. Par la suite, la Princesse de Galles commande des « vêtements de voyage » à l'entreprise, rendant ainsi connue le nom de Redfern jusqu'en France ; elle porte alors le costume tailleur de la maison, , en journée, popularisant ainsi celui-ci pour un autre usage : bien que créés pour le sport, ces vêtements sont au cours des années adoptés dans la vie de tous les jours .
Paris
John Redfern ouvre une succursale à Londres en 1878 dirigée par Frederick Mims, vendant vêtements de sport et sur mesure, puis à Paris en 1881au 242, rue de Rivoli. À l'époque, il est L'entreprise porte alors le nom de « Redfern & Sons ».
Charles Pennington Poynter, qui est également le styliste de l'entreprise, s'occupe de la succursale de Paris et va bientôt ouvrir d'autres succursales en France, comme à Deauville, Cannes, Nice ou Monte-Carlo ; celui-ci fait ajouter « Redfern » à son nom afin de . En France, la maison Redfern, qui insiste sur son origine anglaise, devient incontournable, même si elle n’atteint pas la renommée du tout puissant Charles Frederick Worth, autre anglais installé à Paris ; la maison, un tailleur, est complémentaire du couturier dans la drastique hiérarchie des tenues qui existe à l'époque pour les élégantes en fonction de l'usage et du moment de la journée : . Redfern trouve alors vers cette époque l'équilibre entre le chic parisien et la sobre distinction anglaise.
Les ouvertures européennes sont suivies de boutiques à New York au 210 de la Cinquième avenue en 1884, ainsi que Newport, Rhode Island, Saratoga Springs par la suite, toutes sous la responsabilité d'Ernest Redfern, fils du fondateur. Aux États-Unis l'entreprise est baptisée Redfern & Co.
La maison utilise largement la publicité et l'illustration durant plusieurs décennies pour promouvoir son succès ; en 1885 sont publiées des publicités importantes dans Le Temps ou Le Figaro. L'Histoire retiendra symboliquement cette date comme celle de l'invention du costume-tailleur moderne par Redfern. Par la suite, Redfern diffuse une pièce inspirée du vestiaire masculin, le « manteau-tailleur » à la coupe stricte ainsi que l'imperméable .
Redfern devient en 1888 « » de la reine Victoria et la princesse de Galles. La maison habille depuis 1870 ces deux personnalités, qui apparaissent notamment dans le magazine The Queen, et utilise leurs noms sur ses publicités ou étiquettes. Redfern à comme clientèle nombre d'autres personnes de la cour d'Angleterre mais également l'impératrice de RussieArticle à propos de l'anniversaire de la revue, qui retrace 75 ans d'histoire de la publication par l’intermédiaire d'anecdotes, in : .
Redfern Ltd thumb|right|200px|Robe de Garden-party de Redfern, illustration par Xavier Gosé dans la Gazette du Bon Ton, avril 1913.
À partir de 1892, l'entreprise, qui connait déjà un succès international, est rebaptisée Redfern Limited. La maison, dominant la mode des vêtements de sport, de voyages , étend ses collections en proposant, dans sa succursale de Paris principal lieu de son succès, des vêtements du soir, s'éloignant ainsi de son métier de tailleur pour se rapprocher plus encore du métier de couturierPour les différences et nuances entre un tailleur pour dames et un couturier, ainsi que le mélange effectué par Redfern entre le style français et anglais, lire l'article daté de 1893 in : . La maison est reconnue également comme fourreur, ainsi que pour ses manteaux : . John Redfern le fondateur meurt en à Cowes.
En 1900, la maison Redfern, qui compte plusieurs centaines d'employés, participe, avec de nombreux autres grands couturiers, à l'Exposition universelle dans le pavillon Palais des Fils, Tissus et Vêtements ; Elle intègre la Chambre syndicale de la couture parisienneEn 1913, Redfern a la vice présidence de la Chambre syndicale, aux côtés de Paul Poiret et Jean Worth. : Redfern fait, à l'époque, jeu égal avec les plus grands couturiers . Après 1900, la maison est illustrée dans la presse essentiellement pour ses robes de jour, mais également ses tenues du soir, s'éloignant des tenues décontractées de ses origines ; la boutique historique de Cowes ferme vers cette époque. Dans les années 1910, Redfern apparait régulièrement dans la luxueuse Gazette du Bon Ton au milieu des nombreux couturiers parisiens ; la maison fait partie des sept couturiers qui sont en contrat avec la publication de Lucien Vogel .
Redfern est sollicité depuis longtempsEn 1887 déjà, Redfern est cité dans la revue L'Art et la Mode pour son rôle auprès des artistes de théâtre, in : par les comédiennes de théâtre, telle Sarah Bernhardt, Jane Hading, ou Marie-Thérèse Piérat, qui lui commandent des robes de scène, des faisant ainsi la publicité de la maison jusqu'à obtenir plusieurs pages dans certaines publicationsPar exemple, double pleine page illustrée, puis article in : .
En 1916, Redfern créé les premiers uniformes féminins pour la Croix RougeCourte biographie aux dates contradictoires et incertaines, à partir des archives du Kyoto Costume Institute, in : ; mais la date de 1916 est confirme par au moins une autre source.. Autour des années de la Première Guerre mondiale, la maison se fait remarquer dans la presse par ses créations très colorées ; elle est également considérée comme un des maitres du style Gréco-romain de la mode depuis quelques annéesPour l'influences du style Grecque ou Romain sur Redfern, plusieurs articles de presse le relate, par exemple : . En 1918, à l'occasion d'une exposition de mode tenue à Zürich, en territoire neutre, un journaliste note que Redfern, tout comme Worth, a pour spécialité de draper la « grande mondaine imposante ». Après la Guerre, l'entreprise compte également, en plus de Londres ou Paris, des succursales à Nice et Monte-Carlo. Une publicité de l'époque indique :
Vers les années 1930 sont commercialisés les parfums Soir Hindou ou Océan d'Amour. À cette époque, la maison déménage et s'installe 8, rue Royale, mais également sous l'enseigne Redfern Sports au 32, rue du Faubourg-Saint-Honoré vendant des modèles plus abordables . À la mort de Charles Poynter en 1929, la maison ne survit pas au principal instigateur de sa renommée et son développement. S'ensuit une période chaotique faite d'ouverture et de fermeture.
De nos jours, les créations de Redfern sont visibles au Victoria & Albert Museum, au Palais Galliera, au Kyoto Costume Institute, à la National Gallery of Victoria, au Musée des arts appliqués de Belgrade, au Musée des beaux-arts de Boston, ou au Philadelphia Museum of Art. Ces musées disposent de nombreuses robes, dont plusieurs destinées à être portées le soir. Pourtant l'image de Redfern reste ancrée principalement aux vêtements de jour, dont l'iconique ensemble tailleur.
Toilettes publiées par Les Modes (1902-1922)