Dans les ateliers d'enseignement des écoles d'art et d'architecture, un massier, ou une massière, est un élève élu par ses condisciples pour les représenter et pour assurer diverses tâches, notamment celle de gérer les finances communes de l'atelier. La masse est la somme d'argent mise en commun pour les dépenses nécessaires à la vie du groupe et à l'apprentissage de chacun. Par extension, la masse représente le bureau des élèves qui la gère, et qui est présidé par le massier.

Étymologie

L'origine du terme viendrait de l'époque de la Commune de Paris, où les élèves des Beaux-Arts avaient pour cri de guerre et de ralliement « Faisons masse ! », mais il existait bien avant la Commune. Par ailleurs, le massier, à l'origine soldat armé d'une masse, est dans certaines cérémonies, un appariteur, un huissier ou un officier qui porte une masse, symbole de sa fonction.

Histoire

Le massier dans les ateliers publics

Le massier existe dans les écoles d'art dès leur création, par la nécessité qu'ont les étudiants de se regrouper pour acheter dans les meilleures conditions le matériel (outils de dessin, de peinture, sculpture, papiers, toiles, etc.) et souvent pour payer des modèles.

L'organisation reste longtemps assez informelle dans les établissements publics, jusqu'à la création de la Grande Masse des Beaux-Arts en 1926, association sous le régime de la loi de 1901, qui instaure une organisation et une hiérarchie précises. Chaque classe ou atelier élit un massier, et les massiers élisent à leur tour un « grand massier » pour chaque catégorie officiellement enseignée (les Quat'z'Arts : peinture, sculpture, gravure, architecture) ; enfin le président de l'association a le titre de Grand Massier, il supervise et coordonne l'ensemble de l'organisation.

Le premier grand massier a été le fondateur de l'association, Raymond Muller (1893-1982). La première femme « grande massière » et non issue de la section architecture a été Béatrice Chagnon, née en 1957, élue en 1983.

Depuis 1968, les écoles d'architecture, auparavant intégrées aux écoles des beaux-arts, sont indépendantes mais ont conservé le principe des massiers. Jusque-là la section architecture a fourni la majorité des grands massiers, parmi lesquels se distinguent des architectes et urbanistes réputés de la seconde moitié du vingtième siècle : Jean Maneval (1925-1986), Michel Holley (1924), Claude Guislain (1929-2011), etc. La division de l'École en deux entités administratives en 1968 provoqua une séparation des rôles de massiers : en peinture, les élèves obtinrent le financement par l'école de matériaux de peinture, les modèles étant payés directement par l'école en tant que salariés.

La massière et l'accès des femmes aux ateliers d'art

Tout au long du , les femmes sont exclues de l'École des beaux-arts de Paris, qui ne leur ouvre ses portes qu'en 1897. Les ateliers privés constituent alors leur seule voie d'accès sérieuse à un enseignement artistique de qualité. C'est dans ce contexte que la figure de la massière prend une dimension particulière : dans ces espaces entièrement féminins, elle est à la fois représentante, administratrice et figure de référence pour ses condisciples.

À l'Académie Julian, fondée en 1868 par Rodolphe Julian et dont l'« atelier des Dames » rue de Berri est l'un des premiers ateliers mixtes puis féminins de Paris, la massière est élue par ses condisciples parmi les meilleures élèves. Elle gère les cotisations hebdomadaires, accueille les nouvelles venues, organise les séances de pose des modèles, réexplique les observations des professeurs et anime la vie collective de l'atelier. La Presse la décrit en 1905 comme « le sergent-fourrier de ce petit bataillon en jupon ».. Elle est élue parmi « les plus fortes élèves » de l'atelier..

La fonction est également liée à une réalité économique : la masserie permettait parfois à des élèves sans ressources de poursuivre leur formation. Ainsi Marie Herfeld, qui songea dès sa première année à quitter l'Académie Julian faute de moyens, se vit proposer par Rodolphe Julian le poste de massière, qui lui assurait la gratuité de l'enseignement et un petit pécule.

La création de la pièce La Massière de Jules Lemaître au Théâtre de la Renaissance en janvier 1905 révèle au grand public cette fonction méconnue et déclenche un engouement médiatique sans précédent pour les ateliers de dames. Dans les semaines suivant la première, L'Illustration, La Vie heureuse et Les Annales politiques et littéraires consacrent chacune un article aux massières de l'Académie Julian, reproduisant notamment la photographie des cinq massières en exercice (photo Bouffar) : Régne, Nodenot, Bréjat Laforge et Herfeld.. Henri Nicolle, dans Les Annales politiques et littéraires du 3 mars 1907, salue encore la pièce comme ayant révélé au grand public ces « ruches laborieuses et charmantes »..

Quelques massiers et massières

Ateliers des Beaux-Arts de Paris Maurice Boitel, à son retour de la guerre, nommé massier de l'atelier Eugène Narbonne (1944-1946) ; Michel-Henry et Michel Four ont été massiers de l'atelier Roger Chapelain-Midy.

Ateliers privés Marie Herfeld (1878-1948), massière de l'atelier des Dames de l'Académie Julian à partir de 1898, nommée à ce poste par Rodolphe Julian afin de bénéficier de la gratuité de l'enseignement. Elle est photographiée parmi les cinq massières des ateliers Julian en 1905 (photo Bouffar). Marie Laforge (1865-1942), peintre miniaturiste, massière de l'atelier des Dames de l'Académie Julian, médaille de troisième classe au Salon des artistes français en 1903 pour ses miniatures. Anne-Marie-Henriette Bréjat, ainsi que Mesdemoiselles Nodenot et Règne, massières de l'atelier des Dames de l'Académie Julian en 1905, photographiées parmi les cinq massières en exercice (photo Bouffar)

Littérature

Le massier est souvent cité dans les œuvres traitant de la vie des élèves artistes aux dix-neuvième et vingtième siècles, tant dans la nécessité de trouver de l'argent que de l'employer ensuite utilement et agréablement.

« Ah ! c'est vrai, tu n'es ici que depuis huit jours, toi… le massier : c'est celui qui tient l'argent que nous donnons pour toutes les dépenses de l'atelier, les frais de modèle, de bosses, et cetera… tout cela, nous le payons, entends-tu, rapin… et quand il y a du surplus, nous le mangeons, nous faisons un déjeuner aux Vendanges de Bourgogne… voici la fin du mois, messieurs, il faut voir la masse… où est donc le massier ? » (Sewrin et Léon, L'Atelier de peinture, tableau-vaudeville en un acte, Paris, Bézou libraire, 1823)

« Et que de déjeuners faits d'une tasse de chocolat et d'un petit pain, pour pouvoir donner les vingt-cinq francs au massier ! » « Quand il avait donné ses vingt francs au massier, il trouvait là du nu, des hommes, des femmes, à en faire une débauche, dans son coin ; et il s'acharnait, il y perdait le boire et le manger, luttant sans cesse avec la nature… » (Émile Zola, L'Œuvre, 1886)

La massière est au cœur de la pièce de Jules Lemaître, La Massière (comédie en quatre actes, créée au Théâtre de la Renaissance le 11 janvier 1905, publiée chez Calmann-Lévy). Le personnage de Juliette Dupuy, massière de l'atelier du peintre Marèze, est décrit comme celle qui « tient la masse, fait les comptes de la semaine, est chargée de régler la comptabilité et de maintenir l'ordre dans l'aimable compagnie »..

Notes et références

Voir aussi

Grande Masse des Beaux-Arts La Massière (pièce de théâtre) Académie Julian Marie-Suzanne Herfeld

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