thumb|Heidegger en 1960. L'entrée en phénoménologie prend corps pour Martin Heidegger à partir de sa nomination comme assistant de Husserl. De 1919 à 1928, trois cours au moins, délivrés par le Privatdozent Heidegger, sont consacrés à l'« Introduction aux problèmes fondamentaux de la phénoménologie ». Il s'agit de Grundprobleme de 1919-1920, l'Einführung in die phänomenologische Forschung qui inaugure l'enseignement de Marbourg et des Grundprobleme de 1928 voir Jean Greisch la tapisserie de la Vie dans Heidegger 1919-1929 collectif De l'herméneutique de la facticité à la métaphysique du Dasein Problèmes et Controverses VRIN 1996 page 134. C'est autour de l'interprétation du phénomène de la vie que vont commencer ses premières recherches.

Alors que selon Ina Schmidt dans la lignée des Recherches logiques de Husserl et de l'enseignement de son professeur néo-kantien Heinrich Rickert, se met progressivement en place, au contact de la , .

Jean Grondin parle à ce propos d'une trinité de .

Malgré des divergences survenues rapidement Heidegger a rendu à plusieurs reprises un hommage appuyé à Husserl, sur essentiellement deux avancées puisées dans les Recherches logiques, le concept d'Intentionnalité qui est l'être des vécus, et surtout celui d' « Intuition catégoriale ». C'est de Husserl que Heidegger reçoit avec celui d' « Intentionnalité », le concept d' « Intuition catégoriale », qui en acceptant au titre de donation originaire, les rapports entre étants, telles que les formes collectives (une forêt, un défilé) et les formes disjonctives (A plus clair que B), élargit considérablement le domaine de la réalité. Avec l'« Idéation » (l'espèce et le genre), l' « Intuition catégoriale » constitue de nouvelles « objectités », sans lequel, nous dit Jean Greisch, .

Vue d'ensemble de la phénoménologie left|vignette|alt=Photographie en noir et blanc. Buste d'homme en costume. Il porte une barbe blanche fournie, des moustaches en croc et observe au-delà du spectateur.|Edmund Husserl en 1900. Le sens À noter que le concept de phénoménologie n’a cessé d’évoluer. Si Hegel utilise le terme dans son ouvrage la Phénoménologie de l'esprit dans le sens d'une méthode il finit avec Husserl à devenir la philosophie elle-même, ayant pour ambition de . écrit Etienne Pinat. Comprise jusqu'à lui comme science de l’apparence, la phénoménologie devient, chez Heidegger, la science de ce qui n’apparaît pas à première vue ou comme l'écrit Françoise Dastur citant Heidegger .

Le phénoménologue s'intéresse à la « constitution » du sens de ce qui se présente à la conscience, cela requiert une attitude qui ne se satisfait jamais de solutions définitives. Ainsi Jean-François Courtine précise que . De telles recherches exige de chacun qu'il refasse pour son compte l'expérience phénoménologique de celui qui l'a précédemment faite. La phénoménologie qui se constitue en opposition au « néokantisme »Si pour Kant, la connaissance débute avec l'expérience sensible , , résume Hans-Georg Gadamer.

Comme celle d'Husserl, la « phénoménologie » de Heidegger vise à se débarrasser de toute théorie préalable, de toute préconception et se soucie de Car comme disait Husserl -. en s'en tenant scrupuleusement à la façon dont elle se donne selon le principe « »Ce , s'oppose à toutes les constructions échafaudées dans le vide, à la reprise de concepts qui n'ont rien de bien fondé que l'apparence et l'ancienneté- Martin Heidegger Être et Temps trad François Vezin Gallimard 1990 page 54.

Néanmoins, pour Heidegger, ce que la phénoménologie doit finalement montrer ce n'est justement pas l'étant mais bien son « être » remarque Christian Dubois,.

L'objet La « phénoménologie » n'a aucun contenu doctrinal à proposer, pour François Doyon,il s'agit d'après nos deux philosophes, d'accord sur ce point, de quelque chose qui n'est même pas une méthode au sens scientifique mais uniquement d'un « », un mode d'accès à la « chose », que Heidegger va être amené à justifier dans un long paragraphe (§7) de Être et Temps en prenant appui sur le sens grec initial de ce mot, une fois celui-ci décomposé en ses deux éléments originaires, à savoir, « phénomène » et « logos » (§ 7 Être et Temps).

En reprenant le terme de « phénoménologie », Heidegger pourrait paraître d'emblée s'inscrire dans le prolongement de la pensée de son maître Husserl, sauf qu'il en élimine une partie essentielle, en rejetant tout ce qui a succédé, à ce qu'il a qualifié de « tournant non phénoménologique » de Husserl, c'est-à-dire, son penchant pour une méthodologie scientifique, qu'il discerne à partir des . Ainsi Heidegger ambitionne, à l'encontre des évolutions contestées de son prédécesseur, de ressaisir la « phénoménologie » en sa pure possibilité, d'avant ce tournant. Comme l'écrit Jean-François Courtine, Heidegger, loin de vouloir dépasser, créer une nouvelle tendance, l'ontologie phénoménologique mise en œuvre dans , .

Cependant, les deux penseurs, conviennent que le « phénomène » possède un sens phénoménologique différent de son sens dit « vulgaire », écrit Françoise Dastur.

Ce dont Heidegger prend conscience c'est que le « phénomène » a besoin pour se montrer du « Logos » (voir Logos (philosophie)), qu'il comprend moins comme un discours sur la chose, que d'un « faire voir ». Ce qui permet à Heidegger d'en déduire que l'ajointement des deux mots, phénomène et logos, dans celui de « phénoménologie » doit signifier ».

Enfin Heidegger a retenu de Husserl, que l'important dans tout questionnement, à propos d'un phénomène, ce n'est justement pas les « choses », , autrement dit l' qui nous gouverne dans notre question.

Pour résumer, l'essentiel de ce qui différencie Heidegger de son maître Husserl, note Paul Ricœur c'est que Heidegger s'intéresse non à la relation de l'homme au monde mais à la « pré-ouverture », il dira aussi la « dimension » qui rend possible la rencontre de ce qu'il appelle ; en résumé au poids ontologique du de , préoccupé.

La méthode

Si l'on suit Levinas, il n'y aurait pas de méthode proprement phénoménologique, mais seulement des gestes qui révèlent un air de famille de méthodes d'approche entre tous les phénoménologues ; c'est autour du « phénomène de la vie », que Heidegger va construire sa propre approche de la phénoménologie. Levinas recense ainsi, quelques caractéristiques de la geste phénoménologique - qui ne pouvaient que conforter l'entreprise heideggerienne de retour au fondement du vécu - : la place primordiale accordée à la sensibilité et à l'intuition, la disparition du concept, de l'objet théorique, de l'évidence, du phénomène idéalement parfait, au profit d'une attention portée à l'imperfection du vécu, de l'excédent et du surplus que le théorique laisse échapper, qui vont devenir constitutifs de la vérité du phénomène (ainsi du souvenir, toujours modifié par le présent où il revient, donc absence de souvenir absolu auquel se référer, la préférence accordée avec Kierkegaard, au dieu qui se cache, qui est le vrai dieu de la révélation). Ce qui semblait jusqu'ici un échec, une imperfection de la chose (la brumosité du souvenir), par un retournement radical du regard, devient un mode de son achèvement, sa vérité intrinsèque. la réduction phénoménologique qui autorise la suspension de l'approche naturelle et la lutte contre l'abstractionvoir pour l'approfondissement de tous ces points les pages lumineuses que Lévinas y consacre dans: Emmanuel Levinas En découvrant l'existence avec Husserl et Heidegger VRIN 1988 pages intitulée réflexions sur la « technique » phénoménologique de 111 à 123.

Dans ses Problèmes fondamentaux de la phénoménologieMartin Heidegger Les problèmes fondamentaux de la phénoménologie Nrf Gallimard 1989, Heidegger, complète cette approche en distinguant trois éléments constitutifs de la « méthode » phénoménologique : la réduction, la construction et la « destruction », ce dernier élément constituant à la fois le socle et l’apogée de sa méthode phénoménologique selon François Doyon.

La réduction phénoménologique La ou Épochè en grec (ἐποχή / epokhế) consiste pour Husserl, à suspendre radicalement l'approche naturelle du monde, posé comme objet à laquelle s'ajoute une lutte menée sans concession contre toutes les abstractions que la perception naturelle de l'objet présuppose. La découverte de la réduction phénoménologique a donc le sens d'un dépassement du cartésianisme qui se limite à combattre le doute et requiert la garantie divine note Françoise Dastur.

Mais si pour Husserl, l'« époché », , ou mise entre parenthèses du monde objectif constituait l'essentiel de la réduction phénoménologique, il n'en allait pas de même pour Heidegger pour qui le « Monde » n'ayant, par construction, aucun caractère objectif, ce type de réduction s'avérait inutile ..

De plus pour Heidegger, la phénoménologie ne vaut en tant qu'instrument que tout autant que ses propres présupposés sont pris en compte dans la description elle-même. Par rapport à son maître Husserl, on note un certain nombre d'évolutions décisives telles que la recherche du domaine dit « originaire »L'origine, si elle doit être autre chose qu'un flatus voci, doit correspondre au lieu d'émergence du matériau philosophique qu'est le concept et rendre compte de sa formation et de son déploiement concret-, sis dans l'expérience concrète de la vie, par un processus de « destruction » et d'explicitation, qui vont permettre à une herméneutique de la facticité de se développer.

Par contre, on peut considérer, selon Alexander Schnell qu'on a avec la définition heideggerienne de la phénoménologie, comme reconduction du regard de l'étant à la compréhension de son être, quelque chose qui est en soi un acte de « réduction phénoménologique ». Avec Heidegger, l' « enquête phénoménologique » ne doit pas tant porter sur les vécus de conscience, comme le croyait Husserl que sur l'être pour qui on peut parler de tels vécus, et qui est par là capable de phénoménalisation, à savoir le , c'est-à-dire, l'existant. Christoph Jamme écrit .

En fait, la « réduction phénoménologique » va jouer, dans Être et Temps, un rôle essentiel dans l’analytique du , notamment dans l'analyse de la quotidienneté et la mise à jour des structures existentiales du , en exigeant un regard résolument plus « authentique ». La réduction dans Être et Temps, conclut François Doyon, .

La construction phénoménologique C'est à l'opération d'induction de l' « être », qui n'apparaît jamais spontanément, à partir de l'étant que Heidegger a donné le nom de « construction phénoménologique », c'est une tâche, un projet, qu'il revient au de réaliser sachant Martin Heidegger Les problèmes fondamentaux de la phénoménologie trad Jean-François Courtine nrf Gallimard 1989 page 37. On peut dire avec François Doyon, c’est le Dasein lui-même qui se construit par la construction de l’ouverture à son être.

La destruction phénoménologique

La « construction réductrice de l’être », en tant qu’interprétation conceptuelle de l’être et de ses structures, implique donc nécessairement une « destruction phénoménologique », c’est-à-dire une « dé-construction » ou démontage critique préalable des concepts légués par la tradition philosophique. Sophie-Jan Arrien note que Heidegger délaisse très rapidement la réduction phénoménologique husserlienne pour lui préférer une méthodologie de la « déconstruction»