vignette| La Roumanie en août 1940 avec en rouge les territoires cédés à l'URSS, en jaune ceux cédés à la Hongrie, et en vert à la Bulgarie. vignette|Frontières de la Roumanie entre 1941 et 1944, avec la Transnistrie à l'est. L’occupation soviétique de la Bessarabie et de la Bucovine du Nord fait référence à l'invasion puis à l'occupation par l'Armée rouge de de territoire roumain entre le et le , et leur incorporation subséquente au sein de l’URSS (RSS moldave et RSS ukrainienne).

Contexte En dépit du Traité de Kars qui par son rendait juridiquement nul celui de Bucarest donnant la Bessarabie à l'Empire russeVlad Mischevca, „Tratatul ruso-turc de prietenie și frăție din 16 martie 1921” in : Limba Română n° 4, 24-ème année, Chişinău, 2014, article 6 : „Обе договаривающиеся стороны признают, что все договоры, до сего времени заключенные между обеими странами, не соответствуют обоюдным интересам. Они соглашаются поэтому признать эти договоры отмененными и не имеющими силы. Правительство Российской Социалистической Федеративной Советской Республики заявляет, в частности, что оно считает Турцию свободной от всяких к нему денежных или иных обязательств, основанных на международных актах, ранее заключенных между Турцией и царским правительством” sur consulté le 28.05.2014) et aussi dans Дипломатический словарь,т. III. С-Я, Наука, Moscou 1986, с. 312-313; Документы внешней политики СССР, т. III, Moscou 1959 et Документы внешней политики СССР, т. III, Госполитиздат, Moscou 1959, с. 597-604., l'URSS n'avait jamais reconnu la République démocratique moldave constituée en 1917 dans les limites de la Bessarabie (), et encore moins son union avec la Roumanie en mars 1918, mais n'avait pas, avant-guerre, de revendications sur la Bucovine du nord ni sur le district de Herța (ensemble ), qui furent pourtant également annexés selon le protocole secret du pacte Hitler-Staline. Durant la guerre, ces régions sont reprises par le régime Antonescu entre 1941 et 1944 mais sont soumises à un régime militaire très différent du régime civil d'avant-guerre, avant de redevenir soviétiques jusqu'en 1991, date à laquelle elles sont partagées entre l'Ukraine et la Moldavie nouvellement indépendantes.

Ultimatum soviétique à la Roumanie left|vignette|Affiche de propagande soviétique en 1939 : « Électeurs de la classe ouvrière ! Votez pour l'adhésion de l'Ukraine occidentale avec l'Ukraine soviétique, pour une République socialiste soviétique d'Ukraine unie, libre et prospère. Éliminons la frontière entre l'Ukraine occidentale et l'Ukraine soviétique. Vive la République socialiste soviétique d'Ukraine ! ». vignette|Départ forcé des Allemands de Bessarabie, en application du pacte Hitler-Staline. Le , le ministre des Affaires étrangères soviétique, Viatcheslav Molotov, présente une note d'ultimatum à Gheorghe Davidescu, ambassadeur de Roumanie à Moscou, dans laquelle l'URSS exige l'évacuation de l'armée et de l'administration roumaine de Bessarabie et de Bucovine du Nord dans les qui suivent Research Divi Federal Research Division, Federal Research Division Romania a Country Study: A Country Study, Kessinger Publishing, 2004 , Google Print, [ Ультимативная нота советского правительства румынскому правительству 26 июня 1940 г.] Dov Levin, The Lesser of Two Evils: Eastern European Jewry Under Soviet Rule, 1939–1941, Jewish Publication Society, 1995, , Google Print, et dénonce la « domination exercée par la Roumanie sur la Bessarabie entre 1918 et 1940 », ajoutant que « son sort est lié à l'Ukraine soviétique de par son histoire, son destin, sa langue et sa composition ethnique ». Selon la même note, la Bucovine du Nord serait historiquement liée à la Galicie, territoire polonais annexé par l'Union soviétique en 1939, dans le sens où les deux territoires faisaient partie de l'Autriche-Hongrie de 1772-1775 jusqu'en 1918. Cependant, contrairement à la Bessarabie, la Bucovine du Nord avait une forte population ukrainienne, majoritaire par endroits. Les frontières roumaines avaient été garanties le par le Royaume-Uni et la FranceHitler considère alors que la Roumanie est pour l'Allemagne « un État hostile » : Grigore Gafencu, Préliminaires de la guerre à l'Est, Éditions Egloff et L.U.F. (Librairie de l'Université de Fribourg), Fribourg - Paris, 1944., mais fin juin la France s'était effondrée, et l'Angleterre, seule en lice et en butte au Blitz aérien, semblait sur le point de succomber, de sorte que la Roumanie, fortement pressée en ce sens par l'ambassadeur allemand à Bucarest, , dut accepter l'ultimatum soviétique afin d'éviter une invasion militaire à grande échelle. Un peu moins de deux tiers (soit ) des territoires annexés par l'URSS sont devenus la RSS de Moldavie, république constitutive de l'URSS, qui, avec la rive transnistrienne () atteint ..

Occupation et conséquences

vignette|Entrée des troupes soviétiques à Chișinău. vignette|Réfugiés de Bessarabie fuyant l'occupation. thumb|upright=1|left|Trains de réfugiés roumains expulsés de Bucovine par les soviétiques. vignette|Soroca : tombe de 36 juifs Sorociens massacrés par l'armée roumaine en juillet 1941. vignette|Réseau de prisons et de camps en Roumanie et RSS moldave (1945-1989). Dans les suivant l'ultimatum ainsi que dans la semaine suivant l'arrivée de l'Armée rouge et du NKVD, surnommée la « semaine sanglante », une cohue anarchique de réfugiés a submergé toutes les voies de communication. L'armée roumaine a dû abandonner son matériel, récupéré par l'Armée rouge. Les administrations ont abandonné leurs archives, emportées par le NKVD à Moscou. Boutiques, administrations et entrepôts ont été pillés, les notables et tous ceux qui ont été désignés comme « ennemis du peuple » ou « nuisibles » ont été molestés, souvent arrêtés et fréquemment tués sur place par des « brigades rouges » constituées à la hâte par le NKVD, avec, parfois, un bref simulacre de « procès populaire » avant l'exécutionCollectif, Lucia Hossu-Longin (dir.) : Mémorial de la douleur (Memorialul durerii), éd. Humanitas, Bucarest et Chișinău, plusieurs rééditions. L’écrivain Paul Goma, qui a vécu enfant cet épisode, en a aussi fait une description, mais malheureusement dans une démarche antisémite qui en attribue la responsabilité à l'ensemble des juifs de Bessarabie en tant que communauté, alors que les « brigades rouges » étaient dirigées par des communistes staliniens de toute origine, et composées en partie de détenus de droit commun, sortis des prisons roumaines pour exercer la « terreur rouge » contre les « ennemis de classe »..

L’Armée rouge n’a pas seulement occupé la Bessarabie et la Bucovine du Nord que l’URSS revendiquait. Un petit territoire de la Moldavie occidentale roumaine a également été occupé, parce que sur la carte de l’état-major soviétique, l’épaisseur du trait rouge marquant la nouvelle frontière couvrait par erreur l’arrondissement de Hertsa dont la garnison, se sachant en dehors du territoire à céder, tenta de résisterGrigore Gafencu, Préliminaires de la guerre à l'Est, Éditions Egloff et L.U.F. (Librairie de l'Université de Fribourg), Fribourg - Paris, 1944. Le , l’armée roumaine compta à Hertsa ses deux premiers morts de la Seconde Guerre mondiale dont l’un était un soldat juif du nom de Salomon Iancou, que l’on présente parfois comme la première victime de la Shoah roumaine, alors que les balles qui l’ont abattu étaient soviétiques. En revanche, dans la ville voisine de Dorohoi, restée roumaine, des militants pro-soviétiques de la ville, issus de la communauté juive, mal informés et pensant que la ville allait être incluse comme Hertsa dans le territoire soviétique, s’en prirent imprudemment ce à un officier roumain qu’ils traitèrent de « vermine fasciste ». Le lendemain de cet incident, les collègues de l’officier molesté et les Roms de Dorohoi violentèrent et pillèrent les familles de ces militants pro-soviétiques : ce sont elles les premières victimes de la violence antisémite physique en RoumanieMarius Mircu, Ce qui est arrivé aux juifs de Roumanie, Glob, Bat Yam et Papyrus, Holon 1996.. Quant aux premiers juifs assassinés, ce sont les du pogrom de Bucarest tuées en par la Garde de Fer : des centaines de milliers d'autres suivront, particulièrement à Iași, en Bessarabie et en Bucovine du Nord où le régime du maréchal Antonescu les accusa indistinctement d’avoir soutenu et favorisé l’occupation soviétique en renseignant le NKVDRaul Hilberg, La Destruction des Juifs d'Europe, .

En mars 1918, le Sfatul Țării (littéralement, « Conseil du Pays ») avait fait de la Bessarabie russe le premier des territoires roumanophones irrédentistes à proclamer son union avec la Roumanie. Lorsqu'ils revinrent en 1940, les soviétiques ayant tiré les leçons de cet évènement, déportèrent plus de personnes : tous les Moldaves salariés par l'état roumain à quelque titre que ce soit, ainsi que tous les prêtres et moines, classés « laquais d'un régime impérialiste », et tous les roumanophones ayant dépassé le baccalauréat, qui n'avaient pas pu passer le Prout pour se réfugier dans la partie de la Moldavie restée roumaine. Cette « première fournée », début d'une longue sérieNikolai Bugai, Депортация народов из Украины, Белоруссии и Молдавии : Лагеря, принудительный труд и депортация (déportation des peuples d'Ukraine, Biélorussie et Moldavie), Dittmar Dahlmann et Gerhard Hirschfeld - Essen, Allemagne, 1999, , et Collectif et Lucia Hossu-Longhin (dir.) : Mémorial de la douleur (Memorialul durerii), éd. Humanitas, Bucarest et Chișinău, plusieurs rééditions., comprend députés du Sfatul Țării dont un ancien ministre de la république démocratique moldave. Le dossier conservé dans les archives du Service d'information et de sécurité de la MoldavieDossier pénal , classé le 15 septembre 1940 sous le , archives du Service d'information et de sécurité de la Moldavie, Chișinău, relate le sort de ces détenus, arrêtés le , lendemain de l'annexion.

Le , le major Sazykine, chef du NKVD à Chișinău, expédie au « commissaire du peuple » (ministre) pour l'Intérieur de l'URSS, Béria, un télégramme pour lui annoncer sa prise et suggérer l'organisation d'un procès à la soviétique pour « Trahison des intérêts du peuple moldave », mais les détenus mourront en détention sans avoir été « jugés »Télégramme du major Sazykine à Laurent Béria :

Strict secret

Au commissaire du Peuple pour les Affaires internes de l'Union Soviétique, le commissaire de classe de Sécurité, le camarade Beria L. P.

Je vous expédie pour examen le dossier pénal de quatorze membres actifs du mouvement contre-révolutionnaire „Sfatul Țării”:

1. Teodor Onciu, né en 1887, député au „Sfatul Țării”, fonctionnaire.

2. Cojuhari Teodor, né en 1879, colonel de l'armée tsariste, député au „Sfatul Țării”, ministre de la défense de la prétendue „Rép. Dém. moldave”, puis député au parlement monarchiste roumain.

3. Teodor Neag, né en 1878, koulak (tout rural autre que les ouvriers agricoles, était qualifié par les Bolcheviks de koulak et considéré comme un ennemi de classe).

4. Vladimir Budescu, né en 1868, ancien procureur de la Cour d'Appel.

5. Ivan Ignatiouk, né en 1893, koulak.

6. Panteleimon Sinadinos, né en 1875, député à la Douma tsariste de 1907 à 1917, propriétaire terrien, jusqu'à la réforme agraire de 1918 il avait .

7. Constantin Bivol, né en 1885, koulak.

8. Ion Codreanu, né en 1879, koulak.

9. Emmanuele Cotelli, né en 1883 a. n., ancien officier de l'armée tsariste, propriétaire terrien.

10. Luca Știrbeț, né en 1889, membre du parti paysan, koulak.

11. Alexandru Baltaga, né en 1861, député au „Sfatul Țării”, a 12 médailles du gouvernement roumain, prêtre, ancien métropolite de Bessarabie.

12. Nicolae Sacară, né en 1894, ancien député au „Sfatul Țării”, koulak.

13. Grigore Turcoman, né en 1890, ancien officier de l'armée tsariste, koulak.

14. Stefan Botnariouk, né en 1875, membre important des partis bourgeois, propriétaire terrien.