Les sit-ins de Nashville, qui ont eu lieu du au , font partie d’une campagne d’actions directes non-violentes pour mettre fin à la ségrégation raciale aux comptoirs des restaurants du centre-ville de Nashville, dans le Tennessee. La campagne des sit-ins, qui a été coordonnée par le mouvement étudiant de Nashville et le Nashville Christian Leadership Councel, est importante de par son succès immédiat et l’importance accordée à la non-violence. Tout au long de la campagne, les sit-ins ont eu lieu dans différents magasins situés au cœur du centre financier de Nashville. Les participants, dont la majorité était des étudiants Afro-Américains, étaient souvent victimes d’agressions physiques et verbales de la part des passants. Malgré leur refus de répondre à ces attaques, plus de 150 étudiants sont arrêtés pour avoir refusé de libérer leur place à des comptoirs de restaurants alors que la police leur a ordonné de le faire. Lors des procès, les étudiants sont représentés par un groupe de 13 avocats dirigé par Le , la maison d’Alexander Looby est la cible d’une attaque à la bombe, mais ni lui ni sa famille ne sont blessés. Plus tard, ce même jour, presque marchent jusqu’à la mairie de Nashville pour parler avec le maire de l’augmentation des violences. Lorsqu’on lui demande s’il pense qu’il faut mettre fin à la ségrégation dans les comptoirs de la ville, il répond par l’affirmative. Un accord est trouvé entre les propriétaires des restaurants et les participants aux manifestations durant la première semaine de mai. Le , six restaurants du centre-ville servent des clients noirs à leur comptoir pour la première fois. Même si cette première campagne a permis de mettre fin à la ségrégation dans les restaurants du centre-ville, d’autres manifestations et sit-ins continuent d’avoir lieu dans le reste de la ville, jusqu’au vote du Civil Rights Act de 1964, qui permet de mettre fin à la ségrégation raciale à travers l’ensemble des États-Unis. La plupart des organisateurs de ces sit-ins ont par la suite joué un rôle important dans le mouvement des droits civiques.

Contexte historique

En 1896, l’arrêt Plessy v. Ferguson rendu par la Cour suprême des États-Unis permet aux états qui le souhaitent d’imposer la ségrégation raciale légalement, selon la doctrine seperate but equal (« séparés mais égaux »). Cette décision permet la multiplication des lois Jim Crow à travers les États-Unis. Ces lois autorisent la ségrégation raciale dans presque tous les lieux publics et favorisent la discrimination raciale dans le pays, notamment dans le Sud des États-UnisWynn, The Dawning of a New Day, 42.Klarman, From Jim Crow to Civil Rights, 3–289.. Dans la ville de Nashville, comme dans la plupart des villes du Sud, les Afro-Américains se retrouvent largement désavantagés par ces lois. Ils n’ont plus le droit d’utiliser un certain nombre de services publics, ils ont peu de chance de trouver un emploi et sont victimes de discrimination de la part d’une majorité de blancsWynn, The Dawning of a New Day, 43–44.. De nombreuses personnes s’opposent à ces lois, à Nashville, dès 1905Richard Henry Boyd, comme James Napier ou encore Preston Taylor qui organisent une grève de juillet 1905 à juillet 1906, contre les bus qui pratiquent la ségrégation.. Il faut attendre 1958 et la formation de la Nashville Christian Leadership Council, pour que les Afro-Américains de Nashville posent les bases de ce qui conduira à la suppression de la ségrégation racialeWynn, The Dawning of a New Day, 44.. Précurseurs et organisations La Nashville Christian Leadership Council (ou NCLC) est une organisation fondée par le révérend , membre de l’église baptiste et proche de la Southern Christian Leadership Conference fondée par Martin Luther King. Ces organisations ont pour but de promouvoir les droits civiques des Afro-Américains à travers la désobéissance civile non-violente. Le révérend Smith pense que les Américains seront plus enclins à la déségrégation si les Afro-Américains obtiennent ce droit grâce à des manifestations pacifiques plutôt qu’au système judiciaireLovett, Profiles, 112.. Du 26 au , la NCLC organise l’un des nombreux ateliers de désobéissance civile pour remettre en cause la ségrégationLovett, Profiles, 96.. Ces ateliers sont menés par James Lawson, qui a étudié les principes de la résistance non violente lors d’un voyage en Inde. La majorité des participants à ces ateliers sont des étudiants des universités Fisk, Tennessee A&I (plus tard appelée Université d'État du Tennessee), American Baptist Theological Seminary (plus tard appelée Université baptiste américaine) et l’université de médecine . Parmi ceux qui participent, on trouve de nombreux étudiants qui sont par la suite devenus des personnalités importantes du mouvement des droits civiques, tels que : Marion Barry, James Bevel, , John Lewis, Diane Nash et Halberstam, The Children, 56, 95.. C’est durant ces ateliers que les participants décident de commencer à organiser des manifestations dans des restaurants du centre-ville. À l’époque, les Afro-Américains ont le droit de se rendre dans les magasins du centre-ville, mais n’ont pas le droit de manger dans les restaurants. Ils pensent donc que les restaurants sont une bonne cible, car ils sont largement exposés, faciles d’accès et ils sont un bon exemple des injustices subies au quotidien par les noirs. Fin 1959, James Lawson et d’autres membres du NCLC rencontrent les propriétaires de magasins Fred Harvey et John Sloan pour leur demander de servir volontairement des Afro-Américains aux comptoirs de leur restaurant. Les deux hommes refusent prétextant qu’ils ont plus à perdre qu’à gagner. Les étudiants commencent donc à faire la reconnaissance des lieux en vue d’organiser des sit-ins. Le premier prend place le , au grand magasin Harveys, dans le centre-ville de Nashville. Il est suivi par un autre dans le magasin Cain-Sloan, le Glisson, The Human Tradition in the Civil Rights Movement, 164–166.Wynn, The Dawning of a New Day, 45.. De petits groupes d’étudiants achètent des objets dans ces magasins, puis s’assoient aux comptoirs des restaurants et essayent de commander de la nourriture. Leur objectif est de prendre la température et d’observer le degré de résistance dans chaque magasin. On refuse de les servir dans les deux magasins, mais les réactions sont très différentes. Dans le magasin Harveys, on leur répond poliment, alors que chez Cain-Sloan, on les mépriseHalberstam, The Children, 92.Lewis, Walking with the Wind, 86–89.. Ces missions de reconnaissance sont discrètes et aucun journal de la ville n’en parleHalberstam, The Children, 91.. Manifestations de grandes ampleurs Avant que les étudiants de Nashville aient la chance de mettre en pratique leurs plans, de nouveaux évènements ont lieu ailleurs dans le pays et renforce leur volonté de passer à l’action. Durant la première semaine de , un petit sit-in à Greensboro se transforme en une énorme manifestation rassemblant plus de 80 étudiants au troisième jour. D’autres manifestations de ce type ont déjà eu lieu dans d’autres villes, mais celle-là, est la première à retenir l’attention des médias et du publicBranch, Parting the Waters, 271–272.. Lorsque l’organisation du révérend Lawson se retrouve le vendredi suivant, plus de 500 nouveaux volontaires sont présents. Lawson et d’autres adultes veulent alors repousser la date de leur sit-in, mais les dirigeants étudiants insistent pour passer à l’action rapidementBranch, Parting the Waters, 274.. vignette|gauche|300px|Lieux choisis pour les sit-ins : 1. S. H. Kress; 2. McLellans; 3.  Woolworth; 4. Harveys; 5. Walgreens; 6. Grants; 7. Cain-Sloan; 8. entreprise de transport Greyhound; 9. compagnie d’autocar Trailways; 10. Moon-McGrath|alt= Carte du centre-ville de Nashville, montrant les lieux choisis pour les sit-ins. Cinq sit-ins ont lieu le long de la cinquième avenue entre Union et Church Street, d’autres prennent place aux alentours. Le premier sit-in de grande ampleur prend place le samedi . Vers 12h30, 124 étudiants, pour la majorité noire, marchent vers les magasins Woolworth, S. H. Kress et McClellan et demandent à être servis.

On refuse de les servir, ils s’installent donc dans les magasins pendant deux heures et s’en vont, sans qu’il n’y ait aucun incidentSumner, ‘’Local Press’’, 67.. Le lundi suivant ce premier sit-in, 79 congrégations rassemblées lors de la conférence baptiste de Nashville, votent à l’unanimité le soutien au mouvement étudiant, faisant ainsi reposer le poids de toute la communauté religieuse noire sur les épaules de ces jeunes étudiants. Les leaders religieux locaux appellent les gens de bonne volonté à boycotter les magasins qui pratiquent la ségrégation. La communauté noire de Nashville soutient massivement le boycott, entraînant ainsi des répercussions économiques sur les magasinsHalberstam, The Children, 177–179.. Le deuxième sit-in prend place le jeudi . Plus de 200 étudiants entrent dans les magasins Woolworth, S. H. Kress, McClellan, and Grants. Les comptoirs des restaurants sont immédiatement fermés. Les étudiants restent pendant environ une heure et demie avant de partir, encore une fois sans incidentSumner, Local Press, 70.. Le troisième sit-in se passe le et environ 350 étudiants rentrent dans les quatre mêmes magasins, ainsi qu’une pharmacie Walgreens. Au moment où les étudiants noirs s’installent aux comptoirs, plusieurs jeunes blancs se rassemblent dans les mêmes magasins. La police surveille les cinq établissements, mais aucun n’incident violent n’a lieu. Les étudiants restent pendant plus de trois heures avant d’ajourner pour se rendre à une réunion de l’église baptisteSumner, Local Press, 71.. La tension continue de monter, d’autres sit-in ont lieu dans d’autres villes et des émeutes éclatent dans la ville de Chattanooga, Tennessee. Le , les étudiants activistes de Nashville prennent part à un quatrième sit-in dans les magasins Woolworth, McClellan et Walgreens. Une foule de jeunes blancs se rassemblent une nouvelle fois dans les magasins pour railler et harceler les participants. La police n’est pas présente. Finalement, certains des participants au sit-in sont attaqués par des perturbateurs dans les magasins McClellan et Woolworth. Certains sont poussés de leur siège et battus. Un participant est poussé dans un escalier. Lorsque la police arrive, les attaquants blancs fuient et aucun n’est arrêté. La police ordonne aux participants de quitter les magasins. Ils refusent et sont donc arrêtés et emmenés par des véhicules de police, sous les applaudissements de la foule. Quatre-vingt-un Les sources ne s’accordent pas sur le nombre exact d’étudiants arrêtés le 27 février : l’histoire initiale parue dans le journal The Tennessean prétend que 75 étudiants sont arrêtés ; une autre version dans le Nashville Globe and Independent explique que 79 ont été arrêtés ; d’autres sources, comme David Halberstam dans The Children et Linda T. Wynn dans The Dawning of a New Day, explique que 81 étudiants ont été arrêtés. étudiants sont arrêtés pour rassemblement illégal et trouble à l’ordre public. À la suite des arrestations, les médias, notamment les journaux télévisés locaux, commencent à s’intéresser aux sit-insLewis, Walking with the Wind, 100., ceux-ci font la une des journaux de Nashville, et sont repris par l’agence de presse Associated PressSumner, Local Press, 72–76.. Les étudiants pensent généralement que cette couverture médiatique peut les aider, notamment lorsque les journaux soulignent l’importance de la non-violence dans le mouvement. D’autres sit-ins ont lieu au cours des deux mois suivants et conduisent à de nombreuses arrestations et attaques contre les participants. Plus de 150 étudiants sont arrêtésCarson, In Struggle, 22.. Tout au long des manifestations, les étudiants respectent une politique de non-violence. Leur code de conduite écrit devient un modèle suivit par les manifestants dans d’autres villes :