Les élections législatives nord-coréennes de 2014 se sont tenues le "North Korea to Hold ‘Elections’ in March", Associated Press, 8 janvier 2014, afin de renouveler l'ensemble des de l'Assemblée populaire suprême, au suffrage universel direct, à l'issue d'une législature de cinq ans.

Si les élections ne sont généralement pas considérées comme démocratiques par les observateurs internationaux, et si l'Assemblée, jugée dépourvue de tout réel pouvoir, ne se réunit que rarement "North Korea parliament silent on Kim Jong-un succession", BBC News, 8 avril 2011, les élections sont suivies à l'étranger dans l'espoir d'y déceler .

Contexte Ces élections sont les premières depuis la mort en du Secrétaire général de la commission centrale Kim Jong-il, chef suprême de facto du pays, et l'accès au pouvoir de son fils Kim Jong-un, âgé d'une trentaine d'années. Elles font suite également à l'exécution en de Jang Song-taek, oncle de Kim Jong-un et souvent considéré comme le numéro deux du régime, accusé de trahison "North Korea to hold parliamentary elections", Al Jazeera, 8 janvier 2014. Ainsi, cette élection permet à Kim Jong-un « d’offrir des promotions à ses loyalistes », d'écarter certaines personnalités politiques, et de « renforcer son pouvoir ».

En février, un mois avant l'élection, l'Organisation des Nations unies publie un rapport accusant le gouvernement nord-coréen de très graves violations des droits de l'homme, notamment au travers de camps où les prisonniers politiques seraient sujets à « des famines délibérées, le travail forcé, les exécutions, la torture, les viols et le refus des droits de reproduction appliqués par des punitions, des avortements forcés et des infanticides », et où des centaines de milliers auraient péri. Pyongyang dément « Corée du Nord : des crimes qui rappellent ceux des nazis, pour l'ONU », Le Monde, 17 février 2014.

Système politique et électoral En principe, l'Assemblée populaire suprême est l'organe le plus puissant du gouvernement. En pratique, elle ne se réunit que quelques jours par an, pour ratifier automatiquement les décisions prises par le Parti du travail de Corée "North Korea: Government", GlobalEdge, Michigan State University. Le pouvoir réel est exercé par le conseil des ministres dirigé par le premier ministre Pak Pong-ju ; par le Comité de la défense nationale que préside Kim Jong-un ; et par le politburo du Comité central du Parti du travail, que dirige également Kim Jong-un. Kim Jong-un est encensé par un culte de la personnalité "North Korea profile", BBC, 17 décembre 2013 ; la Corée du Nord est généralement considérée comme un État totalitaire où toute contestation du régime est brutalement réprimée.

Nommément, il existe plusieurs partis politiques, mais ce pluripartisme n'est qu'une façade. Tous reconnaissent l'autorité du Parti du travail, et sont assemblés avec lui en « Front démocratique pour la réunification de la patrie ». La Constitution dispose dans son article 11 que « la république populaire démocratique de Corée déploie toutes ses activités sous la direction du Parti du travail de Corée », tandis que l'article 10 dispose que le pays « s'appuie sur l'unité politique et idéologique du peuple entier »Constitution de la Corée du Nord, version de 2009.

Le pays est divisé en 687 circonscriptions, élisant chacune un député. Le droit de vote s'acquiert à l'âge de , qui est également l'âge minimal pour se présenter aux élections. Il y a un seul candidat par circonscription. « Officiellement, des réunions d'électeurs ont lieu dans toutes les circonscriptions du pays pour la désignation des candidats. Les commentateurs pensent majoritairement que la plupart des candidats sont triés sur le volet » par les autorités et par le Parti du travail de Corée« République populaire démocratique de Corée », Union interparlementaire. Pour les élections de 2014, Kim Jong-un est désigné candidat dans la cent-onzième circonscription, correspondant au Mont Paektu, à la frontière chinoise "Kim Jong Un Nominated as Candidate for Deputy to SPA", KCNA, 4 février 2014. Cette montagne est traditionnellement considérée comme sacrée, et est décrite dans la propagande nord-coréenne comme le lieu de naissance de Kim Jong-il (né en réalité dans un camp de réfugiés en Union soviétique) "Signs of unrest ahead of North Korea elections", The Daily Telegraph, 8 mars 2014. C'est la première fois que Kim Jong-un se présente aux législatives.

Le candidat est élu s'il obtient la majorité absolue des suffrages dans sa circonscription, et si le taux de participation y est d'au moins 50 %. Officiellement, l'élection se déroule à bulletin secret. Mais une personne souhaitant voter contre l'unique candidat sélectionné pour sa circonscription doit rayer son nom sur le bulletin « dans un isoloir spécial » - « un acte de rébellion [...] quasi-impensable » "North Korea votes for new rubber-stamp parliament", Associated Press, 9 mars 2009. L'abstention n'est pas tolérée non plus - ce qui permet aux autorités d'utiliser les élections comme une forme de recensement "North Koreans vote in predetermined elections", Deutsche Welle, 9 mars 2014 "North Korea holds parliament 'election'", Channel NewsAsia, 9 mars 2014, et d'identifier d'éventuelles défections. Ainsi, « des fonctionnaires chargés de l'organisation de l'élection se rendent dans chaque foyer pour s'assurer de la présence ou de l'absence des électeurs inscrits »« La Corée du Nord aux urnes, un candidat unique par circonscription », La Libre, 9 mars 2014. Si une personne ayant fui à l'étranger est identifiée comme absente, sa « famille restée au Nord risque de graves punitions. C’est pourquoi de nombreux Nord-Coréens partis en Chine reviennent, au péril de leur vie, juste pour voter »« Corée du Nord : des élections pour légitimer le pouvoir », Radio France international, 7 mars 2014. Par ailleurs, des « urnes mobiles » sont prévues pour que les malades ou infirmes, ne pouvant pas se déplacer, puissent voter "North Koreans vote for new national council", Al Jazeera, 9 mars 2014. En conséquence, les autorités affichent, lors de chaque élection, un taux d'approbation populaire de 100 % pour chaque candidat, ainsi qu'un taux de participation de près de 100 %.

Préparatifs et déroulement Les affiches de propagande indiquent aux électeurs de voter « oui » "North Koreans vote in rubber-stamp elections", BBC News, 9 mars 2014. Les autorités font produire et diffuser des poèmes célébrant l'acte de voter. Des représentants des autorités visitent des usines, des fermes coopératives, des ouvriers sur leurs chantiers, pour « expliquer aux électeurs le sens de l'élection, la puissance invincible du gouvernement de la RPDC, et les avantages et la vitalité de son système électoral », selon l'agence de presse officielle KCNA.

Durant cette période de campagne électorale, des Nord-Coréens parviennent à informer les médias étrangers d'actes de défiance commis par des opposants au régime, qui endommagent ou déchirent des affiches électorales. Ces actes d'opposition provoquent un déploiement temporaire de « patrouilles militaires » dans certaines parties du pays.

Le jour de l'élection elle-même les autorités organisent des divertissements publics dans la capitale, Pyongyang, afin de générer une atmosphère festive.

Résultats + Résultats des élections législatives nord-coréennes de 2014 Fichier:North Korea Supreme People's Assembly 2014.svg Parti ou mouvement% Sièges +/- Parti du travail de Corée100 607 Parti social-démocrate de Corée 50 Parti Chondogyo-Chong-u 22 Chongryon 5 Indépendants 3Total Front démocratique pour la réunification de la patrie 687 Total 100 687 Inscrits / participation 99,97

Députés élus Liste déroulante :