L'église Saint-Tudy est une église romane située à Loctudy, port du Pays Bigouden, en France. Elle est consacrée à Saint Tudy, moine aux origines géographiques et historiques assez floues.
Elle fait partie des rares églises romanes de Bretagne à être parvenues jusqu'à nous avec, entre autres, l'église de Locmaria en Quimper, l'abbatiale Sainte-Croix de Quimperlé et l'église Saint-Pierre de Fouesnant.
Sa restauration fut suivie par Prosper Mérimée et Jean-Baptiste Lassus, et menée par Joseph Bigot et Paul Gout, ce qui peut dénoter une importance architecturale de l'édifice.
Descriptions En 1844, Prosper Mérimée écrit à son sujet : Lettre de Mérimée datée du , Paris, Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, 0081/029/26
Jakez Cornou, Pierre-Roland Giot : Jakez Cornou, Pierre-Roland Giot, Origine et histoire des Bigoudens, éditions Le Signor, 1977, p. 98.
Serge Duigou : Serge Duigou, Guide du pays Bigouden insolite, éditions Ressac, 1988, p. 13
Louise-Marie Tilliet : Louise-Marie Tilliet, Bretagne Romane, éditions Zodiaque, 1982, .
Éliane Vergnolle :
Construction et description Un édifice caractéristique de l'art roman Cette église romane du à trois nefs sans transept offre une élévation à deux étages, arcades et fenêtres hautes. Les chapiteaux et les bases des colonnes présentent des décors sculptés variés. Le chœur, le déambulatoire et les chapelles sont voûtés en pierre, tandis que les nefs ont des charpentes de bois soutenues par des arcs-diaphragmes en pierre.
L'édifice mesure de long, pour une nef de de large et des bas-côtés respectivement de 3,4 et Louise-Marie Tilliet, Bretagne Romane, éditions Zodiaque, 1982, . Les piliers sont dissemblables. Le déambulatoire compte cinq travées, et pour Éliane Vergnolle, Il est surmonté d'une galerie de circulation ou triforium qui ne se prolonge pas dans la nef. Le chœur et les chapelles rayonnantes sont voûtées en cul-de-four.
Très sobre, cette église présente de nombreux chapiteaux et bases de piliers sculptés. . Ces sculptures sont d'inspiration corinthienne, ce qui pourrait laisser supposer une commande aristocratique. Selon Charles de La Monneraye, l'église de Loctudy illustre bien la règle moyenâgeuse qui veut que le chœur d'un édifice religieux soit davantage ornementé que la nef. En effet, les bas-reliefs de la nef présentent simplement des formes géométriques (volutes, crossettes, entrelacs, triangles, volutes…), alors que le chœur et le déambulatoire, en plus de ces motifs géométriques, présentent des animaux et des êtres humains, dont quelques Christ en croix. .
D'après l'architecte Joseph Bigot - qui dresse une description détaillée de l'édifice qu'il visite au début des années 1840, en vue de sa restauration - un clocher en bois se trouvait à l'origine au-dessus de la dernière travée de la nef, à la croisée du transept s'il y en avait eu un. Il en reste quelques vestiges au milieu du À la page 161 de leur article extrait du bulletin diocésain d'histoire et d'archéologie de mai-juin 1926, Mr Perennes et Abgrall parlent de la bénédiction de la grosse cloche de l'église, en 1676. Le clocher actuel datant du , c'est bien la preuve qu'il y en avait un autre auparavant..
Dates et financement de la construction Le manque de sources sur la construction de l'édifice permet aux spécialistes d'émettre seulement des hypothèses nous dit Éliane Vergnolle. : Jean-Marie Abgrall le date du , en le comparant avec les abbatiales de Saint-Gildas-de-Rhuys et de Landevennec, qu'il date également de ce siècle. Charles de La Monneraye la situe plutôt du milieu du , par comparaison avec l'abbatiale de Fontevrault, car elle présente deux innovations qui ne sont pas antérieures à cette date : les chapelles rayonnantes et le prolongement des bas-côtés autour du chœur. René Couffon, plus récemment, situe le début de la construction de l'édifice à la fin du , construction achevée vers 1125. Roger Grand approuve cette hypothèse et envisage deux campagnes de construction : la fin du pour le chevet, et le pour la nef et les bas-côtés. Éliane Vergnolle fait commencer la construction vers 1110 pour le chœur, et estime la nef achevée
En résumé, l'église de Loctudy est donc un édifice construit au . Mais par qui ? Ici encore, des hypothèses seules sont possibles, car Une tradition locale remontant à Albert le Grand attribue la construction de cette église aux seigneurs de Pont-l'Abbé, sans qu'aucune source historique ne l'atteste à ce jour. L'église aurait été donnée en 1187 aux Templiers établis dans l'Île Chevalier. L'origine aristocratique du commanditaire ne semble cependant guère faire de doute, devant l'ambition architecturale (église à déambulatoire qui , décors sculptés) et donc les moyens mis en œuvre pour bâtir cet édifice. Éliane Vergnolle émet l'hypothèse un Guegun ou un Daniel, mentionnés comme abbés laïques du sanctuaire de Loctudy autour des dates de sa mise en chantier. Il reste toutefois difficile d'en savoir beaucoup plus avec certitude sur l'origine de ces personnages, peut être de l'entourage du comte de Cornouaille. En revanche, le fait que le fondateur soit un abbé laïc ne signifie pas que l'édifice est une abbaye, car Marcellin Caillon et Guy Riou, A la découverte du Pays Bigouden, deuxième édition, imprimerie helio-plans, Pont-l'Abbé, 1980, pages 75.
Un attrait pontifical Le , le pape Nicolas IV Abbé Péron, Actes du Saint-Siège concernant les évêchés de Quimper et de Léon, Bulletin diocésain d'histoire et d'archéologie, Quimper, 1915, p. 11 et 12. Cela semble aller dans le sens d'un commanditaire d'importance pour cet édifice. 80 ans plus tard, Grégoire XI, dernier pape français, octroie, le ..
Ajout du vignette|Porche Sud (), avant la restauration des murs collatéraux en 2013. À la fin du Moyen Âge, un porche est ajouté à l'édifice côté sud. On reconnait bien l'arc brisé du style gothique, en vogue à l'époque. La tradition veut alors que l'accès à une église se fasse par cette entrée, le proche principal étant ouvert seulement pour les cérémonies importantes. Ce porche en granite est doté, en son intérieur sur chaque côté, d'un petit banc de pierre qui permettait autrefois au conseil de fabrique de la paroisse de se réunirCollectif, Le patrimoine des communes du Finistère, éditions Flohic, 1998, tome 1, ..
Modifications du En 1730, une descente officielle a lieu dans l'église pour faire l'état précis des enfeusPuig de Ritalongi, Bulletin de la société archéologique du Finistère, tome XXIV, 1897.. Il y en avait six à l'époque. En 1760, une sacristie est ajoutée à l'édifice côté nord, et la façade romane, ruinée, est remplacée par la façade toujours visible aujourd'hui, restaurée en 2013 et sur laquelle apparaît la date de 1760. Cette façade tranche avec le reste de l'édifice car elle est plutôt de style classique, très sobre, composée de lignes horizontales et verticales qui encadrent des baies d'inspiration vaguement gothique (baies à meneaux), et se finissant dans le haut par un tympan triangulaire. Elle est surmontée par un clocher pignon de pierre, qui se substitue à l'ancien, en bois, situé au-dessus du chœur de l'église. Ce clocher est d'inspiration gothique, composé d'une petite tour carrée à rambarde abritant trois cloches, elle-même surmontée d'une flèche.
Classement et restauration du Un édifice en mauvaise posture Au début du , et après le concordat de 1801, la municipalité se préoccupe de l'état de l'édifice comme nous le montre le compte rendu du conseil municipal de , qui débloque des fonds pour
Cela n'empêche pas à l'édifice de continuer à se détériorer. En fort mauvais état, l'église fait l'objet d'un classement au titre de Monument historique en 1846 ; seuls trois édifices de Bretagne sont classés cette année-là. Deux ans plus tôt, Mérimée parlait de l'église en ces termes : Les monuments historiques dressant leur première liste des édifices à classer au titre de Monument historique en 1840, il faut signaler l'importance que revêt à leurs yeux le sanctuaire de Loctudy, très tôt classé. Par comparaison, la cathédrale Saint-Corentin de Quimper n'est classée qu'en 1862, et l'église romane de Locmaria, toujours en Quimper, seulement en 1875, alors qu'elle est plus ancienne que l'église romane de Loctudy.
Ce classement est suivi d'une restauration importante, en deux étapes : entre 1845 et 1848, sous la direction de l'architecte diocésain Joseph Bigot puis entre 1886 et 1890, sous la direction de Paul Gout, élève de Viollet-le-Duc.
La restauration des années 1845-1848
La restauration menée par Joseph Bigot, qui réfléchit sur le monument à la demande de la municipalité dès le début des années 1840, (en vue d'un éventuel classement), fut objet de controverses entre l'architecte et la Commission des monuments historiques, si l'on en juge par les interventions de Prosper Mérimée (quatre entre 1844 et 1847) et ses injonctions dont celle-ci : .
Le coût des travaux et leur urgence devant l'état du monument firent que Bigot ne s'occupa que des murs des bas-côtés, du couvrement de la nef et de l'abside. Après discussion, il fut décidé que la voûte de l'édifice, sous la charpente qui était conservée, serait constituée d' Ces travaux furent interrompus après la Révolution française de 1848, mais l'architecte en profita pour visiter beaucoup de constructions religieuses du département et d'en dresser les plans.
La restauration des années 1886-1890
La restauration suivante, menée par Paul Gout, est celle dont les effets sont toujours visibles : Reconstruction des voûtes du chœur et de l'abside. Choix (discutable sur le plan architectural ) d'une voûte de bois en plein cintre, scandée de doubleaux en pierre. Abaissement de la toiture des bas-côtés, avec en parallèle la remise à leur dimension d'origine des fenêtres hautes de la nef. Agrandissement des ouvertures des bas-côtés pour les transformer en larges baies, et ce malgré la découverte dans le bas-côté nord d'une petite ouverture d'origine, ébrasée vers l'intérieur. Cette baie fut conservée comme témoin du passé, mais la municipalité refusa d'abandonner le projet d'agrandissement des autres ouvertures. Les raisons pratiques de luminosité de l'intérieur de l'édifice, à l'époque non électrifié, peuvent avoir joué dans ce choix. Retrait d'un badigeon ancien, pour rendre aux murs leur teinte d'origineD'après l'architecte Jean-Baptiste Lassus, qui dresse un rapport après sa visite de l'église le 11 octobre 1844, le style du monument est Paris, Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine, 0081/029/0026..
Après cette restauration, le photographe des monuments historiques Médéric Mieusement prend quelques clichés de l'édifice.
L'église au
De nombreuses interrogations se posent sur les vitraux de l'église de Loctudy, dont il n'est fait mention qu'une seule fois dans les archives, en 1926Article de Mrs Perennes et Abgrall, Bulletin diocésain d'histoire et d'archéologie, mai-juin 1926 : . Il ne semble pas que les architectes Bigot et Gout en parlent lors des comptes rendus de leurs travaux durant le . En l'état actuel des connaissances, et en se basant donc sur l'observation des vitraux, on constate qu'ils sont de deux natures : Les vitraux de la nef, qui , sont sans doute des années 1920, d'après Jean-Pierre Le Bihan, Maître verrier à Quimper. Les vitraux du pignon ouest, seraient, toujours selon Maître Le Bihan, La prudence du spécialiste lui-même montre bien les incertitudes qui demeurent sur la question. Le triforium cache des résistants en 1944.