La campagne de Nouvelle-Bretagne est une série de batailles s'échelonnant de à , pendant la campagne de Nouvelle-Guinée lors de la Seconde Guerre mondiale. Les forces australo-américaines menèrent des débarquements successifs en Nouvelle-Bretagne (faisant à cette époque partie du Territoire de Nouvelle-Guinée sous mandant australien), destinés à accentuer l'isolement de la base japonaise de Rabaul qui était alors la plus grande base militaire et logistique de l'empire du Japon dans le sud du Pacifique où étaient stationnés plus de de ses civils et militaires.
Le contexte
L'occupation japonaise
Les forces japonaises s'emparent de la Nouvelle-Bretagne en car ils veulent mettre la main sur Rabaul. Ils submergent aisément la petite garnison australienne lors de la bataille de Rabaul. L'objet de cette invasion est d'empêcher les Alliés d'utiliser Rabaul comme base pour attaquer la position japonaise des îles Truk dans le Pacifique central mais aussi de s'en servir comme point d'ancrage pour de futures progressions dans la région. Si des centaines de soldats australiens peuvent s'échapper et sont évacués entre février et mai, près de neuf cents sont faits prisonniers et traités dans des conditions très rudes. Les cinq civils européens faits prisonniers sont internés. Le , 849 prisonniers de guerre et 208 civils capturés sont tués du fait du torpillage par un sous-marin américaine du Montevideo Maru les transportant vers le Japon. Le reste des prisonniers européens sont transférés dans les îles Salomon où ils décèdent du fait des conditions atroces de leur détention.
Les autorités japonaises conservent le système administratif australien pour la gestion de l'île. Elle s'appuie sur les chefs de village, dont beaucoup se tournent vers les Japonais, soit pour assurer leur survie, soit pour prendre le dessus sur des rivaux. Ceux qui refusent de faire allégeance aux Japonais sont sévèrement punis, certains chefs étant exécutés. Si les femmes et les enfants d'origine européenne ont été évacués vers l'Australie peu avant la guerre, les Asiatiques n'ont pas bénéficié du même traitement. La communauté chinoise craint d'être maltraitée voire massacrée, à l'image de ce qui est arrivé sur d'autres territoires dans le Pacifique. Si les occupants ne vont pas jusqu'à exterminer certains habitants, ils enrôlent de force les hommes pour les faire travailler dans les champs tandis que certaines femmes sont victimes de viol, quand elles ne sont pas contraintes de devenir des femmes de réconfort.
Après l'invasion de la Nouvelle-Bretagne, les Japonais établissent une large base à Rabaul. Dès le début de l'année 1942, les Alliés lancent des attaques aériennes contre les infrastructures japonaises près de la ville, généralement sans grand succès. Au milieu de l'année 1943, un réseau de quatre aérodromes est établi à Rabaul pour accueillir 256 chasseurs et 166 bombardiers. Ces appareils ont pour mission de combattre les Alliés en Nouvelle Guinée et dans les Salomon. La ville devient aussi un port d'importance, avec la construction de docks et d'infrastructures de réparation de navires. D'importantes provisions sont stockées dans des entrepôts et des dépôts à ciel ouvert, parfois à l'extérieur de Rabaul. Quelques autres infrastructures sont établies par les Japonais en Nouvelle-Bretagne, à l'image de l'aérodrome construit à Gasmata, sur la côte sud de l'île. Tant les Japonais que les Australiens maintiennent des unités de garde-côtes à différents endroits de la région. En ce qui concerne les Australiens, ce sont des civils volontaires qui exercent cette mission.
En 1943, quelques éléments de l’Allied Intelligence Bureau (Bureau de renseignement allié), comprenant des troupes australiennes et néo-guinéennes, débarquent en Nouvelle-Bretagne. Leur mission est de recueillir des informations, de réaffirmer la souveraineté australienne et de secourir des aviateurs alliés. En réaction, les Japonais pourchassent les membres de l'AIB et les garde-côtes australiens, n'hésitant pas à commettre des atrocités contre les civils soupçonnés de les aider. L'AIB participe aussi à l'équipement et à l'entraînement de Néo-Guinéens qui mènent une efficace guérilla de basse intensité contre les garnisons japonaises. Toutefois, l'attaque de certains villages soupçonnés de collaborer avec les Japonais contribue aussi à déclencher des rivalités tribales.
Forces en présence
En 1943, plus de et civils japonais sont présents en Nouvelle-Bretagne et en Nouvelle-Irlande. Ces effectifs sont principalement positionnés autour du quartier-général de la 8e armée régionale , sous le commandement du général Hitoshi Imamura : la division ( à la fin de la guerre), la division (), la brigade (), la brigade (), le régiment (), le régiment () et le régiment (). Au total, ces forces rassemblent des effectifs représentant approximativement quatre divisions, auxquelles s'ajoutent les troupes navales équivalant à une division. A la fin de la guerre, elles sont regroupées autour de Rabaul et de la péninsule de Gazelle à proximité. Sans soutien aérien et maritime du fait des efforts des Alliés pour les isoler, ils sont privés de tout espoir de renfort et de ravitaillement. Dès , les communications directes entre Rabaul et le Japon sont coupées, contraignant la armée à survivre par ses propres moyens.
Par comparaison, les troupes alliées sont peu nombreuses, ne représentant jamais plus d'une division comptabilisant des forces australiennes, américaines et néo-guinéennes. La Task Force américaine Director qui sécurise Arawa est une équipe de combat régimentaire (Regimental Combat Team, soit un régiment renforcé) issu du régiment de cavalerie. Par la suite, les Américains sont représentés par la 1re division des Marines, puis la 40e division d'infanterie, avant que les Australiens ne prennent la suite au travers de la 5e division. Cette infériorité numérique constante est en partie due aux mauvaises estimations des forces japonaises en présence et à la stratégie alliée, qui ne fait pas de la Nouvelle-Bretagne un enjeu majeur. L'objectif est principalement de s'emparer et de défendre des positions pouvant servir de terrains d'aviation et de contenir les troupes japonaises.
Opérations préliminaires vignette|Beach at Cape Gloucester À partir du milieu de l'année 1942, les plans des Alliés dans le Pacifique se concentrent sur la reprise ou la neutralisation de la base de Rabaul. En , l'état major interarmées américain ordonne une offensive en tenaille contre Rabaul. Les troupes affectées à la région du Pacifique sud doivent s'emparer des îles Salomon en partant de Guadalcanal. Dans le même temps, les forces de la zone du sud-ouest du Pacifique, dirigées par le général Douglas MacArthur, doivent prendre Lae et Salamaua sur la côte nord de la Nouvelle-Guinée. Une fois ces objectifs atteints, les deux armées doivent débarquer en Nouvelle-Bretagne pour se diriger sur Rabaul. Toutefois, ce plan s'avère trop ambitieux car MacArthur n'a pas les effectifs pour le mener à bien. En outre, les Japonais lancent au même moment une violente offensive sur Port Moresby, qui est défendu au prix de rudes combats lors de la campagne de la piste Kokoda, la bataille de la baie de Milne et la bataille de Buna-Gona. Néanmoins, les Alliés en sortent victorieux et conservent la Nouvelle-Guinée, qui devient dès lors une base pour mener des offensives dans les alentours.
Au début de l'année 1943, les Alliés revoient leurs plans. À la suite d'une conférence importante, l'état major interarmées arrête une nouvelle stratégie qui vise moins à s'emparer de Rabaul qu'à réduire la menace qu'elle fait peser pour les Alliés. C'est l'opération Cartwheel. MacArthur reçoit pour mission d'établir des terrains d'aviation sur deux îles au large de la Nouvelle-Guinée, de s'emparer de la péninsule de Huon en Nouvelle-Guinée et de débarquer à l'ouest de la Nouvelle-Bretagne. La zone du Pacifique Sud doit quant à elle poursuivre sa progression depuis les îles Salomon vers Rabaul, en débarquant notamment sur l'île de Bougainville. Dans les premières ébauches du plan, en , MacArthur doit prendre Rabaul mais cet objectif est revu à la baisse car l'état-major interarmées estime que l'isolement et l'affaiblissement de la base japonaise est un objectif suffisant et accessible par un bloc et des bombardements aériens. MacArthur est d'abord hostile à ce changement de cap mais il est entériné par la Conférence de Québec en août.
En , la 5 armée aérienne américaine, la principale force aérienne alliée positionnée dans la région du Pacifique sud-ouest, commence ses assauts contre Rabaul. Leur but est d'empêcher les Japonais d'utiliser cette position comme base navale ou aérienne et de soutenir le débarquement prévu sur Bougainville le , ainsi que les débarquements à l'ouest de la Nouvelle-Bretagne programmés pour décembre. Le premier raid intervient le et implique 349 appareils. D'autres attaques sont menées par la suite, à chaque fois que les conditions météorologiques le permettent. Le , deux porte-avions américains attaquent la ville et le port, contraignant la Marine impériale japonaise à renoncer à se servir de Rabaul comme base maritime. À partir de nombre, la campagne s'intensifie, dès lors que des appareils peuvent décoller de terrains d'aviation aménagées sur les îles des Salomon récemment reconquises.
Invasion de la Nouvelle Bretagne occidentale
thumb|left|Disposition des forces japonaises en Nouvelle-Bretagne avant le début de la campagne
Plans respectifs
Le , l'état-major de MacArthur ordonne l'invasion de la Nouvelle-Bretagne, sous le nom d'opération Dexterity. La 6e armée américaine doit débarquer des troupes dans la région du cap Gloucester, à l'ouest de la Nouvelle-Bretagne, ainsi qu'à Gasmata, pour contrôler la partie à l'ouest de la ligne allant de Gasmata à Talasea sur la côte nord. Le lieutenant-général George Kenney, chef de la composante aérienne de la force de MacArthur, est opposé à cette opération car il estime les délais d'implantation de terrains d'aviation sur le Cap Gloucester trop longs. Les aérodromes déjà présents en Nouvelle-Guinée lui semblent suffisants pour bombarder Rabaul et soutenir des débarquements ailleurs dans la région. Néanmoins, Walter Krueger, le général en chef de la armée et les amiraux de MacArthur estiment que l'invasion de la Nouvelle-Bretagne est impérative pour contrôler le détroit de Vitiaz, par lequel doivent transiter des convois alliés vers l'ouest de la Nouvelle-Guinée. Pour autant, l'armée américaine ajourne l'opération Dexterity en novembre car elle craint l'arrivée récente de renforts japonais ainsi que la proximité de la zone de débarquement avec les pistes d'aviation de Rabaul. Enfin, la région est considérée comme trop humide. Le , c'est la zone d'Arawa qui est ciblée pour un débarquement au sud-ouest de la Nouvelle-Bretagne, de manière à y installer une base de PT boats et détourner l'attention des Japonais du débarquement principal à Cape Gloucester. Une fois les forces aériennes et maritimes nécessaires rassemblées, le débarquement est prévu pour le 15 à Arawe et pour le au cap Gloucester.
Depuis , la armée est chargée de préparer l'opération Dexterity. Les renseignements qui nourrissent cette préparation proviennent de patrouilles des Marines ou d'unités de la armée qui débarquent en Nouvelle-Bretagne entre septembre et décembre, ainsi que de photographie aériennes. La division de Marines est la principale formation choisie pour le débarquement, aux côtés d'unités d'artillerie, de transport, du génie et de logistique, connues sous le nom de Backhander Task Force. Le régiment de cavalerie, en réalité une unité d'infanterie, doit débarquer à Arawe. Il est soutenu par des unités d'artillerie et du génie et forme, avec celles-ci, la Director Task Force.