Éric Fottorino, né le à Nice, est un journaliste et écrivain français. Après vingt-cinq années passées au quotidien du Monde, qu’il dirige de 2007 à , il a cofondé l'hebdomadaire Le 1 en « « Le 1 », nouvel hebdo lancé par Éric Fottorino, pour « comprendre le monde qui vient » », 20 Minutes, 7 mars 2014 ainsi que les trimestriels America (2017), Zadig (2019) et Légende (2020). Il est l'auteur de seize romans, la plupart parus chez Gallimard, et lauréats de prix littéraires importants tels le prix Femina, le prix des Libraires, le grand prix des lectrices de Elle ou le grand prix du Roman France-Televisions.

Eric Fottorino a par ailleurs présidé le Centre culturel François Mauriac de Malagar (Gironde) entre 2011 et 2016.

Biographie

Jeunesse Eric Fottorino est le fils d’un juif marocain natif de Fès, et a été adopté par un pied-noir de Tunisie, Michel Fottorino (auquel il consacrera un ouvrage en 2009, L’Homme qui m’aimait tout bas).

Éric Fottorino fait ses études à la faculté de droit de l'université de La Rochelle et de l'université Paris-Nanterre, puis à l'Institut d'études politiques de Paris (Sciences Po Paris) (promotion 1983)« Éric Fottorino (promo 83) », Émile, SciencesPo Alumni. No. 7, Automne 2016, p. 4 (PDF).

Carrière d'écrivain Éric Fottorino est également connu comme romancier. Depuis la parution de son premier roman Rochelle, en 1991, Éric Fottorino a publié quinze romans. Il a reçu plusieurs prix pour son œuvre, notamment le prix Europe 1 et le prix Culture et Bibliothèques pour tous pour Un territoire fragile (2000), le prix François-Mauriac de l'Académie française (prix annuel de littérature créé en 1994) pour Caresse de rouge (2004), le Prix Femina pour Baisers de cinéma (2007)Courte biographie, en anglais et le prix des lectrices de Elle 2010 pour L'Homme qui m'aimait tout bas« Questions à mon père d'Eric Fottorino », Le Monde, 3 juin 2010.

Ses grands reportages lui ont inspiré des textes de fiction comme Cœur d’Afrique (Stock, prix Amerigo-Vespucci) ou Nordeste (Stock). Ou encore Mohican (Gallimard), roman qui raconte trois générations de paysans du Jura en butte à la modernité, couronné par plusieurs prix dont le prix Marcel-Aymé, le prix Lamartine des Départements de France, le prix Terre de France et le prix Léon-de-Rosen de l’Académie Française. Mais l’essentiel de son œuvre place la quête des racines et de l’identité au cœur de personnages fragiles cherchant à se construire un destinBaptiste Liger, « Eric Fottorino en quête de ses origines », L'Express, 18 juin 2010.

Depuis la parution de Rochelle en 1991 jusqu’à Dix-sept ans en 2018https://www.letemps.ch/culture/livres/cri-damour-deric-fottorino, Éric Fottorino écrit son roman familial marqué par l’absence et le silence des origines. Son roman Mon enfant, ma sœur (2023, Gallimard), clôt cette longue quête par la recherche d’une sœur abandonnée à sa naissance, sous la forme d’un long poème en prose. Cette fresque poétique éclaire et découvre les douleurs d’une mère âgée de vingt ans qui a dû abandonner de force son enfant nouveau-né en janvier 1963 dans une institution religieuse à Bordeaux, trois ans après la naissance de l’auteur. Une pratique connue en Espagne, en Irlande et en Belgique, mais avérée aussi en France : « j’ai eu une petite fille/ on me l’a prise » fait dire l’auteur à sa mère. Dans ce livre de réparation, Éric Fottorino fait de cette absente son absente, plaçant ses mots au plus près de la plaie restée ouverte chez sa mère.

Avec Korsakov (Gallimard 2004), ample roman sélectionné pour le prix Goncourt, il choisit comme ressort romanesque le syndrome de Korsakoff, qui provoque une perte de mémoire irrémédiable, pour plonger dans son enfance bordelaise et ses fantômes. Loin de lutter contre sa maladie, le héros s’en fait le complice pour oublier les traumatismes de ses jeunes années. Il se réinvente en cavalier solaire du Chott-El-Jerid, dans le sud tunisien, où il prend les traits imaginaires de son grand-père adoptif Fosco. Ce roman fleuve a reçu le prix du roman France-Télévisions 2004 et le prix des libraires 2005, ainsi que le prix Nice-Baie-des-Anges. Il a inspiré plusieurs études sur la manière dont le temps peut modifier et révéler une identité.

Pièce majeure du récit familial, L’Homme qui m’aimait tout bas (Gallimard 2009) est inspiré par le suicide de son père adoptif Michel Fottorino, ce livre sombre et solaire à la fois. Il montre comment l’absence des liens du sang n’interdit pas la naissance de liens filiaux puissants. Ce livre, qui figurait dans la liste du prix Goncourt, a reçu le Grand prix des lectrices de Elle et le Grand prix de l'académie de Saintonge.

Questions à mon père (Gallimard 2010) complète ce diptyque des pères, l’auteur interrogeant son père naturel peu avant sa disparition. Dans ce texte de questionnement, Éric Fottorino demande à son père marocain ce que signifie pour lui être juif. « Être juif, répond-il, c’est avoir peur ». L’auteur qui a retrouvé tardivement ce père écrit : « Comme on peut aimer deux enfants, on peut aimer deux pères à la fois. » Le père n’a pas reconnu le fils, c’est le fils qui a reconnu le père, offrant à chacun d’eux comme une renaissance.

Avec Dix-sept ans (Gallimard 2018), Éric Fottorino aborde frontalement la figure de sa mère qui n’était jusqu’alors dans son œuvre qu’un profil perdu. Cette jeune femme devenue fille-mère à l’âge de dix-sept ans est source d’admiration et d’incompréhension pour l’enfant, d’inquiétude aussi quand elle le laisse seul ou semble disparaître. Ce texte a valu à Éric Fottorino une troisième sélection pour le prix Goncourt. La figure maternelle était déjà apparue dans une fiction, Baisers de cinéma (Gallimard 2007), qui vaut à Éric Fottorino d’être couronné par le prix Femina. Dans ce texte modianesque, le narrateur, fils d’un photographe de plateau de la Nouvelle Vague, cherche dans les films de cette époque la figure de sa mère. Son père, à sa mort, lui a laissé les photos de dizaines d’héroïnes, sans lui révéler laquelle pourrait être sa mère.

À travers ces récits et romans dont il souligne qu’ils sont « traduits du silence », Éric Fottorino tente depuis plus de trente ans de s’inventer une famille.

Paru en 2016 (Gallimard) son roman Chevrotine est un huis-clos étouffant au sein d’un couple (Gallimard, 2016). Dans le magazine Elle, Olivia de Lamberterie qualifie ce livre de « concentré de Fottorino. Il n’y a ici ni morale, ni bon ni méchante. Seulement des damnés dont la destinée tragique écorche le cœur ». Ce roman a été adapté par Lætitia Masson dans un film pour Arte avec Élodie Bouchez, diffusé en février 2022. Sa nouvelle La Pêche du jour, dialogue entre un pêcheur de Lesbos et son client, fable sombre sur le drame des migrants en Méditerranée (parue chez Philippe Rey en 2021), a été lue et interprétée par les comédiens Jacques Weber et Lola Blanchard au Théâtre du Rond-Point puis à l’opéra de Nancy, et à Avignon à la Maison Jean Vilar par Jacques Weber et Emmanuel Noblet.

Dans ses romans dont l’inspiration n’est pas puisée dans sa propre histoire, Éric Fottorino garde toutefois une fibre intime marquée par les relations père fils, comme dans Mohican (Gallimard 2021), roman primé par l’Académie Française (prix Léon de Rosen), lauréat aussi du prix Marcel Aymé, du prix Lamartine, du prix Terre de France et du prix des lecteurs de Ouest-France. L’œuvre d’Eric Fottorino s’attache aussi au sort réservé aux enfants, dans Cœur d’Afrique (Stock 1997), ou Nordeste (Stock 1999), le premier évoquant une famine dans un pays imaginaire d’Afrique, le Bangara, l’autre campant le personnage d’un marchand d’enfants au Brésil.

Carrière journalistique Débuts dans le journalisme Il commence sa vie professionnelle en 1982 comme pigiste à Libération avant de rejoindre en 1984 l’équipe fondatrice de La Tribune de l'économie où il explore l’univers des matières premières. Une spécialité alors peu traitée dans la presse française, qu’il développera dans de nombreux journaux économiques (La Vie française) comme dans les colonnes de La Croix, s’attachant à mettre en lumière leur dimension humaine, sociale, géopolitique et mythique. Ce thème lui inspirera son premier essai, Le Festin de la Terre, paru en 1988.

Entre 1992 et 1995, Éric Fottorino est enseignant à Sciences Po Paris.

Journaliste au Monde Entre-temps, il a rejoint le quotidien Le Monde (1986)« Éric Fottorino a été élu président du directoire du Groupe Le Monde », Le Monde, 26 janvier 2008, d'abord pour suivre les dossiers des matières premières et de la bourse, puis de l'agriculture et de l'Afrique. Chargé des questions de développement, il multiplie les reportages en Afrique, de l’Éthiopie frappée par la famine jusqu’à la fin de l’apartheid en Afrique du Sud. Il voyage aussi dans les pays de l’Est après la chute du Mur de Berlin (Russie, Pologne, Hongrie) et sera l’envoyé spécial du Monde dans plusieurs pays d’Amérique latine, Panama, Mexique, Colombie essentiellement.

Nommé grand reporter (1995-1997), il effectue des enquêtes scientifiques sur la mémoire de l’eau et l’affaire Benveniste ainsi que sur le fonctionnement du cerveau humain.

Il réalise de nombreux portraits, de Mitterrand à Tabarly en passant par Mobutu, Jane Birkin ou Roland Dumas. Au total quelque parus dans Le Monde, dont une sélection a été publiée en quatre volumes sous le titre Carte de presse (« En Afrique » ; « Partout sauf en Afrique », « Mes monstres sacrés », « J’ai vu les derniers paysans ». Denoël).

Il est nommé rédacteur en chef en 1998, puis chroniqueur de dernière page en 2003. Chargé de concevoir et de lancer une nouvelle formule du quotidien en 2005, il est nommé directeur de la rédaction en . Après l'éviction de Jean-Marie Colombani à la suite du vote négatif de la Société des rédacteurs du Monde, il est élu directeur du Monde en , devenant le du quotidien depuis 1944.

Le , il démissionne de son poste en compagnie des deux autres membres du directoire du groupe La Vie-Le Monde, Pierre Jeantet et Bruno Patino, en raison de désaccords d'ordre financier avec la Société des rédacteurs du Monde (SRM)« Démission du directoire du Monde: Fottorino accuse la Société des rédacteurs », La Dépêche du Midi, 18 décembre 2007. Dans une déclaration à France Inter, il accuse celle-ci de « jouer les pompiers-pyromanes » en remettant en cause la stratégie du groupe. Le , alors que Pierre Jeantet et Bruno Patino confirment leur démission, Éric Fottorino décide finalement de ne pas aller au bout. Le , dans l'éditorial du journal, il explique qu'il revient sur sa démission pour ne pas ajouter la crise à la crise« Eric Fottorino s'adresse aux lecteurs dans un éditorial », Nouvel Observateur, 5 janvier 2008 et se porte candidat au poste de président« Éric Fottorino candidat à la présidence du directoire du Groupe Le Monde », Le Monde, 9 janvier 2008 du directoire du groupe La Vie-Le Monde avec le soutien de la SRM, d'abord pour un mandat de six ans« Éric Fottorino doit présenter son plan devant les actionnaires le 14 janvier », Le Monde, 12 janvier 2008. Fort de ce soutien, il décide finalement de postuler à un mandat complet, afin d'éviter qu'Alain Minc, président du conseil de surveillance poussé lui aussi vers la sortie, ne nomme un administrateur provisoire.

Après un premier refus provisoire de sa candidature le « Les administrateurs partenaires du groupe Le Monde n'ont pas donné leur accord à la candidature d'Éric Fottorino », Le Monde, 14 janvier 2008, il est finalement élu à l’unanimité à la présidence du directoire le , succédant ainsi à Pierre Jeantet. Il dresse un bilan critique de la direction du Monde sous Jean-Marie Colombani et Edwy Plenel. Ce premier lui répond en lui reprochant d'avoir précipité en trois ans et demi « la faillite » du journalNolwenn Le Blevennec, « Eric Fottorino, patron du Monde, a-t-il signé sa disgrâce ? » Nouvel Observateur, 14 novembre 2016.