Puzant Topalian (en arménien ), né à Aïntab (Asie mineure) en 1902 et mort à Deuil-la-Barre (Val-d'Oise) le , est un poète, peintre et éditeur-imprimeur arménien.

Biographie Enfance et jeunesse entre Aïntab et Alep En 1890, Hovhannês Effendi Topalian (1853-1932) épouse en secondes noces Sandoukht (Sanêm) Kéchichian. Ils vivent à Marash (anciennement Germanicia) en Cilicie, au pied des monts de l’Anti-Taurus. Hovhannês Topalian était membre du tribunal. Il est désigné pour défendre la cause des paysans de Gaban, Sisné et Boundouc, qui se sont vu confisquer leurs terres par la famille Bayazid Zadé. En raison de son esprit de justice, il subit l'oppression des autorités locales et est contraint de s'échapper de Marash en 1895. Il vient s’installer à Aïntab, où il est directeur de la Régie des tabacs Գրիգոր Հ. Գալուստեան, Մարաշ կամ Գերմանիկ եւ հերոս Զէյթուն [Marash ou Germanicia et l'héroïque Zeïtoun], New York, Gotchnag, 1934, et 925..

Puzant Topalian, deuxième des cinq enfants de Hovhannês et Sandoukht, est né en 1902. Il fait ses études primaires au Collège arménien Nersessian de Aïntab. En 1915, lorsqu'a lieu le génocide des Arméniens, la famille Topalian est déportée à Alep (Syrie). Dès l'adolescence, Puzant manifeste son goût pour le dessin et la peinture. La citadelle d'Alep et les paysages environnants lui inspireront ses premiers dessins. En raison de la fermeture des écoles, il fait son apprentissage dans une imprimerie.

En 1919, après l’armistice et l'occupation de Aïntab et de Marash par les Français et les Anglais, les Topalian, comme des milliers d'Arméniens, retournent à Aïntab, remplis d'espoir. Puzant intègre le . À 17 ans, il vend des fournitures scolaires dans une minuscule boutique comportant juste une petite table sur laquelle sont disposés cahiers, papier, plumes, crayons, bouteilles d'encre. Puzant et ses amis Avédis Der Sahaguian et Antranik Bulbulian (futur Père Karékine) rédigent un petit journal manuscrit intitulé Ծաղիկ (La Fleur), dont trois numéros paraissent. Lorsqu'en 1920 l'armée française quitte subitement la Cilicie, les Arméniens sont à nouveau livrés aux massacres des Turcs. Puzant se trouve dans l'obligation de fermer sa boutique. Après des mois d'épouvante et d'horreur, la lutte pour la vie ou la mort fait place au mouvement d'autodéfense d'Aïntab, qui durera dix mois, du au Puzant Topalian, "Տարեդարձ Ինքնապաշտպանութեան" [Anniversaire de l'Autodéfense], Հրախաղութիւն, p. [70-71]..

Fort de l'expérience qu'il a acquise à l'imprimerie de Joseph Adjémi à Alep, Puzant fait l'acquisition en 1921 d'une petite presse à bras. Avec Avédis Der Sahaguian, il loue une boutique pour réaliser des travaux de ville : faire-part de mariage, étiquettes de bouteilles monochromes Par la suite, ils exécuteront des travaux pour l'état-major français. Puzant collabore à des revues littéraires et artistiques de Syrie, du Liban et de France, sous son véritable nom ou sous le pseudonyme de P. Ardzan.

En 1922, en raison de l'évacuation générale d'Aïntab, les Topalian émigrent définitivement à Alep. Puzant est typographe au quotidien Սուրիական Մամուլ (La Presse syrienne). Lui et ses amis décident de publier un journal littéraire satirique intitulé Մեղու (L'Abeille) "Մեղու", Հայկազեան հայագիտական հանդէս, vol. 3, 1972, , 213, 225, 229.. 7 numéros polycopiés paraissent entre et , dans lesquels on retrouve les premières poésies de Puzant, signées « P. Ardzan », et ses caricatures. Ce journal, qui fustige les personnalités syriennes et arméniennes locales, les mœurs et les mentalités, est distribué aux autorités, aux intéressés, aux clubs des partis, aux directions des écoles, aux associations compatriotiques. L'identité des rédacteurs restera une énigme.

Équipé d'une petite presse à pédale, Puzant fonde en 1925, avec son frère Hampartzoum, l’Imprimerie Arax, dans une boutique du quartier Salibé d'Alep. Un an après, l'imprimerie est transférée au 39 de la rue Tilel. À côté des travaux de ville, Topalian imprime des almanachs, des mensuels, des livres en arménien (livres d'histoire, de prières, etc.), en turc (écrit en caractères arméniens), en anglais (grammaires) et en français. En 1926, il devient directeur de l'almanach Տաթեւ, կրօնական տարեցոյց (Datév : almanach religieux)Տաթեւ, Constantinople, 1925, [puis] Alep, Impr. Araxes, 1926-1930., fondé par le Père Ardavazd Surméyan, prélat du diocèse de Péria (Alep), qui en est le rédacteur. Il a su joindre à l'époque un réel goût artistique au travail d'impression Հայկ Պարիկեան, Յովնան Վարժապետեան, Պատմութիւն Սուրիոյ Հայ տպարաններու [Histoire des imprimeries arméniennes de Syrie], Alep, UGAB, 1973, .. De nature timide et modeste, Puzant hésite à publier ses poésies. Poussé par ses amis, il adresse un exemplaire de son recueil de poésies à Vahan Tékéyan, considéré comme le « Prince de la poésie arménienne », afin de prendre son avis autorisé. La réponse de celui-ci est positive et sa lettre figurera en tête de l'ouvrage Այգահանդէս, քերթուածներ, 1924-1929 (Chants d’aurore, poésies, 1924-1929) Դարեհ Ազատեան, "Այգահանդէս (Բ. Թօփալեան)", Հայրենիք ամսագիր, a., (99), janvier 1931, . Բ[ենիամին] Թաշեան, "Մեր բանաստեղծութիւնը եւ մեր նորերը, գրական զրոյց Յ. Օշականի հետ, 11. Բիւզանդ Թօփալեան", Մասիս տարեգիրք, a., 1934, ., lors de sa publication en 1930.

Paris vignette|Puzant Topalian dans les années 1930. Puzant et son frère Hampartzoum entreprennent un voyage à Paris, où se trouvait déjà leur frère Khosrov. Tous trois établissent l’Imprimerie Arax. Puzant assiste aux cours de l’Académie Julian et de l’Académie de la Grande Chaumière. Le groupe littéraire Menk (Մենք, littéralement « Nous »), constitué de quinze jeunes écrivains rescapés du génocide qui avaient trouvé refuge à Paris, lance une revue du même nom Մենք, պարբերական գրականութեան եւ արուեստի (Menk : revue littéraire arménienne), Paris, Impr. Araxes, 1931-1932, 1-4/5., dont le premier numéro voit le jour le . Le manifeste figurant en tête de ce numéro est signé : Nichan Béchiktachlian, Ghévont Méloyan, Nigoghos Sarafian, Chavarch Nartouni, Puzant Topalian, Zareh Vorpouni, Chahan Chahnour Apprenant la mort de ses parents et de son frère Noubar, après 1932, Puzant ne retournera pas à Alep. Sa sœur Loucine viendra le rejoindre à Paris.

En 1936, Topalian publie Արեւագալ (Chants solaires), poésies, fort bien accueilli par la critique pour ses innovations techniques Պէտրոս Զարոյան, "Արեւագալ, քերթուածներ Բիւզանդ Թօփալեանի", Անահիտ, a., , septembre-octobre 1936, .Յ[ակոբ] Օշական, "Արեւագալ", Սիոն, a., , février 1937, . Հրաչ Քաջարենց, "Արեւագալ, քերթուածներ Բիւզանդ Թօփալեանի", Բազմավէպ, vol. 96, 4/5, avril-mai 1938, ..

En sa qualité d’imprimeur, il sert activement la résistance dans les années 1943-45Attestation du Capitaine Peltékian, chef des groupes de Résistance du sud de la Loire, secteur M3 de Libération-Nord, commandant des FFI et maquis d'Anjou-Choletais, datée du 19 déc. 1946.. Il est décoré de la Croix de l’Épée d’Arménie 1939-45Décoration d'anciens combattants arméniens de France.. En 1945, il expose au Salon des Artistes Libres Arméniens à Paris au Studio CaumartinL'Union des Artistes Libres Arméniens fait suite, en 1931, à Ani, première association des peintres arméniens de la Diaspora, fondée en 1926. Le Salon des Artistes Libres Arméniens s'est tenu à Paris annuellement jusqu'en 1947..

P. Topalian fait partie, avec Lévon Mozian et Lévon Tchormissian (puis Mesrob Kouyoumdjian), du comité de rédaction de l'hebdomadaire Arevmoudk (Արեւմուտք, « Occident »), fondé le Արեւմուտք [L'Occident], Paris, Impr. Araxes, 1945-1952.. Ce journal réunit des écrivains et des intellectuels arméniens et prône le rassemblement. Il cesse de paraître en .

Le , Puzant Topalian épouse Sonia Markarian. La cérémonie est présidée par Ardavazd Surméyan, prélat des Arméniens de France et de Belgique (ex-prélat du diocèse d'Alep). Le couple s’installe à Enghien-les-Bains.

En 1950, Topalian publie les recueils de poésies intitulés Հրախաղութիւն (Feu d'artifice) Ն[ազարէթ] Թօփալեան, "Հրախաղութիւն, հեղինակ` Բ. Թօփալեան", Այգ, 19 février 1956. et Համայնական Սէր (Amour universel) Վահրամ Կաքաւեան, "Համայնաւարական Սէր", Արեւմուտք, , juillet 1951. Վահէ-Վահեան, "Համայնական Սէր Բիւզանդ Թօփալեանի", Անի, a., (49), janvier 1952, . Զարեհ Գազազեան, "Համայնական Սէր, Բիւզանդ Թօփալեան", Այսօր ապագայ, 14 et 15 février 1952., où sont perceptibles les échos de la guerre encore proche.

En 1952, il fonde la revue littéraire et artistique bilingue Անդաստան (Andastan) (Patrimoine culturel), considérée par la critique comme un événement littéraire Վահէ-Վահեան, "Անդաստան, եռամսեայ` գրականութեան եւ արուեստի, խմբ. Բիւզանդ Թօփալեան (Փարիզ, 1952)", Անի, a., 6/7(54/55), juin-juillet, et (56), août 1952, . Գ. Մխիթարեան, "Անդաստան", Հայրենիք ամսագիր, a., (318), juillet 1952, . Մինաս Թէօլէօլեան, "Անդաստան գրականութեան եւ արուեստի", Haratch, 28, 29 et 30 octobre 1958. Շաքէ Վարսեան, "Անդաստան պարբերական գրականութեան եւ արուեստի", Սովետական Հայաստան, (257), août 1967.. Elle paraîtra jusqu'en . Parallèlement, des soirées littéraires sont organisées par la revue. Topalian se consacre également à la peinture, à la décoration et à l’illustration de livres. Il fait régulièrement des envois au Salon des indépendants, au Salon de l'école française, et participe à de nombreuses expositions de groupe.

En 1955, l'Imprimerie Araxes fait paraître le premier volume de la collection RythmesRoger Ville, Feuilles : poèmes et propos, Paris, Impr. Araxes, 1955, Rythmes, ill. de Shart., dont le but est de défendre la poésie et de publier des œuvres inédites.

Le Jour du Monde, poème en français écrit comme argument à l’ode pour chœur et orchestre d', dédié à Jean Martinon (diffusé sur les ondes de l’ORTF), paraît en 1956. La même année est fondée la revue Rythmes et couleurs, éditée jusqu'en 1970 par le Centre littéraire et artistique Le CarrefourRythmes et couleurs, éd. par le Centre littéraire et artistique Le Carrefour, Roussillon, 1956-1970.. Le directeur en est Roger Ville, Topalian faisant partie du comité de rédaction. La rédaction et l'impression de la revue sont réalisées à l'Imprimerie Araxes.

En 1957, la revue Andastan organise deux soirées : la première, à thématique de musique arménienne, le Ծատուր Պէրպէրեան, "Անդաստան պարբերականի երաժշտական երեկոն", Haratch, 4 avril 1957. ; la seconde, à caractère littéraire, avec la participation de Marcel Delannoy, Luc-André Marcel, Garo Poladian et Vahé Katcha "Անդաստանի երեկոն", Haratch, 27 novembre 1957., le .

La cérémonie d'inauguration du Mémorial à Daniel Varoujan a lieu à l'Université de Gand en Belgique le . Topalian est membre du comité éditorial chargé de l'ouvrage publié à cette occasion. Une soirée Andastan Յ[րանդ] Բ[ալուեան], "Անդաստանի երեկոն", Զուարթնոց, N.S., a., 9/10, 15 janvier 1958. se tient le , lors de la parution de la traduction en arménien du roman de Vahé Katcha intitulé L'Hameçon Vahé Katcha, Կարթը, trad. en arménien par Առլէն Փափազեան, Paris, Impr. Araxes, 1958..

En 1960, P. Topalian publie Արձանագիր, 1951-1959 (Gravure, 1951-1959), poésies Արձանագիր, 1951-1959 [Gravure, 1951-1959], ill. de l'auteur, couv. de Shart Haroutiounian, Paris, Impr. Araxes, 1960. Գ[րիգոր] Շահինեան, "Արձանագիր Բիւզանդ Թօփալեանի", Այգ, a., , mai 1960. Զարեհ Գազազեան, "Արձանագիր (Բիւզանդ Թօփալեան)", Haratch, 31 mai, et 2 juin 1960. Արսէն Երկաթ, "Արձանագիր, բանաստեղծութիւններ Բիւզանդ Թօփալեանի, տպագր. Փարիզ, 1960ին", Զուարթնոց, N.S., a., 1/2, décembre 1960. Հրաչ Զարդարեան, "Արձանագիր, քերթուածներ Բիւզանդ Թօփալիանի", Աշխարհ, avril 1961. Պ[ողոս] Ս[նապեան], "Արձանագիր (Բիւզանդ Թօփալեան) 1960, Փարիզ", Բագին, a., , avril 1962.. Le est célébré le jubilé de Hratchia Der Nersessian pour ses 60 ans d'activité dans le monde de l'imprimerie, de l'édition et du journalisme. P. Topalian fait partie du comité d'organisation de cette célébration.