vignette|Supplice à Nantes de Pontcallec et ses compagnons (question préalable avant la décapitation), par Jeanne Malivel. La conspiration de Pontcallec est une tentative de soulèvement d'origine antifiscale survenue en Bretagne en 1718–1720, au début de la Régence. Menée par une partie de la noblesse bretonne, elle entretient des liens encore mal définis avec la conspiration de Cellamare, visant à renverser Philippe d'Orléans, alors régent, au profit de Philippe V d'Espagne.
Mal préparée, elle échoue et quatre de ses meneurs sont décapités à Nantes le .
Contexte À la mort de Louis XIV en 1715, les rentrées fiscales sont de 69 millions pour 146 millions de charges. La dette publique est alors de 2,3 à 2,4 milliards, dont 1,2 milliard de rentes constituées, plus importante qu'au déclenchement de la Révolution française en 1789 bien que l'ensemble du ait vu des budgets déficitaires.. La dette à la mort du monarque aurait été d'environ 80 % du PIB.
En , un mois avant la réunion des États de Bretagne, la noblesse multiplie rencontres et assemblées afin de remettre de l’ordre dans les finances altérées de la province. La noblesse veut notamment racheter la charge de trésorier des États, assumée par Jean-Jacques Michau de Montaran (1668-1750). Elle aspire aussi à supprimer les emprunts, à rembourser au plus vite les dettes et, surtout, à faire respecter les sacro-saintes « libertés » bretonnes.
Les États de Bretagne, assemblés à Saint-Brieuc, quelques mois après la mort de Louis XIV refusent d'accorder de nouveaux crédits au pouvoir royal, notamment pour la fortification du littoral.
En 1717, la résistance se durcit au sein des États : les membres de la noblesse et du tiers expriment la volonté de récupérer les libertés provinciales.
Le régent décide de convoquer de nouveau les États, le , à Dinan. Ils sont dominés par la petite noblesse, dont la composition diffère beaucoup du reste de la France : c'est une noblesse populaire, où la tradition de « noblesse dormante » (absence de dérogeance) permet la survie de nobles pauvres, voire très pauvres..
La fronde bretonne fait appel à l'Espagne.
La conspiration
Le , un lit de justice prive le duc du Maine des dernières prérogatives accordées par Louis XIV dans son testament. Les choses s'accélèrent : en Bretagne, le bruit court que le duc du Maine souhaite recruter des troupes. Parallèlement, un « Acte d’union pour la défense des libertés de la Bretagne » reçoit et l’Association patriotique bretonne regroupe rapidement entre . Le comte de Noyan, l'un des artisans du texte, rencontre en septembre Clément-Chrysogone de Guer, marquis de Pontcallec, membre d'une famille de grand renom et propriétaire d'une véritable forteresse. Le marquis est célibataire. Né en 1679, il a . Endetté, il vit plus de la contrebande de tabac que de l'exploitation de ses terres. Considéré comme un homme cruel et violent, il est craint.. Le recrutement commence dans le milieu des paysans, contrebandiers et faux-sauniers, clientèle traditionnelle de la noblesse bretonne.
Le , le duc et la duchesse du Maine sont arrêtés. Pontcallec maintient son plan et continue son recrutement, alors que d'autres gentilshommes se joignent à lui. Menacé d'être arrêté pour contrebande, il ordonne un rassemblement général sur les landes de Questembert. Arrivé sur les lieux le , il ne trouve guère plus de . La menace s'avérant sans fondement, la petite troupe se disperse. Cependant, le rassemblement a été espionné : dès juillet, le régent en est informé.
C'est alors que revient l'envoyé d'Espagne. Celui-ci, de son propre chef, promet à Alberoni, moyennant l'aide espagnole, le soulèvement, non seulement de la noblesse bretonne, mais aussi de celles du Dauphiné et de Franche-Comté. Ces révoltes devaient permettre de renverser le régent et d'installer à sa place Philippe V ou le duc du Maine. Rien de tel n'était prévu au départ, mais Pontcallec accepte tout de même.
Le , une troupe de paysans menée par Rohan du Pouldu met en fuite des soldats venus collecter l'impôt. En septembre, le maréchal de Montesquiou pénètre dans Rennes à la tête d'une armée de . Par hasard, l'un des conspirateurs est arrêté à Nantes : il avoue tout. Alertés, les partisans de Pontcallec se réfugient dans son château-forteresse. Cependant, Pontcallec ne parvient pas à organiser sa défense : seule une quinzaine de personnes répondent à son appel. Le , le régent institue une chambre de justice pour juger les conjurés.
Parallèlement, fidèle à sa promesse, Alberoni envoie vers la Bretagne trois frégates pour un total de , tous irlandais. Le navire le plus rapide part en avance et mouille à Rhuys, où il débarque de l'argent et des lettres, puis un premier contingent de . L'un des conspirateurs (Jean-François Coué de Salarun, habitant le château de Kérgurioné en Crac'h), affolé par la disproportion des forces ( contre pour les troupes royales) et par la perspective de la trahison, persuade le contingent de rembarquer et prévient le maréchal de Montesquiou. Celui-ci lance les ordres d'arrestation ; quelques conjurés fuient en Espagne grâce à un bateau mouillé en rade de La Trinité-sur-Mer. Les deux autres frégates, bloquées par le mauvais temps, arrivent en retard. À peine à terre, les troupes irlandaises se mutinent, probablement parce qu'elles ont été payées par le régent. L'Espagne n'insiste pas.
Trahi par l'un de ses amis, le sénéchal du Faouët, à la solde du régent, Pontcallec est arrêté le au presbytère de Lignol, après deux mois d'errance. Talhouët, rédacteur de l'acte d'union, se livre le .
La chambre de justice vignette|Place du Bouffay en 1720 : exécution de Pontcallec, Montlouis, Talhouet et Couëdic. La chambre de justice, sise à Nantes, est présidée par Pierre-Antoine de Châteauneuf, futur prévôt des marchands. Soixante-dix prisonniers doivent être jugés. La duchesse du Maine, devant les pressions du régent, avoue un complot destiné à le renverser grâce au soulèvement de Paris et de la Bretagne, et à l'aide espagnole. En fait, les liens entre la conspiration de Pontcallec et celle de Cellamare sont difficiles à vérifier : les témoignages sont contradictoires, et la plupart des documents relatifs aux deux affaires ont disparu.
Le régent et l'abbé DuboisMémoires de Saint-Simon, Tome 18, pp. 168-170. Pour John Law, il y a confusion : il a simplement réclamé la tête du comte d'Horn, exécuté le même jour à Paris pour avoir assassiné un agioteur pour lui dérober son argent. Law a demandé cette peine afin de rassurer les autres spéculateurs. désignent comme principaux responsables 23 accusés, dont seulement 7 sont présents au procès (Pontcallec, Montlouis, Salarun, Talhouët, du Couëdic, Coargan et Hire de Keranguen). Les interrogatoires prennent fin le . Le 26, le verdict tombe : Chrysogone-Clément de Guer, marquis de Pontcallec ; Thomas Simon de Montlouis, seigneur de KerfandolThomas Simon de Montlouis, né le à Priziac et mort décapité le à Nantes, seigneur de Kerfandol, capitaine au régiment de Dragons-Cambout, habitant au manoir de Plascaër en Priziac. ; Laurent Le Moyne, seigneur de TalhouëtLaurent Le Moyne, né en 1668 à Kerourin en Ploërdut, seigneur de Talhouët, capitaine au régiment de Senneterre dragons, mort décapité le à Nantes. et François du Couëdic, seigneur de KerbeizecFrançois du Couédic, né le au manoir de Kerbleizec en Gourin, seigneur de Kerbeizec ; membre d'une branche cadette de la famille du Couédic de Kergoulaer, originaire de Scaër, voir http://www.infobretagne.com/famille-couedic-kergoualer.htm., sont condamnés à mort, et 16 autres par contumace.
Les quatre condamnés à mort sont exécutés à la hache (ou de doloire) sur la Place du Bouffay dans le quartier du même nom à Nantes le soir mêmeThierry Jigourel, "Grands rebelles et révoltés de Bretagne" (chapitre "Pontcallec, un marquis pour une république bretonne"), éditions Ouest-France, . Pour les autres, on décapite leurs effigiesMémoires de Saint-Simon, Tome 18, p.168..
Bilan vignette|Plaque commémorative de l'exécution, Place du Bouffay à Nantes.|375x375px La conspiration de Pontcallec, à l'instar de celle de Cellamare, frappe par son caractère brouillon et l'indécision de ses protagonistes, sans projet précis, prompts au revirement voire à la trahison. Si le mécontentement de la noblesse bretonne est général en 1715–1718, seul un petit nombre de gentilshommes prend part au mouvement, dont le peuple breton est quasiment exclu. Malgré cela, la conspiration devient rapidement une légende et Pontcallec, un héros. Hersart de La Villemarqué lui consacre ainsi une notice dans son Barzaz Breiz et rapporte une « gwerz », Marv Pontkalleg (« La mort de Pontcallec »), vantant « le jeune marquis de Pontcallec, si beau, si gai, si plein de cœur ». Cette chanson, devenue très populaire en Bretagne, est notamment interprétée par Alan Stivell et le groupe Tri Yann, et Gilles Servat. Il importe de préciser qu'il ne s'agit pas d'un faux : tant François-Marie Luzel que Joseph Loth et Francis Gourvil l'ont classée dans la catégorie des « chants inventés » (voir à ce sujet la thèse de Francis Gourvil, Hersart de La Villemarqué et le Barzaz Breiz, p. 389), mais il est prouvé par Donatien Laurent, dans sa thèse, que cette gwerz existe et a été collecté à de nombreuses reprises, dans différentes versions, par divers collecteurs.
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie Pierre Michel-François Chevalier, dit Pitre-Chevalier, « Bretagne et Vendée », W. Coquebert 1845-1846. Arthur de la Borderie, La Bretagne aux temps modernes 1471-1789, Rennes 1894. Joël Cornette : Histoire de la Bretagne et des Bretons Tome 2. Paris 2005 Le Marquis et le Régent : une conspiration bretonne à l'aube des Lumières, Paris, Tallandier, 2008. Emmanuel Le Roy Ladurie, Saint-Simon ou Le système de la Cour, Fayard, 1997 ; Jean Meyer : Le Régent, Ramsay, Paris, 1985 . La Noblesse bretonne au , Éditions de l'EHESS, Paris, 1995 () , B. Pocquet, Histoire de Bretagne, t. VI, Rennes-Paris, 1896-1914 ; Henri Fréville, L'Intendance de Bretagne 1689-1720 Rennes 1953 Cte E. de M. (Eugène de Meeûs), Les du Couëdic (1200 - 1900), Ixelles (Belgique) 1901 Guy Gauthier, La Conspiration de Pontcallec, Coop Breizh 2011
Cinéma Que la fête commence…, film historique français réalisé par Bertrand Tavernier, sorti en 1975, relate l'histoire du marquis, lors la conspiration. Le film compte parmi ses acteurs : Philippe Noiret, Jean Rochefort et Jean-Pierre Marielle dans le rôle du marquis.
Liens externes
La conspiration de Pontcallec - La Bretagne sous la régence (1718-1720) sur Histoire & Bretagne
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