Chen Guofu, ou Chen Kuo-fu (, – ), est un homme politique chinois de la république de Chine.

Né à Wuxing (actuelle ville de Huzhou) dans le Zhejiang, il rejoint le Tongmenghui en 1911 et participe à la révolution contre la dynastie Qing et à la « seconde révolution » contre Yuan Shikai. Il reprend sa carrière politique en 1924, devenant membre du Yuan d'audit du Kuomintang, ainsi que chef du département de l'Organisation et président du comité central des Finances. Avec son frère cadet, Chen Lifu, il fonde la clique du Club central du Kuomintang, l'une des factions les plus puissantes du parti nationaliste, généralement classée à droite ou à l'extrême droite. Il est président de la province du Jiangsu de 1933 à 1937. Il part pour Taïwan en où il meurt le à Taipei.

Biographie Un jeune révolutionnaire Chen Guofu voit le jour le 5 octobre 1892 dans une famille de riches marchands de la province du Zhejiang. Son oncle, Chen Qimei, fait des affaires à Shanghai depuis 1900 où il anime une cellule de lutte contre la dynastie impériale des Qing et rejoint le Tongmenghui en 1906. Ami de Sun Yat-sen, il se porte garant du jeune Chiang Kaï-shek (dont il devient le frère juré) quand celui-ci rejoint la Ligue et se consacre à l'obtention de financements pour les opposants de l'Empire mandchou.

Élève brillant, Chen Guofu est d'abord envoyé au de Changsha, un établissement privé exclusif fréquenté par d'autres figures de la révolution républicaine chinoise comme Huang Xing et Chen Tianhua. Se destinant à une carrière militaire, il rejoint une académie militaire à Hangzhou où il intègre, sous l'influence de son oncle, la cellule locale du Tongmenghui et s'engage dans la lutte contre le régime impérial.

Lors de l'éclatement de la révolution républicaine, Chen Guofu rejoint Chen Qimei et Chiang Kaï-shek à Shanghai et participe aux combats qui secouent la ville en 1911-1912. Aidés des forces de police et des congrégations marchandes, les révolutionnaires s'emparent de la ville le 3 novembre 1911 et proclament un gouvernement militaire. Chen Qimei, l'un des principaux chefs du soulèvement, est finalement élu gouverneur de la cité. Sous la houlette du général , les forces de Shanghai se regroupent avec les autres forces révolutionnaires adjacentes et marchent sur Nanjing qui tombe le 2 décembre.

Chen Guofu suit son oncle alors que celui-ci devient l'une des principales personnalités du mouvement nationaliste et de la république naissante. Les Chen rejoignent le Kuomintang (KMT), le parti successeur au Tongmenghui fondé par Sun Yat-sen et participent à la campagne électorale de 1912. Ils sont cependant forcés de rentrer en résistance de nouveau lorsque le Président Yuan Shikai, homme fort militaire, décide d'éliminer le KMT et fait assassiner Song Jiaoren. Après des combats perdus à Shanghai, Chen Qimei finit par fuir au Japon, à la suite de Sun, mettant un coup d'arrêt à la "Deuxième Révolution" que le KMT avait voulu lancer contre Yuan. Chen Guofu a aussi rejoint le Japon, malade de la tuberculose, pour s'y faire soigner. Le jeune homme a contracté la maladie, incurable à l'époque, pendant la révolution. Revenu en Chine, il est mêlé à une tentative avortée de mutinerie de la flotte sur le Huangpu en 1915. L'assassinat de son oncle, tué le 18 mai 1916 dans la concession française de Shanghai sur ordre du seigneur de la guerre Zhang Zhongchang, le pousse à prendre une courte retraite politique dans son village natal de Wuxing où il se passionne à la télépathie et au spiritisme. vignette|Chen Qimei, l'oncle révolutionnaire de Chen Guofu La Chine est à l'époque secouée par l'effondrement de la République, après une tentative ratée de Yuan Shikai pour se couronner empereur. En réaction, le seigneur de la guerre Cai E lance la Guerre de protection de la nation qui plonge le pays dans la période des seigneurs de la guerre. Sun Yat-sen se saisit du moment pour lancer le Mouvement de protection de la constitution pour reformer et remobiliser les anciens du KMT. Chen Guofu rejoint alors le KMT de nouveau et, avec son ami Chiang Kai-shek, s'installe à Shanghai en 1920 où il ouvre avec ce dernier, et Zhang Renjie une société de courtage en bourse; la Shanghai Stock and Commodity Exchange. L'entreprise travaille main dans la main avec la Bande Verte, une triade dirigée par Du Yuesheng et avec qui Chen Qimei avait déjà travaillé dans les années 1900. Les revenus servent à financer les tentatives révolutionnaires organisées par Sun Yat-Sen à Guangzhou pour embraser la Chine et provoquer une nouvelle révolution. Alors que Chiang Kai-shek devient rapidement l'un des principaux chefs du mouvement nationaliste, Chen Guofu prend aussi du galon. Lors des funérailles de la mère de Chiang en 1921, par exemple, Chen représente le chef du mouvement qui n'a pas pu se déplacer.

Alors que Chiang Kai-shek rejoint le KMT à Guangzhou pour fonder l'Académie militaire de Huangpu, Chen reste à Shanghai où il se charge de recruter et sélectionner les 7 000 premiers élèves que l'école doit accueillir. Il en profite pour recommander son frère cadet, l'ingénieur Chen Lifu qui vient de finir ses études aux États-Unis, à Chiang qui en fait son secrétaire personnel. Après la mort de Sun Yat-sen, intervenue le 12 mars 1925, Chen rejoint Guangzhou. Le KMT, soutenu par l'Union Soviétique et allié au Parti Communiste Chinois (PCC) s'ancre dans le sud et prépare l'Expédition vers le Nord qui doit réunifier le pays. Cependant, le parti est secoué par des luttes intestines provoquées par la disparition de son principal chef. Chen Guofu soutient Chiang Kai-shek, en particulier dans sa lutte contre les communistes qui s'opposent à lui. Après des tensions croissantes entre Chiang et le conseiller soviétique Mikhaïl Bordodine et à la faveur d'une motion de mai 1926 et , qui doit limiter le rôle des communistes au sein du KMT (les deux partis sont imbriqués à l'époque du fait du Front Uni), Chen Guofu devient chef du département de l'organisation du mouvement à la place du communiste .

Le chef de la Clique CC vignette|(de gauche à droite) Les frères Chen Lifu, Chen Guofu et leur cousin Avec son frère Chen Lifu, Chen Guofu devient progressivement l'une des figures majeures du mouvement nationaliste. Il est l'un des représentants de l'aile anticommuniste du parti, soutenu par Zhang Renjie et Wu Zhihui, posant les bases d'une purge qui se déchaîne pendant le massacre de Shanghai après la victoire dans le sud des forces nationalistes. Devenu vice-président du Yuan d'audit (devenu le Yuan de contrôle en 1931), il est chargé de réorganiser le parti pour préparer le KMT à la gouvernance du pays et de radier les communistes des listes du mouvement. Il fonde à ce moment-là avec son frère un organe de renseignement chargé de traquer les communistes.

Son intérêt pour la télépathie l'amène aussi à s'intéresser aux moyens de communication à distance, tels que le cinéma ou surtout la radio. Il est à l'origine du premier recrutement d'ingénieurs radios du parti, en 1924, piochant parmi les anciens camarades d'université de son frère. Il remarque l'inefficacité du KMT à diffuser ses informations et à communiquer avec l'extérieur du monde, en particulier lors de crises comme lors de l'Incident de Jinan qui oppose les forces japonaises aux nationalistes. Tokyo, qui dispose de médias anglophones, modernes, est capable de diffuser sa propagande antichinoise bien plus efficacement que la Central News Agency, l'agence de presse nationaliste, qui peine à suivre le rythme. Il remarque aussi l'efficacité organisationnelle du seigneur de la guerre de Mandchourie, Zhang Zuolin, qui dispose d'un puissant réseau radiophonique.

Désormais à la tête, avec son frère, d'un groupe informel, la Clique du Club Central (Clique CC, 中央俱樂部組織), il en profite pour disséminer ses idées sur la nécessité, pour le parti et l'État, de se doter de moyens de communications rapides et puissants. Avec le soutien de Ye Chucang, de Dai Jitao et de Shao Lizi, les trois principaux propagandistes du mouvement nationaliste, Chen Guofu fait voter plusieurs motions lors du pour constituer une radio nationale. Au même congrès, qui signe la victoire politique définitive de Chiang Kai-shek sur ses adversaires internes, les frères Chen sont nommés secrétaires du KMT.

Fort de son nouveau pouvoir, Chen fonde la Station de radiodiffusion du Comité Central Exécutif du Kuomintang chinois (中國國民黨中央執行委員會廣播電臺) qui deviendra ensuite le Service Central de Radiodiffusion, aujourd'hui Radio Taiwan International. La première émission de la station est un discours de Chiang Kai-shek, prononcé depuis le mausolée de Sun Yat-sen, le 1er août 1928. À la tête de la radio, il réussit à faire nommer un fidèle, , qui avait été camarade de Chen Lifu à Pittsburgh. L'objectif de Chen Guofu est de dresser un maillage territorial du pays afin de diffuser l'idéologie du KMT et créer une "communauté nationale d'écoute" pour renforcer le sentiment d'adhésion national. Son projet prend cependant du retard à cause du déclenchement de la Guerre des Plaines Centrales.

Désormais aidés de Wu Baofeng, un autre camarade de promotion de Chen Lifu, et de Wu Daoyi, les frères Chen réussissent à négocier un contrat avec la compagnie radiotéléphonique allemande Telefunken pour se doter d'une station radio de 25 watts, l'une des plus puissantes d'Asie. L'accord est facilité par les bonnes relations entre la Chine et l'Allemagne et par la nomination d'un germaniste au ministère des télécommunications, Zhu Jiahua. Entre 1933 et 1935, la communauté d'auditeurs de la radio se situe vers 3 millions pour quelque 300 000 postes de radio.

En plus de la radio, la Clique CC s'intéresse au cinéma et à la presse écrite. Chen Guofu profite notamment de la suspension de , un membre de l'aile gauche du parti, proche de Wang Jingwei pour prendre le contrôle du journal du parti, le tandis que Chen Lifu soutient le développement de l'industrie cinématographique du régime.

Pendant la même période, la petite cellule d'investigation créée par la Clique CC devient le , surnommé le Zhongtong (中統), une vaste organisation comptant plus de 10 000 agents au début des années 1930. Véritable police secrète, le Zhongtong infiltre les organisations syndicales et les administrations sociales, nationales et municipales, dans l'objectif de renforcer la tutelle exercée par le parti sur la société. Le pendant militaire du Zhongtong, le ou Juntong (軍統) se développe à la même période sous la houlette de Dai Li, un autre protégé de Chiang Kai-shek, qui se trouve souvent en rivalité avec la Clique CC. vignette|Dai Li, le chef du Juntong qui rivalise avec le Zhongtong de la Clique CC Anticommunistes, antidémocrates et plutôt réactionnaires, les frères Chen participent à établir les bases du Mouvement de la Vie nouvelle (particulièrement investi par Chen Lifu), mais ne rejoignent cependant pas officiellement les initiatives de fascisation du régime comme le mouvement des Chemises Bleues mené par la Clique de Whampoa. Si Chen Guofu n'entre pas dans ces organisations, il n'en reste pas moins un adepte du Chiangisme et soutient Chiang Kai-shek dans son opposition à Wang Jingwei. Chen accuse notamment Wang de travailler pour les Japonais alors même que ceux-ci viennent d'envahir la Mandchourie et grignotent le nord de la Chine.