La Mère de Dieu est un roman gothique allemand de Leopold von Sacher-Masoch paru en 1883 sous le titre Die Gottesmutter. Ce roman fait partie du cycle du Legs de Caïn, traduit en français par Catherine Strebinger et publié chez Hachette en 1886., il a été depuis, réédité en 1991, avec une préface de Jean-Paul Corsetti aux Éditions Champ Vallon.

Pour Gilles Deleuze, ce roman est avec La Pêcheuse d'âmes un des plus grands romans de Sacher-Masoch..

Résumé La Mère de Dieu, Mardona, dirige sa secte. La secte est gaie mais sévère pour le pêché, hostile au désordre. Mardona est Se sentant trahie par Sabatil qui aime aussi Nimfodora, Mardona s'en inquiète et s'écrie : . Mardona le condamne : . Elle condamne mais veut le consentement de Sabatil au supplice. Elle lui cloue les pieds et fait clouer les mains de Sabatil par Nimfodora. À la fin de La Mère de Dieu, Mardona se trouve emmenée à la suite de délations, accusée d'être au-dessus de la loi des hommes. Elle fait comprendre que si elle est au dehors des lois de la cité, donc au dehors des lois du Père, c'est qu'elle est, elle-même à sa façon, comme une autre instance de justice divine. Une autre forme de justice de la Déesse Mère. Mardona reprend à son compte les punitions du patriarcat.

Analyse Un rapport à Dracula dans le fait que Nimfodora s'entaille le bras pour que Mardona puisse se baigner dans le sang. C'est aussi un rapport à une autre nouvelle de Sacher-Masoch Eau de Jouvence inspirée de la légende d'Élisabeth Báthory. En croix, Sabatil joue la Passion : « Pourquoi m'as tu abandonné ? », et s'adressant a Nimfodora : « Pourquoi m'as tu trahi ? » Selon Gilles Deleuze, .

C'est surtout La Vénus à la fourrure, et moins le reste de l'œuvre masochienne qui poussa Richard von Krafft-Ebing à utiliser le terme masochisme pour qualifier un symptôme qu'il considérait comme une pathologie.. Du reste Richard von Krafft-Ebing aurait pu aussi donner le nom de sadisme à Masoch puisqu'il y a du sadisme dans l'œuvre de Masoch, par exemple dans la Hyène de Puszta, mais il ne s'agit que de sadisme romanesque, et comme le dit Gilles Deleuze dans sa présentation, une forme de sadisme qui appartient au masochisme. N'empêche que ce sadisme dans la vraie vie, Sacher-Masoch ne pourrait en aucun cas le vivre sans le mener à la mort. En revanche les éléments fétichistes sont le plus souvent ressentis, animés par Masoch. Et ils apparaissent tout au long des deux romans.

Si Leopold von Sacher-Masoch a toujours essayé de mettre en scène La Vénus à la fourrure dans sa vraie vie, il lui aurait été impossible de faire de même avec quelques tueuses de ses autres romans. À un journaliste qui se plaint que Masoch mette en scène dans tous ses romans tant de femmes cruelles et criminelles, il répond : .. Et comme l'exprime Deleuze, le sadique et le masochiste ne peuvent se rencontrer, et si par hasard une rencontre intervient : .

Pour Jean-Paul Corsetti, pour La Mère de Dieu ainsi que pour La Pêcheuse d'âmes, les personnages masochiens se rapprochent aussi des héros de pacotille qui hantent Les châteaux de la subversionAnnie Le Brun, Les châteaux de la subversion, Paris, Gallimard, coll. Folio essais, 1986, ., chers à la gothic storyJean-Paul Corsetti, préface de La Mère de Dieu, édition Champ Vallon, 1991.

Pour Bernard Michel . Jean-Paul Corsetti ne partage pas l'avis de Bernard Michel. Il situe La Mère de Dieu dans le dernier cycle du Legs de Caïn, cycle dévolu à la mortJean-Paul Corsetti, préface de La Mère de Dieu, édition Champ Vallon, 1991 ..

Gilles Deleuze, lui, rapproche La Mère de Dieu de La Pêcheuse d'âmesJean-Paul Corsetti, préface de La Mère de Dieu, édition Champ Vallon, 1991 ..

Quant à Pascal Quignard, il y voit selon Jean-Paul Corsetti l'expression du « balbutiement ».

Pour Sacher-Masoch la nature fait partie de ses images primitives, il voit en elle la Déesse-Mère. La nature l'émerveille, l'enchante, l'inspire. Il est écologiste avant l'heure. Non seulement il l'écrit dans ses autobiographies, mais il le met aussi dans les paroles de ses personnages comme dans ce livre : .

Dans La Vénus à la fourrure Masoch écrit :

Selon Roland Jaccard, ..

Fétichisme et descriptions .

Dans la Mère de Dieu toutes les formes de fétichisme qui fascinent Sacher-Masoch y sont réunies. La relation à la fourrure, omniprésente évidemment comme dans de nombreux écrits de Sacher-Masoch, une relation avec le Legs de Caïn : Preface Elisabeth Lemirre et Jacques Cotin Don Juan de Kolomea - Éditions Philippe Piquier.

Dans un autre livre, Sacher-Masoch exprime clairement son fétichisme du pied : Le pied dans La femme séparée Sacher-Masoch évoque son fétichisme du pied féminin : . Masoch révèle sa fascination pour le pied, un thème favori de Sacher-Masoch. Il l'exprime dans un roman : Madame von Soldan 1882..

Bien que le roman ne soit pas dans la lignée de La Vénus à la fourrure où Sacher Masoch met en scène ce qu'il cherche à réellement vivre, il décrit, cependant, la femme idéale, celle qu'il désire dans La Mère de Dieu, comme dans ses autres romans. Tout ce qui est de l'ordre de la beauté naturelle ne résiste pas à la fascination fétichiste. Elle annule tout ce qu'il y a autour d'elle pour occuper toute la scène. Mardona est vierge et intouchable, « chaste et belle » : ; ; Dans nombre de ses romans on trouve la trace de bottes de maroquin rouge. Ces bottes que portait sa nourrice et qui est au cœur de sa scène primitive.. Nombreuses seront les femmes cruelles bottées de maroquin rouge dans l'œuvre masochienne. On retrouve ces bottes tout naturellement dans La Mère de Dieu :

Les bottes de maroquin changent parfois de couleur, bleues, jaunesLa Mère de Dieu .... Mardona est souvent d'une froide majestéLa Mère de Dieu .. Majesté graveLa Mère de Dieu . et d'un sourire dédaigneux. Fétichisme des mains et du pied Les femmes sont hors civilisation patriarcale .

Chez Masoch il y a aussi une sorte de fétichisme de la laideur, ou encore de l'esthétisme de la laideur.. C'est ainsi qu'il décrit des personnages de romans, lorsqu'il veut les rendre, parfois, laids ou désagréables pour mettre plus en valeur encore l'esthétisme de la beauté des personnages fétichisés. Et donc, Jehorig, le frère de Mardona est : Et à propos d'Anouchka (sœur de Mardona),

Enfin la nature chez Masoch est aussi fétichisée en hiver :

Le Legs de Caïn Le legs de Caïn est inachevé, il devait comporter un cycle : Dans l'œuvre de Masoch, il y a deux grandes figures mythiques, Caïn et Jésus. L'œuvre de Sacher-Masoch est sous le signe de Caïn. Sacher-Masoch se dit fils de Caïn, condamné d'avance par Dieu. Pour Gilles Deleuze, le crime de Caïn appartient entièrement au monde masochiste. Hermann Hesse dans Demian identifie la Déesse-Mère avec Ève, géante qui porte au front le signe de Caïn. Selon l'auteur, le signe de Caïn ne serait pas une marque visible, en somme une marque corporelle de sa faute, mais un signe de supériorité et de force de caractère.

Hermann Hesse, toujours, dans Demian : selon lui toute l'histoire de Caïn est née du « signe » : « Il existait une race hardie, dont le visage brillait d'une intelligence qui faisait peur aux médiocres ; ceux-ci se sont garantis contre leur inquiétude en inventant le récit de la Genèse. Aujourd'hui les fils de Caïn existent toujours : ils ne paissent pas longtemps avec le troupeau ; au terme d'une errance solitaire, ils accèdent au cercle restreint des initiés : Moïse, Bouddha, César, Jésus, Loyola, Napoléon, Nietzsche… Eux seuls sont de véritables éveillés »Hermann Hesse, Demian, Le livre de poche.

Pour Jean-Paul Corsetti, ainsi que l'a montré Pascal Quignard :

Pour Roland Jaccard,

Le roman rejoint les gnostiques qui considèrent la création comme une création mauvaise engendrée par un mauvais démiurge. D'une certaine manière, tout le monde créé est infernal.

Pour Pascal Quignard, Dans son chapitre Le doublet Jésus Cain .

Présentations et préfaces

Œuvres maîtresses : La Vénus à la fourrure, Le Cabinet noir de Lemberg, La Pêcheuse d'âmes, Les Batteuses d'hommes, La Pantoufle de Sapho et autres contes, préface Cécile Guilbert, Éditions Robert Laffont, sortie le Préface Elisabeth Lemirre et Jacques Cotin Don Juan de Kolomea - Éditions Philippe Piquier

Notes et références

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