Cet article traite de l'opéra néerlandais aux Pays-Bas méridionaux et en Flandre dans la période qui s'étend de 1678, l'année où le singspiel (L'Amour triomphant), du compositeur flamand Carolus Hacquart, est représenté à La Haye, jusqu'en 1948, l'année de la création de l'opéra homonyme d'August L. Baeyens, d'après le singspiel de Hacquart.

L'histoire de l'opéra flamand L'opéra néerlandais aux Pays-Bas méridionaux avant 1800 Le siècle

vignette|Portrait présumé de Carolus Hacquart (vers 1640-vers 1701), jouant de la viole de gambe ; gravure dans . Les compositeurs flamands jouent un rôle majeur dans le développement de la musique classique européenne. Cependant, l'art lyrique dramatique flamand, c'est-à-dire l'opéra flamand sur des paroles néerlandaises, ne s'enracine que tardivement aux Pays-Bas méridionaux ou en Belgique actuellePiet Stryckers, .. Le premier singspiel (ou « ») sur un livret néerlandais que l'on ait conservé est composé par un Flamand, Carolus HacquartRudolf Rasch, ., mais cette pièce est montée en république des Provinces-Unies, à La Haye, en 1678 name="jaw238">Constantin Huygensflamand sur des paroles néerlandaises, ne s'enracine que tardivement aux Pays-Bas méridionaux ou en Belgique actuelle.. Après l'essor de la polyphonie telle que pratiquée par cinq générations de compositeurs dits franco-flamands aux et siècles, le déclin est si fort qu'à première vue les deux siècles suivants n'apportent plus grand-choseAugust L. Baeyens, ..

Le premier opéra monté aux Pays-Bas est sans doute , de Gioseffo Zamponi, mais le livret est écrit en italien. Cet opéra est représenté le au palais de Bruxelles, où réside le gouverneur Léopold ; de plus, il ne s'agit pas ici d'un opéra à part entière. La plus ancienne pièce lyrique néerlandaise entrant dans la définition d'un opéra véritable est écrit par le librettiste Govert Bidloo et le compositeur Johannes Schenck. De cet opéra sur le thème de la devise « Sans le vin et la bonne chère, l'amour dépérit » (« »), les arias sont conservées mais, produit aux Pays-Bas septentrionaux et représenté à Amsterdam, il n'entre pas dans le sujet de cet article.

Le siècle

vignette|Livret de l'opéra flamand (ou néerlandais) de Jacob Neyts (1727-1794), d'après la pièce française Le Maréchal ferrant d'Antoine-François Quétant, publié à Amsterdam chez B. Vlam, libraire, en 1769.vignette|gauche|Joannes Franciscus Cammaert (1699-1780), traducteur et adaptateur de nombreux opéras français.vignette|Portrait gravé d'Ignaz Vitzthumb (1724-1816), par Cardon l'aîné (vers 1785) (exemplaire de la Bibliothèque royale de Belgique).vignette|Portrait gravé de Pieter Verheyen (1747-1819), par Ch. Onghena d'après De Cauwer.Dans la seconde moitié du , plusieurs compagnies produisent des opéras néerlandais aux Pays-Bas autrichiensHendrik Willaert et Jan Dewilde, .. La (la Fleur de lys immaculée, aussi connue sous le nom de , ou Le Vignoble), un « » (une troupe bourgeoise) de Bruxelles, joue déjà en 1736 un opéra dont la musique est composée par Carolus Josephus van Helmont sur un livret traduit d'Apostolo Zeno par Joannes Franciscus Cammaert : . En 1763, lorsque la famille Mozart séjourne à Bruxelles, on peut assister à la représentation d'une pièce de Corneille, traduite par le même Cammaert : la comédie (Le Feint Astrologue), dont la musique est composée par le musicien bruxellois Franciscus Krafft. Une transcription pour un instrument à clavier de l'ouverture et de plusieurs arias, publiée avec les paroles françaises dans l'Écho, ou Journal de musique française et italienne (1759-1760), sont tout ce qui nous reste de cette œuvrePieter Andriessen, ..

Dans la seconde moitié du , le devant de la scène est surtout occupé par la troupe de théâtre de Vitzthumb et de son gendre Heintje Mees, qui résident à Bruxelles, et par celle de Jacob Neyts, qui est d'abord établi à Bruges, puis à Malines. Ces troupes effectuent régulièrement des tournées de concerts. Leur répertoire comprend des opéras de Grétry, de Duni, de Philidor et d'autres, chantés en néerlandais, et dont les livrets sont traduits. Dans les cercles des rhétoriciens, qui connaissent un renouveau à cette époque, la pièce chantée devient à la mode. De toute cette production nous restent des annonces ou des livrets, mais pratiquement pas de partitions et peu de noms des compositeurs des chants ou des interludes instrumentaux.

La biographie de Jacob Neyts sur Wikipédia traite plus amplement de son rôle joué dans l'histoire de l'opéra néerlandais, ou plutôt dans celle de l'opéra français en traduction néerlandaise.

Quant à Ignaz Vitzthumb, avec une troupe bourgeoise de Bruxelles, la , et accompagné d'autres musiciens encore, il se rend à la république des Provinces-Unies où, vers 1768, il monte des opéras-comiques français traduits par Cammaert, comme la pièce à succès (d'après Ninette à la cour, dont la musique est composée par Duni). À Bruxelles, cet opéra a d'ailleurs déjà été monté en français à La Monnaie en 1756 et en néerlandais par la compagnie en 1758Pieter Andriessen, ..

Après sa nomination comme chef d'orchestre de la Monnaie, Vitzthumb présente aux autorités une requête tendant à obtenir la permission de représenter, « dans n'importe quelle langue » (en d'autres termes en néerlandais), des opéras ainsi que des pièces de théâtre et des ballets, sauf les jours réservés aux représentations francophonesPieter Andriessen, .. Après avoir déjà montré sa réticence à l'égard de l'idée de monter des spectacles néerlandais à la Monnaie à une autre occasion, le Conseil privé donne une réponse négative, le , cette fois sous le prétexte que l'acceptation de la demande entraînerait des plaintes de la part du public noble, car les abonnés, occupés à redécorer leurs loges, les retrouveraient constamment endommagés par les spectateurs des représentations théâtrales flamandes et des autres divertissements plébéiens. Cependant, quatre mois plus tard, Vitzthumb dirige encore les versions néerlandaises de deux opéras-comiques, composés par Gossec : Le Tonnelier et Toinon et Toinette. Dans la même période, la compagnie se produit également à la Monnaie, jouant, entre autres, (d'après Le Tableau parlant de Grétry). Toujours en quête de revenus, Vitzthumb réussit à constituer, au sein de la Monnaie, une troupe néerlandophone susceptible d'attirer un public plus large. Tous les lundis, celle-ci joue, dans une série intitulée « Spectacles nationaux », des pièces traduites en néerlandais. Pour renforcer cet ensemble, il sélectionne les meilleures forces parmi les « » : des chanteurs et des acteurs qualifiés, comme mademoiselle Borremans. Bien que ces artistes néerlandophones se produisent aussi dans les spectacles français, Vitzthumb les soumet à un régime bien plus rigoureux que celui qu'il fait subir à leurs homologues francophones et, de surcroît, il les rémunère moins bien. Quant à Heintje Mees, un garçon de très humble origine, mais jadis considéré comme le plus bel homme de Bruxelles, celui-ci devient plus tard un chanteur vedette à Saint-Pétersbourg et le directeur de l'Opéra français de VarsoviePieter Andriessen, .. Avec sa troupe, devenue ambulante, Vitzthumb voyage à travers les Pays-Bas autrichiens, et sa compagnie se produit même en république des Provinces-Unies. Il semble qu'après 1777, la troupe d'opéra néerlandophone ne se fait plus entendrePieter Andriessen, ..

Encore vers 1790, le Gantois Pieter Verheyen, élève de Krafft et membre du chœur d'hommes de la cathédrale de Gand, compose un opéra original néerlandais intitulé (La Partie de chasse de Henri IV). Cette œuvre est perdueHerman Roelstraete, ..

Le siècle et la Belle Époque L'existence accidentelle de l'opéra néerlandais avant 1893 vignette|gauche|Portrait de Pieter Vanderghinste (1789-1861) sur une gravure ancienne.Après le déclin des chambres de rhétorique à la suite de leur suppression en 1796, donc sous le joug français, ce type de société est énergiquement encouragé au royaume des Belgiques. Sans aucun doute, on représente encore des « » à cette époque : des pièces de théâtre agrémentées de chansons et de chœurs, dont les mélodies sont généralement empruntées aux répertoire des airs autrefois familiers ; de toutes ses œuvres, il ne subsiste aucune trace musicale. Une partie importante du répertoire se compose par ailleurs de traductions de pièces françaises ou allemandes, telles que celles de Scribe ou du dramaturge particulièrement populaire Kotzebue. Une entreprise de plus grande envergure est l'opéra (Le Quartier des soldats prussiens), qui nécessite un ensemble instrumental plus important, et dont le livret, du rhétoricien Jan-Baptist Hofman, est mis en musique par Pieter Vanderghinste ; il est créé à Courtrai en 1816 ou en 1817Jan en Klaas Maddens, .. On ne conserve que des fragments de sa partition. Quoi qu'il en soit, comparées au grand nombre de cantates, d'opéras et de vaudevilles français, les pièces néerlandaises constituent l'exception plutôt que la règle. Même au , le changement de siècle s'annonce déjà avant qu'un art lyrique dramatique essentiellement flamand s'est fait sentir.

Les années 1840 voient naître, dans la scène musicale belge, une prise de conscience croissante chez les Flamands, qui composent des chansons et des œuvres chorales néerlandaises, dont le (Le Lion des Flandres), le futur hymne officiel flamand, composé en 1847Il se peut que le soit déjà publié en 1845. Voir : Ferdinand Augustijn Snellaert, . par Karel Miry sur des paroles d'Hippoliet Van Peene. Parallèlement à l'action menée pour promouvoir le chant néerlandais par l'intermédiaire des chambres de rhétorique reconstituées, les premiers chef de file du mouvement flamand investissent dans le renouveau de l'art dramatique. Dans ce processus, Van Peene, déjà cité plus haut, se distingue par une série d'œuvres théâtrales écrites entre 1841 et 1860 : il s'agit en partie de comédies mêlées d'intermezzos chantés, en partie de drames historiques. Les compositeurs Pieter et Karel Miry deviennent ses collaborateurs permanents. En outre, on connaît de nombreux titres de à succès qui appartiennent tous à la même période ; écrits par des compositeurs tombés dans l'oubli, ces œuvres, que l'on ne peut pas qualifier d'opéras purs, constituent toutefois un répertoire considérableHendrik Willaert et Jan Dewilde, ..

Ce sont pourtant ces œuvres-ci qui sont à l'origine d'une évolution aboutissant aux premiers opéras flamands en langue néerlandaise : ceux de Florimond van Duyse (Le père de Florimond, Prudens van Duyse, est l'auteur du livret de cet opéra. Voir : Adelheid Ceulemans, ., ou Teniers à Grimbergen, de 1860, de 1861, etc.) et de Karel Miry (, ou Marie de Bourgogne, de 1866, de 1867). C'est aussi au sein de ce mouvement que sont lancées les premières tentatives de créer un opéra fixe, entre autres à Bruxelles en 1867-1868, sous la direction de Hendrik Waelput, et plus tard au théâtre de l'Alhambra en 1878, ainsi qu'à Anvers en 1876, sous la direction de Joseph Mertens. On en restera pourtant à des tentativesHendrik Willaert et Jan Dewilde, .. Depuis la création de l'État belge, les premiers essais d'écriture d'un opéra original néerlandais, notamment ceux d'un Karel Miry, d'un Jan van den Acker, d'un Joseph Mertens et même d'un Peter Benoit (par exemple Isa en 1864, ou , ou La Reine de mai, en 1894), ne sont pas suffisamment concluants pour être considérés comme le fondement de l'opéra néerlandais en tant que genre musical en Flandre. Toutefois, ce sera Benoit à qui on peut attribuer l'action qui conduira finalement à l'institutionnalisation de l'opéra flamand par la création d'une troupe permanente disposant d'une demeure fixe.