Le Fantôme noir (, littéralement « la Tache fantôme » en version originale anglaise) est un personnage de fiction de l'univers de Mickey Mouse, créé en 1939 par Merrill De Maris et Floyd Gottfredson dans le Mickey Mouse, bande quotidienne publiée dans la presse. Nommé initialement la Tache (), le personnage acquiert son nom complet en 1941 lorsque l'histoire est rééditée par Dell Comics dans un intitulé Mickey contre le Fantôme noir ().

Malfaiteur presque insaisissable portant un suaire noir qui lui donne l'apparence menaçante d'un spectre, le Fantôme noir est l'un des pires ennemis de Mickey Mouse. , il signe ses forfaits en laissant derrière lui des messages maculés d'une tache d'encre noire, d'où son nom.

Après sa première apparition en 1939, ce méchant est délaissé jusqu'aux années 1960 par les cartoonistes américains tandis qu'en Italie, il est utilisé plus régulièrement dès les années 1950 dans les Disney où il s'acoquine ponctuellement avec d'autres fripouilles comme Pat Hibulaire. En France, Le Journal de Mickey publie également plusieurs histoires inédites centrées sur le Fantôme noir durant les années 1980-1990.

Le bandit masqué apparaît notamment dans les séries télévisées d'animation Tous en boîte et La Bande à Picsou. En outre, une variante du personnage se manifeste sous la forme d'un gigantesque spectre surnaturel dans le jeu vidéo Epic Mickey.

Sources d'inspiration En 1930, Floyd Gottfredson, auteur de bande dessinée, reprend le scénario et les dessins du Mickey Mouse durant la parution de La Vallée de la Mort (), une histoire écrite initialement par Walt Disney et dessinée par Win Smith. Encouragés par l'agence de presse King Features Syndicate, les auteurs accentuent à dessein l'ampleur de l'aventure publiée quotidiennement dans les journaux. La Vallée de la Mort, premier grand arc narratif de la bande quotidienne consacrée à Mickey, permet ainsi de donner la pleine mesure de sa valeur comme héros intrépide vivant des péripéties dignes de ce nom, sans plus se contenter d'une simple succession de gags chaplinesques à l'image des de la série cinématographique Mickey Mouse..

Lors de cette , Mickey et Minnie sont maintes fois tirés d'un mauvais pas par l'énigmatique « Renard » (), une figure masquée bienveillante mais ambiguë. Son apparence d'ombre noire furtive évoque fortement celle du malfaiteur spectral dans le Slick Sleuths (1926), adaptation animée du comic strip Mutt and Jeff. Le Renard offre un avant-goût bénin du futur Fantôme noir, personnage qui marquera davantage les esprits..

vignette|gauche|Affiche du film (1930). Le dessinateur attitré des Mickey Mouse commence ensuite à développer sa propre galerie de maîtres criminels. La bande quotidienne présente ainsi un nouveau personnage masqué qui apparaît dans Le bandit vampire d'Inferno Gulch (), histoire publiée en 1934. Il s'agit d'une adaptation libre du dessin animé Mickey tireur d'élite sorti la même année. Parmi les éléments originaux, Floyd Gottfredson n'hésite pas à remplacer Pat Hibulaire, l'ennemi récurrent de Mickey dans les , par , alias Don Jollio. Ce desperado à l'allure de Pancho Villa perpètre ses mauvais coups sous couvert d'un déguisement évoquant une grande chauve-souris noire. Le thème du chiroptère, le costume noir intégral du hors-la-loi et sa sinistre manie de laisser derrière lui des messages comminatoires trouvent leur source dans le criminel masqué du film de mystère (1930)., long-métrage qui inspirera également les créateurs du super-héros Batman en 1939.. Le Fantôme noir empruntera notamment au bandit vampire d'Inferno Gulch l'habitude de signer ses forfaits d'un message intimidant..

vignette|redresse=1.4|Dans le (1933), un chirurgien fou revêt un déguisement sépulcral pour kidnapper Pluto lors d'une nuit orageuse, avant d'enfermer la pauvre bête au cœur de son château hanté... Une autre silhouette crépusculaire se profile dans (1933), un Mickey Mouse aux accents de film d'épouvante réalisé par David Hand, puis librement adapté dans le Mickey Mouse par Floyd Gottfredson en 1932-1933 sous le titre Le Château Blaggard... L'aspect de l'antagoniste cartoonesque, un chirurgien dément en blouse blanche, semble a priori assez éloigné de celui du Fantôme noir mais le savant fou apparaît au commencement du dessin animé comme une , le visage dissimulé par une cagoule. De même, son et sa capacité à inspirer l'effroi ne sont pas sans préfigurer le ténébreux .

Ces divers personnages inquiétants semblent témoigner des inspirations à l'origine de la lente gestation du Fantôme noir dans l'esprit de Floyd Gottfredson. Ainsi transparaît sa fascination. pour la tradition fictionnelle des criminels masqués dont les méfaits s'étalaient dans les roman-feuilletons aussi bien que dans les des années 1910 avec Pearl White, incarnation de l'innocence persécutée (Les Mystères de New York, Le Masque aux dents blanches...) tandis qu'en Europe, les films de Louis Feuillade imposaient l'emblématique Fantômas.

Prodigue , cet imaginaire essaime ensuite dans les bandes dessinées d'aventure et policiers « » des années 1930, où se manifestent d'inquiétants « » camouflant leurs traits. Par exemple, Dick Tracy met en scène le chef du gang de la croix pourpre, qui dissimule la moitié supérieure de sa tête sous un masque noir, tandis que le redoutable Frank Redrum, alias , semble ne pas avoir de visage. L'infâme Eviloff porte une cagoule dans Dan Dunn et le macabre exhibe un suaire noir et une tête de mort dans Terry et les Pirates. Parmi toutes ces crapules, c'est qui dans Red Barry ; ce faux moine se révèlera être une femme.

Parmi les autres sources d'inspiration de l'antagoniste de Mickey, Floyd Gottfredson mentionne les deux jumeaux afro-américains nommés , personnages secondaires du de Walt Hoban, . Ces enfants agissent à l'unisson en calquant mutuellement leurs gestes. Ils sont dessinés en contraste avec leurs lèvres épaisses et yeux blanc laiteux. Dans le même ordre d'idées, Floyd Gottfredson songeait vaguement à l'expression péjorative () qui désigne quelque chose ou quelqu'un de suspect et de dissimulé, autre exemple des images racistes employées à l'époque.

À la fin du qui marque la naissance du Fantôme noir en 1939, le personnage est capturé puis démasqué. Son visage ressemble à celui d'un gentleman canin avec des petites oreilles pendantes, des cheveux gominés et un museau agrémenté de fines moustaches élégantes. rappelant celles du patron de Floyd Gottfredson, Walt Disney lui-même.. Il est envisageable d'y reconnaître également les traits de l'acteur américain Adolphe Menjou., connu pour son répertoire de

Histoire éditoriale Le Fantôme noir intervient dans un peu plus de 860 histoires, dont environ 310 ont été publiées en France selon les statistiques établies par la base INDUCKS en .

Le personnage se caractérise Qu'il , le Fantôme noir s'ingénie à contrer Mickey chaque fois que l'occasion se présente, en signant systématiquement ses délits d'une carte de visite tachée d'encre noire. Outre sa détermination à amasser illégalement puissance et richesse, ce bandit égotiste rêve de laisser son nom dans les annales du crime. Il opère le plus souvent seul mais s'allie occasionnellement à d'autres méchants Disney tels les Rapetou, Madame Mim et Tom Pouce ()..

Première apparition dans le comic strip Mickey Mouse en 1939 vignette|redresse|Appareil photo bon marché des années 1930. Scénarisé par Merrill De Maris, le Mickey Mouse consacré au premier affrontement entre Mickey et le Fantôme noir est initialement publié aux États-Unis sous le format de 97 bandes quotidiennes du au 1939. Première publication en France en 1940, puis en 1998 sous le titre Mickey contre le Fantôme noir.. Il s'agit dessinée par Floyd Gottfredson, qui conçoit ici , estime Thomas Andrae, enseignant au département de cinéma de l'université d'État de San Francisco. Dans cette aventure plutôt sombre qui reflète le climat paranoïaque engendré par les débuts européens de la Seconde Guerre mondiale, Mickey tente d'appréhender un mystérieux agent à la solde d'une puissance étrangère convoitant la formule d'une matière radioactive. Probablement inspirée par Les Six Napoléons, une enquête de Sherlock Holmes., l'intrigue repose sur une succession de vols et destructions d'appareils photos, dont l'un renferme clandestinement la formule en question.

Nommé originellement (« la Tache »)., l'énigmatique bandit est représenté de manière sépulcrale, entièrement couvert d'un long suaire noir avec juste deux trous verticaux et blancs, sans pupilles, en guise d'yeux. Ce linceul, assorti de larges manches et de gants ébénins., lui confère l'apparence d'un doté de facultés presque surnaturelles comme l'atteste sa capacité de surgir brusquement de nulle part, d'espionner tout un chacun sans attirer l'attention, et d'imiter silencieusement la démarche des individus qu'il suit à la trace comme leur ombre.. Il appose sa touche particulière en laissant derrière lui un message menaçant et maculé d'une tache d'encre, d'où son nom en version originale... Conformément au topos du contraste physique et moral entre un héros et son ennemi juré, le Fantôme noir est grand, élancé et ténébreux face à un Mickey petit et solaire.. Dans la galerie des ennemis de la souris de Disney, il se distingue donc par son aspect effrayant, loin des éléments comiques propres à un méchant tel que Pat Hibulaire.

vignette|gauche|Une machine de Rube Goldberg. Dangereusement intelligent., le Fantôme noir est aussi dépeint comme un criminel sadique, dont la spécialité est d'emprisonner Mickey dans des pièges ingénieux destinés à le tuer via des dispositifs complexes qui relèvent de la cruauté purement gratuite.. Suivant le principe de la réaction en chaîne propre aux machines extravagantes du dessinateur Rube Goldberg, le procédé semble s'étendre à l'ensemble du scénario : . De cette façon,

Un certain cynisme imprègne le récit puisque le vertueux héros en vient à adopter les méthodes de son lugubre adversaire : Mickey finit par revêtir lui-même un costume noir afin de voler les appareils photos tant convoités, y compris des propres mains d'une petite fille. De la sorte, le renvoie à la crainte d'un avilissement moral menaçant l'Amérique, potentiellement contrainte de s'abaisser au niveau des belligérants de l'Axe. Lorsqu'il parvient à échapper temporairement au Fantôme noir grâce à un tunnel construit sous son jardin, Mickey déclare avoir prévu que ce souterrain lui serait , autre allusion voilée aux angoisses inhérentes à la guerre en cours.

Par ailleurs, l'aventure présente pour la première fois le personnage du commissaire Finot ( en version originale) et offre la deuxième apparition de l'inspecteur Duflair (), renforçant ainsi la tonalité policière du scénario. tout en établissant le rôle caractéristique de détective-justicier que Mickey rendossera ultérieurement en tant qu'auxiliaire des forces de l'ordre dans les de l'Italien Romano Scarpa.

vignette|Ernest Debs, membre du Conseil municipal de Los Angeles, brandit des s policiers et d'horreur achetés dans sa circonscription en 1954, année de l'établissement de la . L'histoire complète du paru dans la presse quotidienne en 1939 est rééditée en couleurs dès 1941 dans le seizième numéro de la série Four Color publiée par Dell Comics.. Ce premier d'envergure entièrement consacré à la souris de Disney paraît sous le titre .., trouvaille qui fixe définitivement le nom du personnage : (littéralement « la Tache fantôme ») au lieu de la simple dénomination . D'une longueur et d'une ambiance inhabituelles pour les de l'époque, le remporte un grand succès en permettant à Walt Disney Productions de toucher une redevance sur ..