Salomé Nino Zourabichvili (en ), née le à Paris, est une femme d'État géorgienne et ancienne diplomate française, présidente de la Géorgie de 2018 à 2024.
Fille d’immigrés géorgiens installés en France depuis l'invasion soviétique de la Géorgie en 1921, elle entre dans le service diplomatique français dans les années 1970, occupant divers postes à Paris, New York, Rome, Washington, Vienne, N'Djaména et Bruxelles avant d'être nommée ambassadrice de France en Géorgie par Jacques Chirac en 2003. Quelques mois plus tard, l'arrivée au pouvoir d'un nouveau gouvernement en Géorgie, après la révolution des Roses, lui permet d'obtenir la citoyenneté géorgienne : elle devient ainsi la première personne à posséder les deux nationalités. À la suite de l'accord du gouvernement français, elle devient ministre des Affaires étrangères de Géorgie.
Elle change radicalement la structure du ministère et remplace de nombreux ambassadeurs. Elle mène la politique étrangère durant la nouvelle orientation pro-occidentale de la Géorgie, négociant les premiers pas de l'intégration de la Géorgie au sein de l'Union européenne et de l'OTAN. Sous son impulsion, Tbilissi signe plusieurs accords avec l'Alliance nord-atlantique et négocie le Plan d'Action UE-Géorgie. Elle joue un rôle important durant la crise d'Adjarie qui voit la chute du régime d'Aslan Abachidzé dans la région autonome. Elle est également connue pour avoir négocié avec Sergueï Lavrov le retrait des bases militaires russes lors de l'accord du . Ses tentatives de normaliser les relations russo-géorgiennes doivent toutefois faire face à une large opposition du fait des initiatives russes auprès de l'OSCE pour régler le conflit d'Ossétie du Sud.
Limogée par le gouvernement de Mikheïl Saakachvili en , elle rejoint l'opposition et forme le parti Voie de la Géorgie, à la tête duquel elle se présente à la mairie de Tbilissi en 2006. Par la suite, elle s'implique dans l'organisation de manifestations massives contre un gouvernement qu'elle accuse d'autoritarisme. Présente lors des manifestations du , elle est nommée candidate au poste de Première ministre par l'Opposition unie lors de l'élection présidentielle anticipée de janvier 2008. En 2010, elle quitte la politique géorgienne pour retourner dans la diplomatie, cette fois-ci auprès de l'ONU.
De retour en Géorgie, elle est élue en 2016 comme députée sans étiquette représentant la circonscription de Mtatsminda. Toujours sans parti, mais soutenue par le parti Rêve géorgien au pouvoir depuis 2012, elle est élue cinquième présidente de la Géorgie lors de l'élection présidentielle de 2018, devenant la première femme à être élue à la tête de ce pays.
Elle donne alors la priorité à l'intégration de la Géorgie au sein de l'UE et de l'OTAN, et devient l'architecte de la déclaration de Petra, qui tente d'unifier les efforts de la Géorgie, de l'Ukraine et de la Moldavie dans cette orientation. Elle doit faire face, comme ses prédécesseurs, à des conflits séparatistes en Abkhazie et en Ossétie du Sud et, dans le même contexte, à un conflit diplomatique avec la Russie : elle propose la création d'un format de négociations politiques entre Moscou, Tbilissi et les pouvoirs occidentaux afin d'enrichir les discussions internationales de Genève.
Au cours de sa présidence se déroule une crise politique profonde qui commence par la dispersion violente de manifestants anti-russes le 20 juin 2019. Face à une fracture nationale, elle tente de jouer un rôle de médiatrice, dans un premier temps en facilitant l'implication du président du conseil européen Charles Michel, puis, lorsqu'une solution soutenue par l'UE échoue, en lançant un processus d'accord national. Elle fait également face à la pandémie de Covid-19, contre laquelle elle déclare l'état d'urgence national et soutient de fortes mesures restrictives.
L'invasion russe de l'Ukraine en 2022 l'amène à adopter une position pro-européenne farouche, en contraste frappant avec la position pro-russe du gouvernement du Premier ministre, Irakli Garibachvili. Cette opposition conduit à une série de tensions persistantes entre la présidente et le gouvernement, qui culmine lorsque ce dernier menace de poursuivre la présidente devant la Cour constitutionnelle quand elle met son veto à un projet de loi sur la surveillance. L'année suivante, le parti au pouvoir, Rêve géorgien, tente en vain de la destituer après lui avoir reproché d'outrepasser ses pouvoirs en matière de politique étrangère. En 2024, peu avant la fin de son mandat, elle fait l'objet d'une nouvelle tentative de destitution.
Elle conteste ensuite la régularité des élections législatives, remportées par Rêve géorgien, et annonce sa volonté de se maintenir au pouvoir jusqu'à la tenue d'un nouveau scrutin. , situation contestée par ses opposants.
Situation personnelle Origines familiales upright|thumb|Niko Nikoladze, arrière-grand-père de Salomé Zourabichvili. Salomé Zourabichvili est née dans une famille d'émigrants géorgiens qui ont fui vers la France et devenue française après l'invasion soviétique de la république démocratique de Géorgie en 1921.
Son père, Lévan Zourabichvili, ingénieur de carrière, a servi pendant de nombreuses années comme président de l'Association géorgienne de France (AGF). Levan est le petit-fils maternel de Niko Nikoladzé (1843-1928), homme d'affaires, philanthrope et homme politique géorgien de la fin du et dirigeant influent de l'intelligentsia libérale géorgienne durant la Russie impériale. Le frère de Lévan, Georges Zourabichvili (1899-1944), était un philosophe et interprète qui fut dénoncé pour collaboration avec les occupants allemands en France et disparut probablement lors d'une épuration sauvage en 1944.
Sa mère Zeïnab Kedia (1921-2016) est la fille de Melkisedek Kedia, chef du Service de sécurité de la république démocratique de Géorgie. Elle est également la sœur de Mikhaïl Kedia (1902-1954), figure de premier plan de la Légion géorgienne, qui a collaboré avec l'Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale.
Salomé Zourabichvili a un frère, Othar Zourabichvili, médecin, écrivain et président de l'AGF depuis 2006. Elle est la cousine de l'historienne Hélène Carrère d'Encausse, membre puis secrétaire perpétuel de l'Académie française, et du compositeur Nicolas Zourabichvili, enfants de son oncle Georges.
Jeunesse Salomé Nino Zourabichvili est née à Paris le et a grandi au sein de la communauté géorgienne en France, installée entre Paris et Leuville-sur-Orge depuis la chute en 1921 de la république démocratique de Géorgie. Élevée dans une influente famille d'émigrés ayant des liens étroits avec le gouvernement en exil de Géorgie, elle a pour seul contact avec le pays la diaspora géorgienne, et dira plus tard : Dans les années qui ont précédé la chute du rideau de fer, il n'y avait aucun contact avec la Géorgie - pas de lettres, pas de journaux, pas de visites. Pour nous, c'était un pays mythique, qui n'existait que dans les livres.
À 8 ans, elle rencontre son premier visiteur géorgien lors d'une visite à Paris d'une troupe de ballet géorgienne, rencontre tenue secrète en raison du caractère répressif des autorités soviétiques organisant la visite. Dans une interview accordée au Washington Post, elle a déclaré qu'elle se sentait « à cheval sur les deux cultures », fréquentant les écoles françaises tout en se rendant à l'église géorgienne de Paris en fin de semaine, où elle est chanteuse de chœur..
Éducation supérieure À 17 ans, Salomé Zourabichvili obtient des résultats au baccalauréat qui lui offrent le de l'Institut d'études politiques de Paris en , un programme dont seulement la moitié des participants entre dans l'Institut un an plus tard. En , son choix de sujet d'examen final sur la « Révolution et contre-révolution en Europe entre 1917 et 1923 » lui assure une place à Sciences Po. En 2019, l'école décrira ses résultats sur des questions sur le Rerum Novarum, le Kulturkampf et les réformes d'Alexandre II comme un , tandis qu'un professeur la décrit alors comme une du programme.
En 1970, elle rejoint la Section internationale de Sciences Po, une voie vers le service diplomatique à laquelle accède seulement une minorité des de l'Institut et qui n'est composée que d'un tiers de femmes. Elle étudie sous de nombreux professeurs français de renom, tels que les historiens Jean-Baptiste Duroselle, Louis Chevalier, sa cousine Hélène Carrère d'Encausse et la professeure de droit international Suzanne Bastid, ces deux dernières étant les seules femmes à enseigner à Sciences Po. Salomé Zourabichvili concentre ses études sur le monde soviétique et obtient son diplôme en juillet 1972.
left|thumb|Zbigniew Brzeziński a été professeur de S. Zourabichvili à l'université Columbia, New York. Dans une lettre de recommandation du secrétaire général de Sciences Po, René Henry-Gréard, ce dernier la décrit comme une étudiante qui, malgré sa , possède des et lui prédit un « bel avenir ». Elle rejoint l'université Columbia pour l'année académique 1972-1973, où Zbigniew Brzeziński la forme sur le régime soviétique et la diplomatie de la guerre froide.
Elle a déclaré que le choix d'une carrière dans la diplomatie fut lié à l'espoir de contribuer un jour à « aider la Géorgie ».
Carrière dans l'enseignement Salomé Zourabichvili retourne à Sciences Po en 2006, cette fois comme professeur, peu de temps après son départ du ministère géorgien des Affaires étrangères. Elle travaille jusqu'en 2014 à l'École de Paris des Affaires internationales, enseignant la politique étrangère des grands pouvoirs, l'espace post-soviétique, le développement de l'Eurasie depuis la chute de l'URSS et les causes de cette chute. De même, elle analyse académiquement les progrès accomplis par l'Union européenne en temps de crise. Un étudiant décrira ses cours comme .
Elle est la première étudiante et professeur de Sciences Po à devenir cheffe d'État.
Famille et vie privée D'un premier mariage à l'économiste irano-américain de la Banque mondiale Nicolas Gorjestani (lui-même descendant de Géorgiens d'Iran), elle a deux enfants, Kéthévane (journaliste pour France 24) et Théïmouraz (diplomate français). Elle épouse en secondes noces Janri Kachia, un influent journaliste et écrivain géorgien et réfugié politique en France en 1982, qui meurt en 2012.
Outre le français et le géorgien, Salomé Zourabichvili parle couramment l'anglais et l'italien.
Carrière en France Débuts diplomatiques Salomé Zourabichvili abandonne ses études pour rejoindre le service diplomatique français en 1974. Elle devient rapidement une diplomate de carrière et est envoyée comme troisième secrétaire de l'ambassade de France à Rome jusqu'en 1977, sous les ambassadeurs Charles Lucet et François Puaux, à la suite de quoi elle devient deuxième secrétaire à la mission permanente de la France auprès des Nations unies à New York jusqu'en 1980. Travaillant sous Jacques Leprette, elle voit la France présider le Conseil de sécurité des Nations unies à deux reprises ( et ).
Après un retour à Paris où elle travaille comme agent au centre d'analyses du ministère des Affaires étrangères, elle retourne aux États-Unis en 1984 comme première secrétaire de l'ambassade de France à Washington sous l'ambassadeur Emmanuel de Margerie. À ce poste, elle visite pour la première fois en 1986 la Géorgie. Entre 1988 et 1989, elle est envoyée à Vienne comme première secrétaire auprès de la Conférence pour la sécurité et la coopération en Europe.
En 1989-1992, elle devient seconde conseillère à l'ambassade de France à N'Djamena. Son mandat coïncide avec la prise de pouvoir d'Idriss Déby dans un coup d'État soutenu par la France.
Bruxelles et retour à Paris thumb|Zourabichvili est représentante permanente de la France auprès de l'Union de l'Europe occidentale en 1993-1996.