Paul Dissard, né le à Lyon et mort le dans la même villeActe de décès (avec date et lieu de naissance) à Lyon sur Filae est un historien de l'art français, spécialiste de la civilisation gallo-romaine. Épigraphiste et conservateur aux Musées de Lyon, il a contribué de compagnie avec son aîné Auguste Allmer à faire évoluer une science balbutiante en la confrontant aux preuves archéologiques et en constituant une documentation de référence.

Biographie Adjoint d'Allmer (1877-1879) vignette|Cloître du palais Saint-Pierre, bureau de Paul Dissard durant toute sa carrière à Lyon. Le Musée épigraphique conserve la plus importante collection de FranceP. Dissard, Epigraphie, in coll. "Comité local du Congrès de Lyon 1906 - Association française pour l'avancement des sciences", Les Musées de Lyon, p. 48, A. Rey & cie. impr., Lyon, 1906., considérablement enrichie par Paul Dissard. Jeune diplômé, Paul Dissard est nommé le directeur des collections de peinture et de sculpture modernes auprès du peintre Joseph Guichard. Celui-ci dirige le département de peinture, sculpture, gravure et dessinsE. Lechat, Introduction, in coll. "Comité local du Congrès de Lyon 1906 - Association française pour l'avancement des sciences", Les Musées de Lyon, p. 7, A. Rey & cie. impr., Lyon, 1906. des Musées de Lyon, instance municipale dont la pièce maîtresse est le musée des Arts. Le Musée est alors engagé dans des travaux de restructuration. L'ancien réfectoire de l'abbaye qu'il occupe est aménagé en Musée des sculpturesE. Vial, Musées de Peinture et Sculpture moderne, in coll. "Comité local du Congrès de Lyon 1906 - Association française pour l'avancement des sciences", Les Musées de Lyon, p. 18, A. Rey & cie. impr., Lyon, 1906..

Un an et demi plus tard, le , Paul Dissard est nommé dans le même établissement conservateur adjoint auprès d'Auguste Allmer. Celui-ci est nommé simultanément conservateur du département archéologie et semble jouer un rôle d'une sorte d'érasteColl., dir. M. Chomarat, Mémoire gaie : bulletin d'information sur l'histoire des gays à Lyon "Pacs romanus. Aurèle et Modeste 2 légionnaires romains réunis à Lyon pour l'éternité - Alphonse Boissieu, A. Comarmond, Auguste Allmer et Paul Dissard", Lyon, septembre 2002.. Auguste Allmer est alors engagé dans une querelle, par revues interposées, avec un autre couple de savants, Ambroise Comarmond et Alphonse de Boissieu, au sujet de la localisation des monuments de Lugdunum, en particulier de l'amphithéâtre des Trois Gaules, identifiéC. Chomer et A.-C. Le Mer, Historiographie lyonnaise, in Carte archéologique de la Gaule, vol. "Lyon", pp. 109-123, C.A.G. 69/02, Gap, 2007. en 1858E. C. Martin Daussigny, Plan des découvertes faites à Lyon en 1858, 1859, 1860 au Jardin des Plantes., in E. C. Martin Daussigny, Notice sur l'Amphithéâtre et l'Autel d'Auguste à Lugdunum, Lyon, 1863. par Edmé-Camille Martin-DaussignyE. C. Martin Daussigny, Notice sur l'Amphithéâtre et l'Autel d'Auguste à Lugdunum, in Congrès archéologique de France, pp. 418-453, Lyon, 1862. sur un site mis au jour en 1820F. Artaud, Mémoire sur les vestiges d'un amphithéâtre découvert au Jardin des Plantes de la ville de Lyon en 1820, ms. XIII, Académie de Lyon, Lyon, décembre 1821, 51 p..

En fait, Paul Dissard, tout en continuant sa fonction précédente, reçoit la charge d'un nouveau département épigraphie, numismatique, sigillographie, amené à apporter par l'archéologie des preuves textuelles à une Antiquité gallo-romaine jusqu'alors éclairée par la seule littérature latine. À partir d'un fonds existant déjà riche, il donnera à ce troisième musée un développement de premier ordre qui ne sera compris que bien après la mort de son créateur grâce aux publications de Jean Tricou et Louis Chaurand<ref>F. Planet, Un peu d'histoire, in site du Mba, Mairie, Lyon, 2014.</ref>.

Il correspond avec de multiples sociétés savantesChronique locale, in Journal de Vienne et de l'Isère , p. 1, décembre 1878., adhère à certaines. Dès , il est admis parmi les cent cinquante membres étrangers de la Société royale de numismatiqueRevue belge de numismatique et sigillographie , p. 480, J. Goemaere impr., Bruxelles, 1909. de Bruxelles.

Conservateur des Antiques (1880-1886) Le , il succède à Auguste Allmer, nommé conservateur honoraireJ.-B. Giraud, Art du Moyen Âge et de la Renaissance, in coll. "Comité local du Congrès de Lyon 1906 - Association française pour l'avancement des sciences", Les Musées de Lyon, p. 51, A. Rey & cie. impr., Lyon, 1906., au poste de conservateur du département unifié archéologie et épigraphie antiqueE. Vial, Musées de Peinture et Sculpture moderne, in coll. "Comité local du Congrès de Lyon 1906 - Association française pour l'avancement des sciences", Les Musées de Lyon, p. 20, A. Rey & cie. impr., Lyon, 1906.. Il devient la même année membre du cercle de notables qu'est la Société Littéraire, Historique & Archéologique de LyonF. Desvernay, Lyon-Revue, t. VIII, p. 75, Waltener & cie. impr., Lyon, 1885. qui édite la luxueuse Revue Lyon et dont il assurera à partir de 1885 le secrétariatRevue lyonnaise, t. IX, p. 69, Mougin & Rusand impr., Lyon, décembre 1885. puis la vice-présidenceRevue lyonnaise, t. X, p. 475, Mougin & Rusand impr., Lyon, décembre 1885.. Il dispose des budgets du banquier et conseiller municipal conservateur Édouard Aynard pour faire des acquisitions lors des ventes aux enchères et auprès d'antiquaires de Paris, Rome, Florence... En privé, il sera reproché à Dissard et Allmer d'avoir vendu au musée Guimet, musée privé appartenant à l'industriel Émile Guimet qui ne sera transféré de Lyon à Paris qu'en 1889, les pièces les plus remarquables des fouilles conduites par les archéologues à BrionA. Blanchet, Lettre à J. Déchelette, 17 janvier 1905, in S. Péré-Noguès, La correspondance entre Adrien Blanchet et Joseph Déchelette, p. 29, Université du Mirail, Toulouse, 4 mai 2012;.

Financés par l'Académie des inscriptions et belles-lettresE. Bourgeois, L'enseignement à Lyon en 1889, in A. Storck & H. Martin, Henri, Lyon à l'Exposition universelle de 1889, vol. 1, p. 110, A. Storck, Lyon, août 1890., Allmer et Dissard publient ensemble les résultats des fouilles préventives ordonnées en 1885 et 1886 pour la construction de la ligne de chemin de fer de Lyon et Vaugneray. La publicationA. Allmer & P. Dissard, Trion : antiquités découvertes en 1885 et antérieurement au quartier de Lyon dit de Trion, Association typographique, Lyon, 1887. est une synthèse de l'archéologie de Lugdunum qui leur est l'occasion de délivrer, dans la lignée d'Ernest RenanE. Renan, La topographie chrétienne de Lyon, in Journal des savants, pp. 339-347, 1881., des arguments géographiques au sujet de la localisation du Sanctuaire Fédéral et du cirque antique. La querelle avec Comarmond et Boissieu prend une tournure quasiment politique quand les religieuses de Fourvière, égarées par un des archéologues, s'improvisent fouilleuses et revendiquent le lieu, partant l'authenticité du martyre de sainte Blandine.

Le , Paul Dissard est élevé au titre d'officier d'AcadémieRevue lyonnaise, t. X, p. 95, Mougin & Rusand impr., Lyon, décembre 1885..

Conservateur du Palais des Arts (1887-1897) Le , Paul Dissard succède au peintre de fleurs Jean-Marie Reignier, décédé, au poste de conservateur des Musées de Peinture et Sculpture. Il cumule ce poste avec celui qu'il occupe au département archéologie et épigraphie antique et devient un des deux seuls conservateurs du musée, au côté de Jean-Baptiste Giraud, qui avait été nommé à la direction du département archéologie du Moyen Âge et de la Renaissance en 1878, en même temps que lui-même devenait conservateur en second.

Concrétisant un projet pour lequel Émile Guimet l'avait sollicité cinq ans plus tôtRevue lyonnaise, t. IV, p. 159, Mougin & Rusand impr., Lyon, 15 aoüt 1882., il procède dès l'année suivante à une réorganisation des salles faisant place à la sculpture moderne. À l'occasion d'une donation, il récidive trois ans plus tard en faveur de la peinture contemporaine. Cependant, de 1888 à 1893, il publie avec Auguste Allmer une sommeLes inscriptions antiques du musée de Lyon, L. Delaroche & cie., Lyon, 1888-1893, 5 vol., 2237 p., le premier catalogue raisonné d'épigraphie de la capitale des GaulesP. Dissard, Epigraphie, in coll. "Comité local du Congrès de Lyon 1906 - Association française pour l'avancement des sciences", Les Musées de Lyon, p. 40, A. Rey & cie. impr., Lyon, 1906., pour lequel Les auteurs reçoivent le premier prix de l'Académie des inscriptions. Ceux-ci, bons perdants, y établissent qu'il y avait bien deux amphithéâtres, un repéré depuis le à Lugdunum même, l'autre identifié en 1858 à Condate par leur rival Daussigny. Sans doute par sympathie pour un parti catholique servi par la chronologie, ils soutiennent toutefois que c'est dans le premier, le théâtre antique de Fourvière, et non dans le second, l'amphithéâtre des Trois Gaules, que sainte Blandine a subi le martyre.

En 1894, Paul Dissard participe à l'''Exposition universelle, internationale et coloniale qui se tient à LyonBulletin officiel de l'Exposition de Lyon, année 1, , Exposition universelle, internationale et coloniale, Lyon, 15 juin 1893.. En tant que conservateur, il prête des statues pour orner les jardinsL. Chat, Les jardins de l'Exposition, in Lyon Exposition , p. 5, Lyon, 18 février 1894.. Fin février, il est du comité d'accueil de la Commission algérienne, invitée par la Chambre de Commerce à une revueL. Chat, La Commission algérienne, in Lyon Exposition , p. 6, Lyon, 4 mars 1894..

Le , Antoine Gailleton, maire de Lyon non élu, décide la prise en main par la municipalité de l'administration et de l'orientation esthétique du Musée en instaurant sous sa présidence une commission consultative de surveillance composées de membres choisis par luiE. Vial, Musées de Peinture et Sculpture moderne, in coll. "Comité local du Congrès de Lyon 1906 - Association française pour l'avancement des sciences", Les Musées de Lyon, p. 21, A. Rey & cie. impr., Lyon, 1906.. Une place plus grande sera faite à l'École de Lyon, notamment en 1901 pour Puvis de Chavannes et en 1905 pour SeignemartinE. Vial, Musées de Peinture et Sculpture moderne, in coll. "Comité local du Congrès de Lyon 1906 - Association française pour l'avancement des sciences", Les Musées de Lyon, p. 22, A. Rey & cie. impr., Lyon, 1906..

Épigraphiste (1898-1919) En novembre de la même année 1897, Paul Dissard fait l'acquisition pour les Musées de Lyon d'une des plus importantes découvertes archéologiques de l'Antiquité celtique, le calendrier de Coligny et la statue réduite en pièces d'un dieu qui l'accompagne. Il confie à un spécialiste, A. André, le soin de ressouder les éléments de la statue, qui ressemble à un Lug martial, divinité éponyme de Lugdunum. Elle est aujourd'hui dressée au Musée gallo-romain sur la colline de Fourvière. Deux semaines intenses sont nécessairesA. Héron de Villefosse, cité in Séance du 29 décembre 1897, in Comptes rendus des séances de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, , , p. 730, Paris, 1897. au conservateur pour reconstituer le calendrier de bronze fragmenté en dizaines de morceaux et lui permettre de porter immédiatement ses observationsA. Allmer & P. Dissard, Inscriptions antiques de Lyon - Revue du Musée des beaux-arts de Lyon , I, L. Delaroche & cie, Lyon, 1898., auxquelles les études ultérieures n'ajouteront guère plus.