Thomas Andrews Drake est un lanceur d'alerte américain, né le en Louisiane. Vétéran décoré de l'US Navy, ce cadre supérieur de la National Security Agency (NSA) dénonce la corruption et la gestion déficiente du Trailblazer Project, ce qui lui vaut d'être accusé par le gouvernement fédéral américain d'avoir attenté à la sécurité nationale selon les termes de lEspionage Act of 1917. Bien qu’encourant 35 ans de prison, il est finalement condamné pour un délit mineur, mais perd son emploi à la NSA.
Biographie Le père de Thomas Drake est un vétéran de la Seconde Guerre mondiale, alors que sa mère a été l'une des secrétaires de l'écrivain Pearl Buck. Thomas entre dans l'US Air Force en 1979, où il devient un spécialiste de l'écoute électronique embarquée (Airborne Voice Processing), du fait de sa maîtrise de l'allemand. Il participe également à des missions de surveillance électronique (ELINT).. C'est dans le cadre de ces missions qu'il est amené à observer les télécommunications de la RDA, État qu'il compare aux États-Unis des années 2000-2010 à cause de plusieurs décisions touchant la vie privée des citoyens américains depuis les attentats du 11 septembre 2001.. Il quitte l'Air Force en 1989. Il a aussi travaillé pour l'US Navy, où il est chargé d'analyser des informations pour le compte du National Military Joint Intelligence Center (consulter Exhibit E, un fichier PDF).. Selon The Washington Post, il aurait aussi travaillé pour la CIA.. En 1989, en tant que contractuel pour la NSA, il analyse des logicielsIl a par exemple rédigé un article sur la qualité des logiciels : . Pour les programmes JACKPOT et LIBRARIAN, il mène des tests de qualité sur les logiciels utilisés. En parallèle, il poursuit des études universitaires (consulter Exhibit F, un fichier PDF)...
En 2000, une société travaillant dans l'informatique l'embauche comme spécialiste en qualité logicielle et consultant en TIC... À la fin de 2001, la NSA l'embauche à temps plein et l'assigne au Signals Intelligence Directorate à Fort Meade au Maryland. Il commence à travailler le , le jour des attentats sur le sol américain (consulter Government's Motion to Preclude Evidence of "“Whistleblowing” - PDF)... En 2002, il est nommé directeur d'une section logicielle qui fait partie du Cryptologic Systems and Professional Health Office. En 2003, il est nommé manager du Directorate of Engineering de la NSA. Il détient alors une habilitation Top Secret. Pendant l'enquête du Congrès américain sur les attentats du , il témoigne des manquements de la NSA. En 2006, il est assigné à la National Defense University (NDU), où il est nommé à la chaire NSA et professeur adjoint en sciences du comportement de l' (ICAF), l'un des de la NDU. Drake est obligé de démissionner de la NDU lorsque son habilitation est suspendue en 2007 ; il démissionne de la NSA l'année suivante.. Il est ensuite embauché par l'université Strayer mais il est obligé de quitter en 2010 lorsqu'il fait l'objet d'une poursuite judiciaire du gouvernement américain.
En , le gouvernement américain accuse Drake de négligence dans la manipulation de documents classés secrets. C'est l'un des rares employés du gouvernement américain à être accusé selon les termes de lEspionage Act of 1917. Les défendeurs de Drake avancent plutôt qu'il a été persécuté pour avoir dénoncé la corruption et la gestion déficiente du Trailblazer Project..... La page comprend un lien qui permet de télécharger un fichier PDF des accusations contre Drake, qui provient du site jdsupra.com, lui-même téléchargé du site Justia.com... Ensuite, il trouve un emploi dans un magasin de la société Apple. Il fonde à cette époque la société de consultants Knowpari Systems..
Le , l'ensemble des à son encontre sont abandonnées. Auparavant, Drake avait rejeté plusieurs propositions de peines parce qu'il refusait une . Il a plus tard plaidé coupable pour le seul délit d'avoir excédé l'autorisation d'utiliser un ordinateur.. Jesselyn Radack, qui l'a défendu, a qualifié ce geste de ..
En 2011, il reçoit le prix Ridenhour de la vérité. et est co-récipiendaire du Sam Adams Award for Integrity in Intelligence (SAAII). Lorsqu'il reçoit le SAAII, il dit (rappelant le discours de 1857 prononcé par Frederick Douglass, ancien esclave devenu éditeur) :
Dénonciation du Trailblazer Project et réponse du gouvernement Dans les murs de la NSA
À la fin des années 1990 et au début des années 2000, la NSA souhaite de nouveaux outils pour recueillir des informations des systèmes de communications numériques, comme Internet. Drake participe aux débats de la NSA sur deux outils : le Trailblazer Project et le ThinThread project. Il fait partie d'un groupe, minoritaire, qui préfère le ThinThread project parce que, en théorie, il protège la vie privée des citoyens américains même s'il recueille des informations utiles. Le Trailblazer Project exige des milliards de dollars pour sa mise au point, dépassant de beaucoup les coûts du ThinThread project. À l'usure, Drake « a perdu ses illusions, [tout en] s'indignant » des problèmes qu'il observe à l'agence. Vers l'année 2000, le grand patron de la NSA, le général Michael Hayden, préfère Trailblazer, annulant dans la foulée ThinThread. Le programme Trailblazer prend de l'ampleur, faisant appel aux services d'IBM, SAIC, Boeing, CSC et d'autres sociétés américaines..
Drake utilise les moyens légaux prescrits pour les employés fédéraux qui croient que des activités illégales se déroulent dans leur département. Selon les termes des lois accordant protection aux lanceurs d'alerte, telle que l’Intelligence Community Whistleblower Protection Act, Drake se plaint en interne auprès des autorités désignées : à ses supérieurs, à l' de la NSA (IG de la NSA), à l' du département de la Défense (IG du DoD) et aux deux comités du Congrès des États-Unis chargés de la surveillance des agences de renseignement.. Il échange aussi régulièrement avec Diane Roark (les deux se sont rencontrés la première fois en 2000), salariée du parti républicain auprès de l'''United States House Permanent Select Committee on Intelligence (dont la tâche principale est de surveiller les activités des agences de renseignement américaines qui font officiellement partie de la communauté du renseignement des États-Unis.). Roark est l'« expert du personnel » pour le budget de la NSA.
En , Roark et trois anciens cadres de la NSA, William Binney, J. Kirk Wiebe. et Ed Loomis., remplissent un rapport à l'intention de l'IG du DoD dénonçant des problèmes à la NSA, notamment le Trailblazer Project. Drake est la source majeure des informations du rapport (il a d'ailleurs renseigné le DoD pendant l'enquête de ce dernier sur ces problèmes). Roark tente d'informer Porter Goss, alors président de l'. Elle tente d'échanger avec William Rehnquist, le juge en chef des États-Unis. Également, elle tente d'approcher David Addington, son ancien collègue républicain dans les années 1980 puis conseiller judiciaire du vice-président Dick Cheney à cette époque. Un article du Washington Post révèle plus tard qu'Addington a rédigé, sur un appareil à l'épreuve de TEMPEST, des documents de nature technique et légale pour encadrer un programme illégal de surveillance de masse autorisé pendant l'ère de George W. Bush.... Aucun des trois hommes n'a répondu à ses requêtes.
En 2003, l'IG de la NSA déclare que le Trailblazer Project est un échec coûteux.. Ses coûts excèdent à ce moment plus de 1 milliard de dollars... En 2004, l'IG du DoD produit un rapport final sur les enquêtes lancées à la suite des accusations de Roark et d'autres personnes. Pour l'essentiel, le rapport rapporte les mêmes problèmes. Le rapport mentionne que la NSA a été interdite pendant une certaine période de mettre en branle des projets excédant un certain montant de crainte que ce ne soit de l'argent perdu. Au moment de la production du rapport, le DoD n'envisage pas de le rendre public.
Dans un article du New Yorker paru en 2011, la journaliste Jane Mayer écrit que Drake pensait que la NSA était plus criminelle que l'ancien président américain Richard Nixon. Drake a parcouru les lois sur la divulgation d'informations et a conclu que s'il révélait à un journaliste des informations Aux États-Unis, le niveau « unclassified » n'est pas officiellement un classement, même s'il est reconnu dans certains cadres de classification. Il est appliqué à des documents gouvernementaux qui n'ont pas besoin d'être classifiés ou qui ont été déclassifiés. Il s'applique le plus souvent à des documents de conséquence faible, ce qui explique le peu d'intérêt de les protéger., le pire qu'il aurait à subir serait d'être renvoyé.
En , Drake contacte Siobhan Gorman du journal The Baltimore Sun, lui envoyant des courriels sur Hushmail et échangeant sur plusieurs sujets. Il déclare qu'il a pris beaucoup de précautions pour ne pas révéler des informations sensibles ou classifiées (c'est l'une des règles de base qu'il s'est donnée avant d'échanger avec la journaliste). Ces échanges se déroulent en 2005 et 2006.. Gorman écrit alors plusieurs articles sur les pertes, fraudes et abus de la NSA, mentionnant aussi le Trailblazer Project. Elle reçoit par la suite un prix de la Society of Professional Journalists pour une série d'articles démontrant les méfaits du gouvernement américain. Le juge Richard Bennett, de la cour fédérale de district du Maryland, écrit plus tard « qu'il n'y a aucune preuve que le Journaliste A a rédigé des articles en s'appuyant sur des informations prétendument classifiées découvertes dans la maison de M. Drake »..
En , des agents armés du FBI font des descentes dans les résidences de Roark, Binney et Wiebe, qui se sont plaints en 2002 auprès de l'IG du DoD. Binney déclare par la suite que des agents ont menacé d'une arme sa femme et lui-même. Ça lui a rappelé l'Union soviétique. Aucun des trois n'a été accusé. En , des agents du FBI font une descente dans la maison de Drake. Ses ordinateurs, des documents et des livres ont été saisis. Il n'a jamais été accusé d'avoir transmis des informations sensibles à qui que ce soit ; il a été accusé d'avoir « retenu » des informations. Le FBI demande à Roark de témoigner contre Drake, mais elle refuse. Le FBI n'a jamais contacté la journaliste Gorman.
Dans un premier temps, Drake collabore à l'enquête, déclarant au FBI les prétendues activités illégales de la NSA. Le procureur Steven Tyrrell rédige entretemps une « ébauche de mise en accusation » contre Drake. Elle comprend entre autres l'accusation « d'avoir révélé des informations classifiées à un journaliste dans le but de conspirer ». Roark, Binney, Wiebe et Loomis (l'un des plaignants auprès de l'IG du DoD en 2002) auraient également été listés comme « co-conspirateurs non-accusés ». En 2009, le procureur William Welch II se penche sur le dossier et modifie la mise en accusation. Des accusations ont été supprimées ainsi que le nom des co-conspirateurs. Les accusations restantes ne visent plus que Drake.
Les procureurs veulent que Drake plaide coupable mais il refuse car il se croit innocent des accusations. Le gouvernement recherche sa collaboration dans les accusations contre les autres lanceurs d'alerte, ce qu'il refuse également. Il s'explique lorsqu'il reçoit le prix Ridenhour de la vérité en 2011 :
Accusations En , Drake est accusé par un grand jury de Baltimore, au Maryland, de : rétention volontaire d'information sur la Défense nationaleCette accusation est portée en vertu du U. S. Code, Title 18, Part I, Chapter 37, § 793(e). Consulter . (L'article 793(e) est une modification de l'Espionage Act of 1917 apportée par la McCarran Internal Security Act de 1950.). (5 fois) obstruction à la Justice (1 fois) fausse déclaration (4 fois)