Ludwig van Beethoven a composé des danses à travers les genres tels que menuet, danse allemande, contredanse, l'écossaise et la valse, presque toutes des danses populaires de la société de son temps. À la fin du , la danse de cour qui domine est le très formel menuet ; mais au début du , cette position est renversée par la valse qui rapproche les partenaires dans une plus grande intimité. La contredanse, avec sa mesure binaire, était aussi populaire auprès des classes moyennes, tandis que la « danse allemande » des villages de Bavière et d'Autriche a fourni la base de la valse elle-même.
Dans la musique de danse, l'attention n'est que partiellement axée sur la musique ; il faut donc la plus grande simplicité dans l'harmonie et la mélodie. Les œuvres écrites par Beethoven dans ce genre sont ainsi sans prétention et peuvent être considérées comme mineures dans sa production. Il est cependant des pièces qui annoncent les grands chefs-d'œuvre à venir.
Introduction
Les danses composées pour orchestre par Beethoven sont parmi ses premières œuvres purement orchestrales et sont regroupées dans neuf recueils WoO 7 à 11, 13 à 17 auxquels il faut ajouter le tardif « Gratulations-Menuett » WoO3 (1822) — les WoO 12 et 16 ne sont pas de Beethoven. Presque toutes sont des compositions de circonstance. Les Douze Menuets WoO 7 et les Douze danses allemandes WoO 8 étaient destinés à l'une des redoutes avec bal masqué organisées chaque année fin novembre par la Société de pension des artistes de Vienne (Wiener Künstler-Pensions-'Institut) — une association suffisamment riche pour s'offrir les services de compositeurs en vue, tel Joseph Haydn en 1792, Leopold Kozeluch en 1793, Karl Ditters von Dittersdorf et Joseph Leopold Eybler en 1794. C’est probablement pour des circonstances analogues que furent composés les Six Menuets WoO 10, les Douze danses allemandes WoO 13 et les versions originales des Contredanses WoO 14. En revanche, un apparentement de genre, un nombre plus restreint d'instruments original, ainsi qu'une tournure simple et populaire des Ländler WoO 11 et 15, évoquent manifestement un cadre plus intime, tout au moins non officiel.
Comme il était alors d'usage, les danses pour orchestre étaient publiées soit sous la forme d'une version pour piano, soit pour orchestre très réduit (le plus souvent deux violons et basse), tandis qu'un très petit nombre de copies de parties de la version originale était en vente. Les arrangements pour piano des menuets et des danses allemandes WoO 7, 8, 10 et 13, ainsi que les Ländler WoO 11 et 15, sont certainement, ou très probablement, de Beethoven lui-même. Les versions originales des WoO 10, 11 et 13 ont disparu. Toutefois, leur existence se laisse déduire d'après le titre même de la source (WoO 13), d'après la facture orchestrale de la version pour piano (WoO 10), ou bien de par l'analogie avec des recueils comparables (WoO 11 en comparaison avec WoO 15). Dans la plupart des cas, on ne peut répondre avec une certitude absolue à la question concernant l'authenticité des arrangements pour piano, car l'on ne possède aucune source autographe. La mention désignant explicitement le compositeur comme arrangeur des WoO 7 et 8, dans une annonce de la Wiener Zeitung du , pourrait signifier qu'il était alors de règle que de tels arrangements eussent été réalisés par des copistes habiles, ou bien même chez l'éditeur. Il pourrait éventuellement être question, entre autres, du frère de Beethoven Karl en tant qu'arrangeur : on sait que celui-ci s’occupa pendant plusieurs années de façon intensive, et parfois même arbitraire, des affaires de Beethoven, et que d’après ses propres déclarations il arrangeait de temps à autre pour différents instruments des compositions de Ludwig — soi-disant sous la surveillance de ce dernier, mais dans certains cas assurément de sa propre autorité. La réduction pour piano des Sept Contredanses extraites des WoO 14, dont il est question dans l'appendice au catalogue WoO, se trouve dans une copie rédigée par lui, et réalisée probablement aussi à son instigationRobert Forster, Beethoven: Tänze für Klavier, Préface, G. Henle Verlag, Munich, 1990..
Beethoven a également composé des danses directement pour le piano et ce sont des œuvres relativement facile à jouer, sauf la Polonaise opus 89.
Œuvres pour piano Menuet en mi bémol majeur Date de composition : 1783. Durée : environ trois minutes. Publication : 1805. Partition libre.
La date de composition de ce menuet est incertaine mais la remarque manuscrite (en français) « dans l'âge de 13 ans » sur l'édition originale de 1805, semble plausible ; les fréquentes octaves de main gauche, de même que la facture polyphonique des mesures 17 à 24, font supposer qu'il s'agit d'un arrangement pour piano d'une composition pour ensemble instrumental assez ample.
La forme de la pièce est assez simple : la section principale est en deux parties, chacune répétée, suivie par une section en trio, aussi répétée, puis se conclut avec un remaniement de la première section; c'est le même modèle que celui utilisé dans d'autres menuets, y compris son célèbre Menuet en sol, une partie des Six menuets WoO 10. Le thème principal de ce menuet n'est pas aussi unique que ceux des œuvres plus connues, mais sa brillance est remarquable. Le trio montre une certaine habileté lorsque la ligne principale bascule sur la gauche, avec la main droite qui prend immédiatement l'accompagnement. Même bien conçu, ce petit morceau n'est pas une œuvre majeure parmi celles pour piano solo de Beethoven, pourtant, elle est attrayante et une grande réussite pour un enfant de treize ans.
Allemande en la majeur Date de composition : (?) 1793, 1800 au plus tard. Durée : environ deux minutes. Publication : Breitkopf & Härtel, 1862-90. Partition libre.
C'est sur un cahier d'esquisses qu'est notée l’Allemande WoO 81 (signifiant ici « danse allemande »), dans lequel se trouvent également des ébauches du « Flohlied » (« Chant de la puce ») op. 75/3, et maintes compositions non encore identifiées jusqu'ici. Derrière de nombreuses corrections, surtout dans la deuxième partie, se cache une version plus ancienne du morceau, d'un intérêt tout particulier si l'on considère les rapports frappants avec d'autres compositions de Beethoven. Environ vingt-cinq ans plus tard, il s'est servi de cette allemande (sans la partie mineure) comme passage central à la façon d'un trio, dans le deuxième mouvement de son quatuor à cordes en la mineur op. 132 (1825). Singulièrement, la citation débute avec la deuxième partie de l’Allemande, et provient d'une version plus ancienne de ce passage effacée lors d’une correction (1822, Beethoven envisageant peut-être de l'inclure dans les Bagatelles opp. 119 ou 126). Et c’est justement cette version ancienne que l'on retrouve également dans les Douze danses allemandes WoO 13 en tant que deuxième partie du n° 11, comme citation presque textuelle (bien entendu sur une mesure à 3/4, comme dans l'opus 132).
Six écossaises en mi bémol majeur Date de composition : (?) 1806. Durée : environ deux minutes. Publication : 1807. Partition libre.
Ces piécettes très simples doivent être jouées comme un seul morceau, ludique et humoristique. Le segment thématique est d'abord présenté puis suivi d'un refrain qui lie et unifie tout le matériau. Le refrain a un caractère chaleureux et il danse allègrement sur le clavier à chacune de ses apparitions. La pulsation est animée, l'écriture stimulante par son mélange d'élégance et de plaisirs joyeux. Beethoven l'a sans doute composée pour ses élèves, même si sa patte n'est pas identifiable.
Polonaise en ut majeur Date de composition : décembre 1814. Durée : environ six minutes. Publication : mars 1815, Pietro Mechetti (Vienne). Partition libre.
À l'occasion du Congrès de Vienne (-), l'ambassadeur de Russie, le comte Andreï Razoumovski — un des premiers mécènes de Beethoven — joue un rôle important, assurant à la Russie des droits sur la Pologne, et il est fait prince. Beethoven est invité à participer à plusieurs des mondanités organisées à l'occasion du Congrès et est présenté une première fois à la tsarine Élisabeth Alexeïevna qui avait demandé à le rencontrer. Fin , Beethoven écrit une lettre au baron Joseph von Schweiger : « Votre Excellence m'a fait part de la nouvelle très agréable que l'Impératrice aurait accepté avec satisfaction ma petite offrande. Voici mon désir le plus cher enfin accompli — Mais quel bonheur ce serait pour moi si je pouvais le faire savoir au monde entier […]Lettres de Beethoven. L'intégrale de la correspondance 1787-1827, trad. Jean Chuzeville, Actes Sud 2010, 1803 p.» Il s'agit de la Polonaise opus 89. Le , l'archiduc Rodolphe organise une cérémonie, en présence de la tsarine, au cours de laquelle Beethoven joue la Polonaise, une réduction pour piano de sa et la cantate Adélaïde opus 46 ; c'est le dernier concert de Beethoven en tant que pianiste. Schindler raconte : « Beethoven ne se rappelait pas sans émotions ces jours de réceptions au Burg-impérial et à l'ambassade russe où les grands personnages lui faisaient la cour et le traitaient avec une grande distinction. »Anton Schindler, Histoire de la vie et de l'œuvre de Ludwig Van Beethoven, Garnier frères Paris, 1864, p. 159..
La Polonaise est dédiée à « Sa majesté Élisabeth, impératrice de toutes les Russies » et Beethoven reçut cinquante ducats, une somme considérable à l'époque pour une composition pour piano seul de longueur modeste. Ce présent à la tsarine semble avoir joué en faveur de Beethoven car son mari, le tsar Alexandre Ier, lui versa également cent cinquante ducats, plus ou moins dû à Beethoven depuis douze ans pour les trois sonates pour violon et piano de l'opus 30 (n° 6, 7 et 8), dédiée au tsar.
L'œuvre commence par un passage en forme de cadence, à la manière de celle qui ouvre le Cinquième concerto. Le thème, traité de manière énergique, est suivi par une partie centrale, « sorte de paraphrase de la danse connue, et qui faisait déjà fureur à l'époque. Très caractéristique, en particulier, de la création beethovénienne en sa maturité, cette manière de réaliser une véritable « abstraction » du rythme d'accompagnement de la Polonaise (croche – deux doubles croches - quatre croches), sans qu'on puisse créditer cette manière des soucis d'expressivité dramatique qui seront ceux d'un Chopin. Ici, au contraire, priment l'élégance, le brillant, la légèreté — même dans le bref trio en la bémol majeur intercalé par l'auteur en dehors de toute convention »François-René Tranchefort (dir.), Guide de la musique de piano et de clavecin, Paris, Fayard, coll. « Les indispensables de la musique », 1987, p. 146-148.). La coda fait entendre un bref extrait de la cadence d'ouverture.
Valse en mi bémol majeur Date de composition : Fiche de la BNF.. Durée: environ une minute. Publication : 1824, Karl-Friedrich Müller (Vienne) — Recueil "Musikalisches Angebinde zum Neuen Jahr". Partition libre.
L'acteur viennois Karl-Friedrich Müller qui, par suite d'une maladie, se trouvait dans l'impossibilité de continuer à exercer sa profession, s'adressa à une cinquantaine de compositeurs pour être aidé et publia à compte d'auteur trois recueils de danses, chez Sauer & Leidesdorf, chaque fois à la fin de l'année. Par pitié envers Müller, Beethoven donna sa contribution avec la Valse en mi bémol majeur WoO 84, la Valse en ré majeur WoO 85 et l’Écossaise en mi bémol majeur WoO 86. Ce sont les trois dernières compositions de danse pour piano que Beethoven a écrites.