Edmond Albius, né le à Sainte-Suzanne (La Réunion) et mort le dans la même commune, est un Réunionnais célèbre pour avoir découvert le procédé pratique de pollinisation de la vanille alors qu'il n'avait que 12 ans et était alors esclave.

alt=Buste en bronze d'Edmond Albius au jardin de l'Etat, par Anne Hoarau.|vignette|Buste en bronze d'Edmond Albius au jardin de l'Etat, par Anne Hoarau.

Biographie Edmond, esclave et orphelin de naissance, naît le à Sainte-Suzanne, dans la colonie française de Bourbon (aujourd'hui La Réunion). Ses parents sont tous deux des esclaves originaires du Mozambique. Sa mère, Mélise meurt en couche. Il ne connut jamais son père, un dénommé Pamphile qui semble s'être enfui à sa naissance.

Lorsque le propriétaire d’Edmond meurt, sa fille, Elvire Bellier, ne sachant que faire de ce nourrisson « puant dans le sang de sa mère, qui vient de lui coûter une esclave » le donne à son frère, Pierre Ferréol Bellier-Beaumont. Celui-ci possède une petite plantation sucrière sur laquelle travaillent une cinquantaine d'esclaves, des « noirs de pioche ». Célibataire, il traite Edmond comme s'il était son propre enfant et l'initie à l'horticulture et à la botanique.

S'il n'est pas à l'origine de la première fécondation artificielle de la vanille (effectuée indépendamment par Charles Morren en 1836, par un autre procédé.), c'est lui qui, en 1841 et alors qu'il n'a que douze ans, en découvre le procédé pratique de pollinisation, un procédé qui révolutionne la culture de cette épiceLe DB. Dictionnaire biographique de La Réunion, sous la direction de Michel Verguin et Mario Serviable, Édition Communication Loisir Information Presse / ARS Terres Créoles, tome 1, 1993. et permet à La Réunion de devenir pour un temps le premier producteur mondial et le berceau de la diffusion d'un nouveau savoir-faire. Il se serait inspiré de la pollinisation manuelle de la courge que son maître lui aurait enseignée.

Sept ans après la découverte d'Albius, l'île exporte ses premières vanilles, une petite dizaine de kilos. Après l'adoption du procédé Loupy-de Floris, les expéditions vont s'envoler. Elles passent de en 1853 à plus de en 1858. À la fin du , elles rapportent autant que le sucre. En 1892, près de sont plantées en vanille. Les expéditions atteignent en 1898 et la vanille de l'île rafle les Grands Prix des expositions universelles de 1867 et de 1900Panneau explicatif de la Coopérative ProVanille à Bras-Panon.

Parce qu'elle est celle d'un enfant, noir et esclave de surcroît, la paternité de la découverte est toutefois rapidement contestée par les envieux. À l'origine du développement de l'actuel Jardin de l'État de Saint-Denis, le botaniste Jean-Michel-Claude Richard prétend ainsi avoir enseigné la technique de fécondation à l'esclave trois ou quatre ans plus tôt. Le jeune Edmond est alors vigoureusement défendu par son propriétaire Ferréol Bellier-Beaumont, le naturaliste Eugène Volcy Focard et un certain Mézières de Lépervanche au travers de nombreux courriers.

Malgré ce soutien, la controverse persiste, même après la mort des différents protagonistes. Au début du , un titre de presse va jusqu'à affirmer à tort qu'Edmond Albius était blanc.

Bien que son propriétaire Ferréol Bellier-Beaumont l'ait défendu face aux calomnies, il n'a pourtant pas affranchi son esclave. Edmond doit attendre l'abolition de l'esclavage en 1848 pour devenir un homme libre. On lui attribue alors le nom d'Albius, « blanc » en latin, un quolibet méprisant comme tant d'autres patronymes attribués aux anciens esclaves.

En 1851, Edmond est accusé de vol par son patron. Condamné à cinq ans de travaux forcés, il est libéré avant la fin de sa peine.

Edmond Albius ne tirera aucun bénéfice d'une invention qui fit la fortune des planteurs. Marié en 1871, il parvient à devenir un petit propriétaire mais meurt malgré tout dans la misère et dans l'indifférence en 1880, à 51 ansArchives nationales d'Outre-mer, Île de la Réunion, commune de Sainte Suzanne, acte de décès , année 1880 (consulté le 12 octobre 2014).

Postérité

Dans la littérature L'écrivain Michaël Ferrier consacre le dernier chapitre de son livre Sympathie pour le Fantôme à Edmond Albius : (Sympathie pour le Fantôme, Gallimard, 2010).

En 2018, l'écrivain dessinateur Mickaël Joron réalise le premier court-métrage d'animation, sur l'histoire d'Edmond Albiusle premier cartoon sur le scientifique Edmond albius sur youtube Radio Freedom article du 26/06/2018https://www.clicanoo.re/Societe/Article/2018/06/26/VIDEO-Un-dessin-anime-pour-rendre-hommage-Edmond-Albius-le-scientifiqueUn dessin animé pour rendre hommage à Edmond Albius, le scientifique noir (article clicanoo - JIR du 26/06/2018).

En 2023, Gaëlle Bélem publie une biographie romancée, à la fois très réaliste et très sensible sur Edmond Albius (Le Fruit le plus rare ou la Vie d'Edmond Albius, Gallimard). Ce roman a obtenu le prix du roman métis des étudiants en 2025 et sa traduction a été retenue dans la liste des « 100 livres notables de l’année » du New York Times pour 2025.

Théâtre Sur les traces d’Edmond Albius de Christophe Champelaux, adapté par Jean-Paul Cathala mis en scène par Marie-Claude Lui-Van-Sheng et Jean-Paul Cathala, 50 min, 1986

Romans Georges Limbour, Les Vanilliers, 1938

Benoît Hopquin, Ces noirs qui ont fait la France, « Edmond Albius (1829-1880): L'enfant et la gousse de vanille », Calmann-Lévy, 2009 Michaël Ferrier, Sympathie pour le Fantôme, Gallimard, 2010 Béatrice Nicodème, Couleur vanille, Oskar jeunesse, collection Histoire & société, 2011 Sophie Chérer, La vraie couleur de la vanille, L'Ecole des loisirs, 2012 Christian Grenier, Pour l'amour de Vanille, Bayard Jeunesse, collection Estampille, 2012 Alban Doppée, Et le petit esclave donna naissance à une déesse : la vie romancée d'Edmond Albius, Édilivre, 2015 Gaëlle Bélem, Le Fruit le plus rare ou la Vie d'Edmond Albius , Gallimard, 2023

Bandes dessinées

Hommages Plusieurs sculptures rendent hommage à Edmond : à Bras-Panon, et deux autres à Sainte-Suzanne.

Depuis le , un buste en bronze d'Edmond Albius trône dans le jardin de l'État à Saint-Denis. L'inauguration s'est effectuée en même temps que ceux des bustes de Pierre Poivre et Joseph Hubert. Ces bustes rendent ainsi hommage à trois grands botanistes qui ont marqué l'histoire de l'île de la Réunion.

Film d'animation Edmond Albius, le scientifique noir (court métrage), 2018

Notes et références

Voir aussi Bibliographie

Ouvrages Antoine Roussin, Album de l'île de la Réunion, volume III (1863), Editions Orphie, 2004 Collectif, Le Mémorial de la Réunion, Australe éditions, 1979

Documentaires

Edmond Albius, l'esclave prodige, Jim Damour, Arte, RFO, 1998

Liens externes

Catégorie:Esclave à Bourbon Catégorie:Esclave français Catégorie:Histoire des épices et des aromates Catégorie:Vanille Catégorie:Agriculture à La Réunion Catégorie:Naissance en août 1829 Catégorie:Naissance à Sainte-Suzanne (La Réunion) Catégorie:Décès en août 1880 Catégorie:Décès à Sainte-Suzanne (La Réunion) Catégorie:Décès à 51 ans