LIbis de la Réunion ou solitaire de la Réunion (Threskiornis solitarius), anciennement Dronte de la Réunion et couramment, mais improprement dodoDodo est le nom vernaculaire du dronte de Maurice, une espèce différente, également disparue, ayant vécu sur l'île Maurice., est une espèce d'oiseaux endémique de l'île de la Réunion, aujourd'hui disparue.

Sa dénomination a beaucoup varié et son appartenance taxinomique reste discutée, l'apparentant tantôt à la dinde, au cygne, à la poule, à l'autrucheJ. C. Parish, The Dodo and the Solitaire. A Natural History, p. 134-141 & 336-338, IU Press, Université de l'Indiana, New Haven, 2013 .. Les ornithologues ont longtemps cru que cette espèce était apparentée au Dronte de Maurice à cause des dessins trouvés en Europe et supposés la représenter. Les seuls ossements retrouvés la font considérer aujourd'hui comme un ibis endémique, bien différent des drontes.

Description L'ibis mesurait environ de longueur. Il était morphologiquement très proche de l'Ibis sacré (Threskiornis aethiopicus), à l'exception du bec, plus court et plus droit, et de la masse : le diamètre de la patte était plus épais que celui de l'ibis sacré et la masse du solitaire a été estimée à environ 3 kgMourer-Chauviré, Cécile & al. (2000), « Le Solitaire de la Réunion », in Bull.SEOR n°5-6 p.14-18. Les ailes n'étaient pas atrophiées, mais la configuration des ossements montre que l'oiseau volait peu ou mal.

Témoignages du vivant de l'espèce vignette|gauche|Réplique d'un Raphus solitarius au Musée d'histoire naturelle de Londres, inspirée du Dronte de Maurice Raphus cucullatus.

Il n'existe qu'une dizaine de témoignages très succincts décrivant le « solitaire » et s'échelonnant de 1613 à 1708. Aucun dessin contemporain de ses observations le représentant de façon certaine n'a été trouvé.

La première mention provient du journal de bord du navire anglais PearlPurchas (1625), His Pilgrimes, vol.I p.331-332., le :

En 1619, le capitaine hollandais Willem IJsbrantsz BontekoeWillem Ysbrantz Bontekoe, Memorable description of the East Indian Voyage (1619), AES, New Delhi 1992 observe un oiseau semblable près de l'étang de Saint-Paul qu'il qualifie de « dodo », sans que l'on sache précisément de quelle espèce il parle :

left|thumb|upright=1.1|Dodo blanc inspiré du dronte de Maurice, par Pieter Withoos, c. 1684 L'hypothèse d'une espèce de « dodo blanc » a été abandonnée parce qu'aucun squelette de dodo n'a été découvert à La Réunion : c'est pourquoi l'espèce décrite est supposée être un ibis.

Le « solitaire » est appelé pour la première fois par ce nom par l'abbé CarréLougnon Albert (1970), Sous le signe de la Tortue, réédition Azalées Editions, Saint-Denis 1992. en 1667 :

Le sieur Dubois, qui visite l'île alors qu'on l'appelle encore « Bourbon » de 1669 à 1672, témoigne dans le compte-rendu de son voyage de la présence de cet oiseauSieur Dubois (1674), Les voyages faits par le sieur D.B. aux isles Dauphine ou Madagascar et Bourbon ou Mascarenne, ès années 1669, 70, 71 et 72. Dans laquelle il est curieusement traité du Cap Vert, de la ville de Surate, les isles de Sainte-Hélène, ou de l'Ascention. Ensemble les mœurs, religions, forces, gouvernemens et coutumes des habitans desdites isles, avec l'histoire naturelle du pais. Paris. :

Disparition En 1704, des solitaires survivaient encore dans les hauts de l'île, encore inhabités, comme en témoigne FeuilleyFeuilley ( juin 1704 - 22 janvier 1705), « Mission à l’île Bourbon du sieur Feuilley en 1704 », in Rec. Trim. de documents et travaux inédits pour servir à l’histoire des Mascareignes Françaises, , 1939, , . :

Le solitaire est mentionné pour la dernière fois en 1708 par Guillaume-André HébertHébert, G. (1708, du 26 avril au 18 mai), « Rapport de G. Hébert sur l’île de Bourbon avec les apostilles de la Compagnie des Indes », in Rec. Trim. de documents et travaux inédit pour servir à l’histoire des Mascareignes Françaises, 1940, ..

En 1751, d’Héguerty, qui était commandant de Bourbon entre 1739 et 1743, fait une description du gibier de l'île mais ne parle pas du solitaireD’Héguerty, P.A. (1754), « Discours prononcé devant le roi de Pologne Stanislas le 26 mars 1751 sur l’île Bourbon », in Mémoires de la Société Royale des Sciences et Belles Lettres de Nancy, n° 1, pp. 73-91.. En 1778, Morel, qui travaillait dans les hôpitaux de l'île Maurice, apprend l'existence du solitaire et du dodo en lisant BuffonMorel , « Sur les oiseaux monstrueux nommés dronte, dodo, cygne capuchoné, solitaire et oiseau de Nazare, et sur la petite isle de Sable, à cinquante lieues environ de Madagascar » in Obs. Phys. Hist. Nat. & Arts n° 12 (1778), p. 154.. Il affirme que personne sur les îles n'a jamais entendu parler de ces oiseaux. En 1802, le naturaliste Bory de Saint-Vincent explore l'île de la Réunion pendant cinq mois et recherche le solitaire, sans succèsBory de Saint-Vincent, J.B.G.M. (1804), Voyage dans les Quatre Principales Iles des Mers d’Afrique, Paris.. L'oiseau avait disparu et les habitants de l'île, même les plus vieux, n'en avaient pas conservé le souvenir.

Taxinomie Sous le nom Threskiornis solitarius

Sous le nom Raphus solitarius

Classement dans le genre Ibis vignette|gauche|Localisation géographique de l'île de la Réunion, comprenant la répartition de l'ibis de la Réunion.

Les témoignages décrivant le solitaire de la Réunion sont imprécis et parfois contradictoires, aussi l'identité de cet oiseau a fait l'objet de nombreuses controversesBrial, Pierre (2006), Le solitaire de la Réunion, pp.30-45.. Le témoignage de Bontekoe, ainsi qu'une vague ressemblance entre les descriptions du solitaire et celles du dodo de l'île Maurice ou du Solitaire de Rodrigues, ont fait supposer, depuis BuffonBuffon (1772), Histoire Naturelle des Oiseaux, t.II, Paris 1772, p.76., que le Solitaire de la Réunion leur était apparenté.

Le solitaire a été plusieurs fois décrit comme étant blanc, ou blanc et gris. Aussi, la découverte en Europe, à partir de 1856, de peintures du représentant des dodos blancs sembla conforter cette hypothèseA. C. Oudemans, « Dodo-Studiën naar aanleiding van de vondst van een gevelsteen met Dodo-beeld van 1561 te Vere », in : Verhandl. Kon. Akad. Wet. Amsterdam, 2 sect. XIX, N° 4, 1917, pp. 1-140 met 15 pls.. Toutefois, aucun reste de dodo n'a jamais été découvert sur l'île de La Réunion, et l'origine des oiseaux figurant sur les peintures de dodos blancs n'y est pas spécifiée.

Entre 1974 et 1994, des fouilles réalisées à Saint-Paul et à l'Hermitage, dans l'ouest de l'île de La Réunion, permirent la découverte d'un ibis endémique, jusqu'alors inconnu. La morphologie de cet oiseau, déduite de l'étude des ossements, laisse apparaître des analogies avec certaines des descriptions du solitaire, en particulier celle du sieur Dubois. Aussi dès 1987, l'hypothèse que cet ibis ait pu être appelé le « solitaire de la Réunion » fut avancéeJulian Hume, Anthony Cheke, « The white dodo of Réunion Island: unravelling a scientific and historical myth » in Archives of natural history Vol. 31, part 1, 2004, pp. 57-79..

En 1995, l'ibis de la Réunion fut donc rebaptisé Threskiornis solitarius<ref>Cécile Mourer-Chauviré,, Roger Bour, & Sonia Ribes, « Position systématique du Solitaire de la Réunion: nouvelle interprétation basée sur les restes fossiles et les écrits des anciens voyageurs », in Comptes-rendus de l'Académie des Sciences, t. 320, série II-a, Paris 1995, pp. 1125-1131.</ref>.

En 1998, pour le numéro 24 dInfo-Nature, la Société réunionnaise d'étude et de protection de l'Environnement a revu son logo en remplaçant le « Dodo » ou Dronte, propre à l'île Maurice, par un pictogramme stylisé évoquant l'Ibis de La Réunion.

En septembre 2006, à l'occasion des journées européennes du patrimoine, le Muséum d’histoire naturelle de La Réunion et l'ILOI - Institut de l'image de l'océan Indien ont rendu publiques leurs recherches sur l'ibis de Bourbon. Une simulation 3D animée de l'oiseau a été réalisée montrant ses caractéristiques physiques et ses comportements déduits de son anatomie .

Annexes Sources

Articles connexes Liste des espèces d'oiseaux de La Réunion ; Faune endémique de La Réunion ; Liste des espèces d'oiseaux disparues.

Liens externes

Une étude sur le Solitaire de la Réunion J. C. Parish, The Dodologist’s Miscellany, site complétant J. C. Parish, The Dodo and the Solitaire. A Natural History'', IU Press, Université de l'Indiana, New Haven, 2013 .

Catégorie:Threskiornithidae †Ibis La Réunion Catégorie:Oiseau disparu (nom vernaculaire) Catégorie:Oiseau décrit en 1848 Catégorie:Taxon décrit par Edmond de Sélys Longchamps Catégorie:Pelecaniformes (nom vernaculaire)