L'abbaye Saint-Vivant de Vergy est une ancienne abbaye bénédictine du à Curtil-Vergy (Côte-d'Or) dédiée au vendéen saint Vivant. Après sa fondation par la famille de Vergy au pied de leur très convoité château de Vergy, elle a dépendu de l'abbaye Saint-Bénigne de Dijon puis de l'abbaye de Cluny.

C'est l'un des plus anciens établissements monastiques de Bourgogne et parmi les plus riches. Elle est célèbre pour avoir exploité entre autres, durant près de 650 ans, les prestigieux vins de Bourgogne « Romanée-conti » et « Romanée saint-vivant » de l'actuel domaine de la Romanée-conti, terroirs inclus dans l'ensemble de « Climats du vignoble de Bourgogne » inscrits au patrimoine mondial de l'humanité depuis 2015 dans l'ensemble.

Ses bâtiments sont inscrits au titre de monuments historiques depuis 1992.

Historique Contexte Dans la deuxième partie du , les Normands font de fréquents et profondes incursions en pays francs ; la Neustrie, la plus proche d'eux, est aussi la plus menacée. De plus, dans les années 856-858 cette Neustrie est l'objet d'une violente crise politique : en 856, Louis le Bègue est investi du regnum sur la Neustrie, avec Joseph (l’auteur de lHistoria Translationis Corporum SS. Raynobertti et Zenonis) comme son précepteur ou tuteur. Mais le roi de Bretagne Erispoé, protecteur et beau-père de Louis le Bègue, est renversé par Salomon en 858. Robert le Fort et ses alliés Bretons en profitent pour chasser Louis le Bègue et sa suite de Neustrie. Dans la même période, Charles le Chauve regroupe ses forces autour d’Auxerre en Bourgogne..

Fondation de l'abbaye L'abbaye est fondée par Manassès Ier l'Ancien, un peu avant 920Orfroi de Manassès et Ermengarde. Le site choisi se trouve au pied côté sud de l'éperon rocheux de leur château de Vergy, à un endroit où la pente est très escarpée et présentant seulement un petit replat formé d'une terrasse d'éboulis (moins stable qu'un terrain fait de roche intègre). La question se pose alors de la motivation à choisir cet endroit si peu commode, tandis qu'à seulement quelques centaines de mètres plus à l'ouest se trouve un endroit plus plat - là où s'est ultérieurement constitué le village de Saint-Vivant -, ayant aussi un meilleur accès à l’eau avec la fontaine du Reclus tout proche. Certains auteurs ont pensé qu'il y avait déjà là une maison religieuse., ce qui ne résout pas la question et la reporte sur ledit premier établissement.

Quillot donne pour origine la tombe de saint Guérin de Vergy, qui se trouverait sous l'église de l'abbaye, .. Guérin de Vergy, premier seigneur connu de la famille de Vergy, était un puissant seigneur du royaume de Bourgogne mérovingien, martyr lapidé sur le mont de Vergy en 674 et frère de saint Léger d'Autun. Les deux frères soutenaient l'alliance de la Burgondie et de l'Austrasie, contrariant par cela les plans d'Ébroïn, maire du palais de Neustrie. Guérin, lapidé sur l'instigation d'Ébroïn, est devenu martyr avant que son frère Léger soit aussi assassiné pour les mêmes raisons et par le même personnage.

Les reliques de saint Renobert de Bayeux trouvent refuge dans la région d’Auxerre ; selon Lucien Musset, les moines porteurs des reliques vont d’abord à Saint-Vivant-sous-Vergy, puis à Varzy (diocèse d'Auxerre), puis à Quingey (Doubs).

Le doyenné Saint-Vivant de Vergy est fondé en qualité d'abbaye..

En l'an mille, l'abbaye est rattachée à l'abbaye Saint-Bénigne de Dijon du temps de saint Guillaume de Volpiano (989-1031), puis agrégé à l'abbaye de Cluny en 1087 sous forme de dépendance médiate.

C'est un doyenné du diocèse d'Autun., qui dirige plusieurs prieurés..

Il est question de pariage avec Louis VI. (règne 1108-1137).

Une charte de 1036 mentionne le « droit spécial de Saint-Vivant de Vergy » sous lequel Gauthier évêque de Chalon cède Saint-Vivant de Vergy à l'abbaye de Cluny. Vu le contexte, ce droit est subséquent à la création de l'abbaye Sainte-Marie de LosnePour l'abbaye Sainte-Marie de Losne, voir . dont il est dit qu'elle a été fondée et dotée par Thierry II, roi des Francs (595-613) et fils de Childebert II dit Childebert jeune, pour en faire le second siège du diocèse de Chalon ; et Saint-Vivant aurait dépendu du diocèse de Chalon..

Au , Saint-Vivant utilise sa dépendance l'abbaye ou prieuré Notre-Dame de Losne pour mettre pied dans la région de Dole..

Entre 1136 et 1262, Vergy a une trentaine de moines..

Elle donne aussi des biens sur Vosne et récupère en contre-partie du terrain dans la partie sud du mont de Vergy, sur lequel elle fait aménager un jardin d'agrément enclos..

Époque moderne Jusqu'à son abandon, l’abbaye Saint-Vivant est « un membre considérable », dit Ph. Dhetel, de l'ordre de Cluny. Elle est une des plus anciennes et une des plus riches abbayes de Bourgogne..

, « la grande reconstruction » vignette|L'abbaye en 1772.

Au milieu du les moines ne sont pas nombreux. De quatre moines en 1678, leur nombre passe à sept, puis neuf. C'est peu, mais assez pour justifier que l'Assemblée du Clergé de 1761 ne ferme pas l'établissement.

En 1762, le sous-ingénieur de la province de Bourgogne Emiland Gauthey et l'architecte chalonnais Pierre Lacroix visitent les lieux. Ils proposent des réparations, et le prieur commendataire Jean Bonnafous du Terrail (1742-1790) souhaiterait s'en tenir à ces travaux. Mais les religieux présents et le prieur claustral dom Godard (un dijonnais) veulent un monastère neuf et au goût du jour. L'architecte Vanot présente deux projets dont l'un inclut de déplacer les bâtiments plus loin, et l'autre de mettre le premier étage du bâtiment claustral au même niveau que le sol de l'église.. Un troisième projet, dont Marilier ne dit pas l'auteur, propose un projet de château dans le style Louis XVI (ou néo-classique). C'est un quatrième projet moins grandiose qui est retenu., selon les plans d'un membre éminent de la dynastie d'architectes les . : le dijonnais Jean-Antoine Caristie, qui travaille sur ce projet dès 1765, .Les sont une famille d'architectes d'origine italienne. Jean-Antoine est le cousin de Jean-Baptiste Caristie. Voir . et en dresse les plans cette même année 1765. Voir aussi la vidéo dans cette page.Les plans de 1765 par Jean-Antoine Caristie sont retrouvés en 1974 par le chanoine Jean Marilier dans les archives de Citeaux. Voir ..

À partir de 1766, abbaye et bâtiments annexes sont démolis et entièrement reconstruits, église et caves comprises. Ces dernières sont reconstruites sur deux niveaux, voûtées d'arêtes, en dessous de la nouvelle aile sud ; elles sont les principales constructions qui ont subsisté jusqu'à nos jours. L'architecte Christian Laporte, chargé de la restauration du site depuis les dernières années du , a appelé cette étape du s. « la grande reconstruction ». Les revenus de l'abbaye sont sinon considérables du moins importants : en 1742 ; les travaux avancent rapidement..

Fin de l'établissement

Le , la communauté est supprimée par le Conseil du roi. À ce moment, la reconstruction de l'abbaye est terminée mais pas l'aménagement de ses abords. Le intervient la sécularisation des maisons clunisiennes ; il ne reste à cette date, semble-t-il, que le prieur claustral dom Jean-Baptiste Trémolet et deux moines : Denis Marillet et François Admirai. Ils sont expulsés de leurs appartements en .

Pendant la Révolution française, le monastère est déclaré bien national et acheté en 1796 par le maître de forges de Pellerey, Antoine Mollerat, qui fait démolir pratiquement tout le monastère à l’exception de l'église prieurale. La charpente démontée va recouvrir un de ses bâtiments à Pellerey, la grille d'entrée finit au château de Villars-Fontaine…..

Au cours du , les propriétaires se succèdent, l'édifice à l'abandon voit ses bâtiments se dégrader, le lieu est envahi par la végétation et sert de carrière de pierres. En 1828 Félix Maret (de Nuits) rachète les restes et les revend en 1854 à Saint-Père, un architecte ayant château à L'Étang.

Quelques jours après l'élection de Jean XXIII le , un sceau de bulle en plomb de Jean XXII (pape 1316-1334) est trouvé sur le mont de Vergy.

Abbés ou prieurs

Saint-Vivant est un monastère conventuel double et ses supérieurs sont appelés prieurs ou doyens.

[...] prieur, ?-1570 : Jean Marquot. prieur, 1570-? : Nicolas Jeannin., prieur commendataire de Saint-Vivant sous Vergy, conseiller du roi, abbé de Saint-Bénigne, doyen du diocède d'Autun [...] 1762 : Jean Bonnafoux du Terrail, « grand-prieur de Saint-Vivant et Losne unis », cité en 1762 (reconstruction de l'établissement)..

vignette|Domaine de romanée-conti vignette|Domaine de romanée-saint-vivant Possessions Les vignes Saint-Vivant possédait la plupart des vignes de Vosne-Romanée, devenues de nos jours celles des crus de romanée-saint-vivant et de romanée-conti ; et de nombreuses possessions sur Arcenant ( à l'ouest de Nuits-Saint-Georges) et sur le village de Saint-Vivant voisin de l'abbaye. Deux comptes de la fin du montrent que les moines répertoriaient leurs vins non selon les terroirs mais selon le système d'impôts : vins des clos, similaires à la « réserve seigneuriale », sont issus des propriétés cultivées directement par les moines et dont ils se réservent le produit ; vins des cens, procédant de l’équivalent d'un loyer, généralement payé en vin ; et vins des dîmes, impôt dû aux ecclésiastiques. Les vins de tous les clos sont réunis en une seule cuvée ; les vins des cens sont mélangés par paroisse ; et les vins des dîmes ne sont pas nécessairement issus d'une seule paroisse, ..

Les anciens clos de vigne de romanée de l'abbaye font partie du site des « Climats du vignoble de Bourgogne » inscrits par l'unesco au patrimoins mondial de l'humanité en 2015..

Les dépendances vignette|Église Saint-Hilaire de Saint-Vivant en Amaous Saint-Vivant en Amaous