vignette|droite|Statue dédiée aux travailleurs du sexe du monde, inaugurée en à Amsterdam, Oudekerksplein, en face de l'Oude Kerk, au quartier chaud De Wallen. Le nom de la statue est Belle et la dédicace est . Le terme droits des travailleurs du sexe est un terme générique qui inclut plusieurs revendications, qui à l'échelle mondiale sont formulées par une multitude hétéroclite d'individus et d'organisations et qui concernent les droits humains des travailleurs du sexe.
Les revendications de ce mouvement ont généralement pour objectif la déstigmatisation du travail du sexe et demandent le renforcement de la sécurité juridique des travailleurs du sexe et la facilitation lors de leurs démarches auprès les institutions publiques, médico-sociales, de santé en général, les forces de l'ordre, parmi d'autres.
Un bilan réalisé sur cent pays rappelle que cinquante de ces pays ont des politiques régularisant la prostitution, l'existence de maisons closes, le proxénétisme ; onze ont adopté une politique qui impose une restriction de ces activités et trente-neuf ont des politiques qui interdisent complètement la prostitution, l'existence de maisons closes et le proxénétisme100 Countries and Their Prostitution Policies, ProCon.org, dernière modification le 23 décembre 2013, visité le 27 décembre 2013..
Stigmatisation et discrimination
Dans la plupart des pays du monde, même ceux qui ont légalisé tout travail du sexe, des travailleurs du sexe de tous types se plaignent de stigmatisation et de discrimination. Ces deux raisons sont identifiées par les travailleurs du sexe comme un principal obstacle pour chercher une protection légale des discriminations de tout type, harcèlement sexuel, agressions, violsHistory of sex work activism, swaay.org, 2011, visité le 27 décembre 2013..
Débat sur la pornographie
Pendant les années 1970 et 1980 au centre du discours féministe se trouvaient la pornographie, le travail du sexe, le trafic d'êtres humains et en particulier de femmes. Cela a mené à une mobilisation pour les droits des travailleurs du sexe aux États-Unis. L'introduction du terme travail du sexe au début des années 1980 est attribué à Carol Leigh. Plus tard, ce terme a été popularisé dans l’anthologie éponyme Sex Work sortie en 1987.
Pendant ce temps-là le débat sur la pornographie se structurait autour de la question du rôle que joue la pornographie pour la situation de la femme. Les différents courants féministes partageaient la position commune pour la nécessité de combattre les violences faites aux femmes, mais avaient des positions opposées sur les moyens d'y parvenir.
Féministes radicales L'argumentation de ce courant était structurée autour du fait que dans la pornographie les femmes sont représentées comme subordonnées à l'homme et qu'elle perpétue les violences faites aux femmes Andrea Dworkin, Against the Male Flood: Censorship, Pornography, and Equity., 1985.. Par exemple, Andrea Dworkin écrit que l'oppression de la femme est possible grâce à la subordination sexuelle et pour que l'égalité des genres puisse exister, la subordination doit être éliminée. Elle affirme que la pornographie est donc opposée à l'égalité. De même, Catharine MacKinnon affirme que la pornographie est un acte de violence sexuelle Catharine A. MacKinnon, Only Words. Harvard University Press, 1993.. Au motif que la pornographie viole les droits civiques, MacKinnon et Dworkin proposent un texte de loi intitulée "Antipornography Civil Rights Ordinance" qui proposait un droit aux femmes de chercher des réparations pour les dommages causés par la pornographie. Analogiquement, Page Mellish crée le mouvement Feminists Fighting Pornography (FFP) qui affirme que les problèmes auxquels sont confrontés les femmes proviennent de la pornographie. En 1992, Mellish s'allie avec les conservateurs en faveur du , qui est inspiré du texte de Dworkin et MacKinnon’s ordinanceSegal, Lynn (1993). Sex Exposed: Sexuality and the Pornography Debate. USA: Rutgers University Press..
Féministes libérales
Sur le côté opposé, les libéraux croient que les femmes ont le droit de disposer librement de leurs corps donc elles doivent être libres à participer dans des productions pornographiques si elles en ont envieMcElroy, Wendy. "A Feminist Defense of Pornography". Free Inquiry Magazine, Vol. 17, No. 4. Retrieved 18 March 2013.. Sur cette position sont des féministes comme Lynn Chancer. Chancer affirme qu'il est possible que des images pornographiques représentant des femmes consentantes puissent être faites sans qu'il s'agisse de subordination de la femmeChancer, Lynn (September 2000). "From Pornography to Sadomasochism: Reconciling Feminist Differences". Annals of the American Academy of Political and Social Science 571: 77–88.. Elle accuse les féministes radicales de prôner une interdiction de la pornographie pour fixer des problèmes sociétaux d'échelle beaucoup plus grandeLynn, Chancer (February 1996). "Feminist Offensives: "Defending Pornography" and the Splitting of Sex from Sexism". Stanford Law Review 48 (3): 739–760..
Féministes pro-sexe
Au sein du mouvement féministe pro-sexe l'opinion dominant est qu'aucun comportement sexuel ne doit pas être avili, tant que les partenaires sont consentantsRyan, Barbara (2001). Identity politics in the women's movement. NYU Press.. Une des principales défenseurs de ce courant féministe est Carol Queen. Elle accuse les féministes radicales de généraliser trop rapidement la situation féminine et de ne pas prendre en compte des circonstances plus compliquées, telles que le sadomasochisme et la prostitution. Elisa Glick avance l'argument que les rapports de domination dans un couple n'excluent pas la possibilité que les femmes soient les dominantes et que ces circonstances peuvent être utilisés afin de permettre aux femmes de se mettre dans une telle configurationGlick, Elisa (Spring 2000). "Sex Positive: Féminisme, Queer Theory, and the Politics of Transgression". Feminist Review 64: 19–45.
Trafic d'êtres humains Un débat plus contemporain qui a cristallisé lorsque le mouvement de défense des droits des travailleurs du sexe a pris ampleur est la question du trafic d'êtres humains. Le débat actuel est centré autour de la question de savoir par quel biais (abolition, criminalisation, décriminalisation, légalisation) les femmes seront le mieux protégées du trafic d'êtres humains.
Certains groupes de défenseurs des droits des travailleurs du sexe insistent sur le fait que de nombreuses politiques criminalisant le travail du sexe ne tiennent pas compte de la différence entre le travail forcé et consentant et que ne pas faire cette différence aura comme résultat de ne pas protéger les femmes qui font un travail du sexe consentant"Working Group on Sex Work and Human Rights". Urban Justice. Retrieved 18 March 2013.. Le Nouveau protocole des Nations unies sur le trafic de Janis Raymond insiste sur le fait que dans de nombreux pays qui ont légalisé le travail du sexe, un trafic de nombreuses victimes s'effectue sous le couvert de la migration, et elles ne bénéficient donc d'aucune protection. Raymond insiste également qu'il n'est pas possible de séparer l'exploitation faite aux prostituées locales de celles qui sont assujetties au trafic et qu'il est donc nécessaire de criminaliser tous les acteurs du travail du sexe, afin de combattre l'esclavagisme sexuelRaymond, Janice (September–October 2002). "The New UN Trafficking Protocol". Women's Studies International Forum 25 (5): 491–502..
Légalité de la prostitution
Il y a deux catégories principales auxquelles la plupart des activistes pour la protection de travailleurs du sexe des violences peuvent être associés: d'un côté, l’abolitionnisme et/ou la criminalisation, et d'autre côté, la légalisation et/ou la décriminalisationBrents, Barbara G. and Hausbeck, Kathryn. "Violence and Legalized Prostitution in Nevada: Examining Safety, Risk and Prostitution Policy". Journal of Interpersonal Violence. 2005.
Abolitionnisme et/ou criminalisation
Des adhérents de ce point de vue des débuts du mouvement de protection des travailleurs de sexe insistent que le problème principal de la prostitution est la concupiscence masculine qui entraine des femmes innocentes dans une vie dépravée de prostituées. Ainsi les adeptes de l'abolition affirment que la prostitution est un système exploitatif qui nuit aux femmes qui y sont impliquéesFarley, Melissa. "Myths and Facts about Trafficking for Legal and Illegal Prostitution". Yale Journal of Law and Feminism. May 2006.. Ces activistes croient donc que le meilleur moyen de faire prévention des violences envers les femmes est de faire punir les clients et les proxénètes afin de faire démonter le système entier de la prostitutionHughes, Donna."Legalizing Prostitution Will Not Stop the Harm". 1999.. Les opposants de l'abolition insistent que cette politique considère les femmes comme étant des victimes sans défense et la considèrent donc comme paternaliste et non pas comme donnant pouvoirs aux femmes.
Melissa Farley, adepte bien connue de la criminalisation, et ses collègues, affirment que la violence est une caractéristique intrinsèque de la prostitution et que la probabilité qu'une femme soit victime d'agression augmente au fil du temps. Farley et ses collègues ont effectué des études aux Pays-Bas pour mettre en évidence un effet traumatisant de la prostitution légalisée. Ils trouvent que 90 % des travailleurs du sexe tendent à montrer des syndromes de SSPT. Pour cette raison, Farley et al. affirment qu'une criminalisation assurera une meilleure protection des travailleurs du sexeFarley, Melissa et al. "Prostitution and Trafficking in Nine Countries: An Update on Violence and Posttraumatic Stress Disorder"..
Certains adeptes de la criminalisation insistent que le meilleur moyen de protéger les femmes des agressions est de punir les travailleurs du sexe et les clients et proxénètes.
Arguments pour la criminalisation
Janice Raymond résume dix arguments récurrents en faveur de l'abolition et/ou de la criminalisation des clients, en tirant des conclusions d'études sur des pays où la prostitution est légalisée et/ou décriminaliséeRaymond, Janice. 2003. "Ten Reasons for Not Legalizing Prostitution"., en partie par le prisme de la prostitution hétérosexuelle féminine recourue par des hommes cis-genres.
La prostitution légalisée serait un cadeau pour les proxénètes, les trafiquants et l'industrie du sexe. La prostitution légalisée favoriserait le trafic d'êtres humains. La prostitution légalisée favoriserait la croissance de l'industrie du sexe au lieu de la contrôler. La prostitution légalisée ferait augmenter la prostitution clandestine, illégale et de rue, parce que de nombreuses femmes n'iraient pas participer aux contrôles de santé, parce qu'elles voudraient échapper à un fichage. La prostitution légalisée ferait augmenter la prostitution des mineures. La prostitution légalisée ne protégerait pas les prostituées. La prostitution légalisée rendrait socialement acceptable le fait que des hommes puissent acheter des services sexuels et considérer les femmes comme une marchandise. La prostitution légalisée ne réglerait pas les soucis sanitaires parce qu'une politique de port systématique de préservatifs ne pourrait pas être strictement mise en vigueur. La prostitution légalisée ne donnerait pas plus le choix aux femmes de se prostituer ou non. Les prostituées ne souhaiteraient pas la légalisation de la prostitution ou la décriminalisation des clients.
Légalisation et/ou la décriminalisation